Le Tour du monde des idées

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Le Tour du monde des idées episodes

  • Les Idées claires : Mardi 26 janvier 2016
    durée : 00:04:37 - Quand on vous dit que l’histoire accélère, qu’elle a mis le turbo ! Nous avons à peine eu le temps de nous accoutumer à la 3° révolution industrielle, celle d’internet, que nous voici confrontés, en effet, à cette 4°, qu’on nous annonce. 
    La première celle de la machine à vapeur, propulsée au charbon, sur une idée de James Watt, en 1774, en Angleterre. Elle s’est déployée sur plus d’un siècle, celui des chemins de fer et des bateaux à vapeur. La deuxième, celle des grandes industries et de la production de masse avait pour énergie l’électricité. Elle a marqué la quasi-totalité du XX° siècle. La 3°, ce fut, rappelez-vous, l’expansion universelle des nouvelles technologies de l’information et de la communication ; le branchement du téléphone sur les ordinateurs et leur raccordement au réseau internet. Entamée dans les années 80, elle n’a pas encore produit tous ses effets qu’on nous menace d’une 4° révolution industrielle.
    De quoi s’agit-il ? D’une combinaison dont on ne sait encore précisément ce qui va s’ensuivre de plusieurs technologies émergentes : **biotechnologies, intelligence artificielle, Big Data, internet des objets, imprimantes 3D, robotique de nouvelle génération**. Ce que l’on sait, via le témoignage des acteurs de l’économie déjà lancés dans la course, c’est que cela aura des répercussions inimaginables sur nos façons de travailler. 
    C’est ce qu’explique Pierre Nanterme, le patron d’Accenture, un groupe de 380 000 personnes, dans une interview au [Nouvel Economist](http://www.lenouveleconomiste.fr/pierre-nanterme-pdg-daccenture-la-4eme-revolution-industrielle-arrive-avec-une-force-et-une-vitesse-considerables-29488/)e. Cette 4° révolution implique la collaboration généralisée : entre le client et le fournisseur qui devra collecter suffisamment de données et savoir les traiter pour procurer produits et services sur-mesure. Mais plus encore, au sein des sociétés, où les équipes fonctionneront toujours plus par projets, de manière transversale. « _**Tout le monde a besoin de travailler en groupe, car personne n’a les moyens de comprendre cette révolution seul**_ », dit Pierre Nanterme. Les deux domaines qui seront concernés en premier sont la santé et les services publics. Diagnostiques, traitements seront de plus en plus pris en charge par des algorithmes. Quant aux services publics, ils fonctionnent selon des règles précises et des méthodes codifiées : nombre de tâches exécutées par des agents seront prises en charge par des algorithmes. 
    Lisez à ce sujet les travaux d’[Elisabeth Lulin](http://www.institut-entreprise.fr/les-publications/service-public-20) sur « l’action publique algorithmique », qui nous promet une fonction publique allégée, et une co-production des services en collaboration avec les usagers eux-mêmes. L’action publique deviendra, écrit-elle, « personnalisée, prédictive, préventive, participative ».
    D’importantes économies de personnel sont à en attendre. Bonne nouvelle pour les contribuables. Mauvaise nouvelle pour l’emploi.
    Les experts estiment, en effet, que la moitié des métiers actuels auront disparu dans 20 ans. Le World Economic Forum est d’une précision diabolique : d’ici 2020, la 4° la révolution aura créé 2 millions d’emplois dans les pays industrialisés, mais elle en aura détruit 7 millions…. Il s’agit bien d’un ensemble de technologies perturbatrices, au sens que décrivait Joseph Schumpeter. Au point que sont relancées les **interrogations sur l’avenir de la classe moyenne**…. Si des robots et des algorithmes exécutent mieux que nous les tâches complexes pour lesquelles nous nous sommes formés, qu’allons-nous devenir ?
    Dans Capitalisme, socialisme et démocratie, [Schumpeter](http://www.wikiberal.org/wiki/Capitalisme,_socialisme_et_d%C3%A9mocratie) écrit que des révolutions industrielles provoquent régulièrement des changements majeurs du capitalisme : ce peut être **de nouvelles formes de production** (comme l’a été l’usine mécanisée, ou aujourd’hui l’économie collaborative et les plateformes), l’introduction de **nouveaux biens** (hier, les services ferroviaires, l’automobile, ou l’électroménager, aujourd’hui les imprimantes 3D et les objets connectés), **de nouvelles sources d’énergie**, ou encore l’ouverture de nouveaux marchés. 
    Lorsque ces nouveautés sont introduites, disait Schumpeter, elles amènent la prospérité. En fin de cycle, c’est la dépression. Entre les deux (« période d’adaptation »), le chômage s’élève. Mais chacune se traduit, ajoutait-il, par une amélioration des conditions d’existence concrète des gens. Mieux encore : toute avancée de la législation sociale résulte directement de la création de richesses engendrée par l’une de ces révolutions dans le capitalisme. Espérons-le !
    5 min
  • Les Idées claires : Lundi 25 janvier 2016
