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Jean-Marc DANIEL, spécialiste de l’histoire de la pensée économique, professeur émérite à l’ESCP. Auteur de Nouvelles leçons d’histoire économique (Odile Jacob)
La confiance, voilà le mot de la rentrée. « Confiance » et « foi » ont la même racine, laquelle a aussi donné le mot de « crédit ». François Bayrou est-il crédible ? Avec le vote de confiance, préalable à toute discussion budgétaire, le Premier ministre n’organise-t-il pas son suicide politique ? En tout cas, il estime « qu'il n'y a aucune politique courageuse possible » sans « l'assentiment minimal des Français et de ceux qui les représentent ». Sans vote de confiance, juge le Premier ministre, sans « cette entente sur le diagnostic », alors la situation sera interprétée sur un mode conflictuel, « le pouvoir contre les Français, le haut contre le bas ». Comment faire en sorte que le chaos ne prévale point ? « Les bonnes idées existent », s’écrie l’économiste Jean-Marc Daniel, issu d’une famille protestante du pays foyen entre Libourne et Bergerac. La figure de saint Thomas d’Aquin lui est familière. Inspiré par Aristote et saint Paul, le Docteur angélique – dont la sépulture se trouve en l'église des Jacobins de Toulouse – est connu pour son concept de « juste prix » et sa distinction entre justice commutative et distributive. La justice commutative gouverne les relations de partie à partie ; elle a pour objet principal les transactions volontaires entre individus. Thomas d’Aquin se montre ainsi soucieux de fonder l’économie sur le marché et la liberté du contrat. Quant à la justice caritative, elle articule harmonieusement deux notions : la justice sans la charité risque de devenir dure, légaliste, froide et la charité sans la justice peut devenir arbitraire ou inefficace. Pour saint Thomas, la charité parfait la justice : celle-ci exige de payer son ouvrier le juste salaire et invite à l’aider encore s’il est dans le besoin, même si ce n’est pas « dû » selon le contrat. La justice caritative assure le juste salaire et considère la dignité de la personne.
Jean-Marc Daniel reprend ses Causeries au théâtre de poche samedi 13 septembre à 21h00 sur le thème : « économie, à quoi faut-il s’attendre ? »
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Charles ROJZMAN, philosophe, professeur de littérature en Allemagne, pionnier dans le domaine de la violence sociale et de l’éducation à la démocratie. Auteur de La société malade - comment éviter la guerre civile, échec du vivre ensemble, chaos identitaire (Fyp éditions)
Nul ne conteste que l’incommunicabilité est un trait saillant de notre société fracturée en bulles idéologiques et en territoires étanches les uns aux autres. Les riches se barricadent, les pauvres se battent pour survivre, une sorte de loi de la jungle progresse et c’est par comparaison avec le « monde d’avant » que l’on mesure que quelque chose s’est défait dans notre pays. Deux périls se partagent ce nouvel espace en friche : le nihilisme et le fanatisme : « d’un côté des âmes errantes qui ne croient plus rien, ne désirent plus rien », pas même des enfants ; de l’autre « des âmes assoiffées de certitudes, prêtes à mourir et à tuer pour une vérité unique », déplore Charles Rojzman. Au milieu se trouve une humanité perdue et un vivre-ensemble impossible – qui se ramène à un slogan creux, à une injonction à tenir debout quand plus rien ne tient. Cette réalité n’est pas juste une illusion, comme le dit le titre d’un film. Ce qui importe, c’est de ne pas se laisser emporter par le pessimisme mais de mettre en pratique une « thérapie sociale », celle que Charles Rojzman a déjà expérimentée entre juifs et arabes au Proche-Orient, noirs et blancs aux États-Unis ou encore au Rwanda et au Caucase. Cet expert en guerre civile mérite d’être entendu pour que, chez nous, ce qui est peut-être déjà dans les têtes ne se traduise pas dans les rues.
