Les voix des Amazones d'Avignon

Les voix des Amazones d'Avignon

By Les Amazones d'AvignonBusinessNon-Profit
Download on the App Store

Les voix des Amazones d'Avignon episodes

  • Épisode 12 - Aurore

    « La violence masculine n’est jamais un dérapage, c’est un choix conscient. »

    Aurore, enseignante, militante féministe et étudiante en master sur les violences sexuelles, est cofondatrice d’une maison d’édition féministe. Issue d’une double culture provençale et espagnole, elle décrit son engagement féministe, notamment avec les Amazones d’Avignon.

    À l’annonce de l’affaire Pélicot, elle ressent dégoût et sidération face à l’ampleur de la violence. Ce qui est le plus significatif, selon elle, c’est que ces agresseurs sont des hommes ordinaires — des voisins, des collègues, des pères de famille — et que leur proximité transforme toutes les femmes en cibles potentielles.

    Aurore affirme que Dominique Pélicot a prostitué son épouse, même sans échange d’argent, en tirant un bénéfice de pouvoir et de domination. Pour elle, la pornographie et la prostitution institutionnalisent la violence masculine, et la jouissance des violeurs n’est pas sexuelle, mais fondée sur la soumission et la destruction des femmes.

    Elle décrit le “pacte fraternel” entre hommes, visible pendant le procès, où agresseurs et complices se soutiennent et où la justice les protège encore. Voir ces hommes fiers et non repentis, masqués face aux militantes féministes, fut une expérience bouleversante.

    Aurore s’est investie dans toutes les actions du collectif : présence au Tribunal, veille, collages, manifestations, coordination avec les militantes espagnoles. Elle dénonce les verdicts beaucoup trop faibles et une justice incapable de reconnaître la gravité des crimes.

    Le procès l’a renforcée politiquement : elle y a vu la preuve que la violence masculine est systémique et que seule une analyse féministe permet de la comprendre. Elle regrette un traitement médiatique souvent biaisé, coupant ou détournant les propos féministes, et rappelle que “ce qui est extrême, ce n’est pas le féminisme, c’est la violence masculine”.

    Aurore revient enfin sur son parcours : héritière d’une culture anarchiste et humaniste, elle est devenue féministe radicale et abolitionniste. Elle rejette le “féminisme libéral”, qui nie les rapports de domination, et rappelle qu’aucune femme ne “choisit” librement la prostitution ou la GPA.

    Pour elle, la sororité est un lien profond et politique entre femmes, forgé dans la conscience partagée de la violence patriarcale. Le procès a consolidé ce lien et confirmé une conviction essentielle : les hommes savent très bien ce qu’ils font, et la lutte féministe ne doit jamais s’arrêter.

    1 hr 29 min
  • Épisode 11 - Isabelle

    « La sororité, ce n’est pas un label, ce sont des actes. »

    Isabelle a 64 ans, retraitée de l’Éducation nationale et mère de deux filles. Elle fait partie des Amazones d’Avignon depuis leur création et revendique avec fierté ce rôle de fondatrice. Longtemps, elle a cru que les combats menés par les générations de femmes avant elle avaient permis des acquis solides. Mais des événements concrets, comme l’agression de ses filles adolescentes dans la rue par un groupe d’hommes, lui ont rappelé à quel point rien n’était gagné et qu’il fallait continuer à se battre. C’est cette prise de conscience qui l’a poussée à s’engager davantage.

    Lorsqu’elle découvre l’affaire Pélicot par la presse locale, elle est saisie de stupeur : l’ampleur des violences lui paraît d’abord inimaginable. Au fil des semaines, à mesure que le nombre d’accusés augmente, son sentiment de dégoût et de colère ne fait que croître. Quand le procès s’ouvre, elle participe dès la première manifestation organisée par les Amazones. Elle se souvient alors s’être dit qu’elle était à sa place, au bon endroit, même si le groupe s’est retrouvé bien seul sur la place publique.

