Quel est le genre musical qui transforme le paysage musical d’une multitude de pays dans le monde entier ? Le rap évidemment, et il s’est aussi imposé en Égypte !
Depuis la seconde moitié des années 2010, le hiphop est passé d’underground à populaire. Le pays des Pharaons est devenu l’un des hauts lieux du hip-hop de la région, avec des artistes qui s’exportent à l’international, et notamment des rappeuses…
C’était un genre underground et voilà qu’en 2023, entre le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et l'Asie du Sud, « 60% des artistes arabes les plus écoutés étaient des artistes hip-hop », des artistes qui font aussi de plus en plus de tournées en Europe et aux États-Unis.
Parmi les grands noms, Wegz a été en 2022 l'artiste arabe le plus écouté au Maghreb et au Moyen-Orient sur Spotify. Il a connu son heure de gloire en performant lors de la finale de la coupe du monde au Qatar.
On vous propose d’écouter son titre « Saleny » :
https://www.youtube.com/watch?v=Nbp_fblqgg8
La scène évolue rapidement, les tubes d’artistes venus des quatre coins de l’Égypte s’enchainent. Beaucoup viennent d’Alexandrie, comme Wegz ou encore Dareen, une des grosses stars du moment.
La rédac’ vous invite à écouter « Cima », un tube de Dareen :
https://www.youtube.com/watch?v=44WWc1z012Q
Pour elle, si beaucoup de rappeurs et rappeuses d’Egypte viennent d’Alexandrie, c’est parce que « c'est dans la nature. C’est la mer et l’exiguïté de la ville qui permettent aux individus talentueux de s’élever plus facilement et de ne pas se perdre dans la foule. ».
Tous et toutes finissent malgré tout par rejoindre la foule au Caire, car c’est là où se trouvent les studios, et où la scène est véritablement en ébullition.
Pourtant, en Égypte, le rap reste minoritaire, nous explique le chercheur Amr Abdelrahim. Il appartient aux classes moyennes et supérieures tandis que le mahraganat est bien plus populaire. On est loin des ghettos afro-américains où le rap est né il y a un demi-siècle.
« Il suffit de se balader au Caire, nous dit-il : dans les touks-touks, les magasins, ce qui s'écoute dans la rue, c'est l'électro-chaâbi des mahraganat », un style qui mêle mélodies orientales et textes glorifiant la masculinité, la force ou l'argent.
Dareen veut « mettre l'Egypte sur la carte ».
Comme beaucoup de jeunes artistes, Dareen mêle les rythmes du Mahraganat avec des musiques électroniques et du rap. Tout cela en étant une femme dans un pays où les femmes représentent 15% de la population active, c’est trois fois moins que la moyenne mondiale.
Les rappeuses égyptiennes, qui incarnent majoritairement des profils de kickeuses, percent et trouvent leur public, même si on est aux prémices de l’arrivée des femmes égyptiennes dans le rap. De fait, elles n’ont pas encore toute la liberté d’incarner, par exemple, des personnages hypersexualisés à la Cardi B, Megan Thee Stallion ou encore Shay côté francophone. C’est ce que souligne le chercheur Amr Abdelrahim, qui explique qu’ « assumer une forme de féminité très sexuelle n'est pas possible en Égypte, car les rappeuses sont jugées à la fois par la société et par leurs familles ».
Être rappeuse en Égypte, ce n’est pas seulement exercer son art, c’est aussi lutter pour exister dans un pays où des injonctions sociales pèsent encore lourdement sur le corps des femmes.
Dareen, Phaty, Hala, autant de rappeuses qui secouent le rap et l'Égypte, et peut-être que vous leur ferez bientôt une place dans vos playlists.
Photo : Dareen au Caire le 30 septembre 2023. Ahmed HASAN, AFP.
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