Chronique économique

Chronique économique

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Chronique économique episodes

  • Pourquoi le fondateur d'une grosse entreprise belge menace-t-il de quitter la Belgique ?
    En gros, si vous avez plus de 500.000 euros placés sous forme de compte-titres, d’actions, d’obligations, de fonds… vous payerez chaque année un pourcentage sur ce qui dépasse les taux d’imposition montrés par palier, jusqu’à 0,6% pour les montants de plusieurs millions.
    Sur le papier, ça se tient. Le travail est déjà archi-taxé. L’État est à la recherche de milliards qu’il ne trouve pas. Que les gros patrimoines mettent davantage la main au portefeuille, c’est un petit peu normal.
    Sauf que la polémique a vraiment explosé quand un nom est apparu sur les réseaux sociaux, celui de Fabien Pinckaers, le fondateur d’Odoo. Il prend rarement la parole mais, cette fois-ci, il a dit "je risque gros, donc je prends la parole".
    D’abord, il a dit clairement : si cette taxe s’applique à moi comme ça, je quitterai la Belgique. Ensuite, il a expliqué un point que beaucoup de gens ont du mal à croire : il dit n’avoir qu’environ 100.000 euros sur son compte bancaire personnel, alors qu’il est, sur le papier, multimilliardaire.
    Beaucoup de gens doivent se dire, il se moque de qui Fabien Pinckaers ? Il est ultra-riche et il ne veut pas payer 0,6%. C’est là que le débat devient intéressant parce que ça touche à une confusion massive entre deux choses. Il y a la richesse visible sur le papier et il y a l’argent réel disponible pour payer l’impôt.
    Fabien Pinkars est effectivement virtuellement très riche parce qu’il possède plus de la moitié des actions d’Odoo. Mais cette richesse n’est pas sur son compte. Elle est enfermée dans l’entreprise, dans le capital, dans les équipes, dans le produit, dans la croissance. Ce n’est pas du cash, c’est de la valeur. Et c’est là que la mécanique fiscale coince.
    Si on applique la taxe des Engagés à cette valeur-là, la note se compte en dizaines de millions par an, 30 millions dans son cas. Et pour payer, Fabien Pinckaers n’a que deux options : soit il se verse des dividendes massifs, soit il vend une partie de ses actions. Dans les deux cas, il fragilise le contrôle de son entreprise, qu’il a créée par lui-même il y a quelques années de ça.
    C’est ça le cœur du débat. Une action Odoo dans les mains de son fondateur, ce n’est pas une action Apple dans un portefeuille titres. D’un côté, vous avez un placement liquide, vous vendez, vous payez l’impôt. De l’autre, vous avez un outil industriel, un centre de décision, des emplois à la clef, des exportations, des impôts futurs, etc.
    Autrement dit, il y a une énorme différence entre le mot "valeur" et le mot "liquidité". Une entreprise peut valoir effectivement des milliards sans que son fondateur ait plus de 100.000 euros sur son compte à titre privé.
    La vraie question n’est donc pas : faut-il taxer les riches ? La vraie question c’est : est-ce qu’on veut taxer exactement pareil un "rentier" qui vit d’un portefeuille liquide, et un entrepreneur dont la richesse est enfermée dans son entreprise ?
    Un pays intelligent ne doit pas choisir entre justice fiscale et ambition entrepreneuriale. Il doit faire les deux. La Belgique adore parler de start-up, de scale-up, de champion. Mais le jour où un champion apparaît vraiment, il ne faut pas le traiter comme un simple coffre-fort qu’on peut vider quand on veut. Sinon le message envoyé aux entrepreneurs en Belgique sera très limpide : vous pouvez réussir, mais pas trop. Et ça, pour une économie qui cherche désespérément ses champions, c’est une faute grave, c’est une faute stratégique.
    Fabien Pinckaers, le fondateur d’Odoo, menace de quitter la Belgique.
    Pourquoi ? Parce qu’une nouvelle taxe sur les grands patrimoines pourrait lui coûter 30 millions d’euros par an.
    Mais son argent n’est pas sur un compte en banque : il est dans son entreprise.
    Alors, faut-il taxer une licorne wallonne comme un simple portefeuille financier ?
    Réponse avec Amid Faljaoui notre chroniqueur économique.
    --- La chronique économique d'Amid Faljaoui, tous les jours à 8h30 et à 17h30.

