Derrière les micros du studio Podspace, deux jeunes entrepreneurs racontent leur quête de liberté, entre immobilier, business en ligne et les défis quotidiens d'une vie choisie.
Le décor est planté, intime et moderne : le studio Podspace à Paris. Adrien Hardy y retrouve Yass, investisseur immobilier affûté, libre financièrement depuis déjà cinq ans, et James, l'entrepreneur créatif derrière le studio, également co-fondateur avec sa femme d'un podcast florissant. Trois personnalités, trois visions, connectées par une soif commune : celle de vivre une vie intentionnelle, loin des parcours tracés.
Le pitch de l'épisode ? Il n'y en a pas, ou presque. Pas de conducteur, pas de questions pré-écrites. Juste le désir de « tester des choses » et de laisser la conversation les guider. C'est l'essence même de l'aventure que ces hommes embrassent : naviguer à vue, expérimenter, et construire au fur et à mesure. Un principe qu'ils appliquent à leurs entreprises, à leurs vies, et même à ce podcast.
Yass, vingt-six ans au moment de son premier achat immobilier, a vite compris que le salariat ne correspondait pas à ses valeurs. Son chemin fut clair : l'immobilier comme tremplin, comme base sécurisée pour oser l'entrepreneuriat. James, lui, a refusé une offre d'embauche à 1 800 euros quand il en gagnait déjà le triple en freelance et à force de débrouillardise. Il s'agissait de ne pas reproduire le schéma familial, de ne pas se « casser la gueule » trop jeune. Ils partagent cette même philosophie, à un détail près : l'un a fait de l'immobilier sa rampe de lancement, l'autre regrette peut-être de ne pas l'avoir encore intégré à sa stratégie.
La première démission : ou l'art d'éviter la cage dorée
Pour James, l'acte fondateur est clair : refuser le CDI après son alternance. L'ingénierie informatique lui ouvre les portes d'un marché porteur, mais c'est un voyage à Bali qui a tout changé. Une occasion de monter un business de publicité avec sa femme, Fiona, pour les PME sur Snapchat, à l'antipode du monde salarié. C'est là qu'il découvre le freelancing : une liberté de gagner de l'argent depuis l'autre bout du monde. Une révélation qui rend le salaire de 1 800 euros brut dérisoire.
« C'est impossible que j'accepte un CDI à 1 800 euros alors que je peux faire le triple et j'en suis largement capable. »
Son alternance, dans une startup de publicité outdoor, lui a appris les rouages du marketing digital, des campagnes Google Ads au social media. Mais aussi les limites d'un tel environnement : la hiérarchie, l'hypocrisie, les transports en commun. Un constat amer qui renforce son désir d’autonomie. Il se sent « assez jeune pour commencer à me casser la gueule maintenant et avoir du temps devant moi. » Une perspective que Yass, venu du grand groupe, comprend parfaitement. L'entrepreneuriat, estime-t-il, n'est « pas facile ». Mais il offre une liberté inestimable.
La discipline du salarié au service de l'investisseur
Yass et James convergent sur un point essentiel : la structure et l'organisation acquises en entreprise sont des atouts précieux. Yass, ex-ingénieur informatique, applique cette rigueur à son parc immobilier. « Quand tu fais d'investissement immobilier, il faut avoir cette structuration pour justement que ton investissement soit pérenne dans le temps. » Il le constate au quotidien : de nombreux investisseurs brillent en acquisition mais trébuchent sur la fiscalité, la comptabilité ou la gestion locative. L'immobilier, loin d'être passif comme certains le vendent, exige une véritable démarche entrepreneuriale.
L'immobilier, vrai ou faux passif ? Le revers de la médaille
La réalité de l'investissement immobilier, selon Yass, est loin de l'image idéalisée : lourdeur administrative, coordination constante, gestion des sinistres incessante. L'exemple d'un de ses immeubles parti en fumée illustre la charge mentale et logistique. « J'ai un immeuble qui est parti en feu. » Cela le place au cœur des négociations avec assureurs et experts, un travail qu'il déteste. Mais sa vision est claire : processer chaque étape pour déléguer efficacement.
Avec une quarantaine d’appartements, il a touché du doigt une vérité : « Plus tu augmentes le nombre d'apparts, plus tu augmentes le nombre de galères. » Cependant, il ne renie pas le potentiel de l'immobilier, qu'il voit comme un actif plus sûr et un tremplin vers d’autres business. La clé restant la diversification et la capacité à s’entourer des bonnes personnes. Son choix de se diriger vers l'immobilier commercial, où le locataire prend souvent en charge la taxe foncière et l’entretien, est une piste pour alléger sa charge mentale.
