Le Plat de Résistance

Le Plat de Résistance

By La Clé des OndesSociety & Culture
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Le Plat de Résistance episodes

  • Incendies en Gironde : "Les écolos ont mille fois raison !"
    Au programme de cette émission :
    - la revue de presse de Thierry (et un mot de Xavier sur la situation des Girondins de Bordeaux)
    - l'interview par Graziella de Jean-Claude Dinety, géographe, sur les incendies en Gironde
    - quelques mots sur Muddy Waters, au programme de Bordeaux Blues mercredi 27 août à 15h
    Les écolos sont-ils responsables du désastre de la forêt de la Teste-de-Buch ?
    par Jean-Claude Dinety
    Cette forêt jouit d'un statut très particulier, elle est usagère ; soit la possibilité des habitants alentour de collecter gratuitement le bois mort, au sol ou sur pied, et de couper les arbres malades ou dangereux ; elle est donc privée, mais les propriétaires ne peuvent pas s'opposer à cet usage ni exploiter la forêt. Ce statut, joliment nommé "Baillettes et transactions", lui a été accordé à la fin du Moyen-Âge, en 1468.
    Propriétaires contre usagers
    La conséquence est que cette forêt s'est développée très librement ; aussi a-t-elle pu préserver une grande richesse floristique, fondée sur les essences indigènes qui composaient la lande et la forêt claire des dépressions humides, avant que le pays ne soit massivement enrésiné par les plantations de pins maritimes à la fin du XVIII° siècle et au cours du XIX° ; ce sont le chêne (vert, pédonculé ou liège), l'arbousier, l'aulne, le bouleau, le saule, le tremble, la brande (ou grande bruyère), le roseau, la fougère (aigle ou osmonde)... Cette flore abrite de nombreux animaux, dont certaines espèces ont disparu ou sont très rares ailleurs du fait d'un usage inconsidéré de pesticides et de la destruction de leurs habitats : des insectes à foison, des tritons, des grenouilles agiles, de petits mammifères - campagnol, genette, lérot, fouine, blaireau... -, nombre d'oiseaux - circaète Jean-le-Blanc, engoulevent, pipistrelle, hibou, épervier, faucon, busard... Cela lui a permis d'être inscrite sur la liste départementale des Monuments naturels et des Sites classés par décret en 1994, qui argumente ainsi : "Elle se caractérise par sa diversité végétale et préserve une qualité paysagère, culturelle et écologique au pied de la dune du Pilat".
    Les propriétaires, environ une centaine, se sont organisés dans l'Association syndicale libre de la forêt (ASLF) pour défendre leurs intérêts et pouvoir remettre en cause ce droit usager qui les empêche d'exploiter le bois ; en face, les usagers (du moins les quelques écolos du coin...) ont crée l'Association de défense des droits d'usage et de la forêt usagère (ADDUFU) pour garantir et pérenniser leurs privilèges.
    "Cette affaire n'a strictement rien à voir avec la question de l'accès des pompiers en cas d'incendie, ce que tentent de nous faire accroire les braillards aujourd'hui. Pour faire simple, elle concerne exclusivement la gestion de la forêt, en particulier les modalités de sa coupe."
    En 1919, l'un des propriétaires, Thibaud Lemaire résidant en Belgique et président de l'ASLF, dépose un "plan simple de gestion" (PSG, rien voir avec les fouteux...), qui correspond au droit forestier classique et permettrait l'exploitation et la commercialisation des arbres de sa parcelle. L'année suivante, le Centre régional de la propriété forestière et la Commission départementale de la nature, des paysages et des sites de Gironde donnent leur agrément à ce plan de gestion. L'ADDUFU s'insurge et rappelle que la validation finale incombe au ministère de la transition écologique, puisque cette forêt est classée. Dans l'attente de la décision ministérielle, l'ADDUFU engrange des soutiens, parfois inattendus : ceux de Monique de Marco, sénatrice écologiste, qui interpelle le gouvernement par deux questions - écrite et orale -, Sophie Panonacle, député En Marche de la circonscription, et Patrick Davet, maire LR de la Teste-de-Buch. En définitive, Barbara Pompili (alors ministre de la transition écologique) ne valide pas ce PSG. Ce sera la première passe d'armes sérieuse entre les deux camps. Pour autant, cette affaire n'a strictement rien à voir avec la question de l'accès des pompiers en cas d'incendie, ce que tentent de nous faire accroire les braillards aujourd'hui, soit par méconnaissance du droit soit pas un amalgame volontaire, donc pernicieux ; en effet et pour faire simple, le PSG concerne exclusivement la gestion de la forêt, en particulier les modalités de sa coupe, rien de plus.