    durée : 00:05:03 - Ne pas confondre Marc Crapez avec Marc Crépon… Le premier, notre invité, ce matin, est de droite, le second de gauche. **Marc Crépon** – celui qui est de gauche, donc et dirige le Département de philo de l’Ecole Normal Supérieure – écrivait il y a quelques temps dans Le Monde (quotidien des intellectuels de gauche) : « _Il n’est désormais plus possible d’ignore**r l’omniprésence envahissante des intellectuels de droite**, avec leurs fantasmes identitaires, sécuritaires, leur obsession du déclin et leur goût apeuré de la « catastrophe » annoncée. Ils envahissent l’espace public. On ne voit qu’eux_. »
    En effet, les laboratoires de la rue d’Ulm, comme les salles de rédaction de la bonne presse progressiste bruissent d’une rumeur persistante : **l’intellectuel de droite serait de retour**. Il soufflerait sur l’Hexagone un vent, que dis-je une tempête, conservatrice. Même la gauche de gouvernement se droitise – la preuve, elle partage les « fantasmes sécuritaires » des intellectuels de droite. Qu’en est-il ?
    Si **la droite littéraire** a survécu aux deux guerres mondiales (Valéry, Proust, Claudel, Morand, Nimier, Jacques Laurent, Philippe Muray), la **pensée conservatrice**, elle, avait pratiquement disparu du paysage, dès la fin de la Première guerre mondiale. Une jeune droite – les « anticonformistes des années 30 - a bien tenté un de la renouveler en profondeur, en lui donnant le cachet « révolutionnaire » dont cette époque était friande. Mais les compromissions de nombre de ces jeunes-droitiers avec la Révolution nationale de Vichy les a disqualifiés.
    Assiste-t-on aujourd’hui à l’émergence d’un authentique conservatisme français, cette famille d’esprit réputée, chez nous, introuvable ?              Il y a, c’est sûr, une crise de la pensée de gauche. Mais une pensée de droite ?
    La gauche est déstabilisée parque ses fondations conceptuelles ont été ébranlées par l’histoire : nous savons à présent qu’il n’existe **aucune « loi » en vertu desquelles le socialisme devrait inéluctablement résulter des contradictions internes du capitalisme.** En Europe centrale, au cours des années 1990, on a vu que l’inverse avait plus de chance de se réaliser : la transition au capitalisme, celle que personne n’avait prévue... 
    **L’idée même de progrès** – au sens où les découvertes de la science devaient apporter, du même mouvement, des améliorations concrètes dans la vie des hommes et leur perfectionnement moral, est en faillite. Elle est devenue risible, après la découverte des usines de la mort nazies ; mais peut-être même dès la Première guerre mondiale, lorsque des savants allemands ont mis au point les gaz de combat. 
    Nous savons appris aussi qu’un gouvernement, aussi bien intentionné soit-il, **ne saurait nous « _changer la vie _»**. Nous nous méfions désormais des projets, même grandioses et « éclairés », de « transformation de la société ». Enfin, nous savons que les gouvernements de gauche ne sont pas nécessairement mieux équipés que ceux de droite pour enrayer la montée du chômage de masse et l’extension de la misère. Ce n’était pas donc pas une affaire de mauvaise intention, mais de mauvaises politiques…
    > Aussi la gauche a-t-elle remplacé le progrès par le « **_changement_** », comme le fait remarquer Jean-Pierre Le Goff, dans une interview parue dans dernier numéro de la revue Le Débat, intitulé – signe des temps - : « Conservateur, moderne et social ».
    **Le progrès postule une direction**, explique Le Goff. **Le changement ne peut guère invoquer pour lui que la nécessité de d’adaptation**. Or, la technocratie qui nous gouverne n’a rien d’autre à nous proposer qu’une « fuite en avant » confondue avec la modernité. « Individus et collectivités sont constamment sommés de rattraper un retard qui paraît sans fin », dit-il.
    Ce changement est sans cap, parce que les ressources de notre héritage culturel ont été jetées aux orties. Il y a « rupture dans la transmission », « le continuum historique est rompu », le passé est déprécié, ou réduit à la litanie des fautes commises par nos devanciers. » **Sans passé mobilisable, **qui nous aurait permis** de donner un horizon de sens à l’histoire que nous vivons, **nous** naviguons à vue.** C’est pourquoi le futur semble indéchiffrable.
    Entre la repentance qui désarme et le ressassement d’un passé muséifié, Le Goff plaide pour un concept emprunté à Paul Ricoeur : « **_l’identité narrative_** ». Une identité qui donnerait sens aux évènements, tout en indiquant les « _**potentialités inaccomplies**_ » **du passé**, comme autant de pistes pour le présent.
    Cela rappellera aux lecteurs de Claudio Magris sa recommandation « de ne pas trop prendre au sérieux ce qui arrive, de bien nous souvenir que les choses vont ainsi et surtout par hasard, et qu'elles pourraient tout aussi bien aller autrement. » (Danube, p 233) Une idée dont je ne sais pas si elle est de droite ou de gauche…
    6 min

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Un regard sur l'actualité par Brice Couturier

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