      

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    5 min
  • Et si le prix de l'essence arbitrait désormais les conflits mondiaux ?
    Avant, une guerre s'arrêtait quand les cercueils s'accumulaient. Aujourd'hui, elle s'arrête quand le plein d'essence devient trop cher. Le seuil de tolérance n'est plus le nombre de morts. C'est le prix à la pompe. Comment en est-on arrivé là ? Amid Faljaoui vous explique dans sa chronique économique.
    Lors d'un débat récent sur la souveraineté énergétique en Europe, présidé par le président du MR Georges-Louis Bouchez, ce dernier a prononcé une phrase qui résume à elle seule une bascule historique : l'Occident ne supporte plus les morts à la guerre. Et désormais, ce n'est même plus une question de mort — c'est devenu une question de pouvoir d'achat, une question de prix à la pompe. Dans nos démocraties, le seuil de tolérance ne se mesure plus en cercueils recouverts de drapeaux, mais en centimes sur le litre. Depuis la guerre du Vietnam, l'opinion publique ne supporte plus de voir rentrer les corps. On a donc inventé la guerre à distance : les frappes "propres", les drones, les soldats absents du terrain.
    Mais aujourd'hui, on a peut-être franchi un cap supplémentaire. La guerre ne se règle plus seulement par le nombre de cercueils — elle se règle aussi par l'affichage lumineux des stations-service. C'est précisément ce qui s'est produit fin février, lorsque les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran ont entraîné la fermeture du détroit d'Hormuz, provoquant une envolée immédiate des prix du baril.
    Pendant la guerre du Vietnam, le président Lyndon Johnson recevait chaque soir un bilan : le nombre de soldats américains tués. C'était son indicateur de guerre, son tableau de bord. Aujourd'hui, Donald Trump surveille d'autres courbes : celles du prix du pétrole, de l'inflation, du moral du consommateur — et, bien sûr, du calendrier électoral. La guerre n'a pas disparu, mais elle a changé d'unité de mesure.
    Le seuil de tolérance n'est plus humain. Il est devenu financier. Tant que le pétrole reste bon marché, plus rien — ou presque — ne nous retient. Et c'est là que la situation devient véritablement préoccupante : nos derniers garde-fous ne sont plus notre conscience, ni même nos principes. Ils sont devenus le prix du litre d'essence. La prochaine fois que vous ferez le plein, posez-vous donc cette question : êtes-vous vraiment contre la guerre, ou seulement contre la hausse du prix du carburant ?
    --- La chronique économique d'Amid Faljaoui, tous les jours à 8h30 et à 17h30.

      

