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Vinciane Pirenne-Delforge
Collège de France
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Année 2018-2019
Vinciane Pirenne-Delforge
Collège de France
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Année 2018-2019
Le célèbre passage du livre II (53) d'Hérodote où il affirme que les poètes ont « fabriqué pour les dieux une généalogie, leur ont donné leurs surnoms, ont réparti entre eux honneurs et compétences, et signifié leurs figures » est précédé d'une étymologie fantaisiste du mot theos. Les dieux sont ainsi appelés (theoi), selon l'historien, car, « ayant mis en ordre (thentes) toutes choses, ils président à toutes les répartitions » (II, 52). Cette vision émique des dieux les fait apparaître comme des instances dispensatrices, distributrices, régulatrices. Or, l'étymologie de daimôn qui, pour sa part, n'a rien de fantaisiste en fait un agent dispensateur, distributeur. La résonance entre la conception de l'action des dieux dans le monde telle que la dessine Hérodote et l'étymologie de daimôn invite à creuser ce sillon sémantique selon trois axes. Le premier tient à la répartition des biens et des maux qui est inhérente à l'emprise des dieux sur la condition humaine. S'y rattache également l'idée de « sort » et de « destinée ». Le deuxième axe tient à la distribution de la puissance divine elle-même dans un système polythéiste où les dieux sont nombreux et associés à des honneurs et des compétences spécifiques : le daimôn est une notion qui permet de « cristalliser » ces compétences particulières en leur donnant un nom. Le troisième axe tient à la distribution des dieux dans l'espace. Dans l'économie générale du monde telle que l'évoquent les poèmes archaïques, tous les dieux ne sont pas situés en un même lieu, et cette localisation plus ou moins spécifique exprime une facette de leur timè respective. Dans cette perspective, les daimones deviennent des dieux « épichtoniens », situés sur terre, parmi les hommes. C'est leur caractère topique qui explique pourquoi Platon opère une classification des entités supra-humaines à honorer dans sa cité idéale en trois ensembles : dieux – daimones – héros, à savoir les divinités « olympiennes » – voire panhelléniques –, les divinités du terroir et les héros.
Vinciane Pirenne-Delforge
Collège de France
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Année 2018-2019
Le célèbre passage du livre II (53) d'Hérodote où il affirme que les poètes ont « fabriqué pour les dieux une généalogie, leur ont donné leurs surnoms, ont réparti entre eux honneurs et compétences, et signifié leurs figures » est précédé d'une étymologie fantaisiste du mot theos. Les dieux sont ainsi appelés (theoi), selon l'historien, car, « ayant mis en ordre (thentes) toutes choses, ils président à toutes les répartitions » (II, 52). Cette vision émique des dieux les fait apparaître comme des instances dispensatrices, distributrices, régulatrices. Or, l'étymologie de daimôn qui, pour sa part, n'a rien de fantaisiste en fait un agent dispensateur, distributeur. La résonance entre la conception de l'action des dieux dans le monde telle que la dessine Hérodote et l'étymologie de daimôn invite à creuser ce sillon sémantique selon trois axes. Le premier tient à la répartition des biens et des maux qui est inhérente à l'emprise des dieux sur la condition humaine. S'y rattache également l'idée de « sort » et de « destinée ». Le deuxième axe tient à la distribution de la puissance divine elle-même dans un système polythéiste où les dieux sont nombreux et associés à des honneurs et des compétences spécifiques : le daimôn est une notion qui permet de « cristalliser » ces compétences particulières en leur donnant un nom. Le troisième axe tient à la distribution des dieux dans l'espace. Dans l'économie générale du monde telle que l'évoquent les poèmes archaïques, tous les dieux ne sont pas situés en un même lieu, et cette localisation plus ou moins spécifique exprime une facette de leur timè respective. Dans cette perspective, les daimones deviennent des dieux « épichtoniens », situés sur terre, parmi les hommes. C'est leur caractère topique qui explique pourquoi Platon opère une classification des entités supra-humaines à honorer dans sa cité idéale en trois ensembles : dieux – daimones – héros, à savoir les divinités « olympiennes » – voire panhelléniques –, les divinités du terroir et les héros.
Vinciane Pirenne-Delforge
Collège de France
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Année 2018-2019
Le célèbre passage du livre II (53) d'Hérodote où il affirme que les poètes ont « fabriqué pour les dieux une généalogie, leur ont donné leurs surnoms, ont réparti entre eux honneurs et compétences, et signifié leurs figures » est précédé d'une étymologie fantaisiste du mot theos. Les dieux sont ainsi appelés (theoi), selon l'historien, car, « ayant mis en ordre (thentes) toutes choses, ils président à toutes les répartitions » (II, 52). Cette vision émique des dieux les fait apparaître comme des instances dispensatrices, distributrices, régulatrices. Or, l'étymologie de daimôn qui, pour sa part, n'a rien de fantaisiste en fait un agent dispensateur, distributeur. La résonance entre la conception de l'action des dieux dans le monde telle que la dessine Hérodote et l'étymologie de daimôn invite à creuser ce sillon sémantique selon trois axes. Le premier tient à la répartition des biens et des maux qui est inhérente à l'emprise des dieux sur la condition humaine. S'y rattache également l'idée de « sort » et de « destinée ». Le deuxième axe tient à la distribution de la puissance divine elle-même dans un système polythéiste où les dieux sont nombreux et associés à des honneurs et des compétences spécifiques : le daimôn est une notion qui permet de « cristalliser » ces compétences particulières en leur donnant un nom. Le troisième axe tient à la distribution des dieux dans l'espace. Dans l'économie générale du monde telle que l'évoquent les poèmes archaïques, tous les dieux ne sont pas situés en un même lieu, et cette localisation plus ou moins spécifique exprime une facette de leur timè respective. Dans cette perspective, les daimones deviennent des dieux « épichtoniens », situés sur terre, parmi les hommes. C'est leur caractère topique qui explique pourquoi Platon opère une classification des entités supra-humaines à honorer dans sa cité idéale en trois ensembles : dieux – daimones – héros, à savoir les divinités « olympiennes » – voire panhelléniques –, les divinités du terroir et les héros.
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Depuis 2017, Vinciane Pirenne-Delforge est titulaire de la chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique. Les différents termes de cet intitulé désignent les éléments constitutifs…
La religion grecque est un polythéisme, ce qui évoque d'emblée une multiplicité de figures divines. Mais la pluralité qu'exprime le terme ne concerne pas seulement les entités suprahumaines auxquelles les Grecs ont rendu hommage pendant presque un millénaire. Toutes les composantes de leur religion, des représentations aux pratiques, relèvent d'un large éventail de possibles, non pas fondés sur des dogmes ou sur une révélation, mais sur des normes culturellement déterminées et des traditions narratives. Afin de comprendre un tel foisonnement de dieux et de rituels, il convient d'en restituer soigneusement les contextes et de faire droit à la complexité d'une culture dont l'apparente familiarité est un héritage trompeur. L'objectif des recherches menées au sein de la présente chaire est précisément de rendre compte des lignes de force qui structurent l'imaginaire des Grecs, ainsi que des pratiques qu'il induit et qui le constituent.