Le Podcast Maudit

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Le Podcast Maudit episodes

  • 18_Tout voir _ La bateau ivre _ Arthur Rimbaud

    Comme je descendais des Fleuves impassibles,

    Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
    Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
    Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

    J’étais insoucieux de tous les équipages,

    Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
    Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
    Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

    Dans les clapotements furieux des marées,

    Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
    Je courus ! Et les Péninsules démarrées
    N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

    La tempête a béni mes éveils maritimes.

    Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
    Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
    Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

    Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,

    L’eau verte pénétra ma coque de sapin
    Et des taches de vins bleus et des vomissures
    Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

    Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème

    De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
    Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
    Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

    Où, teignant tout à coup les bleuités, délires

    Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
    Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
    Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

    Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes

    Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
    L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
    Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

    J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,

    Illuminant de longs figements violets,
    Pareils à des acteurs de drames très antiques
    Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

    J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,

    Baisers montant aux yeux des mers avec lenteurs,
    La circulation des sèves inouïes,
    Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

    J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries

    Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
    Sans songer que les pieds lumineux des Maries
    Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

    J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides

    Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
    D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
    Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

    J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses

    Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
    Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
    Et les lointains vers les gouffres cataractant !

    Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !

    Échouages hideux au fond des golfes bruns
    Où les serpents géants dévorés des punaises
    Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

    J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades

    Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
    – Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
    Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

    Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,

    La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
    Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
    Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

    Presque île, ballottant sur mes bords les querelles

    Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
    Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
    Des noyés descendaient dormir, à reculons !

    Or moi, bateau pe

    10 min
  • 17_Paladins antiques _ Le Cor _ Alfred de Vigny

    J'aime le son du Cor, le soir, au fond des bois,

    Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois,

    Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille,

    Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

    Que de fois, seul, dans l'ombre à minuit demeuré,

    J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré !

    Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques

    Qui précédaient la mort des Paladins antiques.

    O montagnes d'azur ! ô pays adoré !

    Rocs de la Frazona, cirque du Marboré,

    Cascades qui tombez des neiges entraînées,

    Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées ;

    Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons,

    Dont le front est de glace et le pied de gazons !

    C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre

    Les airs lointains d'un Cor mélancolique et tendre.

    Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit,

    De cette voix d'airain fait retentir la nuit ;

    A ses chants cadencés autour de lui se mêle

    L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.

    Une biche attentive, au lieu de se cacher,

    Se suspend immobile au sommet du rocher,

    Et la cascade unit, dans une chute immense,

    Son éternelle plainte au chant de la romance.

    Ames des Chevaliers, revenez-vous encor?

    Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor ?

    Roncevaux ! Roncevaux ! Dans ta sombre vallée

    L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée !

    II

    Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fui.

    Il reste seul debout, Olivier prés de lui,

    L'Afrique sur les monts l'entoure et tremble encore.

    "Roland, tu vas mourir, rends-toi, criait le More ;

    "Tous tes Pairs sont couchés dans les eaux des torrents."

    Il rugit comme un tigre, et dit : "Si je me rends,

    "Africain, ce sera lorsque les Pyrénées

    "Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées."

    "Rends-toi donc, répond-il, ou meurs, car les voilà."

    Et du plus haut des monts un grand rocher roula.

    Il bondit, il roula jusqu'au fond de l'abîme,

    Et de ses pins, dans l'onde, il vint briser la cime.

    "Merci, cria Roland, tu m'as fait un chemin."

    Et jusqu'au pied des monts le roulant d'une main,

    Sur le roc affermi comme un géant s'élance,

    Et, prête à fuir, l'armée à ce seul pas balance.

    III

    Tranquilles cependant, Charlemagne et ses preux

    Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.

    11 min

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