« C'est ce qu'il y a de plus rentable par rapport à l'infoprenariat aussi, mais c'est la folie. »
L'autre défi est de connaître ses forces et déléguer ses faiblesses. « Il faut réussir à déléguer les faiblesses, et tout ça pour que ça marche au service de ta mission d'entreprise. » Yass, initialement très indépendant, reconnaît la difficulté. Il passe désormais son temps à créer des protocoles, des tutos vidéo pour que la personne déléguée puisse fonctionner en autonomie. Objectif : "me délester" de cette charge mentale pour se consacrer pleinement au développement de ses business en ligne. Une transition vers une « autre vie ».
La puissance des outils : IA, Notion et la charge mentale
La conversation glisse naturellement vers les outils qui facilitent cette quête d'efficacité. Notion est sur toutes les lèvres, une sorte de « second cerveau » où tout est connecté, où les notes s'organisent en arborescence, un « mind mapping » nouvelle génération.
Mais c'est l'intelligence artificielle qui fascine le plus. James l'utilise pour des idées de vidéos YouTube, des prévisionnels pour Podspace, ou des titres de posts LinkedIn. Yass, lui, s'en sert pour des descriptions de Reels ou pour des questions de comptabilité immobilière, constatant avec surprise que l’IA « m'a parfaitement sorti le bon » conseil.
« Quand t'as les bons prompts et que tu sais l'utiliser par rapport à ce que tu veux de lui, c'est… Tu l’utilises pourquoi, par exemple ? »
L'enthousiasme est palpable, mais les questions fusent : jusqu'où ira l'IA ? « Dans 10 ans, ça serait quoi ? » Ils s'accordent sur le potentiel illimité, le risque que la créativité soit impactée et l’importance de garder sa « propre couche », ne pas laisser l'IA devenir une béquille totale. L'humain, par sa vision unique, restera l'acteur central. « Je ne pense pas qu'une intelligence artificielle puisse remplacer la créativité d'un humain. »
Libérer l'esprit : la décharge mentale et le Miracle Morning
Au-delà des outils numériques, ils insistent sur l'importance de la clarté mentale. La technique du « Miracle Morning » chère à Hal Elrod et le fait d'écrire à la main le matin sont des pratiques qu'Adrien réadopte. Une « décharge mentale » est cruciale : tout écrire pour libérer l'esprit. « Faut tout écrire, c'est posé. » Les problèmes, une fois mis noir sur blanc, peuvent être traités un à un, structurés, organisés. Une méthode simple, mais souvent sous-estimée, pour transformer le chaos des pensées en une feuille de route claire. C'est le cœur même d'un business : s'il n'est pas processé, il est voué à l'échec. Un principe qui s'applique à la vie personnelle comme professionnelle.
La viralité TikTok : nouvelle ruée vers l'or des créateurs de contenu
La discussion se tourne vers le levier incontournable de la visibilité : la création de contenu. James est catégorique : « Si tu ne crées pas de contenu, tu n'es pas visible aujourd'hui. » TikTok, en particulier, est un terrain de jeu en pleine effervescence. Loin d'être en perte de vitesse, la plateforme est un eldorado pour la viralité. James cite l'exemple du live shopping, déjà omniprésent en Asie, qui transformera le commerce. « Le Téléshopping 2.0. »
Yass confirme la puissance de TikTok : des vidéos postées sans montage, improvisées, sur son compte perso, ont généré des centaines de milliers de vues. « Mais vraiment zéro montage que de l'impro total impro. » Cela génère une communauté, attire des opportunités, et transforme des histoires personnelles en succès viraux. De nombreux créateurs se nichent sur TikTok pour lancer des formations ou du coaching, capitalisant sur la puissance de l'algorithme.
« Tellement facile aujourd'hui de devenir viral sur les réseaux sociaux et de générer de l'argent finalement, que pourquoi s'en priver en fait ? »
L'efficacité de la publication multicanal est également soulignée. Avec des outils comme MetriCool, une publication préparée une fois peut être diffusée sur toutes les plateformes. Pourtant, les formats et les audiences varient. Yass et James constatent que TikTok offre souvent une portée supérieure à Instagram, même pour un contenu identique. La plateforme est un laboratoire où l'on doit expérimenter pour comprendre ce qui résonne, sans craindre de se lancer.
