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Or


Père Joël Pralong, prêtre du diocèse de Sion (Valais), infirmier de formation, prédicateur de retraites, chapelain de la Basilique Notre-Dame de Valère, ancien supérieur du séminaire de Sion (Valais)
Dans l’épreuve, l’Église demeure le lieu de la consolation. Des centaines de personnes ont assisté hier à la messe, dans le froid, à l'extérieur de la chapelle Saint-Christophe de Crans-Montana, qui était bondée. Le jour de l’an est traditionnellement consacré à la fête de Marie Mère de Dieu et à la prière mondiale pour la paix mais, depuis le drame de la saint Sylvestre, ce sont des familles déchirées qui pleurent ce qui est arrivé à leurs enfants, souvent mineurs, dans l'insouciance des vacances de Noël. Quelle parole l’Église peut-elle avoir en pareilles circonstances, c’est la question que nous avons posée au père Joël Pralong, lui-même d’origine valaisanne.
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Philippe ROYER, entrepreneur, cofondateur du réseau Cléophas Sens & Performances, président de Fratello, ancien dirigeant des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC), fondateur de Redonner du sens. Auteur de Fils de paysan - notre bon sens commun (Fayard)
Tel un orage de grêle, la condamnation de Nicolas Sarkozy a essoré le champ médiatique, sur lequel les agriculteurs en colère avaient planté l’épouvantail de leur mobilisation. Et pourtant la chose est sérieuse : il s’agissait de dénoncer le projet d'accord de libre-échange entre l'Union européenne et des pays latino-américains du Mercosur dont Bruxelles a lancé au début du mois le processus de ratification. La France, hier très opposée, semble depuis lors se montrer moins défavorable. Et si, dans tous les domaines, on en revenait au bon sens paysan, “notre bon sens commun”. Le rond-point des gilets jaunes serait-il une métaphore de la politique, qui coûte cher et tourne en rond et que le moindre obstacle suffit à paralyser. Quelle direction ce bon sens pourrait-il nous indiquer ? C’est toute la question soulevée par Philippe Royer, entrepreneur et ancien dirigeant des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC), fondateur de Redonner du sens, initiative destinée à renouveler la vie politique.
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Bénédicte RENAUD-BOULESTEIX, haut fonctionnaire, docteur en études politiques de l’EHESS. Co-auteur de Bien commun : quelle efficacité politique et économique de la prescription morale ? (Hermann)
Pour l’Église catholique, le bien commun est « l’ensemble des conditions sociales qui permettent à la personne, aux familles et aux groupes, d’atteindre plus pleinement et plus facilement leur perfection propre ». Il ne s’agit donc pas d’une addition ou d’une juxtaposition d’intérêts particuliers, ni d’un intérêt général abstrait. C’est ce qui rend possible l’épanouissement de chaque personne, eu égard à sa dignité et à sa vocation. Le bien commun requiert la participation de chaque citoyen qui a une responsabilité, selon ses moyens. La finalité est transcendante : le bien commun trouve son accomplissement ultime en Dieu. L’ordre social n’est pas une fin en soi mais doit ouvrir à la vie spirituelle et au salut. Un ouvrage collectif, fruit d’un colloque qui s’est tenu en 2023 à l’Institut catholique de Paris, éclaire les diverses significations de la notion de bien commun en retraçant sa généalogie de saint Thomas d’Aquin à nos jours. Mais une question demeure : quelle peut être l’efficacité de cette notion ? Comment la mettre en pratique dans une société éclatée où il existe une impossibilité de l’action commune ? Et puis, le bien commun risque d’être victime de son succès : c’est une notion miroir où chacun projette son désir d’influence, ce qui est sans doute le moins bon service à lui rendre.
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Martin STEFFENS, agrégé de philosophie, enseignant en classes préparatoires à Strasbourg. Auteur de Ce qui nous fait humains - une métaphysique des marges (DDB)
Les crimes contre l’humanité, expression usitée depuis les opérations menées à Gaza par l’armée israélienne, appartiennent au lexique du droit international dont ils constituent des violations très graves. Ils forment à ce titre une catégorie à part destinée à réprimer des actes commis à grande échelle contre des populations civiles. Mais, au juste, comment distinguer ce qui est humain de ce qui ne l’est pas ? La frontière ne passe pas seulement entre l’homme et l’animal mais entre les humains eux-mêmes. Martin Steffens réfléchit notamment à la notion de non-emprunt de Marcel Mauss : on choisit d’être et le groupe, craignant que son existence s’arrête, pose une limite à sa compassion. Dans quelle mesure cette conception coïncide-t-elle avec la vision chrétienne du prochain ? Le philosophe distingue en outre trois idéaux-types : le migrant, qui ne va nulle part et n’est nulle part chez lui, le touriste, qui va partout et se sent partout chez lui, et le pèlerin - que nous sommes tous - et dont il décrit le caractère singulier.
