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Vinciane Pirenne-Delforge
Collège de France
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Année 2018-2019
Les daimones des Travaux sont collectifs et mandatés par Zeus. La seule attestation du mot dans la Théogonie apparaît quant à elle au singulier. Elle concerne Phaéthon, « le lumineux », fils d'Éos, la déesse Aurore, et de Képhalos, un humain mortel. Enlevé par Aphrodite dans la fleur de sa jeunesse, la déesse en fait un daimôn divin, « desservant de l'intérieur dans ses temples divins » (986-991). D'autres cas d'enlèvements d'humains par une déesse sont énumérés par la même Aphrodite dans l'Hymne pseudo-homérique en son honneur, quand elle dit à Anchise que sa famille a connu au moins deux événements de ce type, avec Ganymède enlevé par Zeus et Tithonos enlevé par Éos. Ces humains « s'approchent le plus des dieux par l'apparence et la prestance ». De telles comparaisons permettent de considérer à la fois les ressemblances et les distinctions avec le cas de Phaéthon tel que le dessine la Théogonie. Car, s'il bénéficie lui aussi d'une complexion proche des dieux et de la fleur de la jeunesse, la destinée que lui réserve Aphrodite se situe dans ses sanctuaires, et donc parmi les hommes. Ce statut de « gardien du temple » permet d'affiner la notion de « puissance d'action d'une divinité parmi les hommes » que nous avons décelée jusqu'ici. Une ouverture vers certains profils sacerdotaux attestés dans l'Iliade et, bien plus tard, par Pausanias, permet également de confirmer la proximité potentielle entre prêtre/prêtresse et divinité desservie, et de comprendre l'association entre le statut de nêopolos et de daimôn de Phaéthon dans la Théogonie.
Vinciane Pirenne-Delforge
Collège de France
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Année 2018-2019
Les daimones des Travaux sont collectifs et mandatés par Zeus. La seule attestation du mot dans la Théogonie apparaît quant à elle au singulier. Elle concerne Phaéthon, « le lumineux », fils d'Éos, la déesse Aurore, et de Képhalos, un humain mortel. Enlevé par Aphrodite dans la fleur de sa jeunesse, la déesse en fait un daimôn divin, « desservant de l'intérieur dans ses temples divins » (986-991). D'autres cas d'enlèvements d'humains par une déesse sont énumérés par la même Aphrodite dans l'Hymne pseudo-homérique en son honneur, quand elle dit à Anchise que sa famille a connu au moins deux événements de ce type, avec Ganymède enlevé par Zeus et Tithonos enlevé par Éos. Ces humains « s'approchent le plus des dieux par l'apparence et la prestance ». De telles comparaisons permettent de considérer à la fois les ressemblances et les distinctions avec le cas de Phaéthon tel que le dessine la Théogonie. Car, s'il bénéficie lui aussi d'une complexion proche des dieux et de la fleur de la jeunesse, la destinée que lui réserve Aphrodite se situe dans ses sanctuaires, et donc parmi les hommes. Ce statut de « gardien du temple » permet d'affiner la notion de « puissance d'action d'une divinité parmi les hommes » que nous avons décelée jusqu'ici. Une ouverture vers certains profils sacerdotaux attestés dans l'Iliade et, bien plus tard, par Pausanias, permet également de confirmer la proximité potentielle entre prêtre/prêtresse et divinité desservie, et de comprendre l'association entre le statut de nêopolos et de daimôn de Phaéthon dans la Théogonie.
Vinciane Pirenne-Delforge
Collège de France
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Année 2018-2019
Les daimones des Travaux sont collectifs et mandatés par Zeus. La seule attestation du mot dans la Théogonie apparaît quant à elle au singulier. Elle concerne Phaéthon, « le lumineux », fils d'Éos, la déesse Aurore, et de Képhalos, un humain mortel. Enlevé par Aphrodite dans la fleur de sa jeunesse, la déesse en fait un daimôn divin, « desservant de l'intérieur dans ses temples divins » (986-991). D'autres cas d'enlèvements d'humains par une déesse sont énumérés par la même Aphrodite dans l'Hymne pseudo-homérique en son honneur, quand elle dit à Anchise que sa famille a connu au moins deux événements de ce type, avec Ganymède enlevé par Zeus et Tithonos enlevé par Éos. Ces humains « s'approchent le plus des dieux par l'apparence et la prestance ». De telles comparaisons permettent de considérer à la fois les ressemblances et les distinctions avec le cas de Phaéthon tel que le dessine la Théogonie. Car, s'il bénéficie lui aussi d'une complexion proche des dieux et de la fleur de la jeunesse, la destinée que lui réserve Aphrodite se situe dans ses sanctuaires, et donc parmi les hommes. Ce statut de « gardien du temple » permet d'affiner la notion de « puissance d'action d'une divinité parmi les hommes » que nous avons décelée jusqu'ici. Une ouverture vers certains profils sacerdotaux attestés dans l'Iliade et, bien plus tard, par Pausanias, permet également de confirmer la proximité potentielle entre prêtre/prêtresse et divinité desservie, et de comprendre l'association entre le statut de nêopolos et de daimôn de Phaéthon dans la Théogonie.