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    4 min
  • Des avions F-35 ou des profs ? Le débat qui cache la vraie question
    Un avion F-35 ou des profs ? On vous a vendu ce débat cette semaine. Amid Faljaoui, notre chroniqueur économique, vous explique pourquoi c'est un faux choix. Et pourquoi les deux camps vous racontent une histoire un peu arrangée.
    Le slogan circule depuis quelques jours : "on achète des avions F-35 et donc on doit couper dans l'enseignement." Efficace, simple, presque impossible à oublier. Mais dans la réalité budgétaire belge, les choses sont sensiblement plus compliquées. En Belgique, tout l'argent public n'est pas logé dans la même caisse. La Défense dépend du gouvernement fédéral, l'enseignement francophone dépend de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce sont deux niveaux de pouvoir, deux budgets distincts, deux règles de financement différentes. Même si la Belgique renonçait à ses F-35, l'argent économisé n'irait pas automatiquement vers les écoles francophones. Il ne suffirait pas d'annuler un avion pour engager des professeurs.
    Si ce slogan rencontre autant d'écho, ce n'est pas seulement parce que les citoyens méconnaissent les arcanes du fédéralisme belge. C'est parce qu'ils perçoivent très bien une asymétrie de traitement : quand l'État veut financer une priorité, il trouve les mots pour la justifier. Pour la Défense, on invoque des obligations stratégiques, l'OTAN, la sécurité collective, la guerre en Ukraine. Pour l'enseignement, le registre change : on parle d'économies, de rationalisation. C'est précisément ce décalage qui choque — pourquoi certaines dépenses sont-elles présentées comme inévitables, tandis que d'autres services essentiels apparaissent systématiquement comme trop coûteux ?
    Le malaise tient aussi à la complexité extrême du modèle institutionnel belge. Plus personne ne sait vraiment qui est responsable de quoi. Or, dans une démocratie, l'illisibilité est un poison. Quand les circuits de décision deviennent trop opaques, les formules simplifiées prennent le relais. Ce n'est pas toujours de l'ignorance — c'est souvent une réaction rationnelle face à un système devenu impossible à décoder.
    Mais il faut aussi regarder l'autre face du problème. La Fédération Wallonie-Bruxelles ne peut pas se contenter d'invoquer l'insuffisance des moyens. Elle doit également se demander comment elle utilise l'argent disponible. La coexistence de plusieurs réseaux scolaires génère des doublons : administrations, directions, bâtiments, services et structures parallèles. Certaines de ces rigidités sont anciennes. Certaines réformes sont politiquement explosives — et c'est précisément pourquoi elles sont repoussées. La vraie question n'est donc pas seulement de savoir s'il faut davantage d'argent pour l'école, mais aussi comment faire en sorte que chaque euro qui lui est consacré produise davantage d'effets concrets pour les élèves et les enseignants. Si nous ne sommes plus capables d'expliquer clairement pourquoi nous finançons la défense et pourquoi nous économisons sur l'enseignement, le problème n'est pas simplement budgétaire — il est démocratique.
    --- La chronique économique d'Amid Faljaoui, tous les jours à 8h30 et à 17h30.

      

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    5 min
  • Et si la vraie arme de l’Iran n’avait jamais été la bombe atomique ?
    Cette arme, elle ne coûte rien, elle dort au fond de la mer, et vaut 300 milliards de dollars. Le prix que les États-Unis viennent d’accepter de payer à l’Iran. Cette arme, c’est un détroit. Le détroit d’Ormuz : un cinquième du pétrole mondial passe par là.
    Un conseiller du guide suprême l’a d’ailleurs dit récemment, et sans détour, Ormuz vaut une bombe atomique. Il a raison, voici pourquoi : une bombe atomique, ça ne sert qu’à menacer, en réalité. L’utiliser ferait de vous un paria pour l’éternité.
    Souvenez-vous de Poutine en 2022, il n’a jamais lancé la moindre ogive nucléaire sur l’Ukraine. Il a juste laissé planer le doute, la menace. Et ça a suffi à bloquer, à figer tout l’Occident.
    Le détroit d’Ormuz, c’est encore plus fort parce que vous pouvez vous en servir pour de vrai. Et l’Iran s’en est servi. 43 navires visés, 17 touchés, 2 coulés, 11 marins tués. La communauté internationale a regardé, médusée, incapable de rouvrir ce passage.
    Le résultat ? Le prix du litre à la pompe, de Houston à Namur, se décide aujourd’hui à Téhéran. D’ailleurs, un diplomate français a très bien résumé tout cela d’une formule cruelle : Dieu a inventé la guerre pour que les Américains apprennent la géographie. Parce qu’on ne peut pas vaincre la géographie.
    On peut bombarder un site nucléaire, mais on ne peut pas bombarder un détroit. Alors les Américains ont finalement signé : mercredi soir, à Versailles, Donald Trump a paraphé un accord de paix.
    Sur le papier, l’Iran promet de renoncer à la bombe atomique. En échange : levée des sanctions, dégèle des comptes iraniens bloqués depuis des décennies et un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars. 300 milliards pour débloquer un détroit qui n’était pas bloqué il y a 4 mois. Tout ça pour ça.
    Mais le véritable danger, il est ailleurs. Celui dont personne ne parle, ou presque. L’Iran vient d’ouvrir une boîte de Pandore. Il a montré au monde entier que cette arme du Détroit, elle existe. Et qu’en plus, elle marche et ne coûte presque rien.
    Téhéran fait déjà payer un péage aux pétroliers et en cryptomonnaie. Or, les détroits comme Ormuz, il y en a plein d’autres. Le détroit de Malacca, par où passe 20% du commerce mondial. Le détroit de Gibraltar, le détroit du Bosphore, Taïwan. Même la Manche elle-même, par où transitent 12% des marchandises.
    Demain qui empêchera un pays de rançonner les navires d’un voisin qu’il n’aime pas ? La réponse, elle fait peur : personne.
    Voilà la véritable leçon de cette guerre : les Occidentaux, c’est vrai, pèsent 60% des dépenses militaires de toute la planète. Mais ils n’arrivent pas à rouvrir une artère vitale pour leur prospérité.
    L’Iran cherchait la bombe, l’Iran a trouvé mieux : la géographie.
    --- La chronique économique d'Amid Faljaoui, tous les jours à 8h30 et à 17h30.