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Gilles LIPOVETSKY, philosophe, essayiste. Auteur de L’Odyssée de la surpuissance – hyperpouvoir et fragilités (Odile Jacob)
« Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort », s’écrie saint Paul. Cette phrase subvertit notre conception de la force et de la faiblesse, puisque l’une n’est pas la négation de l’autre mais devient sa condition. Les divinités païennes, que les sociétés peureuses idolâtrent, sont le masque de démons, dont la surpuissance suscite un culte, une fascination voire une sublimation. Le régime nazi en fut l’illustration moderne. Le communisme exprima aussi une forme de toute-puissance fondée sur la totalité des pouvoirs adjugés à l’État. En géopolitique, c’est le terme d’hyperpuissance, cher à Hubert Védrine, qui caractérise le jeu des dominants. Gilles Lipovetsky, quant à lui, étudie depuis longtemps le concept d’hypermodernité. L’auteur de l’Ère du vide (1983), élabore une théorie générale autour de l’odyssée de la surpuissance, clé d’intelligibilité de toutes les transformations que nous vivons, lesquelles se jouent des anciennes logiques de régulation étatiques. La technoscience et le capitalisme de prédation forme un attelage redoutable dont le carburant se résume à une injonction : toujours plus ! Ainsi assistons-nous « à l’émergence d’un nouveau stade de la modernité, porteur d’une civilisation inédite ». Paradoxe : plus la surpuissance s’affirme, plus elle fragilise nos vies. Ce qui, naguère, nous paraissait naturel devient une source d’angoisse et d’inhibition, comme le fait d’avoir des enfants ou même simplement de manger sainement.
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Jean-Jacques CORDIVAL, président de la fédération CGC des media, secrétaire général du syndicat national des personnels de la communication et de l’audiovisuel (SNPCA-CGC), ancien candidat à la présidence de France Télévisions
C’est aujourd’hui que Charles Alloncle remet son rapport aux députés membres de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, lesquels se prononceront le 27 avril sur la publication ou non de ce rapport très attendu. Il serait extravagant que celui-ci ne fût pas publié, vu l’engouement ou l’énervement qu’il aura suscité, les uns se réjouissant d’un « exercice de transparence » digne de la démocratie, les autres déplorant un « tribunal politique », la commission ayant été créée à la demande de l'UDR d'Éric Ciotti, allié du Rassemblement national qui prône la privatisation de l'audiovisuel public. Dans ce dossier, deux questions doivent être distinguées : le bon usage de l’argent public et l’opportunité de privatiser. Les deux ne se confondent pas. Jean-Jacques Cordival défend le caractère public de l’audiovisuel en s'insurgeant contre sa semi-privatisation qui est son état actuel, la politique de la direction de France Télévision consistant à externaliser les émissions à des sociétés de production privées. C’est ce fonctionnement, cette hybridation public/privé, qu’il pointe au nom des personnels du groupe public – qui pourrait fort bien produire en interne ce qui coûte fort cher aux contribuables, lesquels, via leurs impôts, cautionnent ce dysfonctionnement.
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Michel TERESTCHENKO, maître de conférences émérite à l’université de Reims, spécialiste de philosophie morale et politique. Auteur de Voir le monde autrement - la cécité expliquée aux voyants ou à ceux qui se croient tels (La Découverte)
On sait, avec Charles Péguy, qu’ « il faut toujours dire ce que l'on voit et surtout, ce qui est plus difficile, il faut voir ce que l'on voit ». Avoir des yeux est une chose, savoir regarder en est une autre. Ce qui compte, ce sont les yeux du discernement. Cette maxime vaut en particulier pour les journalistes. Mais quid de ceux qui ont des yeux mais ne voient pas, et même n’ont jamais vu de toute leur vie et ne verront jamais ? Dans quel monde vivent-ils ? Comment imaginent-ils la réalité ? Le regard que nous portons sur eux leur importe-t-il ? Ce dernier point est capital. Les aveugles intériorisent le regard négatif que les voyants développent à leur endroit. Car la cécité fait peur, c’est même une hantise. 2 millions de personnes sont concernées par cette infirmité et, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne les voit pas. Dans cette enquête, née de l’intérêt pour le témoignage de John Hull, Michel Terestchenko, voyant et philosophe, nous fait mesurer la richesse des rencontres qu’il a faites. Il nous invite, nous autres qui voyons, à voir autrement.