    Les coupes sont nécessaires et urgentes !
    Second acte de cette mauvaise pièce. Suite à une demande de l'association Défense des Forêts contre les incendies (DFCI), soutenue par l'ASLF, Patrick Davet délivre une autorisation au Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) pour l'élargissement des chemins et des pistes afin de faciliter les secours. De nouveau, l'ADDUFU monte au front et dépose un recours au tribunal administratif au motif que les coupes d'emprise prévues contreviennent aux Baillettes et transactions : le tribunal valide la légalité de l'autorisation. Dans le même temps, Barbara Pompili commande deux rapports, qui sont rendus en janvier 2022 ; leur teneur mélange la chèvre et le choux : d'une part, ils considèrent que les aménagements et équipements actuels (citernes, pistes...) sont adaptés et confirme le droit des usagers, d'autre part, ils alertent sur l'extrême sécheresse du sous-bois et sur le probabilité accrue d'incendies, liée au réchauffement climatique, et sur les risques encourues par les touristes. D'où leur conclusion : les coupes sont nécessaires et urgentes ! D'où leurs exigences : que les syndics des propriétaires et des usagers donnent leur accord et que l'ASFL négocie avec la DFCI les modalités des coupes sans délai ! L'ADDUFU, malgré leur échec devant la justice, n'en démord pas : ces coupes sont une spoliation de leurs droits sur ce bien commun. Sans convaincre : sur ce coup-là, ni maire, ni député, ni même de Marco ne la soutiennent.
    Les deux affaires - plan de gestion et accès des pompiers - n'ont rien à voir. Pour la première, l'ADDUFU a légitimement emporté la manche, pour la seconde affaire, elle s'est fourvoyée. Cependant, son action d'opposition n'a eu aucune conséquence sur le drame d'aujourd'hui. L'État, de toutes les façons, s'était réveillé trop tard pour pallier les insuffisances des aménagements anti-feu.
    Une forêt mixte est beaucoup plus résistante aux feux
    Et surtout, avancer que le feu est la conséquence des lubies écolos qui rêveraient d'un monde où l'Homme ne devrait jamais intervenir sur la nature est absurde : ils considèrent que la sûreté du promeneur doit être assurée, a fortiori des villageois, mais qu'une forêt mixte est plus résistante aux feux. Ils ont mille fois raison. Les boisements productivistes en pins sont les plus dangereux : les résineux sont beaucoup plus inflammables et l'alignement des arbres accélèrent les vents ; en revanche, les forêts mixtes, dans lesquels conifères et feuillus cohabitent, résistent mieux à la propagation des feux. La preuve par dix : celui des forêts de Landiras s'étend deux fois plus que celui de la forêt usagère de la Teste, qui pourtant pâtit d'un handicap supplémentaire, elle s'étend sur des terrains dunaires et donc collineux, qui rend plus difficile l'intervention des pompiers.
    47 min
  • Vagues de chaleur : les droits des travailleurs des vignes en surchauffe
    Travailleuse des vignes dans le Blayais, illustration en 2014 (Blaye Côtes de Bordeaux/Creativ Common/Flick
    La Clé des Ondes : Quels témoignages reçois-tu au moment de ces périodes caniculaires ?