    Isabelle raconte aussi les tensions avec certaines associations féministes locales qui ont tenté d’invisibiliser les Amazones, leur refusant la parole lors de rassemblements ou s’appropriant leurs collages et banderoles sans les nommer. Elle juge cette attitude d’autant plus blessante qu’elles ont été présentes sans relâche, jour après jour.

    Tout au long du procès, Isabelle participe aux actions : collages face au tribunal, banderoles sur les remparts, interviews avec la presse. Elle insiste sur l’importance de rendre visible leur présence, à la fois pour soutenir Gisèle Pélicot et pour interpeller avocats et journalistes. Elle garde aussi en mémoire les humiliations subies : devoir partager les couloirs, les escaliers, voire les toilettes avec les violeurs en liberté, sans aucune séparation prévue par l’organisation judiciaire. Une situation qu’elle juge irrespectueuse et insupportable pour les femmes venues soutenir la victime.

    La sororité, pour Isabelle, a pris un sens nouveau au cours de cette épreuve. Au départ, ce mot restait pour elle une abstraction, proche de « fraternité ». Mais au fil des mois, elle a ressenti dans son corps ce qu’il signifiait : la solidarité indéfectible entre les Amazones, mais aussi avec les féministes espagnoles venues en nombre à Avignon. Elle a découvert une sororité qui dépasse les frontières et qui rend les femmes capables de « grandes et belles choses » quand elles s’unissent.

    Avec le recul, Isabelle dit que la question de « tenir » ne se posait pas. Pour elle, il était évident de rester jusqu’au bout, de ne pas lâcher Gisèle Pélicot et de montrer que jamais une femme victime d’une telle horreur ne serait laissée seule. Elle garde de ce procès une colère intacte contre l’injustice, mais aussi une détermination renforcée à poursuivre la lutte, à soutenir et accompagner toutes les femmes qui en ont besoin.


    50 min
  • Épisode 10 - Sarah

    « Le féminisme est devenu pour moi une force d’émancipation dans tous les aspects de ma vie. »

    Sarah a 49 ans et vit à Toulouse. Militante féministe depuis deux ans seulement, elle raconte que son engagement a pris racine à Avignon, grâce aux Amazones. C’est en assistant à une intervention animée par Blandine et Valentine qu’elle a découvert les mots du féminisme radical. Elle a immédiatement reconnu dans ce discours ce qu’elle vivait intimement sans parvenir à le formuler. 

    Rejoindre les Amazones a été pour elle une révélation : elle y a trouvé un espace de sororité sécurisant, un lieu où mettre des mots sur son vécu, qui lui a donné confiance et l’a aidée à s’épanouir dans de nombreux domaines de sa vie.

    Maman solo, ayant élevé son fils seule depuis ses six ans, Sarah confie que le féminisme l’a aidée à valoriser cette expérience et à se sentir légitime. Longtemps, la société lui a renvoyé l’image qu’une femme seule avec son enfant était « incomplète » sans homme, ou que son fils avait forcément besoin d’un père. Le féminisme lui a permis de déconstruire ces injonctions et de revendiquer fièrement son parcours.

    Elle découvre l’affaire Pélicot en écoutant par hasard un podcast où Caroline Darian raconte son histoire. Elle se souvient avoir été sidérée en réalisant qu’il s’agissait de ce procès. Pour elle, il n’était pas possible de rester à distance. Malgré son déménagement à Toulouse, elle a tenu à venir à Avignon au début du procès, vivant une journée d’audience marquée par la sidération : voir les violeurs libres, sûrs de leur impunité, déambuler dans les cafés voisins du tribunal. Elle se souvient aussi de la dureté des témoignages entendus à l’audience, éprouvants mais nécessaires à partager.

    Même à distance, Sarah a continué de suivre le procès grâce aux Amazones et au groupe WhatsApp, organisant aussi à Toulouse des soirées de collage pour relayer la lutte. Elle regrette d’ailleurs qu’il n’y ait pas eu plus de mobilisations féministes ailleurs en France, estimant que ce procès aurait dû faire descendre les femmes dans les rues bien au-delà d’Avignon.

