Le collectif du Kabako a sonné à nouveau l'alarme ce mardi matin en lançant un appel pour trouver des hébergements solidaires pour les mineurs non accompagnés (MNA).
Expulsés du lieu de vie le 23 septembre dernier, ces jeunes en recours pour faire valoir leur minorité étaient "en hébergement d'urgence proposé par la préfecture, et ce normalement jusqu'au 11 octobre" explique Aude Saldana, coordinatrice de Médecins du Monde Aquitaine, et qui travaille avec le collectif du Kabako. Invitée ce mardi midi sur La Clé des Ondes dans l'émission Le Plat de Résistance, elle poursuit :
"Ils sont tous remis à la rue ce [mardi, ndlr] matin, malgré le fait qu'ils soient dans des démarches d'accès au droit. Ils attendent leur audience auprès du juge des enfants qui va juger s'ils sont mineurs ou pas."
Avec quelles conséquences ? Sur les 34 expulsés du squat de la rue Camille Godard, 14 sont encore en Gironde, hébergés dans des hôtels. La semaine dernière, quatre d'entre eux avaient été expulsés de leur hôtel "par erreur" avait indiqué la préfecture avant d'être relogés.
En revanche, 20 jeunes "continuent leur errance sur le territoire français, en perdant des chances d'être reconnus car il y a un contrôle de l'immigration en France qui fait qu'on va d'abord essayer de prouver qu'ils ne sont pas mineurs" analyse Aude Saldana.
"C'est une situation catastrophique et très alarmante. La préfecture en proposant un arrêt de l'hébergement d'urgence dit volontairement « on remet ces jeunes à la rue malgré les démarches d'accès aux droits, et leur propose des rencontres avec l'ofii, l'office français de l'immigration et intégration, pour leur proposer des aides au retour, qui normalement ne se proposent qu'à des gens en situation irrégulière. Des mineurs ne peuvent pas être en situation irrégulière. Et l'un d'eux est né en 2005... en Afghanistan."
Ce prolongement d'hébergement s'ils acceptent de partir s'apparente surtout à un "chantage" pour Aude Saldana :
"C'est une négation claire des droits des jeunes. La France se positionne là, dans une non-protection des mineurs qui sont remis à la rue, et ne peuvent pas prouver leur minorité."
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Comme le Collectif du Kabako le fait dans son courrier, elle pointe aussi les responsabilités des politiques locaux :
"Le conseil départemental a la compétence de l'aide sociale à l'enfance (ASE), donc tout mineur en France doit être pris en charge avant 18 ans par l'ASE. Pour les MNA, ils doivent passer devant une évaluation, qui est une compétence de l'ASE et pas de l’État. On souhaiterait que l'ASE continue d'accompagner les jeunes pendant leur période de recours. On demande vraiment au département, devant le vide juridique, car l'ASE dit qu'ils ne sont pas reconnus mineurs, de travailler sur une structure ad hoc qui maintienne un accompagnement et hébergement pendant leur période de recours."
Elle ajoute que "la mairie de Bordeaux avait dit dans une motion qu'elle se rapprocherait de la préfecture et du département pour lutter contre le sans-abrisme des MNA en recours, car il y a un vide juridique au niveau national. L'ensemble des collectivités se rejettent la responsabilité de leur prose en charge."
Pour inciter les collectivités à réagir, la Défenseure des Droits a été saisie. Le collectif du Kabako espère recevoir de l'aide pour héberger les mineurs en exils que ça soit pour quelques jours ou semaines et transmet son adresse mail [email protected] auquel chacun et chacune peut indiquer son nom, prénom, numéro de téléphone, mail, commune de résidence, capacité d'accueil et durée possible.