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Guilherme Ringuenet, journaliste spécialisé dans les violences sexistes et sexuelles, le social, l’histoire et les religions. Auteur de Des bourreaux - l’enquête choc sur la pédocriminalité en France : qui sont les auteurs des violences sexuelles sur mineurs ? (Harper Collins)
C’est une forme de pandémie qui ne dit pas son nom – qui fragilise la confiance, ce socle de tout l’édifice social. La criminalité sexuelle sur mineurs éclabousse nos sociétés émancipées qui ont du mal à savoir où se situent les limites, quel que soit le domaine. 160000 enfants en sont victimes chaque année ; 5,4 millions d’adultes disent l’avoir subie avant dix-huit ans. Peut-on comprendre les auteurs de violences sexuelles sur mineurs ? Comprendre, non pour excuser mais pour prévenir. Car les bourreaux sont parmi nous. Dans le périscolaire, par exemple, la chose a pris un caractère systémique à Paris, où depuis le début de l’année 78 agents ont été suspendus dont 31 pour suspicion de violences sexuelles. Partout où des enfants sont là – les prédateurs rôdent. L’Église catholique elle-même constitue un cadre propice et si le nombre de religieux incriminés demeurent faibles, les occasions données aux pervers, à travers de multiples activités tenues par des laïcs, sont nombreuses. Le journaliste Guilherme Ringuenet a rencontré des victimes mais aussi et surtout des spécialistes qui nous aident à comprendre les mécanismes de la perversion de monsieur tout le monde, apparemment irréprochable et souvent père de famille.
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Vincent MONTAGNE, président du groupe Médias-Participations, du Syndicat national de l’édition (SNE)
Le Festival du Livre de Paris s'est ouvert hier soir au Grand Palais, avec 450 exposants et 1800 auteurs attendus, à l'exception notable de la plupart des maisons d'édition appartenant au groupe Hachette, numéro un français de l'édition, contrôlé par Vincent Bolloré, et de la plateforme Amazon, qui a annoncé en mars son retrait. Le géant du commerce en ligne devait être, pour la première fois, présent en qualité de partenaire. D’un point de vue éditorial, le Festival coïncide avec la crise provoquée par la décision inédite de 170 écrivains de refuser de publier de nouveaux livres chez Grasset afin de dénoncer le « licenciement » de son PDG, Olivier Nora, dont ils tiennent pour responsable Vincent Bolloré, encore lui. Grasset venait d’hériter d’un auteur de renom, Boualem Sansal, qui avait quitté Gallimard. Au-delà de ces épisodes chahutés, qui tranchent avec le monde traditionnellement feutré de l'édition française, des questions de fond se posent : la lecture devient-elle un enjeu de santé publique ? Des états-généraux sont attendus pour la mettre au cœur des apprentissages et des habitudes. L’écrit et l’écran ne sont pas condamnés à se faire la guerre, même si le temps disponible n’est pas extensible et que la lecture est une activité exigeante requérant discipline et attention. Le paradoxe du Festival du livre de Paris est que les jeunes y viennent, en représentent 43 % de la fréquentation, alors qu’ils sont très exposés au décrochage avec la lecture. Dans un autre registre, le livre religieux, qui englobe les spiritualités, connaît une dynamique, laquelle fait écho au nombre croissant de baptisés adultes et adolescents en France.
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Chantal DELSOL, philosophe, écrivain, professeur émérite des universités, membre de l’Institut. Auteur de la Tragédie migratoire et la chute des empires - Saint Augustin et nous (Odile Jacob)
Après avoir décrit la fin de la chrétienté et l’inversion des normes qu’engendre ce phénomène, Chantal Delsol convoque saint Augustin à la barre de nos angoisses. Car l’Empire occidental, sur le mode de l’Empire romain, tend à s’éclipser en se laissant submerger par des populations venues d’ailleurs qui s’y installent pour ne point en repartir. La philosophe parle ainsi de la tragédie migratoire et de la chute des empires, mais ce qui compte, ce sont les leçons que saint Augustin, qui connut une situation présumée comparable, peut nous donner à quelques siècles de distance. Les invariants de la nature et des groupes humains permettent en effet d’abolir le temps et de trouver des similitudes. Sur ce sujet comme sur d’autres, le duel à distance entre le pape Léon XIV et l’Amérique trumpiste invite à s’interroger sur la place de la moral et de la politique. La morale commande une position, la politique implique des décisions ; les deux ne sont pas simples à conjuguer. Au nom de l’accueil inconditionnel, ne sacrifie-t-on pas nos intérêts ? La vague migratoire, comme sous l’Empire romain, sidère l’opinion, à la fois craintive, désemparée et impuissante. D’autant que l’inclusion empêche l’intégration. Dans quelle mesure la parole de saint Augustin, dans le fracas du monde, peut-elle se révéler inspirante ?