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Thibaud COLLIN, professeur agrégé de philosophie en classes préparatoires, chroniqueur à L’Homme nouveau. Auteur d’Un changement de paradigme dans la morale catholique ? (éditions de l’Homme nouveau)
Comme le disait Jean Daniel, grande figure du journalisme et mort centenaire, la tentation est toujours grande de « préférer l’erreur qui rapproche à la vérité qui sépare ». Cela concerne autant les hommes que les institutions. Par exemple, très tôt, l’Église milita contre l’esclavage à une époque où il était la norme. Sa lutte constante, notamment avec sainte Bathilde, lui permit d’en venir à bout mais il fallut des siècles pour cela. De même, l’Église batailla-t-elle durement pour que le consentement fût le socle et la raison d’être du mariage. Au fond, ce qui lui importe, c’est la dignité de l’homme mais cette dignité ne va pas de soi, n’est pas un donné de sa nature pêcheresse. En vertu de cette dignité, miroir de celle infinie de Dieu, l'Église, à l’époque contemporaine, prend des positions fort éloignées de l’évolution des mœurs qui s’emballa à partir des années soixante. En 1968, Paul VI publie l’encyclique Humanae Vitae. Beaucoup s’attendent à une ouverture sur la contraception artificielle mais le pape réaffirme que chaque acte conjugal doit rester ouvert à la transmission de la vie. Jean-Paul II assoit cette position dans encyclique Veritatis splendor (1993) et Benoît XVI continue dans cette voie. Le pape François marque une inflexion dans Amoris laetitia (2016). D’un texte pontifical à l’autre, la morale peut-elle évoluer ? Le philosophe Thibaud Collin s’interroge sur un changement de paradigme, expression à laquelle il préfère le développement homogène. Car inflexion ne rime pas avec contradiction. La question profonde est : sur des sujets intimes et sensibles, qui engage le corps mais aussi tout le corps social, que croire et qui croire et quelle attitude adopter devant la vie et le mystère de notre condition ?
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Véronique ALBANEL, professeur de philosophie aux Facultés Loyola Paris, spécialiste d'Albert Camus. Auteur de Le Christ d’Albert Camus (DDB)
Sans doute, en nous écoutant, cherchez-vous un sens à votre vie, laquelle est probablement tiraillée entre le désir d’unité et le chaos du monde auquel l’actualité nous confronte tous les jours. Albert Camus, face à l’absurde, avait esquissé trois issues : le suicide (qu’il rejette), l’illusion religieuse ou métaphysique (qu’il refuse), et enfin l’acceptation lucide. Camus fut animé par une vision négative du christianisme historique, faisant reposer le monde sur la compréhension, la part d’innocence de chacun, plutôt que sur la condamnation. Il estime que l’Eglise a trahi le message du Christ, qu’il voyait aux côtés de pauvres sans terre et sans pain et non du côté des puissants et du jugement. Peut-on accepter le Christ souffrant et rejeter le salut, le sens métaphysique de ses souffrances ? Quel est ce Christ de l’homme révolté ? S’il est « impossible de christianiser Camus », ainsi que le dit Véronique Albanel, il n’est pas non plus possible de passer à côté du dialogue auquel il invite entre croyants et non-croyants. Si ses échanges avec François Mauriac ont pu être marquants, ceux-ci ne dispensent, le temps faisant son œuvre, de renouer avec sa pensée et ceux qui s’en réclament. Mort en 1960, le clergé de l’époque préconciliaire se prêtait guère au dialogue avec les subtilités camusiennes. Il y eut donc un rendez-vous manqué. Les choses eussent sans doute été différentes si l’écrivain avait vécu plus longtemps. L’écho de son œuvre étant encore si puissant qu’il n’est pas trop tard pour l’aborder sous l’angle du Christ.