      

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    5 min
  • Accord de paix avec l'Iran : et si le vrai perdant était l'Amérique ?
    La paix avec l'Iran sera signée vendredi à Genève. Tout le monde respire. Sauf qu'il y a un hic : le vrai perdant de cette guerre n'est peut-être pas celui que vous croyez. Le vrai sujet se joue du côté du pétrole, du Golfe… et du dollar. Notre chroniqueur économique Amid Faljaoui a déterré une phrase de Kissinger qui résume tout — et qui fait froid dans le dos.
    Cette semaine, un journaliste israélien très proche de Netanyahou a ressorti une vieille formule de Henry Kissinger : "Être l'ennemi de l'Amérique est dangereux, mais être son ami peut être fatal." Cette phrase n'est pas anodine. Elle est au cœur du véritable séisme économique de la semaine. Car si l'accord de paix avec l'Iran signé ce vendredi à Genève fait la une de tous les médias — Téhéran, Israël, le nucléaire —, le vrai sujet économique se joue ailleurs. Il se joue dans le Golfe, en Arabie Saoudite, au Qatar, aux Émirats.
    L'accord lui-même n'est pas un règlement définitif : c'est un cessez-le-feu prolongé de 60 jours. Le détroit d'Hormuz rouvre progressivement et le pétrole recommence à circuler sous surveillance. Mais la trêve reste fragile — le détroit peut se refermer du jour au lendemain. Un tel accord ne suffit pas à rassurer un investisseur, un assureur ou un client. Et c'est précisément là que le problème commence.
    Toute l'économie des pays du Golfe repose sur un pari simple, reconduit depuis plus de 50 ans : l'Amérique garantit que leur pétrole passe. En échange, les pays du Golfe achètent américain, investissent américain et facturent en dollars. Un contrat tacite, jamais signé, mais jusqu'ici respecté. Or les dirigeants du Golfe sont aujourd'hui furieux. Washington a lancé cette guerre contre leur avis, et l'Iran les a ciblés en représailles — alors qu'ils n'avaient rien demandé. C'est là que la phrase de Kissinger résonne avec une acuité particulière.
    D'après le Financial Times, deux options s'ouvrent désormais pour ces pays. Première option : continuer à miser sur l'Amérique, quitte à se rapprocher encore davantage d'Israël — c'est notamment le choix des Émirats Arabes Unis, qui comptent sur le dôme de fer israélien plus que sur la protection américaine. Deuxième option : considérer que l'Amérique est devenue trop imprévisible, et chercher discrètement un arrangement avec l'Iran.
    Si le Golfe commence à diversifier ses alliances, les conséquences pourraient être considérables : des fonds souverains qui regarderont ailleurs, des contrats d'armement qui changeront de main. Et, à terme, la question qui fâche : faut-il toujours tout facturer en dollars ? Le pétrodollar ne repose pas que sur la force militaire. Il repose d'abord et avant tout sur la confiance — sur l'idée que l'allié américain est solide, prévisible, et qu'il répond présent quand il le faut.
    Cette confiance vient de se fissurer. En cherchant à affaiblir l'Iran, c'est peut-être l'influence américaine dans le Golfe qui s'est elle-même affaiblie. La fiabilité est l'actif le moins cher à entretenir — mais le plus coûteux à reconstruire, une fois perdue.
    --- La chronique économique d'Amid Faljaoui, tous les jours à 8h30 et à 17h30.