    Elle insiste beaucoup sur la sororité, qu’elle définit comme un respect mutuel entre femmes, fait de non-jugement et de reconnaissance des différences de chacune. Pour elle, la sororité, ce n’est pas « tout accepter », mais trouver un équilibre collectif où chacune peut agir à partir de ses propres limites, dans la solidarité.

    Sarah garde une grande fierté d’avoir appartenu à ce mouvement collectif. Pour elle, le procès Pélicot a démontré la nécessité absolue de l’action collective des femmes. C’est en formant un bloc uni que les Amazones ont réussi à se rendre visibles, à faire pression et à donner de la force à Gisèle.

    Enfin, ce procès a été une étape décisive dans son cheminement personnel. Le féminisme lui a permis d’assumer sa monoparentalité, mais aussi de se projeter professionnellement. Elle a pris confiance en elle au point de se lancer dans un projet de thèse sur le sport féminin et les stratégies marketing, convaincue que le sport est un terrain essentiel d’égalité entre femmes et hommes. Pour elle, le féminisme agit comme un révélateur de talents et une force d’émancipation dans tous les aspects de la vie.


    28 min
  • Épisode 9 - Fanny

    « On ne peut pas attendre que la société change, il faut la faire bouger ensemble. »

    Fanny a 49 ans. Voyageuse et formatrice indépendante, elle se définit comme écologiste et féministe, animée par une quête de justice et de sens. Longtemps, elle s’est sentie peu légitime à militer pleinement, pensant qu’il fallait avoir vécu des violences plus graves pour « mériter » sa place dans le féminisme. Pourtant, le mouvement #MeToo et sa rencontre avec des militantes d’Osez le Féminisme l’ont bouleversée et poussée à franchir le pas. Elle rejoint alors les Amazones d’Avignon, deux ans avant le procès Pélicot.

    C’est en écoutant à la radio ou dans un podcast le récit de Caroline qu’elle entend parler pour la première fois de cette affaire. Le choc est immense : une tristesse profonde, une onde qui remonte jusqu’à ses propres souvenirs de situations dangereuses. À partir de là, elle choisit de s’impliquer sans réserve.

    Durant le procès, Fanny prend part à de nombreuses actions. Elle prépare et réalise un haka féministe, colle des affiches, installe des banderoles, manifeste régulièrement et accueille les délégations venues d’Espagne, d’abord en petit groupe puis avec près de deux cents femmes. Elle participe à une dizaine de soirées de collage et multiplie les discussions autour d’elle : avec des voisins, des amis, des clients, provoquant parfois de fortes émotions et ouvrant des prises de conscience.

    Elle raconte cette traversée comme une expérience à la fois éprouvante et exaltante. Dans la salle d’audience, la misogynie crue et le déni de justice la bouleversent. Dehors, les divisions entre associations féministes locales, qui accusent les Amazones d’extrémisme, ajoutent des blessures. Mais au cœur de cette épreuve, elle a découvert la force de la sororité : cette énergie joyeuse et déterminée, capable de soulever des montagnes, même quand la fatigue et la douleur tentaient de l’affaiblir.Fanny garde un souvenir marquant du lien noué avec les féministes espagnoles, mais aussi de cette rage intacte face aux institutions françaises. Pour elle, le procès Pélicot a révélé une évidence : la justice française n’a rien de juste, elle victimise deux fois les femmes, et elle protège encore trop souvent les violeurs.

    Aujourd’hui, Fanny en sort renforcée, avec la conviction que la lutte doit se poursuivre sans relâche. Elle veut continuer à nommer les violeurs comme tels, à dénoncer la prostitution et la pornographie comme des violences systémiques, et à inventer avec ses sœurs Amazones de nouvelles manières d’agir. Sa conclusion est claire : on ne peut pas attendre que la société change, il faut la faire bouger, ensemble, dans la colère et la sororité.

    #sororite #féminisme #justice

    1 hr 2 min
  • Épisode 8 - Raphaëlle

    « Être féministe, c’est transformer l’impuissance et la colère en énergie constructive. »

    Raphaëlle a 73 ans et vient de Vendée.