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Arnaud BOUTHÉON, co-fondateur du Congrès Mission, d’HolyGames, engagé auprès des Chevaliers de Colomb, cofondateur de l’Observatoire français du catholicisme (OFC)
L’Observatoire français du catholicisme (OFC) a commandé à Jérôme Fourquet (IFOP) un sondage sur « la signification de Noël et l’observance de sa tradition en France ». Où l’on s’aperçoit que toutes les polémiques allumées à propos de la visibilité du christianisme ne sont pas des sujets, et que le désir de paix et de « décélération » l’emporte sur la division et le laïcisme étroit.
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De Gustave Courbet au Qatar à la Nativité dans ses œuvres
Simon de MONICAULT, expert en œuvre d’art, ancien directeur du Département Mobilier & Objets d'art chez Christie's France
La France a-t-elle "Courbet" l’échine devant le Qatar ? Après le vol des bijoux du Louvre, c’est le Désespéré qui désespère, non pas Billancourt, mais la France entière, et toute la classe politique des députés Chenu à Corbière. Pour l’un, c’est une autre Joconde qui s’en va, pour l’autre, c’est désespérant de se courber devant les oligarques. L’association des Amis du musée Gustave-Courbet a interpellé les parlementaires pour en savoir plus sur les conditions de vente et de « fuite » à l’étranger de ce qui est présenté comme un autoportrait magnétique. Cette question de la liberté de circulation des œuvres d’art n’est pas nouvelle et mérite une certaine pondération. Parallèlement, Simon de Monicault nous fait découvrir trois tableaux remarquables de la Nativité :
Umberto Giunti (1886-1970), copiant Sandro Bottocelli (1445-1510) : Vierge à l'enfant, Londres, Courtauld
Copie d'après le Maître du triptyque d’Orléans : Triptyque de la Nativité, New York, Met Museum
Louis Cane (1943-2024) : Nativité, 2004
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Anne COFFINIER, énarque, normalienne, fondatrice de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative, entrepreneur social
Les questions autour de l’enseignement demeurent étonnamment abrasives, comme ont pu en témoigner les relations aigres-douces, l’épithète est faible, entre l’enseignement libre et l’État au fil d’une année 2025 dominée par une série d’épisodes conflictuels. Ces relations compliquées touchent aussi bien l’école hors contrat que sous contrat. L’affaire Bétharram a cristallisé des passions. Les abus commis lors d’inspections d’établissements par l’Éducation nationale a semblé marquer une volonté de raviver une guerre scolaire dont on peut se demander si celle-ci relève tout autant de l’urgence que de la nécessité. À cela s’est ajouté le bras de fer à propos du forfait d’externat que la métropole lyonnaise et la mairie de Paris font mine de ne pas vouloir verser, alors que la loi les y oblige. Plus largement, l’État ou ceux qui utilisent son pouvoir s’agacent des performances de l’enseignement catholique, moins cher er dans lequel les Français ont de plus en plus tendance à faire confiance.
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Thibault van den BOSSCHE, juriste à ECLJ (Centre européen pour le droit et la justice), chargé de plaidoyer au soutien des chrétiens persécutés, diplômé de l’Université Senghor à Alexandrie
S’il est venu au monde dans une crèche, c’est que le monde n’en a pas voulu, car on sait qu’il n’y avait de place pour eux, comme le disent les Ecritures. C’est encore vrai 2000 ans plus tard. Malgré tout ce que le christianisme apporte à la société, malgré tout ce que l’Europe lui doit, malgré le fait que le christianisme ne soit plus dominant et accepte de ne plus l’être, une hostilité se manifeste de plus en plus, à la fois à travers des actes antichrétiens et une pression ou une négligence institutionnelle exercée par l’UE, pourtant fondée par des chrétiens. Cet aspect discriminatoire revêt un caractère systémique si l’on songe qu’à l’échelle de l’UE comme de l’ONU ou de l’OSCE, les chrétiens n’ont pas de représentants personnels et aucun rapport n’est publié sur les violences dont ils sont l’objet. L’ONG viennoise OIDAC Europe basée à Vienne (Autriche) a recensé plus de 2200 crimes de haine anti-chrétiens en Europe en 2024. Ces nouvelles données font apparaître un nombre croissant d’incendies criminels contre des églises et une pression juridique accrue sur la liberté de religion à travers l’Europe, sachant que ces statistiques sous-comptabilisent les agressions. Comme les années précédentes, la France demeure le pays où le plus grand nombre de crimes de haine anti-chrétiens ont été recensés.
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Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel,…
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