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Or


Boualem SANSAL, écrivain franco-algérien, grand prix du roman de l’Académie française
Alors que le pape Léon XIV va poser le pied en Algérie, pays de 47 millions d'habitants, où l'islam sunnite est religion d'Etat, l'écrivain Boualem Sansal, libéré en novembre après un an de prison, a indiqué qu’il entendait « attaquer en justice » le président algérien Abdelmadjid Tebboune, quand ce serait « le bon moment », a-t-il toutefois précisé. Boualem Sansal était l’invité de la Journée du livre politique à l'Assemblée nationale. Il s'exprimait lors d'une table ronde avec l'avocat Richard Malka. Le livre qu’il a écrit sur sa détention devrait sortir en juin ou en septembre chez son nouvel éditeur, Grasset. Du côté de Léon XIV, sa visite s’annonce comme hautement symbolique : jamais encore un pape ne s'était rendu sur la terre natale de Saint Augustin. Il restera en Algérie pendant deux jours « pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman », a déclaré à l'AFP l'archevêque d'Alger, le cardinal Jean-Paul Vesco.
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Rémi BRAGUE, professeur émérite de l’Université Paris I Sorbonne et à l’université Ludwig-Maximilians de Munich, historien de la philosophie (en particulier arabe et juive, essayiste, prix Ratzinger 2012. Auteur de L’homme pressé - l’homme est le seul être vivant qui sait que le temps lui est compté (DDB)
Le seul luxe ici-bas, ce n’est pas l’argent mais le temps. Les Américains dont le cinéma dystopique devrait toujours nous rendre vigilants, l’avait exprimé dans Time out d’Andrew Niccol, sorti en 2011, avec Justin Timberlake et Amanda Seyfried. Dans ce film, le temps est devenu une monnaie : les gens cessent de vieillir à 25 ans… mais doivent ensuite payer chaque minute suivante pour rester en vie. Ne riez pas : le Covid nous a montré que nous sommes capables de tout. Depuis Sartre, nous savons que nous sommes condamnés à être libres, jetés sur cette terre, à la fois dans l’espace et dans le temps, les deux ne pouvant se dissocier. Rémi Brague est l’auteur d’une œuvre riche et reconnue. Dans l’Homme pressé, il s’attaque au temps. Nous autres journalistes ne faisons-nous point partie de la « presse » ? Au reste, le temps médiatique n’est pas celui de l’Église. Dans les relations entre les deux univers, la fascination se mêle à l’incompréhension. Avons-nous besoin de nous réconcilier avec le temps, à l’heure où la guerre d'Israël et des États-Unis contre l'Iran donne à l’actualité des reflets eschatologiques angoissants ?
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Dorothée MERVILLE, directrice de la Fondation Hippocrène
Dans le fracas de la guerre au Proche-Orient, frappés que nous sommes par l’impossibilité de se projeter, comment donner des raisons d’espérer, de s’engager ? Avant-hier, à la maison de l’Europe à Paris, la Fondation Hippocrène récompensait quatre projets dans le cadre de sa soirée de remise de prix Inspiring Young Europeans 2025. Créée en 1992, Hippocrène s’emploie à donner le goût de l’Europe aux jeunes Européens, selon la logique du partage de projet. Cette expérience est libératrice. Un jeune, s’il vient de quartiers défavorisés, se sentira plus à l’aise en Europe qu’en France, où le regard que l’on porte sur sa personne lui pèsera davantage. La mobilité décentre et donne confiance en soi. « Nous unissons des hommes », aimait à répéter Jean Monnet, ami de Jean Guyot, à l’initiative de la Fondation. Hippocrène est l’un des rares acteurs privés à financer des projets à l’échelle du continent, et ce sans passer par les circuits de l’UE, lesquels obéissent à des procédures longues et complexes.
