En Plateau :
François Bougon, journaliste, ancien correspondant de l’AFP en Chine et du journal Le Monde en Asie, est aujourd’hui responsable du service étranger de Mediapart. Sinophone, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la Chine et signe, avec Hong Kong, l’insoumise. De la perle de l’Orient à l’emprise chinoise (éditions Tallandier, 2020), l’un des rares livres en français sur le sujet.
Contexte :
Le 1er juillet 1997, Hong Kong est rétrocédée à la Chine et les Britanniques quittent le port parfumé dans lequel ils étaient arrivés 156 ans auparavant à bord de canonnières. C’est la fin de la politique du statu quo qui avait permis à la Grande-Bretagne de conserver ce territoire au lendemain de la Seconde guerre mondiale, en pleine période de décolonisation. Le règlement de la question de Hong Kong n’était pas alors la priorité de la Chine communiste, préoccupée avant tout par la question de la survie de sa révolution et celle de sa consolidation, ainsi que plus tard par le développement de sa puissance économique et géopolitique, avec l’ouverture progressive du pays dans les années 1970.
Pour autant, le règlement de la question est simplement différé, la souveraineté chinoise sur Hong Kong étant non négociable pour Pékin.
La fin du bail emphytéotique de 99 ans, imposé à la Chine sur les Nouveaux territoires – après le traité de Nankin par lequel l’Empire victorien prenait possession de l’île de Hong Kong et la seconde guerre de l’opium qui lui permettait de conquérir la péninsule de Kowloon – le met à l’ordre du jour. Après deux ans de négociations, la Première ministre britannique Margaret Thatcher et le Premier ministre chinois Zhao Ziyang signent, en 1984, une Déclaration commune, ratifiée l’année suivante, garantissant jusqu’en 2047, un statut particulier à l’ancienne colonie britannique, résumé sous la formule : « un pays, deux systèmes ».
L’humiliation des traités inégaux imposés à la Chine impériale au XIXème siècle, que la République chinoise n’a jamais reconnus, et dont Hong Kong était l’emblème, est lavée. Pékin retrouve la souveraineté sur ce territoire chinois. Hong Kong rentre dans le giron de la mère-patrie.
Comment comprendre ce qui se passe aujourd’hui à Hong Kong ? Une jeunesse, née après la rétrocession du territoire à la Chine et qui n’a par conséquent jamais connu la colonisation britannique, se rebelle contre l’emprise croissante de Pékin qu’elle dénonce comme une nouvelle puissance coloniale, alors que Pékin se considère comme l’héritière des luttes anticolonialistes ! François Bougon nous invite à déconstruire mythes et clichés sur Hong Kong en nous plongeant dans l’histoire complexe de ce territoire et notamment sur l’identité particulière de ses habitants qui ont vécu un siècle et demi sous tutelle occidentale. Car, Hong Kong n’a jamais été la terre vierge évoquée par le récit colonial : la perle de l’Orient de l’Empire victorien, était déjà peuplée avant l’arrivée des Britanniques par des pêcheurs, agriculteurs et pirates, des Tankas, des Punti, des Hakkas et des Hoklo, et elle fut tout au long de son histoire, une terre d’accueil pour les Chinois du continent fuyant la faim et la misère, un refuge pour les opposants de tous les temps, un lieu d’exil. Elle fut aussi un lieu de confrontation et de tension, un centre de mobilisation politique et sociale, un lieu de réflexion intellectuelle où s’élaborait l’avenir de la Chine, le berceau du mouvement nationaliste qui renversa l’Empire Qing en 1911, et le lieu d’émergence, de transit ou de formation des révolutionnaires communistes, qui changèrent le destin de la Chine au XXème siècle. Hong Kong, acteur et spectateur de ce qui se passe en Chine continentale. Hong Kong, l’insoumise, s’opposa à l’occupant britannique, voire à l’expansion française en Indochine, et ce depuis la seconde moitié du XIXème siècle et durant le XXème siècle, organisant des grèves portuaires, des grèves générales, le boycott des produits britanniques sur place et su