    Féministe de longue date, elle a participé dans les années 1980 à la création d’une association lesbienne féministe à Nanates à l’espace Simone de Beauvoir, qui existe toujours. Elle raconte combien, à l’époque, il fallait déjà affirmer haut et fort son lesbianisme, alors même que ce n’était pas évident. Pour elle, être féministe, c’est transformer l’impuissance et la colère quotidiennes face à la domination patriarcale en une énergie constructive. Elle revendique d’ailleurs sa chance d’être lesbienne, qu’elle considère comme une force et une liberté.

    Son féminisme est abolitionniste et radical : elle rejette sans compromis la prostitution, la pornographie et la GPA, qu’elle considère comme des violences patriarcales légitimées par un libéralisme destructeur. Elle s’inquiète aussi de ce qu’elle appelle une « perversion du langage » : certains slogans historiques des luttes féministes sont, selon elle, récupérés et déformés par des courants post-féministes ou queer, qui invisibilisent le combat des femmes.

    Elle découvre l’affaire Pélicot par la presse, au moment du procès. L’horreur des faits l’a bouleversée : honte, pitié, mais aussi admiration devant le courage de Gisèle Pélicot, qui a incarné à ses yeux le renversement de la honte, une véritable restitution de la dignité des femmes.

    Venue à Avignon pour rendre visite à une amie, elle s’est tout de suite rapprochée des Amazones. Elle se souvient avoir assisté à des interviews où elle a entendu des paroles limpides, justes, qui l’ont soulagée et lui ont donné le sentiment de trouver sa place. Rapidement, elle s’est jointe aux collages et aux actions, restant un mois et demi jusqu’au verdict. Pour elle, ce fut un cadeau : la découverte d’un collectif actif, vivant, auquel elle s’est sentie reliée comme par un « cordon ombilical ».

    Le procès reste pour elle un moment fort, un moment d’histoire, où elle a ressenti une véritable communion entre toutes les femmes présentes. Elle évoque des gestes simples mais puissants de sororité, comme prendre une inconnue en larmes dans ses bras et sentir, à travers cet échange, une solidarité indestructible.

    Mais elle garde aussi une immense colère contre la justice patriarcale et ses dérives : avocats sexistes, service d’ordre humiliant les femmes, verdicts au rabais. Elle reste marquée par le contraste entre l’ampleur des crimes et la relative clémence des peines, qui lui laissent un goût amer.

    Aujourd’hui, elle en tire une certitude : seule la lutte collective sauvera les femmes. Trouver des féministes avec qui l’on partage un combat clair, rester unies face aux vents contraires, voilà ce qui compte. Car pour Raphaëlle, qu’il s’agisse du patriarcat traditionnel ou des nouvelles formes de misogynie masquées sous des habits prétendument progressistes, il faut continuer à se battre, ensemble.


    32 min
  • Épisode 7 - Valentine

    « Aller au tribunal, c’était aller au feu. »Valentine se présente comme une femme libre, féministe et résistante, marquée depuis toujours par le rejet de l’injustice. Son engagement féministe s’est affirmé il y a cinq ans, à la suite du mouvement MeToo. Déçue par le manque de changement, elle a trouvé dans les collages féministes d’Avignon une voie d’action concrète et a rejoint les Amazones.Lorsqu’elle découvre l’affaire Pélicot, elle est d’abord horrifiée, puis profondément en colère. Ce qui la choque le plus, c’est l’ampleur du système : un mari droguant sa femme, des centaines de violeurs autour, et une soumission chimique organisée à domicile. Elle comprend que ces violences ne sont pas des faits isolés mais le produit d’une culture patriarcale enracinée.Pendant le procès, Valentine s’implique sur tous les fronts : collages, banderoles, soutien à Gisèle Pélicot, accueil des femmes venues témoigner et accompagnement de deux ex-compagnes de violeurs. Elle se souvient du climat oppressant du tribunal, où les violeurs circulaient librement, parfois au contact des militantes, et de la bataille menée pour obtenir ne serait-ce que des toilettes non mixtes.Valentine décrit le procès comme une tempête : un mélange de colère, de solidarité et de courage collectif. Elle souligne la force de la sororité née entre les militantes — une énergie vitale, politique et protectrice qui leur a permis de tenir. Pour elle, c’est cette union des femmes qui a donné au procès sa portée médiatique et symbolique. Sans les Amazones, dit-elle, la levée du huis clos et la visibilité du procès n’auraient jamais eu lieu.Elle reste très critique envers la justice patriarcale et le traitement médiatique, jugé sensationnaliste et incapable d’aborder les causes systémiques — pornographie, culture du viol, complicité institutionnelle. Les peines dérisoires prononcées l’ont révoltée.Mais Valentine retient surtout la puissance collective de leur action : “Si nous avons pu faire cela à si peu, imaginez ce que toutes les femmes du monde peuvent faire ensemble.” Pour elle, la sororité est la clé : la seule force capable de renverser le patriarcat. “Nous ne sommes pas une minorité, nous sommes largement assez nombreuses pour tout faire basculer.”

