Tu inspires.
Tu aspires l'air, un peu, beaucoup.
Et ce faisant tu modifies et déplaces les molécules de ton corps, de l'air.
Tu crées un nouveau lieu, un nouvel espace où tu existes différemment.
Et où tu te surprends à aspirer autrement.
Par exemple, à aspirer de grandes goulées d'air que tu promènes à travers ton corps, cette matière que tu définis comme étant toi.
Tout en sachant que toi ne tient pas tout entier dans cette enveloppe corporelle.
Tu aspires alors à autre chose. A être davantage.
A déborder de tes limites physiques soudain exiguës.
A ce moment, intervient le désir, cette tension vers...quoi au juste ?
Ce quoi qui toujours se déplace dans les limbes de tes aspirations.
Et te voici à avancer en aveugle, portée, transportée plus loin, plus haut, plus profondément.
Etirée entre base et sommet, toujours plus légère, de moins en moins solide, de plus en plus imprévisible, tu es cette aspiration à explorer la spaciosité du vide.
Tu es occupée à être cette révélation des transformations possibles.
Tu es alors en travail, démesurément.
Et le sourire ne quitte plus tes lèvres.