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Or


Claude REVEL, énarque, ancienne déléguée ministérielle à l’intelligence économique, conférencière. Avait publié en 2012 La France, un pays sous influence ? (Vuibert)
Le président chinois Xi Jinping a accueilli son homologue français Emmanuel Macron, venu le presser de corriger le déséquilibre commercial avec l'Europe, et d’user de ses relations avec la Russie pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Il s'agit de sa quatrième visite officielle en Chine depuis son accession à la présidence en 2017. Le président Xi a lui-même été reçu en France l’an dernier. Les désaccords sont profonds. Emmanuel Macron entend aborder des pratiques commerciales chinoises jugées déloyales, des voitures électriques à l'acier. La relation entre la Chine et l'Europe est caractérisée par un déficit commercial massif (357 milliards de dollars) en défaveur de l'UE. Un colloque se tient samedi à Paris dans le VIe à l’hôtel de l’industrie, colloque organisé par le Nouvel essor français, groupe de réflexion visant à « faire de la France le pays le plus puissant et prospère d’Europe ». Fondé par Patrice Huiban, saint-cyrien devenu haut fonctionnaire et qui enseigne l’économie de la Défense à Sciences Po Paris, le Nouvel essor français se demande ce que signifie être souverain au XXIe siècle. À cette réflexion participe Claude Revel, qui sous François Hollande avait été déléguée ministérielle à l’intelligence économique. Selon elle, la souveraineté se définit comme la « maîtrise avisée de nos dépendances ». Ce concept n’est pas simple à articuler avec l’Union européenne, largement acquise aux États-Unis, comme l’a une nouvelle fois démontré cet été l’accord sur les tarifs douaniers. L’UE se voit imposer des droits de douane de 15%, avec de rares exemptions (aéronautique, spiritueux, médicaments), et des taxes plus lourdes dans certains secteurs (acier). L’UE s’est par ailleurs engagée à hauteur de 750 milliards de dollars à faire des achats d’énergie et à 600 milliards d’investissements supplémentaires aux Etats-Unis.
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Amandine CORNETTE de SAINT-CYR, romancière. Auteur de Au secours Marie ! (Fayard)
Après avoir appelé au secours sainte Rita, la voilà qui implore la vierge Marie. Pour Amandine Cornette de Saint-Cyr, le Ciel n’est pas vide, le cœur non plus. On a parfois besoin dans sa vie de consolation. Face à la maladie de sa mère, la romancière a décidé d’aller à Lourdes. Les épreuves rapprochent, ramènent ce qu’il reste à vivre à ce qui doit être vécu. Même si des stars comme Maradona sont allés dans la cité mariale, ce sont des millions d’anonymes qui viennent y chercher l’eau. Par-delà ses boutiques à bondieuseries, Lourdes demeure un refuge où la vie reprend son sens après que la maladie l’a fait basculer.
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Stéphane MICHONNEAU, historien, spécialiste de l’Espagne, professeur à l’université Paris-Est Créteil, ancien directeur des études à la Casa de Velasquez à Madrid. Auteur de Franco, Le temps et la légende (Flammarion)
Au sortir d’une guerre civile très meurtrière (1936-1939), le général Francisco Franco domina l’Espagne jusqu’à sa mort le 20 novembre 1975. L’homme fort de la péninsule ibérique, peu charismatique et moqué par ses pairs pour son excessive prudence, instaura un régime en s’appuyant sur le haut clergé catholique, menant une croisade contre « les impies » et contre la contagion communiste. Franco eut l’habilité de se placer au bon moment du bon côté, ce qui lui valut le soutien des États-Unis et l’intégration dans l’OTAN. La répression que dirigea son régime, y compris après la guerre civile, laissa des traces, une « impression » pour reprendre le terme de saint Augustin, qui cristallise l’hostilité mémorielle que lui voue la gauche espagnole qui, en quête d’identité, instrumentalise une histoire que la monarchie avait réussi à apaiser. Les mémoires de l’ex-roi d'Espagne Juan Carlos, déjà sorties en France, parlent d’ « une transition exemplaire », à deux jours de leur sortie en Espagne. Le général Franco l’avait officiellement désigné comme son successeur. L'ancien monarque de 87 ans tient des propos élogieux à l'égard du Caudillo.
