Robert Werner lit les poètes

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Robert Werner lit les poètes episodes

  • Regarde, Tristan Derème
    Robert Werner, correspondant de l’Académie des beaux-arts, lit “Regarde” de Tristan Derème.
    Regarde. La glycine a jauni sur la porte,
    Et voici que l’automne aux tempes couronnées
    De lierre caduc et de roses fanées
    S’avance et d’un pied lourd foule les feuilles mortes.
    Il marche et son manteau de pourpre au crépuscule
    Se dénoue et se mêle aux nuances champêtres.
    Leur destinée en est plus magnifique encore.
    C’est un laurier fleuri d’étoiles qui décorent
    Ceux dont l’aube ne fut qu’un prélude à la mort.
    Je dirai pour l’instruction des biographes
    Que ton corsage avait quarante-deux agrafes,
    Que dans tes bras toute la nuit j’étais inclus,
    Que c’était le bon temps, que je ne quittais plus
    Ta chambre qu’embaumait un pot d’héliotrope.
    Un jour, les écoliers penchés sur leurs pupitres
    En écoutant vibrer les mouches sur les vitres
    Trouveront-ils au fond de collèges moisis
    Une page de moi dans leurs morceaux choisis.
    Tristan Derème, La Verdure dorée
    2 min
  • Aux Feuillantines, Victor Hugo
    Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.Notre mère disait : jouez, mais je défendsQu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles.Abel était l'aîné, j'étais le plus petit.Nous mangions notre pain de si bon appétit,Que les femmes riaient quand nous passions près d'elles.Nous montions pour jouer au grenier du couvent.Et là, tout en jouant, nous regardions souventSur le haut d'une armoire un livre inaccessible.Nous grimpâmes un jour jusqu'à ce livre noir ;Je ne sais pas comment nous fîmes pour l'avoir,Mais je me souviens bien que c'était une Bible.Ce vieux livre sentait une odeur d'encensoir.Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire !Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,Et dès le premier mot il nous parut si douxQu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux,S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux,De sentir dans leur main la douceur de ses plumes. Victor Hugo, Aux feuillantines
    3 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.