    Marie-Lys Bibeyran : J'en reçois toutes les semaines de la part de travailleurs des vignes avec des interrogations sur leur droit et comment se défendre en conservant leur emploi. En cette période et particulièrement cette année avec les records de températures, j'en reçois davantage et ils sont plus angoissés. On me dit : 'tu nous avais dit que c'était obligatoire d'avoir de l'eau fraiche... mais on ne voit personne, on ne nous demande pas comment on va, on ne nous met pas de l'eau.'
    D'autres me disent qu'ils ont demandé à embaucher plus tôt, c'est refusé ou ça reste sans réponse. Ils voient arriver avec anxiété les journées records des périodes de canicule. Ces messages proviennent de toutes les appellations du Médoc mais plutôt des propriétés dont on pourrait croire que du fait de leur réputation et le prix des bouteilles tout pourrait se passer mieux.
    Comment l'expliquer ?
    Je me rends compte que ça concerne plus ces propriétés que celles familiales où il n'y a pas d'intermédiaire entre les travailleurs et la direction et où il y a plus de liens et de prises en considération. Dans les autres, il y a un mille feuille hiérarchique avec chef d'équipe, chef de culture, directeur technique, directeur général où chacun va se renvoyer la balle.
    Que dit le droit du travail sur ces conditions ?
    Dans l'agriculture - et dans la viticulture en particulier - c'est le flou. Ceci dit, un article 4221-1 du code du travail dit notamment que l'employeur a une obligation de sécurité et de santé vis à vis du travailleur et qu'il doit tout mettre en œuvre pour les protéger. Donc les laisser dans les vignes jusqu'à 13h - comme j'ai pu voir à Pauillac et Saint Estèphe - ce n'est pas protéger leur santé et leur sécurité. Un autre article du code du travail dit qu'il y a une obligation de fournir de l'eau. Mais ce n'est pas normal de rappeler ces dispositions, c'est avant tout une question de bon sens et de respect pour ces personnes, ces travailleurs.
    C'est aberrant. A partir de 10h, on m'envoyait des messages pour dire qu'ils n'en pouvaient plus. On leur a dit qu'exceptionnellement ils pourraient partir à partir de 12h30 au lieu de 13h30. C'est absurde. En plus c'est contreproductif. J'ai été travailleuse dans les vignes. Les journées comme ça, à partir de 11h vous ne valez plus rien. Même au niveau économique, ce n'est donc pas intéressant.
    J'ai alerté l'inspection du travail, la Fédération des Grands Vins de Bordeaux et le CIVB. J'ai eu le président du CIVB, Allan Sichel, au téléphone sur le volet contreproductif, le risque d'avoir un accident et à quel point il était l'intérêt de tous de faire débaucher plus tôt...
    Que dit-il face à ces alertes ?
    Il m'a dit qu'il prenait en considération ce que je lui disais et qu'il allait passer les coups de fils qu'il fallait. Ces personnes là ont été prévenues donc s'il y a un accident chez les travailleurs des vignes, les responsables auront été prévenus.
    Parmi les travailleurs de la vigne, on retrouve aussi beaucoup d'exilés. Comment évoluent aussi leur condition de travail ?
    Je disais que les conditions de travail se durcissaient, c'est encore plus vrai pour eux. Pourquoi ? Parce que les travailleurs des vignes sont invisibles car ils ont été invisibilisés derrière le prestige autour du vin et de l'oenotourisme. Tout le travail des vignes est dans l'ombre, c'est l'objet de mon livre. Les travailleurs locaux permanents ou saisonniers sont déjà dans cette situation. Donc ceux qui en plus sont itinérants ou étrangers, avec la barrière de la langue et la méconnaissance du droit du travail national, ils sont dans une situation encore plus précaire et dramatique. Et ils sont contraints souvent d'accepter et supporter n'importe quelle condition de travail.
    Qu'arrives-tu à faire ?