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Pascal PERRINEAU, politologue, professeur des universités à Sciences Po Paris, ex-directeur du Centre de recherches politiques de Sciences-Po Paris (Cevipof). Coauteur de Inventaire des peurs françaises (Odile Jacob)
Il y a 50 ans déjà, un présentateur de journal télévisé avait lâché cette phrase restée célèbre : « La France a peur », en écho à l’affaire du meurtrier Patrick Henry. Deux ans plus tard, lors de son élection, Jean-Paul II devait prononcer cette exclamation demeurée inoubliable : « N’ayez pas peur. » Issu du vieux français du XIIe siècle, le mot peur désigne, selon l’écrivain Maurice Rat, « un état émotif dû soit à une sorte de faiblesse et de lâcheté mêlées, soit aux transes de l'imagination, en présence ou à la pensée du danger ». Notre histoire reste marquée par cette « Grande Peur » gagnant les campagnes au début de la Révolution. La peur excite en nous quelque chose d’irrépressible et d’irrationnel, surtout elle inhibe : « Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur », écrit Beaumarchais dans le Barbier de Séville. La peur, déclinée au pluriel, perd peut-être en intensité ce qu’elle gagne en diversité : on a peur de tout et de rien. Pascal Perrineau et Anne Muxel ont mené une enquête inédite sur ce sentiment auprès de 3000 personnes. Quatre populations émergent : les « sans peurs » (fort peu nombreux), les « démocrates inquiets », les « conservateurs craintifs » et les « insécures culturels », dernière catégorie déclinée des travaux de feu Laurent Bouvet. Ce qui caractérise notre époque, c’est que plus rien ne régule la peur : ni la religion, ni la science, ni l’État-providence et que, parallèlement, surgissent de partout les « entrepreneurs de la peur ». Bien sûr, toute peur n’est pas mauvaise ou infondée. Les guerres ont aussi des raisons objectives. La peur, quand elle résulte de la lucidité, est le début de la sagesse. Mais gare aux manipulations : l’usage excessif des « phobies » – qui trahit une confusion entre la peur et le mépris – et l’esprit « no future » plombe la société : l’éco-anxiété empêche aux plus jeunes de se projeter en leur intimant de ne pas se perpétuer. La peur envahit alors tout, jusqu’à tuer la vie.
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Valérie RODRIGUE, journaliste, reporter. Auteur de Shalom Jésus (Erick Bonnier)
Baptisée à Pâques en l’église Saint-Jacques-le-Majeur à Montrouge (Hauts-de-Seine), Valérie Rodrigue est issue d’une famille juive d’Algérie arrivée en France en 1962. Outre le traumatisme du rapatriement, elle souffrit des agissements d’un père violent et de mœurs qu’elle juge « archaïques », les filles étant reléguées à la seule fonction de transmettre l’identité juive. Petite, Valérie Rodrigue se sentait ainsi livrée à elle-même sur le plan spirituel. Puis elle va découvrir l’Église et la messe, « une relation intime avec une figure divine à laquelle elle s’adresse en silence, trouvant un exutoire dans une enfance marquée par une forme d’injonction au mutisme ». La journaliste qui fera le tour du monde aura par la suite une révélation à l’église de l’Enfant-Jésus à Prague. Le 7 octobre 2023, dit-elle, « c’est la dernière fois que j’étais juive ». Elle n’accepte pas la loi du talion et l’amalgame entre juif et israélien. Son livre Cache ta médaille (Erick Bonnier), sur les territoires palestiniens, marquera une première rupture avec sa famille. La seconde viendra de sa conversion au catholicisme dont elle apprécie le libre-arbitre et goûte le message d’amour.
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Père François EUVÉ, jésuite, rédacteur en chef de la revue Études. Auteur de Croire au XXIe siècle - la foi catholique face aux défis contemporains (Mame)
Que s’est-il passé voici quelque 2000 ans qui justifie que nous soyons encore là pour en parler ? Et comment s’adresser à nos contemporains pour qu’ils y voient le sens de leur vie ? La question de la foi surgit à toutes les générations. Le christianisme est plus fragile que les autres. L’observance ne suffit pas. Il exige l’adhésion du cœur et de l’intelligence. Certes, le nombre croissant de catéchumènes invite à espérer mais celui-ci ne saurait dissimuler l’éviction méthodique et continue de la foi catholique, en une période très courte, un demi-siècle. On parle ainsi de sécularisation. Ce mot ne vise d’ailleurs que l’Église catholique. Car, dans le même temps, d’autres réalités s’installent dans le paysage, imposant d’autres repères, sans qu’on sache bien le profit que la société tout entière pourrait tirer de cette évolution. Le christianisme est appelé à souligner son caractère propre, singulier : l’incarnation d’un Dieu fait homme, pleinement Dieu, pleinement homme. Incroyable mais vrai.
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Sébastien LAPAQUE, journaliste et critique littéraire au Figaro. A contribué au livre collectif Un jour le diable - cent ans après Sous le soleil de Satan, neuf auteurs rendent hommage à Georges Bernanos (Séguier)
Pour beaucoup, le diable est une métaphore, une façon de parler, juste une représentation, c’est-à-dire une invention des hommes, en aucun cas quelqu’un d’agissant qui partage notre intimité, lit dans nos pensées, susurre à notre oreille ce que nous désirons entendre. Georges Bernanos en offre une représentation puissante, au fil de ce roman qui met en scène l’abbé Donissan, en lutte constante contre le mal et le doute, et Mouchette, jeune fille fragile tombée enceinte et qui, dans un moment de désespoir, tue son enfant nouveau-né. Ici, le diable est une présence réelle, presque incarnée : il peut apparaître, parler, dialoguer, agir de manière subtile et intérieure : il ne pousse pas seulement au mal visible, il cherche à installer le désespoir, le doute et la perte de foi. Pour Bernanos, le pire mal n’est pas le péché lui-même mais le fait de croire qu’on ne peut plus être sauvé. Le diable est aussi une force de mensonge et d’illusion : il déforme la réalité, manipule les consciences et pousse les êtres à se tromper sur eux-mêmes. Il révèle le combat spirituel au cœur de l’homme : chacun est libre, mais constamment confronté à cette tentation intérieure entre le bien et le mal.
