Noircir

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By Adrien GrassardArtsBooks
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Noircir episodes

  • JE NE FAIS QUE PASSER

    "Je ne fais que passer, j'en ai pas pour longtemps,

    Quelques ans seulement, le temps d'être pédant,

    De me prendre au sérieux, d'être gonflé du crâne,

    De me nommer poète, et génie d'la chicane"

    2 min
  • Bouffe, bouffe, bouffe.

    "Que l’espace et les temps, deviennent un ragout,

    Et peut-être alors, mon œil gluant flanc-mou,

    Dédaignera vouloir, prêter de l’attention,

    Au monde qui l’entoure, d’une simple flexion."

    2 min
  • ESPERONS

    "Laissez-vous engluer, par la visqueuse vague,

    De l’espoir qui s’amène, de manière divague,

    Laissez-vous embrocher, par ces longs traits d’esprits,

    Faisant couler le pue, de vos crânes meurtris,

    Laissez-vous porter oui, dans cette flaque opaque,

    Jusqu’à l’îlot d’espoir, où plus rien ne vous traque."

    3 min
  • LE NOIRCIR DE LA MATURITÉ

    Lumière dans le noir, vapeur qui nous enfume,

    Passant de main en main, elle se consume,

    De lèvres en lèvres, elle s’humidifie,

    Suante de bave, elle se lubrifie.

    3 min
  • PATER NOSTER - JACQUES PREVERT

    Notre Père qui êtes au Cieux, restez-y

    Et nous, nous resterons sur la Terre qui est quelquefois si jolie
    Avec ses mystères de New York et puis ses mystères de Paris
    Qui valent bien celui de la Trinité avec son petit canal de l'Ourcq
    Sa grande muraille de Chine, sa rivière de Morlaix, ses bêtises de Cambrai
    Avec son océan Pacifique et ses deux bassins aux Tuileries
    Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
    Avec toutes les merveilles du monde qui sont là, simplement sur la Terre
    Offertes à tout le monde, éparpillées
    Émerveillées elles-mêmes d'être de telles merveilles et qui n'osent se l'avouer
    Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer
    Avec les épouvantables malheurs du monde qui sont légion
    Avec leurs légionnaires, avec leurs tortionnaires, avec les maîtres de ce monde
    Les maîtres avec leurs prêtres, leurs traîtres et leurs reîtres
    Avec les saisons, avec les années
    Avec les jolies filles et avec les vieux cons
    Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons

    2 min
  • ON VIT, ON PARLE... - VICTOR HUGO

    On vit, on parle, on a le ciel et les nuages

    Sur la tête ; on se plaît aux livres des vieux sages ;
    On lit Virgile et Dante ; on va joyeusement
    En voiture publique à quelque endroit charmant,
    En riant aux éclats de l'auberge et du gîte ;
    Le regard d'une femme en passant vous agite ;
    On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois !
    On écoute le chant des oiseaux dans les bois
    Le matin, on s'éveille, et toute une famille
    Vous embrasse, une mère, une soeur, une fille !
    On déjeune en lisant son journal. Tout le jour
    On mêle à sa pensée espoir, travail, amour ;
    La vie arrive avec ses passions troublées ;
    On jette sa parole aux sombres assemblées ;
    Devant le but qu'on veut et le sort qui vous prend,
    On se sent faible et fort, on est petit et grand ;
    On est flot dans la foule, âme dans la tempête ;
    Tout vient et passe ; on est en deuil, on est en fête ;
    On arrive, on recule, on lutte avec effort... --
    Puis, le vaste et profond silence de la mort !

    2 min
  • C'EST COMPLIQUÉ D'ÉCRIRE...

    "On a beaucoup à dire, et peu à étaler,

    On a de quoi parler, mais sans être emballés,

    On a de quoi râler, mais on a plus l’envie,

    On a de quoi penser, mais on a plus d’avis."

    3 min
  • POEMES #1 SI LES POETES ETAIENT MOINS BÊTES - BORIS VIAN

    Si les poètes étaient moins bêtes

    Et s’ils étaient moins paresseux
    Ils rendraient tout le monde heureux
    Pour pouvoir s’occuper en paix
    De leurs souffrances littéraires.

    Ils construiraient des maisons jaunes

    Avec de grands jardins devant
    Et des arbres pleins de zoizeaux
    De mirliflûtes et de lizeaux
    Des mésongres et des feuvertes
    Des plumuches, des picassiettes
    Et des petits corbeaux tout rouges
    Qui diraient la bonne aventure

    Il y aurait de grands jets d’eau

    Avec des lumières dedans
    Il y aurait deux cents poissons
    Depuis le croûsque au ramusson
    De la libelle au pépamule
    De l’orphie au rara curule
    Et de l’avoile au canisson

    Il y aurait de l’air tout neuf

    Parfumé de l’odeur des feuilles
    On mangerait quand on voudrait
    Et l’on travaillerait sans hâte
    A construire des escaliers
    De formes encore jamais vues
    Avec des bois veinés de mauve
    Lisses comme elle sous les doigts

    Mais les poètes sont très bêtes

    Ils écrivent pour commencer
    Au lieu de s’mettre à travailler
    Et ça leur donne des remords
    Qu’ils conservent jusqu’à la mort
    Ravis d’avoir tellement souffert
    On leur donne des grands discours
    Et on les oublie en un jour
    Mais s’ils étaient moins paresseux
    On ne les oublieraient qu’en deux.

    2 min
  • BONNE ANNÉE (peut-être.)

    Tout commence sans bruit, au loin au très très loin,

    Au tréfonds des forêts, d’Australie plus ou moins,

    Une flamme avale, avec aisance l’herbe,

    Qui gonfle bruyamment, son embonpoint superbe,

    Puis vient le tour des troncs, et leurs feuillages verts,

    Qui se trouvent ronger, jusqu’à leurs os sévères,

    Mais ce n’est pas assez, la flamme baveuse,

    S’étalant sur la terre, de manière outrageuse,

    Veut se farcir des toits, des maisons des voitures,

    Elle veut tout goûter, même l’agriculture,

    Et les animaux fuyant, et les humains peureux.

    Elle rêve d’un monde, où tout y est poreux,

    S’évaporant en cendre, au moindre petit vent,

    Et ne laissant plus rien, à ceux qui sont vivant.

    3 min
  • TOUT ÇA POUR ÇA

    "L’homme à la main agile, est courbé sur la page,  

    Ne voyant plus le monde, et ces sombres dommages,  

    Ne prêtant plus son âme, à ses envies primaires,  

    Ne la laissant vivre, qu’au fond de sa grammaire."

    3 min

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