    36 min
  • Épisode 6 - Anissia

    « Être à la hauteur du courage de Gisèle Pélicot, c’était notre devoir. »

    Anissia a 32 ans. Juriste de formation et de profession, elle est féministe radicale et engagée depuis plusieurs années dans les luttes contre les violences sexistes et sexuelles. Elle a commencé son militantisme par des actions coups de poing dès 2017, notamment contre les féminicides, puis contre la prostitution et la pornographie. Avec les Amazones de Paris, elle a participé à de nombreuses actions de collage et d’interventions publiques. Elle est particulièrement fière d’une action menée contre les pornocrates « Jacquie et Michel », où, avec humour et force visuelle, les militantes ont dénoncé l’impunité de cette industrie criminelle.

    C’est en 2020 qu’elle entend parler pour la première fois de l’affaire Pélicot. L’horreur de cette histoire, le modus operandi, la soumission chimique, tout cela lui paraît inimaginable. Lorsque le procès s’ouvre en 2024, elle rejoint les Amazones d’Avignon pour y participer activement. Elle arrive la veille de l’ouverture et prend part immédiatement aux actions : collages autour du tribunal, banderoles géantes sur les remparts, haka féministe, manifestations avec pancartes et fumigènes. Elle raconte la puissance de ces moments où les militantes ont occupé l’espace public pour soutenir Gisèle Pélicot et dénoncer l’impunité des violeurs.

    Très marquée par le courage de Gisèle qui a demandé la levée du huis clos, Anissia insiste sur le devoir d’être à la hauteur de ce geste. Elle explique combien il était insoutenable d’assister aux récits de violences lors des audiences, à tel point qu’elle-même n’a pas pu supporter d’y rester longtemps. Mais elle admire profondément la détermination des Amazones d’Avignon qui ont tenu jour après jour, malgré l’épreuve.

    Elle garde aussi le souvenir de moments très forts, comme la confrontation avec les accusés libres dans le palais de justice, l’action d’accueil des criminels à leur sortie, ou encore les rencontres avec les familles de certains violeurs, révélant la profondeur des complicités et des silences. Elle dénonce l’impunité institutionnelle qui traverse toutes les étapes : médecins, justice, police, entourage.

    Pour Anissia, ce procès a montré l’ampleur du phénomène de la soumission chimique et la banalisation des violences sexuelles. Elle rappelle que derrière cette affaire, il y a aussi des sites de prédation comme Coco.fr et même des groupes de dizaines de milliers d’hommes partageant conseils et images de viols.

    Elle souligne enfin l’importance de la sororité vécue dans cette lutte : l’humour partagé, les slogans créatifs, la force collective qui permet de transformer la colère en énergie militante. Elle considère qu’Avignon est devenue, durant le procès, « la capitale du féminisme », tant la mobilisation a été forte, visible et relayée à l’international.

