"Eté 1981, je découvrais dans les pages de Libération la correspondance new-yorkaise de Raymond Depardon. Le photographe devait envoyer, pendant un mois, une photo par jour de New York accompagnée d’un court texte.
Jusqu’alors, une photographie dans un journal servait à véhiculer une information, la légende qui l’accompagnait permettait de la situer, de la comprendre. L’image était au service de l’écrit. Là, pour la première fois, le photographe avait la parole et loin de nous assener des vérités, des postulats, des dogmes comme pouvait l’avoir fait Cartier Bresson avant lui, Depardon disait des doutes, ses peurs nous révélait sa fragilité, nous laissait apercevoir l’intimité d’un photographe au travail. Ce fut un choc immense et libérateur.
Dans cette série, le photographe élevé à la culture du news, aux grands reportages, aux guerres, aux coups d’état, confronté cette fois à la banalité du quotidien, loin du spectacle de l’actualité, nous permettait de découvrir la douleur que demande parfois la production d’une image, le vertige de la question du quoi photographier, de celles de la place et du rôle du photographe face au monde.
Ces questions, Raymond Depardon n’a jamais cessé de se les poser et continue aujourd’hui encore à tenter d’y répondre par son travail toujours renouvelé."
En partenariat avec France Inter et la MGEN.