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Sœur CATHERINE, religieuse ermite dans les Alpes. Auteur de Manuel de vigilance spirituelle - comment éviter les problèmes de l’esprit (éditions du Relié)
Hier au Grand Rex à Paris, un colloque exceptionnel portait sur « la conscience et l’invisible ». C’était le dimanche des Rameaux mais plutôt que d’écouter l’évangile de saint Matthieu, une foule de quelque 2500 personnes a payé jusqu’à 100 euros pour venir écouter de nouveaux prêcheurs, sans église ni dogme mais qui, armés d’un discours sur la conscience, entendent répondre au désarroi de nos contemporains. Les sujets étaient passionnants : expérience de mort imminente, médiumnité, réincarnation, communication animale, guérisons inexpliquées, tous ces phénomènes s’agrègent sous l’étiquette des « nouvelles spiritualités ». Dans cet univers, la conscience englobe toute réalité et la réalité tout entière baigne dans la conscience. Le péché et le salut n’existent pas. La nature humaine n’est ni à réparer ni à sauver par un sacrifice. Il s’agit de découvrir en soi le potentiel infini de sa conscience. La passerelle avec le christianisme, c’est l’aversion pour le matérialisme. L’obstacle, c’est le relativisme total : une sorte de tradition primordiale, surplombant les religions et les innervant à la fois, brouille le rapport à la vérité. Ici, les religions en général sont suspectées de diviser les hommes tout en conditionnant le salut à l'obéissance à des pratiques. L’Église a du mal à se situer par rapport à ces « nouvelles spiritualités » dont l’influence est grandissante. Celle-ci se voit notamment dans les bouddhas, prompts à remplacer les crucifix dans les intérieurs contemporains. Cet attrait pour la science, la conscience, mêlée à la volonté de retourner à la nature, ne doit pas être négligé. Ici, l’Église est invitée à renouer avec la mystique et les contemplatifs, trop souvent dévalorisés au profit de l’activisme humanitaire, lequel ne suffit pas à étancher la soif d’absolu. Si sœur Catherine reconnaît que le bouddhisme zen peut être une excellente préparation à l’oraison, elle souligne que le christianisme est la seule voie pour atteindre la béatitude. Car Dieu s’est donné un visage et, en souffrant Sa Passion puis en ressuscitant, il a montré que le mal qui nous étreint ne l’emporterait pas.
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Philippe ORENGO, ambassadeur de la Principauté de Monaco près le Saint-Siège et près l’Ordre Souverain de Malte
Un pape au milieu des yachts, des casinos, des voitures de sport et du botox : ce cliché, s’il a sa raison d’être, ne dit pas tout de la réalité de Monaco, où Léon XIV se rend demain pour une visite-éclair d'une journée, à l’invitation du prince Albert II, ce qui fait de Monaco la deuxième destination internationale de son pontificat – et la première en Europe – depuis son élection en mai, avant une grande tournée en Afrique en avril. Monaco, territoire d'à peine 2 km², coincé entre mer et montagnes, entretient des liens historiques avec le Saint-Siège. Demain, à une semaine de Pâques, c’est la rencontre des deux plus petits États du monde. Le dialogue interreligieux et la préservation de l'environnement sont des sujets qu’ils partagent. Le catholicisme est la religion d’État de la Principauté, comme à Malte et Saint-Marin. Au-delà du côté bling-bling, l’influence multiséculaire de l’Église catholique structure la vie publique et princière de Monaco, à travers la dévotion populaire, l’assistance à la messe (8 % des 39000 habitants sont pratiquants) et le réseau de fondations et d’associations engagées auprès des plus pauvres, sans oublier les questions de société. Sur ce point, Monaco se distingue de la France. L'an dernier, à contre-courant de la République voisine, Monaco adopta une loi rejetant l'aide à mourir en développant les soins palliatifs et rejeta un projet de légalisation de l'avortement, bien que, depuis 2019, les femmes allant avorter en France ne sont plus susceptibles de poursuites.
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Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel,…
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