    1 hr 18 min
  • Épisode 5 - Alektô

    « Féministe j’étais, féministe je suis et féministe je resterai. »

    Alekto a 70 ans. Elle se définit aujourd’hui comme une femme féministe radicale et membre des Amazones d’Avignon depuis trois ans. Mais avant cela, sa vie a été marquée par des recherches, des tâtonnements et des épreuves. Elle a étudié le droit, travaillé comme secrétaire, puis repris des études de psychologie qu’elle a exercée en libéral, sans jamais trouver de véritable stabilité professionnelle. Elle explique combien son apparence — une ascendance africaine visible dans ses traits et ses cheveux — a influencé son parcours, sans qu’elle en ait conscience au départ.

    Longtemps, son féminisme est resté intérieur, jamais exprimé publiquement. Mariée à un homme violent, elle savait qu’elle n’avait aucun intérêt à « la ramener ». Après son divorce, elle connaît une période de « demi-sommeil », puis décide, en s’installant à Avignon, de rejoindre un groupe féministe. C’est ainsi qu’elle entre chez Osez le féminisme Vaucluse, puis qu’elle rejoint les Amazones.

    Lorsqu’elle apprend, par Blandine, l’histoire de Gisèle Pélicot et le procès à venir, c’est pour elle un choc violent, comme une chute d’ascenseur. Elle choisit alors de s’engager pleinement, malgré ses problèmes de santé qui l’empêchent de tenir longtemps debout à l’audience. Si elle ne peut être présente dans le tribunal, elle participe sans relâche aux actions : collages, banderoles sur les remparts, interventions médiatiques. Elle estime n’avoir manqué qu’un seul collage, sur plus d’une trentaine.

    Parmi ses faits marquants, elle raconte l’action des banderoles, préparées avec soin pour ne pas abîmer les remparts d’Avignon, accrochées à six mètres de haut avec une logistique minutieuse et collective. Elle garde aussi un souvenir intense des chorégraphies féministes, dont elle a animé la mise en scène, apportant son expérience du théâtre et sa voix pour donner rythme et force aux slogans.

    Elle participe également à l’opération du Mont Ventoux, où les Amazones peignent sur la route les noms de centaines de femmes assassinées, créant un hommage saisissant et durable. Pour Alekto, ces actions sont des moments de créativité collective et d’apprentissage : elles montrent qu’il existe une infinité de moyens d’agir, bien au-delà des discussions privées.

    Elle souligne que ce procès l’a rendue plus audacieuse : elle a appris à « ouvrir sa gueule », à prendre la parole, à se sentir légitime. Elle en retire de la fierté et la conviction d’avoir acquis une expertise militante. Elle regrette néanmoins que les médias aient refusé de parler de deux sujets centraux : l’inceste et l’influence du porno sur les violeurs, pourtant omniprésents dans les débats.

    Pour elle, la sororité signifie une alliance entre femmes, explicite ou implicite, qui place toujours les femmes en priorité. Elle affirme que cette sororité était déjà présente avant le procès, et qu’elle s’est renforcée par l’action. Aujourd’hui, elle se dit prête à continuer le combat, tout en exprimant un vœu : qu’un jour ce combat devienne inutile.

    28 min
  • Èpisode 4 - Stéphanie

    « Aucune femme ne doit plus être laissée seule face à la violence masculine. »

    Stéphanie a grandi dans un environnement où la place des femmes était souvent reléguée au second plan, mais elle a très tôt ressenti une révolte sourde face aux injustices. Son parcours personnel l’a amenée à s’interroger sur les violences sexistes et à chercher des espaces de parole et d’action.

    C’est dans ce contexte qu’elle rejoint les Amazones d’Avignon, attirée par la force collective et la détermination des militantes. Son engagement se renforce au moment du procès Pélicot. Elle y participe intensément, aux côtés des autres femmes, partageant l’émotion, la colère et la fatigue des longues journées d’audience. Elle raconte combien il était éprouvant d’entendre les récits, de voir la stratégie de la défense, et surtout de constater à quel point la parole des victimes pouvait être mise en doute. Pourtant, malgré cette violence institutionnelle, elle a ressenti une énergie puissante dans le groupe.

