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Or


Il y a des impôts que l’on paie. Il y en a d’autres qui nous tiennent. L’octroi de mer apporte près d’un tiers des ressources de nos communes et pèse sur le prix de la plupart des biens importés ; la Commission européenne propose de prolonger jusqu’en 2030 le régime qui permet de le moduler en faveur de la production locale.
Dans cet épisode, version audio du troisième volet du dossier de Reflets du Sud sur l’octroi de mer, je lis l’évaluation que la France a remise à Bruxelles en octobre 2025 et qu’elle n’avait pas rendue publique. Obtenue par l’avocate Maryse Coppet au terme d’une procédure européenne, malgré l’opposition partielle des autorités françaises, elle chiffre ce que coûte la protection de la production locale, qui la paie, et ce que ses propres tests peinent à démontrer. Puis je pose la question que le débat entre abolition et prolongation contourne : à qui profite la durée ? Ni disparition, ni reconduction en l’état : 5 pistes pour changer la cible de cet impôt.
L’article écrit, ses sources et les 3 documents consultables : https://refletsdusud.blog/octroi-de-mer-impot-qui-nous-tient/
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Il y a un mot qu'on baisse la voix pour dire. « Quimbois », « tjenbwa » en créole martiniquais, « kenbwa » en Guadeloupe, « tchenbwa » en Guyane. On nous l'a présenté comme de la sorcellerie, de la superstition, des histoires de bonnes femmes. Mais voilà ce qu'on ne nous dit jamais : le colon ne l'a pas interdit parce qu'il n'y croyait pas. Il l'a interdit parce qu'il y croyait autant que nous.
Dans cet épisode, trois pistes étymologiques et aucune n'a gagné : le français « tiens, bois », l'injonction du guérisseur ; le kikongo « kimbwa », que les uns traduisent par connaissance et les autres par l'esprit qui veille sur une lignée ; et le kalinago « akamboué », les esprits des ancêtres, piste défendue par l'ethnobotaniste martiniquais Emmanuel Nossin. Le mot est aussi métissé que la pratique.
Puis l'histoire de la répression. Sur l'habitation, connaître les plantes, c'était se soigner sans le maître, accoucher sans le maître, donc lui échapper. L'historienne Caroline Oudin-Bastide a montré que l'accusation d'empoisonnement a fonctionné comme une panique coloniale, nourrie par des maîtres qui croyaient eux-mêmes aux forces occultes. Une peur souvent sans preuve, mais qui a fait des morts bien réels : de 1724 à l'abolition, des tribunaux spéciaux ont jugé, condamné et exécuté. Et en 1760, juste après la révolte de Tacky, la Jamaïque a voté une loi qui interdisait l'obeah par son nom.
Une précision qui compte : cet épisode n'est pas une apologie d'une croyance. Je ne demande à personne de croire à quoi que ce soit, chacun sa foi et ça ne regarde que lui. Ce que nous faisons ici, chaque lundi, c'est décoder les mots pour reprendre prise sur nos imaginaires. Décoloniser les mots, décoloniser les pratiques, et rouvrir le champ des possibles.
Et pendant qu'on riait du quimbois, on a laissé se perdre l'autre moitié : les plantes, les tisanes, le savoir des vieux. L'agence du médicament recense aujourd'hui environ soixante-quinze plantes d'outre-mer inscrites à la Pharmacopée française. Ce qu'on appelait sorcellerie est en train d'entrer dans la pharmacopée.
Ce n'était pas de la sorcellerie. C'était de l'autonomie.
Texte intégral, précisions et sources : https://refletsdusud.blog/quimbois-tjenbwa-savoir-autonomie/
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« Reprendre les mots » est une série de Reflets du Sud. Un mot par semaine, décodé, rendu à son histoire.
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Depuis la fin des années 1960, la vocation touristique de la Martinique est présentée comme une évidence, jusque dans un rapport du Sénat en 2011. Pourtant, rapporté aux comptes réels de notre économie, le tourisme pèse bien moins que la place qu'il occupe dans nos discours, nos projets et nos campagnes.
Dans cet épisode, version audio du dossier de Reflets du Sud, je remonte l'histoire de cette assignation : comment une représentation née hors de l'île a fini par être reprise à son compte par la classe politique martiniquaise, ce que nous cessons de compter quand nous nous pensons comme destination, et ce que deviendrait un pays qui se demanderait enfin ce qu'il attend de lui-même. Le tourisme n'est pas mis en accusation ; c'est l'assignation qui l'est.
Le dossier écrit, avec ses sources : https://refletsdusud.blog/quand-nous-avons-appris-a-nous-penser-comme-une-destination/
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On le dit tous les jours, c'est même le nom d'un ministère. Mais « outre-mer » veut dire « de l'autre côté de la mer », et la question tombe d'elle-même : de l'autre côté pour qui ?
Dans cet épisode : l'histoire d'un mot qui a désigné l'Angleterre, puis l'Orient des croisades, puis tout lointain européen ; 1946, quand les « colonies » deviennent « départements d'outre-mer » ; et l'asymétrie d'un mot qui ne se retourne jamais, puisque Paris n'est jamais « outre-mer » vu de Fort-de-France. Premier épisode de la série.