Copier-coller le succès : l'humilité face à l'innovation
Innover à tout prix ? Pour James, l'expérience d'une startup de location de vêtements par abonnement, lancée à 20 ans, lui a fait revoir cette ambition. Une aventure d'un an, soldée par un échec. La leçon est sans appel : « C'était très très compliqué d'innover. » Depuis, sa philosophie est de « voir ce qui fonctionne à l'étranger et je vais répliquer exactement la même chose. » Ses business, comme Cosma ou le podcast Jam Sessionnaire, sont des adaptations de modèles qui ont déjà fait leurs preuves. « Je me casse vraiment plus la tête à recréer un nouveau business. »
« Tous mes business sur marque, bah ça existe déjà ailleurs. »
À l'instar des sportifs ou des musiciens, James observe les précurseurs, principalement Américains, et adapte leurs concepts. Cette approche, loin d'être un aveu de faiblesse, est un gain de temps et d'énergie. Elle permet d'établir une « road map » claire et de se concentrer sur l'exécution. Quand on parle de carrière, la question de la langue se pose. Habitant à Lisbonne, Adrien jongle entre une communauté francophone et anglophone. La traduction automatique de contenu, grâce à l'IA, s'annonce comme une révolution pour dépasser ces frontières linguistiques. Cependant, les exemples de youtubeurs ou podcasteurs français ayant tenté le virage de l'anglais, souvent sans succès probant, rappellent la difficulté de cette transition.
Les regrets de fin de vie : l'aventure, le partage et la santé
La conversation prend une tournure plus intime en abordant un livre percutant : « Les cinq regrets des personnes en fin de vie » de Bronnie Ware. Une infirmière en soins palliatifs y recueille les remords des mourants. La question résonne : Quels regrets voudraient-ils éviter à la fin de leur vie ?
Pour James, la réponse est claire : ne pas avoir testé toutes les choses qui lui tiennent à cœur. « Si j'arrive à la fin de ma vie et que j'ai pas testé toutes les choses… » Créer une marque de vêtements, par exemple, est un projet qu'il fera, coûte que coûte. Le regret le plus grand serait de ne jamais savoir « ce que ça aurait pu donner ». Au-delà du business, il y a le désir de partager sa réussite avec ses proches, de « mettre bien mes proches ». Le bonheur se trouve aussi dans la contribution, le fait de « pouvoir contribuer à votre bonheur aussi. »
« Ça me ferait vraiment kiffer de repartager en fait à mes proches. »
Pour Yass, la réponse est également alignée sur l'aventure : voyager et lancer des projets entrepreneuriaux. Ses prochains horizons : le Japon, au printemps, pour les cerisiers. Mais au-delà des objectifs purement professionnels, il insiste sur l'équilibre. Avoir une « famille heureuse » est pour lui aussi essentiel que la réussite professionnelle. L'argent, sans le partage et l'épanouissement personnel, a un goût amer. Ils concluent sur l'importance de la santé, le socle de toute réussite : « Le plus important, c'est la santé pour moi. » Bien manger, être actif, cultiver son bien-être… des piliers souvent oubliés dans la quête de performance.
La peur de l'inconnu : briser les chaînes invisibles
La conversation se conclut sur la force motrice de leur réussite : l'action. « Le problème de beaucoup de personnes, c'est qu'ils sont pas dans l'action. » Leurs craintes, leurs blocages, leurs croyances limitantes les paralysent. Pour James, même en étant père de famille, la peur ne l'empêche pas d'investir dans de nouveaux business. Le risque financier est mesuré : « Tu pourras toujours le récupérer. »
Yass, lui, évoque l'image d'un saut de 18 mètres au large de l'île de Cebu, aux Philippines. Pas de voiturette, pas de touristes, juste un plongeon dans l'inconnu. « Il y a pas de voitures, etc. » Une expérience vertigineuse qui lui a appris à se désensibiliser à la peur. C'est en affrontant l'inconfort qu'on élargit sa zone de confort. « Ça te donne confiance et une fois que tu l'as fait, bah ça élargit ta zone de confort. »
« On est bourré de croyances limitantes, on est bourré de blocage. »
Ce sentiment de liberté, de pouvoir tout faire, est le fil conducteur de l'épisode. Trop souvent, le cadre salarié assigne des limites invisibles. Yass et James s'accordent sur l'importance de voyager, de se confronter à d'autres réalités pour mieux apprécier la chance d'être en France. Les aides sociales, l'accès à internet, la simple possibilité de se réinventer sont des atouts précieux. « On a tout pour réussir. » Il n'y a donc « aucune excuse » pour ne pas se lancer. L'argent vient et repart, mais la vie est une aventure qui se doit d'être vécue pleinement, sans regret, en s'affranchissant des limites que l'on s'impose.