Vinciane Pirenne-Delforge
Collège de France
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Année 2018-2019
Les deux œuvres intégralement conservées et attribuées à Hésiode poursuivent des objectifs différents. La Théogonie raconte sur le mode généalogique la naissance du monde et des dieux, jusqu'à l'installation ferme de la souveraineté de Zeus. Le point de vue adopté est un regard panoramique et surplombant sur l'ordre de Zeus et la stabilisation du cosmos. Les Travaux et les Jours déploient un point de vue davantage humain qui s'applique à une petite communauté paysanne devant assurer sa survie par un labeur informé de la qualité divine des « Jours » pour que ses « Travaux » soient efficaces. Un tel succès est subordonné à l'exercice de la justice, qui permet de profiter de ce labeur. Parmi les trois récits qui soutiennent le propos initial sur la condition humaine, le « mythe des races » que l'on appellera plus volontiers « récit des cinq espèces humaines » offre une représentation des daimones en tant que « gardiens des humains mortels ». En effet, les humains de l'âge d'or ne se distinguent des dieux que par leur mortalité qui les mène au statut post-mortem d'immortels sous la forme de daimones « gardiens » par la volonté de Zeus. L'Iliade offre, avec le daimôn,l'image d'une puissance divine en action, tandis que l'Odyssée atteste aussi la cristallisation potentielle d'agents divins envoyés par les dieux. En comparaison de ces œuvres, Les Travaux et les Jours n'offrent pas d'intrigue, mais une leçon de justice et une exhortation au travail qui placent l'une et l'autre Zeus en position dominante : il est maître de justice et pourvoyeur de prospérité, et c'est à son action dans le monde que se rapportent les daimones de l'âge d'or. D'Homère à Hésiode, on voit se dessiner une notion de daimôn qui sert à exprimer le « ressenti » subjectif d'une action divine tout en assumant potentiellement le profil d'une entité objectivée qui participe de la divinité qui l'envoie.
Vinciane Pirenne-Delforge
Collège de France
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Année 2018-2019
Les deux œuvres intégralement conservées et attribuées à Hésiode poursuivent des objectifs différents. La Théogonie raconte sur le mode généalogique la naissance du monde et des dieux, jusqu'à l'installation ferme de la souveraineté de Zeus. Le point de vue adopté est un regard panoramique et surplombant sur l'ordre de Zeus et la stabilisation du cosmos. Les Travaux et les Jours déploient un point de vue davantage humain qui s'applique à une petite communauté paysanne devant assurer sa survie par un labeur informé de la qualité divine des « Jours » pour que ses « Travaux » soient efficaces. Un tel succès est subordonné à l'exercice de la justice, qui permet de profiter de ce labeur. Parmi les trois récits qui soutiennent le propos initial sur la condition humaine, le « mythe des races » que l'on appellera plus volontiers « récit des cinq espèces humaines » offre une représentation des daimones en tant que « gardiens des humains mortels ». En effet, les humains de l'âge d'or ne se distinguent des dieux que par leur mortalité qui les mène au statut post-mortem d'immortels sous la forme de daimones « gardiens » par la volonté de Zeus. L'Iliade offre, avec le daimôn,l'image d'une puissance divine en action, tandis que l'Odyssée atteste aussi la cristallisation potentielle d'agents divins envoyés par les dieux. En comparaison de ces œuvres, Les Travaux et les Jours n'offrent pas d'intrigue, mais une leçon de justice et une exhortation au travail qui placent l'une et l'autre Zeus en position dominante : il est maître de justice et pourvoyeur de prospérité, et c'est à son action dans le monde que se rapportent les daimones de l'âge d'or. D'Homère à Hésiode, on voit se dessiner une notion de daimôn qui sert à exprimer le « ressenti » subjectif d'une action divine tout en assumant potentiellement le profil d'une entité objectivée qui participe de la divinité qui l'envoie.
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Depuis 2017, Vinciane Pirenne-Delforge est titulaire de la chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique. Les différents termes de cet intitulé désignent les éléments constitutifs…
La religion grecque est un polythéisme, ce qui évoque d'emblée une multiplicité de figures divines. Mais la pluralité qu'exprime le terme ne concerne pas seulement les entités suprahumaines auxquelles les Grecs ont rendu hommage pendant presque un millénaire. Toutes les composantes de leur religion, des représentations aux pratiques, relèvent d'un large éventail de possibles, non pas fondés sur des dogmes ou sur une révélation, mais sur des normes culturellement déterminées et des traditions narratives. Afin de comprendre un tel foisonnement de dieux et de rituels, il convient d'en restituer soigneusement les contextes et de faire droit à la complexité d'une culture dont l'apparente familiarité est un héritage trompeur. L'objectif des recherches menées au sein de la présente chaire est précisément de rendre compte des lignes de force qui structurent l'imaginaire des Grecs, ainsi que des pratiques qu'il induit et qui le constituent.