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Frédéric HERMEL, journaliste à RMC. Auteur de C’est ça la foi ! (Fayard)
En voilà qui sait où il crèche et qui le dit : dans ce récit où il se livre, Frédéric Hermel stimule les âmes, la foi n’y étant pas assimilée à un concept lointain, mais à une présence vivante, faite de gestes et d’émotions profondes et d’héritage naturellement partagé. Une foi simple, populaire et joyeuse – qu’il assume avec une certaine nostalgie. Né à Mercatel près d’Arras (Pas-de-Calais), Frédéric Hermel se souvient des trois messes par semaine, des cours de catéchisme où allaient tous les élèves de l’école publique. Le manque de prêtres est à ses yeux « un drame absolu ». Et si l’Avent préfigurait la redécouverte de la foi chrétienne, loin du consumérisme niveleur et vide auquel on assimile la fête de Noël. Les crèches cristallisent un enjeu, celui de l’annonce du Christ dans un monde perdu et sans espérance. Après son livre à succès Zidane et de C’est ça la France ! Frédéric Hermel invite à vivre les rites de la foi, à marier le culturel et le cultuel, une dimension que le catholicisme postconciliaire avait délaissée au profit d’un élitisme désincarné.
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Pierre MÉNAT, diplomate, ancien directeur des affaires européennes au ministère des Affaires étrangères, ancien conseiller du président Jacques Chirac. Auteur de L’Europe entre Poutine et Trump (L’Harmattan)
Pour l’Union européenne, le temps est sans doute venu de faire le deuil de ses illusions. De part et d’autre, qu’elle se tourne vers l’est, l’ouest ou le sud, ce territoire de paix perpétuel fait face à un monde en fusion et hostile, incarné par des voix comme Donald Trump ou Vladimir Poutine, qui prennent en étau le rêve européen, et surtout la politique étrangère de l’UE historiquement fondé sur le renoncement à la puissance. Vladimir Poutine a déclaré hier que la Russie ne cesserait les hostilités en Ukraine que si les forces de Kiev acceptaient de se retirer des territoires dont elle revendique l'annexion, faute de quoi l'armée russe les prendra « par la force ». La présidence ukrainienne a de son côté formellement exclu tout abandon de ses territoires, affirmant que le seul sujet réaliste était un cessez-le-feu sur la ligne de front. Ces déclarations du président russe surviennent alors que les États-Unis ont présenté la semaine dernière un plan visant à mettre fin à la guerre, plan mis au point par les Russes et les Américains, sans l’once d’une influence européenne.
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Adrian PABST, politologue, professeur honoraire à l’université britannique du Kent, docteur en philosophie politique et en philosophie des religions. Auteur de Penser l'ère post-libérale - une troisième voie pour sortir de la crise démocratique (Desclée de Brouwer)
En France, le libéralisme coalise contre lui toutes les forces politiques, de gauche comme de droite – qui lui préfèrent l’État omniprésent ou, à tout le moins, le dirigisme d’une élite technocratique. Politologue d’origine allemande enseignant outre-Manche, Adrian Pabst, proche du théologien anglican John Milbank, est une voix qui compte dans ce milieu de la philosophie politique. Selon lui, le libéralisme est dans une impasse, il corrompt nos sociétés, les dissout, fait de chacun de nous des particules élémentaires. Comment en sortir ? Il faut refonder la pensée sur le christianisme social qui fait de la dignité de la personne et du bien commun des absolus. Mais ces concepts sont difficiles à théoriser et surtout à concrétiser, sans être simplement incantatoires, ce qui manifeste au bout du compte une forme d’impuissance à changer le cours des choses. C’est toute la difficulté d’user de concepts normatifs et peu opératoires et le risque est donc de substituer l’utopie au réalisme. Malgré cette difficulté, le post-libéralisme, sans nier l’économie de marché, l’assigne à sa juste place, faisant prévaloir les corps intermédiaires et, dans le sillage du pape François, il représente un antidote à la « culture du déchets » qui est la monstruosité du cynisme économique actuel.
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Grégor PUPPINCK, docteur en droit, directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ)
Léon XIV entame demain son premier voyage à l'étranger au cœur du berceau historique du christianisme, en Turquie, pour marquer le 1700e anniversaire du concile de Nicée. Le voyage du pape auprès de Bartholomée 1er, patriarche œcuménique de Constantinople, manifestera l’unité de l’Église. C’est la basilique d'Iznik, où se rendra Léon XIV à 200 km au sud d'Istanbul, qui accueillit en 325 la profession de foi du christianisme que l’Empire romain avait rendu légal douze ans auparavant. Malgré cette longévité et cette antériorité, les chrétiens, ou ce qu’il en reste, sont persécutés par un État turc, islamique sunnite et nationaliste. Un rapport du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), ONG de juristes chrétiens basée à Strasbourg, a publié un rapport détaillé sur la persécution des chrétiens de Turquie, l’idée étant que les media, les ambassades et les politiques fassent du respect des droits des chrétiens une exigence absolue dans leurs rapports avec la Turquie. Ce pays est membre du Conseil de l’Europe, lequel pourrait se saisir de la situation. Une pétition sur le site de l’ECLJ vise à engager cette procédure.