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Jérôme CORDELIER, rédacteur en chef au magazine Le Point chargé des éditions locales et des spiritualités. Auteur de Les grandes fractures - les chrétiens face aux défis du siècle 1954-1968 (Calmann-Lévy)
Lundi à Alger, Léon XIV avait lancé un puissant appel au « pardon » devant le Monument des martyrs, victimes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962), appelant à ne « pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ». Une manière de faire la leçon au pouvoir algérien, assis sur deux rentes : le sous-sol et une mémoire hémiplégique. Comme tant d’autres sujets, la guerre d’Algérie, mobilisant des conscrits, divisa beaucoup les chrétiens. De part et d’autre, on crut participer à une « guerre juste ». Le grand chambardement engendré par le concile Vatican II coïncida avec celui de la décolonisation. Il est facile de se fâcher, beaucoup plus dur et beaucoup plus long de se pardonner. Ce qui étonne peut-être, c’est que, malgré l’institution dont elle dispose, l’Église catholique ne semble pas tellement plus apte que les autres à empêcher les fractures, à les surmonter et à les résoudre. Des figures comme le père Robert Davezies ou Jean Bastien-Thiry irradièrent les milieux catholiques. Celles de Jacques Soustelle ou de Jacques Massu montrèrent la complexité d’un conflit passionnel. Ce troisième volume de la trilogie écrite sur les chrétiens engagés fait l'objet ce soir à 19h45 d'une présentation à la librairie La Procure, place Saint-Sulpice (Paris VIe), en présence de Jérôme Cordelier.
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Me Alain GARAY, avocat à la cour de Paris et de Bordeaux, enseignant à l’Institut catholique de Paris, ancien expert auprès de l’OSCE. Auteur de Le harcèlement politique contre la démocratie (éditions du Cerf)
La journée d’hier à la Maison Blanche a pris un tour singulier quand, après une livraison de McDonald's dans le Bureau ovale, Donald Trump tint une conférence de presse où se mêlèrent la guerre en Iran, les attaques contre le pape Léon XIV et une polémique autour d'une image représentant le président US sous les traits de Jésus, image que Donald Trump retira sous la pression de la droite religieuse américaine. Le président des États-Unis pensait que l’image en question, faite par IA, le dépeignait en médecin pour la Croix-Rouge ! Pendant ce temps, le pape, dans l’avion le conduisant en Algérie, s’écria qu’il n’avait pas peur du gouvernement américain tout en réitérant son message de paix pour le monde. Le vice-président américain JD Vance en ajouta une couche en exhortant le Vatican à « s'en tenir aux questions morales », sans interférer dans la politique américaine. Ce climat illustre une évolution des sociétés démocratiques vers la violence verbale, une sorte d’ensauvagement, lequel est favorisé par la plateformisation et l’anonymisation de la parole. Partant de cette actualité, cette émission ausculte un phénomène plus hexagonal, consécutif aux élections municipales. De plus en plus, les élus sont en effet la cible des réseaux sociaux, plus précisément d’un harcèlement destiné à contraindre leur action, à pourrir leur réputation ou à les intimider. On ne mesure pas encore les conséquences de cette évolution sur nos mœurs démocratiques et, paradoxalement, on note très peu de contentieux, comme si les politiques avaient peur de se défendre et de faire valoir leur droit. Me Garay entend s’attaquer à cet ensauvagement par tous les moyens que la loi met à la disposition du citoyen. Il préconise notamment la levée judiciaire de l’anonymat et l’allongement de la durée de conservation des adresses IP. Après, surgit inévitablement le débat entre le laisser-faire ou la régulation, la liberté ou la censure. Mais la liberté existe-t-elle sans la responsabilité ?
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Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel,…
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