    En conseillant et défendant les travailleurs des vignes, je marche sur des œufs car je me dois de les conseiller pour qu'ils se défendent et garder à l'esprit qu'il ne faut pas les mettre en danger ni leur faire perdre leur travail. La réalité c'est qu'un travailleur des vignes, même permanent, on a vite fait de mettre fin à son contrat de travail.
    En parallèle, tu as produits un livre de récit et de photographies autour des gestes et savoir-faire des travailleurs de la vigne "Les Petites Mains de l'Ombre" qui a reçu deux récompenses internationales du Gourmand Awards. Ça nous dit quoi sur la visibilisation possible de cette classe sociale ?
    Au niveau international, il y a une prise de conscience de la préciosité du travail de ces petites mains de l'ombre, de leur caractère indispensable dans la production du vin. Ils ont leur place dans tout ce qui entoure l'image du vin, un des emblèmes de la France.
    Il y a de la satisfaction mais surtout quand je suis monté sur scène, deux fois, en Suède pour récupérer ces prix, c'était tous les travailleurs des vignes qui montaient avec moi. Je ne suis que messagère de leur geste et savoir-faire. Je voulais le faire connaître et reconnaître. C'est le but de ce livre. Ce patrimoine vivant est issu de transmission intergénérationnel qui malheureusement à cause des conditions de travail et de la précarisation à travers le Médoc et partout est entrain de disparaitre. Je voulais le capturer pour ne pas qu'il soit oublié complètement.
    Entretien réalisé sur la Clé des Ondes lors de la dernière vague de fortes chaleurs le 19 juillet 2022
    20 min
  • "On n'est pas des loosers parce qu'on part pas en vacances !"
    Au programme du Plat de résistance des Vieux fourneaux :
    - La revue de presse de Thierry
    - Quelques mots sur la programmation estivale de Bordeaux Blues, chaque mercredi à 15h
    - Le dossier de Françoise sur les vacances
    - Une interview de Matthieu avec une jeune psychologue
    Vacances
    Quelques mots pour déconstruire cette image de vacances où il semble que tout le monde est sur les routes ou dans les trains pour voguer vers des destinations de rêve. Étymologie : Vacans participe passé de vacare : "être libre, inoccupé".
    20 juin 1936 : les grèves et les diverses manifestations imposent au gouvernement du Front Populaire, la loi sur les 15 jours de congés payés pour tous entre autres lois. Le patronat tremble tandis que l’euphorie gagne des couches sociales jusque là exclues.
    Qu'en est il aujourd’hui ? L'inégalité règne face aux vacances, définies comme sortir de chez soi pendant 4 jours consécutifs au moins. Les catégories sociales les plus pauvres et les couches moyennes inférieures ne partent qu’à hauteur de 50% et encore souvent dans la famille et très peu de jours. Pour les vacances d’hiver dont on nous parle et qui influencent le calendrier scolaire, moins de 10 % de la population et encore les couches les plus aisées sont concernées.
    Le tourisme social mis en place dans les années 1950-60, aujourd'hui moins financé, entre dans une logique marchande et devient inaccessible. La précarisation du travail, l’uberisation et les difficultés économiques aggravent la situation.
    Ne nous laissons pas berner par cette image de vacances qu’on nous présente comme universelles, mais mobilisons nous contre les inégalités indécentes dans ce domaine et pour que chacun puisse, non pas polluer de l’autre coté de la planète, mais avoir quelques jours de loisirs en dehors des villes surchauffées.
    53 min
  • Festival Un Été au Grand Parc : "Pour créer du lien, notre quartier a besoin de ces moments festifs"
    On épluche le programme avec :
    Pauline / asso le petit parc : café associatif mitoyen à la Salle des Fêtes. Propose des ateliers, notamment pendant le Festival avec l'épicerie solidaire Local Attitude
    Benoit / Centre d'animation du Grand Parc : propose des ateliers construction de jeux pendant le festival et fait intervenir l'école de musique.
    Laura et Marjorie / La Salle des Fêtes du Grand Parc
    Programme
    nom de la photo
    50 min

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