Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
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Robert Werner lit les poètes episodes

  • L’absence, Paul Éluard
    Je te parle à travers les villes
    Je te parle à travers les plaines
    Ma bouche est sur ton oreiller
    Les deux faces des murs font face
    À ma voix qui te reconnaît
    Je te parle d'éternité
    O villes souvenirs de villes
    Villes drapées dans nos désirs
    Villes précoces et tardives
    Villes fortes villes intimes
    Dépouillées de tous leurs maçons
    De leurs penseurs de leurs fantômes
    Campagne règle d'émeraude
    Vive vivante survivante
    Le blé du ciel sur notre terre
    Nourrit ma voix je rêve et pleure
    Je ris et rêve entre les flammes
    Entre les grappes du soleil
    Et sur mon corps ton corps étend
    La nappe de son miroir clair.
      L’absence, Paul Éluard, 1963
    2 min
  • Hie ! Arthur Cravan
    Quelle âme se disputera mon corps ?
    J'entends la musique :
    Serai-je entraîné?
    J'aime tellement la danse
    Et les folies physiques
    Que je sens avec évidence
    Que, si j'avais été jeune fille,
    J'eusse mal tourné.
    Mais, depuis que me voilà plongé
    Dans la lecture de cet illustré.
    Je jurerai n'avoir vu de ma vie
    D'aussi féeriques photographies :
    L'océan paresseux berçant les cheminées,
    Je vois dans le port, sur le pont des vapeurs.
    Parmi des marchandises indéterminées.
    Les matelots se mêler aux chauffeurs ;
    Des corps polis comme des machines,
    Mille objets de la Chine,
    Les modes et les inventions ;
    Puis, prêts à traverser la ville,
    Dans la douceur des automobiles,
    Les poètes et les boxeurs.
    Ce soir, quelle est ma méprise,
    Qu'avec tant de tristesse,
    Tout me semble beau ?
    L'argent qui est réel,
    La paix, les vastes entreprises.
    Les autobus et les tombeaux ;
    Les champs, le sport, les maîtresses.
    Jusqu'à la vie inimitable des hôtels.
    Je voudrais être à Vienne et à Calcutta,
    Prendre tous les trains et tous les navires,
    Forniquer toutes les femmes et bâfrer tous les plais.
    Mondain, chimiste, putain, ivrogne, musicien, ouvrier,
    peintre, acrobate, acteur;
    Vieillard, enfant, escroc, voyou, ange, et noceur;
    millionnaire, bourgeois, cactus, girafe ou corbeau;
    Lâche, héros, nègre, singe, Don Juan, souteneur, lord,
    paysan, chasseur, industriel.
    Faune et flore :
    Je suis toutes les choses, tous les hommes et tous les animaux !
    Arthur Cravan, Hie !, 1913
    3 min
  • Le Pont Mirabeau, Guillaume Apollinaire
    Sous le pont Mirabeau coule la Seine
    Et nos amours
    Faut-il qu’il m’en souvienne
    La joie venait toujours après la peine
    Vienne la nuit sonne l’heure
    Les jours s’en vont je demeure
    Les mains dans les mains restons face à face
    Tandis que sous
    Le pont de nos bras passe
    Des éternels regards l’onde si lasse
    Vienne la nuit sonne l’heure
    Les jours s’en vont je demeure
    L’amour s’en va comme cette eau courante
    L’amour s’en va
    Comme la vie est lente
    Et comme l’Espérance est violente
    Vienne la nuit sonne l’heure
    Les jours s’en vont je demeure
    Passent les jours et passent les semaines
    Ni temps passé
    Ni les amours reviennent
    Sous le pont Mirabeau coule la Seine
    Vienne la nuit sonne l’heure
    Les jours s’en vont je demeure
    Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913
    2 min
  • J’ai dit à mon cœur, Alfred de Musset
    J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :
    N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse ?
    Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
    C'est perdre en désirs le temps du bonheur ?
    Il m'a répondu : Ce n'est point assez,
    Ce n'est point assez d'aimer sa maîtresse ;
    Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
    Nous rend doux et chers les plaisirs passés ?
    J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :
    N'est-ce point assez de tant de tristesse ?
    Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
    C'est à chaque pas trouver la douleur ?
    Il m'a répondu : Ce n'est point assez
    Ce n'est point assez de tant de tristesse ;
    Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
    Nous rend doux et chers les chagrins passés ?
    Alfred de Musset, Premières poésies
    2 min
  • Marie, Guillaume Apollinaire
    Vous y dansiez petite fille
    Y danserez-vous mère-grand
    C’est la maclotte qui sautille
    Toutes les cloches sonneront
    Quand donc reviendrez-vous Marie
    Les masques sont silencieux
    Et la musique est si lointaine
    Qu’elle semble venir des cieux
    Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
    Et mon mal est délicieux
    Les brebis s’en vont dans la neige
    Flocons de laine et ceux d’argent
    Des soldats passent et que n’ai-je
    Un cœur à moi ce cœur changeant
    Changeant et puis encor que sais-je
    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Crépus comme mer qui moutonne
    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Et tes mains feuilles de l’automne
    Que jonchent aussi nos aveux
    Je passais au bord de la Seine
    Un livre ancien sous le bras
    Le fleuve est pareil à ma peine
    Il s’écoule et ne tarit pas
    Quand donc finira la semaine
    Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913
    2 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.