      

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    4 min
  • État endetté, communes à sec : qui va financer la ville de demain ?
    Qui va payer nos crèches, nos hôpitaux, nos logements, alors que l'État est endetté, que des communes wallonnes se voient refuser un prêt par leur banque, et que la BCE vient encore de compliquer l'équation. C'est la question que pose notre chroniqueur économique Amid Faljaoui.
    Qui va financer la ville de demain ? Derrière cette question un petit peu abstraite, il y a notre quotidien, les écoles, les crèches, les hôpitaux, les logements qu'il faut construire, rénover, entretenir. Un seul chiffre pour mesurer l'urgence : rien qu'en Wallonie, près de 50 000 ménages attendent un logement public.
    Qui va payer ? L'État ? Sauf que l'État est endetté jusqu'au cou. Deuxième réponse : le privé. Mais le privé veut du rendement, ce qui veut dire qu'un projet qui ne rapporte pas, ne se fera pas. Quant aux communes, elles sont à sec.
    À tel point que récemment, des grandes villes wallonnes, comme Liège, Charleroi ou encore Mons, n'ont pas réussi à obtenir de prêts classiques auprès des banques. Il a donc fallu un dispositif spécial, le plan Oxygène, avec l'intervention de la région, pour que les financements puissent finalement se boucler.
    Et ce n'est pas fini. Depuis janvier dernier, la réforme du chômage prévoit l'exclusion progressive de dizaines de milliers de personnes de leurs allocations. Et où vont-elles frapper ces personnes ? Aux portes des CPAS, c'est-à-dire à la commune. Et même si l'État fédéral promet des compensations, les associations de villes et de CPAS parlent déjà de centaines de millions d'euros de charges supplémentaires. De l'argent que les communes n'ont évidemment pas dans leur portefeuille.
    Les choses se compliquent encore car la Banque Centrale Européenne a relevé ses taux d'intérêt jeudi dernier. Officiellement, c'est pour lutter contre l'inflation, qui est tirée notamment par le prix du pétrole et les tensions autour du détroit d'Ormuz. Sauf que quand le trafic reprend et que le pétrole retombe, l'inflation a tendance à refluer d'elle-même. Au final, la BCE a serré le frein pile au moment où la route commençait à se dégager.
    Pendant des années, la Banque Centrale Européenne rachetait massivement de la dette publique des États, ce qui gardait l'argent bon marché. Mais depuis deux ans, elle s'est retirée. Elle ne rachète plus et du coup la Belgique, notamment, emprunte plus cher. La ville de demain a besoin d'argent, l'État n'en a plus, les communes n'en ont plus, le privé veut du rendement et la Banque Centrale renchérit le coût de l'emprunt. Voilà le casse-tête aujourd'hui.
    --- La chronique économique d'Amid Faljaoui, tous les jours à 8h30 et à 17h30.

      