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Olivier ABEL, philosophe, ancien élève de Paul Ricœur, professeur émérite de philosophie et d'éthique à la faculté de théologie protestante de Montpellier. Auteur de Le vertige de l’Europe (Labor et Fides)
En 1992, au moment du saut décisif qu’a représenté le traité de Maastricht, objet d’un référendum, le philosophe Olivier Abel publiait la Justification de l’Europe, où il explorait les raisons d’être philosophiques, historiques et culturelles qui soutiennent l’idée européenne. 30 ans plus tard, le philosophe réfléchit au Vertige de l’Europe, à l’évolution de l’utopie de l’UE, à laquelle il a adhéré pour le souffle qu’elle insufflait, pour l’horizon qu’elle représentait. Aujourd’hui, il estime que l’Europe ne saurait émerger du vide. L’Europe, constate-t-il, est sur la défensive de tous les côtés : la menace russe, la redéfinition du rapport aux Etats-Unis, le choc avec le monde islamique au Sud. « J’appelle Europe tout ce qui a été romanisé, christianisé et qui a subi la discipline grecque », aimait à dire Paul Valéry. Comment redonner du cœur, de la chair, de l’âme à l’Europe qui a tant apporté au monde, qui s’est montrée si curieuse des autres aires de l’humanité. Rien ne saurait émerger du vide sur lequel une construction artificielle peine à s’ancrer. Le pluralisme et le dynamisme des différentes composantes de l’Europe assureront sa pérennité et sa vitalité.
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Gaël BRUSTIER, essayiste, politologue et conseiller politique. Auteur de La Route de la décivilisation (Cerf)
Même si la parole présidentielle est largement démonétisée, le mandat d’Emmanuel Macron restera peut-être associé à un concept, celui de « décivilisation », mot qu’il avait prononcé en mai 2023 en écho à plusieurs faits divers, pour interpeller la société sur la violence qui ronge les mœurs et dont, selon lui, « le politique n’est pas le seul responsable ». Nous serions ainsi engagés dans un processus de dégradation des normes sociales, de l’ordre symbolique et des structures communes, alors que le sociologue allemand Norbert Elias avait bâti sa notoriété sur le mouvement par lequel les règles deviennent de plus en plus codifiées et intériorisées. La civilité n’est pas « naturelle » : elle est apprise, transmise, instituée, comme se tenir dire à table, dire bonjour madame, ou laisser sa place dans le métro. Inspirée d’une analyse utilisant des références à Marx et Gramsci, Gaël Brustier date de la crise de 2008 le basculement vers la brutalisation de la société et l’éclatement des cadres de référence comme les grands partis socio-démocrates dont l’effondrement aura lieu quelques années plus tard. Les chrétiens ont une responsabilité à exercer pour empêcher les jeunes de sombrer dans des causes convulsionnaires et stériles.
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Yann RAISON du CLEUZIOU, politologue, professeur des universités en science politique. Auteur de Vers une Église sans peuple - Serge Bonnet et le catholicisme populaire (éditions du Cerf)
Au début du mois, le nouveau président de l'épiscopat Mgr Jean-Marc Aveline avait plaidé pour que l'Église « garde sa liberté de parler » afin de « ne pas être à la remorque des idées dominantes ». « L'Église n'a pas d'adversaire, mais elle a un message, et elle doit le dire, que ce soit facile ou pas », s’était écrié l’archevêque de Marseille. Mgr Aveline avait aussi évoqué « l'attrait d'une plus claire identité chrétienne dans une société très plurielle, l'attrait de racines traditionnelles dans un contexte où les repères manquent ». Dans son discours d'ouverture de l'assemblée le cardinal avait fait une mise en garde en estimant que « si le désir d'identité est parfaitement légitime, l'extrémisme identitaire en est une caricature dangereuse ». Cette inquiétude peut être mal comprise ou déformée, à l'image de cette chroniqueuse sur BFMTV le 18 novembre – qui affirmait sans citer ses sources qu’il y avait une montée de l’intégrisme catholique dans les prisons françaises. Il y a bien une radicalisation religieuse en France mais pas chez les chrétiens, comme l’illustre une longue étude de l’Ifop. Plus largement, si le catholicisme se minorise en France, il y a aussi un besoin d'appartenance qui interroge l'institution, laquelle avait malencontreusement chassé les milieux populaires pendant les années 60, comme l'avait relevé le sociologue et historien Serge Bonnet dont Yann Raison du Cleuziou vient d'écrire la biographie.
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Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel,…
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