Le philosophe du langage Bry Willis soutient que la couleur n’est ni une propriété intrinsèque des objets ni une fabrication purement mentale, mais le produit singulier de la rencontre entre un percevant et le monde. En s’appuyant sur les mécanismes biologiques de la vision et sur le phénomène du métamérisme, il montre comment différentes architectures perceptives, de l’être humain à la crevette-mante, structurent le réel en expériences sensorielles distinctes.
Willis rejette aussi bien la distinction lockéenne entre qualités premières et qualités secondes que les approches éliminativistes qui réduisent la couleur à une illusion. Il leur oppose une ontologie de la rencontre médiatisée (Mediated Encounter Ontology, ou MEOW), selon laquelle sujets et objets ne constituent pas deux entités entièrement formées qui entreraient ensuite en relation : ils émergent comme tels au sein même de la rencontre.
Dans cette perspective, la « rougeur » n’est pas une propriété objective des ondes lumineuses, mais une propriété réelle et stable qui apparaît sous les contraintes propres à notre échelle physique et à notre architecture biologique. Le métamérisme en fournit un exemple particulièrement frappant : des distributions spectrales physiquement différentes peuvent produire exactement la même expérience chromatique chez un observateur humain, sans que cette expérience soit pour autant une erreur ou une illusion.
Cette conception conduit enfin Willis à reformuler le réalisme. Nos perceptions ne sont pas des fenêtres transparentes ouvertes sur un monde indépendant de tout observateur ; elles constituent plutôt des descriptions fiables de la manière dont une architecture perceptive déterminée rencontre un environnement qui lui impose ses propres contraintes. La couleur est donc réelle, mais sa réalité appartient à la rencontre plutôt qu’à l’un de ses termes pris isolément.
🎨 https://brywillis634737.substack.com/p/what-is-red (en anglais)