Reprendre les mots : chaque lundi, Reflets du Sud prend un mot et le démonte. Son étymologie, son histoire, ce qu'il transporte, et ce qu'on peut en faire.
Texte intégral et sources : https://refletsdusud.blog/outre-mer-origine-asymetrie/
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Méfie-toi des mots qui te désignent sans jamais se retourner.
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On nous répète que « pwofitasyon » veut dire « vie chère ». C'est une traduction qui désarme. Le créole a pris le verbe « profiter » et lui a ajouté le suffixe « asyon » : l'acte devient un système, et le mot garde l'abus dedans. Là où « vie chère » n'accuse personne, comme on parlerait de la pluie, « pwofitasyon » désigne des responsables.
Dans cet épisode : un mot qui vivait dans les bouches bien avant 2009 ; la grève générale guadeloupéenne et le Liyannaj Kont Pwofitasyon qui l'ont porté dans toute la Caraïbe ; et pourquoi on s'arrange pour nous le faire déposer. Deuxième épisode : le mot que nous avons forgé nous-mêmes.
Reprendre les mots : chaque lundi, Reflets du Sud prend un mot et le démonte. Son étymologie, son histoire, ce qu'il transporte, et ce qu'on peut en faire.
Texte intégral et sources : https://refletsdusud.blog/pwofitasyon-vie-chere-sens/
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Méfie-toi quand on traduit tes mots à ta place. C'est souvent pour les désarmer.
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Le mot le plus lourd de notre histoire vient du latin « niger », noir : une couleur, et rien d'autre. Mais à l'époque de la traite, une origine géographique se soude à un statut, et le mot ne dit plus une couleur, il dit une condition.
Dans cet épisode : l'entrée du mot en français au seizième siècle et son essor avec la traite ; le « nègre littéraire », expression popularisée en 1845 par un pamphlet raciste visant Alexandre Dumas ; et le retournement opéré dans les années 1930 par Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas, qui font de l'insulte la négritude.
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Texte intégral et sources : https://refletsdusud.blog/negre-origine-negritude/
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Méfie-toi de la honte qu'on t'a transmise. Le mot qui devait t'écraser, tu peux le porter debout.
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On dit « créole » pour notre langue, notre cuisine, nous-mêmes. Pourtant, à l'origine, le mot ne désignait ni notre culture ni les Noirs. De l'espagnol « criollo », il signifie « né et élevé sur place », et aux Antilles il a d'abord été revendiqué par les colons blancs, le béké se disant « Blanc créole ».
Dans cet épisode : la distinction entre créoles et bossales dans la société esclavagiste ; la langue créole longtemps rabaissée au rang de « patois » ; sa reconnaissance tardive par l'école, du CAPES en 2002 à l'agrégation en 2020 ; et ce que le mot finit par dire de nous.
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Être créole, c'est être la preuve vivante qu'on a pu tout nous prendre, et que nous avons quand même créé un monde.
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« La métropole », mot à mot, c'est la ville-mère : du grec « mêtêr », la mère, et « polis », la cité. En la nommant ainsi, on range la France en parent, et nous en enfant qui ne grandit jamais.
Dans cet épisode : ce que « métropole » voulait dire en Grèce ancienne, où la cité fondée par la métropole se gouvernait elle-même ; la rhétorique familiale partagée par tous les empires, de la « Mother Country » anglaise à la « madre patria » espagnole ; et ce que ce vocabulaire de l'affection masque d'un rapport de domination.
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Une vraie mère ne garde pas son enfant pour ce qu'il lui rapporte.
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En Martinique, la plantation où l'on enchaînait et faisait mourir nos ancêtres portait un nom de maison : l'habitation. Le mot vient du latin « habitare », lui-même tiré de « habere », avoir, posséder ; à l'époque coloniale, « habiter » voulait aussi dire peupler, coloniser.
Dans cet épisode : l'habitation comme cellule de base du système esclavagiste, entre champs de canne, sucrerie, maison du maître et cases ; les « prisons sans murailles » décrites par l'abolitionniste Augustin Cochin ; et le détail le plus glaçant de la série : dans une habitation, « l'habitant », ce n'était pas l'esclave, c'était le maître. Sixième épisode : le joli nom d'un lieu de torture.
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Texte intégral et sources : https://refletsdusud.blog/habitation-plantation-origine/
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Méfie-toi des noms trop doux. On les pose souvent sur les crimes qu'on veut faire oublier.
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« Mulâtre » vient de l'espagnol « mulato », dérivé de « mulo », le mulet : l'hybride de l'âne et de la jument, réputé stérile. Les colons ont nommé les enfants qu'ils faisaient à leurs esclaves d'après une bête de somme inféconde.
Dans cet épisode : la comptabilité coloniale de la peau, des cent vingt-huit parts de sang de Moreau de Saint-Méry, né en Martinique, aux quarterons et aux octavons ; une classification pensée pour diviser les dominés et régner sur eux ; et ce classement resté dans les têtes après le départ du colon. Septième épisode : tuer la hiérarchie, pas les mots.
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Texte intégral et sources : https://refletsdusud.blog/mulatre-origine-colorisme/
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Méfie-toi des mots qui te classent. On ne gradue que ce qu'on veut diviser.
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