    Ce qui marque Stéphanie, c’est la capacité des Amazones à transformer la colère en action. Les collages, les banderoles, les prises de parole publiques : autant de manières d’occuper l’espace, de refuser le silence, de rendre visibles les violences faites aux femmes. Pour elle, ces gestes, parfois simples, portent un poids immense.Elle insiste aussi sur la sororité vécue au quotidien. Le soutien mutuel, les discussions après les actions, les rires partagés au milieu de la lutte : tout cela lui a permis de tenir et de trouver une forme de force intérieure. Cette expérience lui a montré qu’il est possible de faire face à des institutions hostiles quand on n’est pas seule.

    Comme pour d’autres militantes, ce procès a laissé en elle une trace ambivalente : à la fois le traumatisme d’avoir entendu tant de misogynie et de violence, mais aussi la fierté d’avoir participé à une mobilisation historique. Elle sait désormais que son engagement féministe ne pourra que s’approfondir, car il est lié à une conviction intime : aucune femme ne doit plus être laissée seule face à la violence masculine.

    Pour Stéphanie, l’avenir passe par la transmission de cette sororité et par la poursuite d’actions radicales. Elle affirme avec clarté que le féminisme n’est pas seulement une idée, mais une pratique collective, une façon de vivre et de résister.

    47 min
  • Épisode 3 - Ghislaine

    “En audience, c’était insupportable d’entendre la misogynie crue et ouverte des accusés.”

    Ghislaine se décrit comme une femme « ordinaire », mais son parcours est marqué dès l’enfance par le racisme et par une éducation tournée vers l’indépendance. Son père et sa grand-mère lui répétaient qu’elle ne devait jamais dépendre d’un homme. Sa grand-mère paternelle, une « femme potomitan », incarne pour elle cette force centrale qui tient debout toute une famille. Dans sa lignée, elle puise aussi l’héritage d’un grand-père communiste et d’un arrière-grand-père anarchiste : une tradition de résistance et de pensée critique qui nourrit son engagement.

    C’est ainsi qu’elle entre très tôt dans le militantisme, rejoignant le MLF dès 1968. Elle se souvient de cette époque avec enthousiasme et joie, malgré le scepticisme ou la moquerie de son entourage qui jugeait son engagement « pas sérieux ». Cette difficulté à être prise au sérieux l’a accompagnée longtemps, mais n’a jamais freiné sa détermination.

    Quand elle découvre l’affaire Pélicot, elle est saisie d’incrédulité. « C’était de l’ordre de l’impensable », dit-elle. Pourtant, au fil du procès, sa colère monte et devient irrépressible. Dans la salle d’audience, elle est bouleversée par la misogynie crue des accusés, et révoltée de voir la victime mise en cause, parfois même par des femmes.Ce procès résonne aussi dans sa vie familiale. Elle raconte avec inquiétude les propos des camarades de sa petite-fille : des garçons qui affirment que s’ils étaient trompés, ils « tueraient » leur compagne. Pour Ghislaine, ces réactions révèlent l’imprégnation massive du porno dans l’imaginaire masculin, qui déforme les relations et banalise la violence.

    Son engagement se nourrit de cette colère. « Je colle parce que je suis en colère, pas parce que ça me soulage », dit-elle. Pour elle, l’action est ce qui crée la solidarité, ce qui soude et donne sens. Le partage collectif, après les actions, permet de réfléchir ensemble et de transformer la colère en énergie politique.

    Au procès comme dans les actions, elle a ressenti une grande chaleur humaine, une proximité rare. La diversité des femmes présentes l’a rendue plus tolérante, plus ouverte encore. Elle en garde la conviction que le féminisme est un combat vital qui ne doit jamais s’arrêter.

    Ghislaine le dit avec simplicité et force : il est temps que les jeunes femmes prennent la suite. Elle sait que la transmission est indispensable pour que la flamme reste vive, et que chaque génération trouve sa manière de prolonger la lutte.

    33 min

About Les voix des Amazones d'Avignon

From the publisher's feed

Justice pour Gisèle, justice pour toutes !