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    5 min
  • Comment le champion américain de l'IA s'est fait piéger par sa propre publicité
    La société américaine Anthropic a passé des mois et des mois à répéter que son intelligence artificielle était trop dangereuse pour le monde entier. Vendredi soir, Donald Trump l’a prise au mot. Le gouvernement américain a interdit l’accès aux modèles les plus puissants d’Anthropic à tout ce qui n’est pas américain de nationalité. Les clients européens, les entreprises étrangères et même les ingénieurs non-américains de la maison. Motif officiel : sécurité nationale.
    Le plus ironique, c’est celui qui a allumé la mèche. Ce n’est pas un concurrent, c’est Amazon, l’un des premiers actionnaires d’Anthropic, qui a injecté des milliards dans la boîte. Et ses propres chercheurs ont testé le dernier modèle et ont réussi à lui faire cracher des informations utilisables pour des cyberattaques. Exactement ce qu’Anthropic jurait avoir rendu impossible. Un coup de fil au Trésor américain plus tard, et la machine s’est emballée.
    C’est une véritable leçon de stratégie pour n’importe quel dirigeant. Pendant des années, Dario Amodei, le patron d’Anthropic, a construit toute sa marque sur un seul message : notre intelligence artificielle est si puissante qu’elle est en quelque sorte une menace. Il faut donc la réguler, peut-être même la ralentir. Ce discours, c’était un actif. Il impressionnait les investisseurs, il justifiait des valorisations absolument vertigineuses, il transformait Anthropic en bon élève éthique de la Silicon Valley.
    La peur, effectivement, ça se vend très très bien. Sauf qu’un récit n’est jamais neutre. Le jour où votre propre gouvernement vous prend en sérieux, l’actif se transforme en passif. La peur que vous vendiez devient l’arme qu’on retourne contre vous. Et là, le timing est cruel. Parce qu’Anthropic prépare son entrée en bourse. Elle est valorisée à plus de 1000 milliards de dollars. Ce n’est pas n’importe quoi.
    D’un côté, il faut convaincre les marchés que tout roule très bien. De l’autre, on vient de la couper d’une partie de la planète : les clients européens, les grandes banques qui testaient ces modèles, tout ce beau monde se retrouvent gelé du jour au lendemain.
    Le chercheur français Yann Lecun a résumé l’affaire en une phrase : on récolte ce qu’on sème. Ce n’est pas qu’Anthropic ait menti le problème, c’est qu’elle a peut-être trop bien dit la vérité. Et qu’à force de marteler que sa technologie était une arme, elle a fini par être traitée comme un marchand d’armes.
    --- La chronique économique d'Amid Faljaoui, tous les jours à 8h30 et à 17h30.

      

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    4 min
  • Une banque lance un compte d'épargne attractif mais est-il vraiment beaucoup plus rentable ?
    La banque Belfius augmente le rendement de son compte d’épargne Flow. A partir du 1er juillet prochain, ce compte rapportera 3,10%. C’est beaucoup. En tout cas, c’est plus que plusieurs concurrents récents qui plafonnent à 2,90% ou à 3%. 
    Vu comme ça, on pourrait se dire, enfin les banques bougent, enfin les banques recommencent à se battre pour notre épargne. C’est vrai. Mais seulement en partie. Parce que dans l’épargne, le chiffre qui brille n’est pas toujours le chiffre qui compte.
    Le chiffre qui brille ici, c’est 3,10%. Mais le chiffre qui compte, c’est 600 euros par mois. Parce que le compte Flow de Belfus est plafonné. Vous ne pouvez pas y verser tout ce que vous voulez. Vous pouvez y placer maximum 600 euros par mois sur un an. Cela fait 7200 euros.
    C’est déjà mieux que certains concurrents qui limitent leur compte comparable à 500 euros par mois. Donc, oui, Belfius marque un point. Mais il faut bien comprendre ce que cela signifie. Si vous avez 10.000, 30.000 ou 50.000 euros qui dorment, si je puis dire, sur votre compte, vous ne pouvez pas simplement tout transférer sur ce compte Flow et toucher 3,10% sur toute la somme. Non, vous entrez petit à petit, mois après mois, par tranche de 600 euros.
    C’est donc un bon compte pour quelqu’un qui épargne régulièrement. Ce n’est pas forcément la grande solution pour quelqu’un qui a déjà un capital important à placer. Et puis, deuxième nuance, et elle est encore plus importante, les 3,10% ne tombent pas automatiquement dans votre poche. Ce rendement est composé de deux parties : un taux de base de 1,60% et une prime de fidélité de 1,50%.
    Le taux de base, c’est la partie la plus saine. Par contre, la prime de fidélité, elle, demande une condition : votre argent doit rester sur le compte pendant 12 mois complets. Et si vous retirez avant, vous perdez cette prime sur les montants concernés.
    Donc quand une banque annonce 3,10%, elle ne ment pas, mais elle parle d’un rendement sous condition. Il faut laisser l’argent en place, il faut respecter le calendrier, il faut accepter que le meilleur taux soit donc réservé à l’épargnant patient.
    Là, on voit mieux ce que font les banques… Elles ne deviennent pas soudainement généreuses, elles deviennent simplement plus habiles : elles proposent des comptes très visibles, avec de beaux taux, mais sur des montants limités et avec des conditions précises.
    C’est une manière d’attirer les clients sans devoir rémunérer fortement toute l’épargne qui dort déjà dans leur coffre. En clair, elle paye un bon taux sur une petite partie de votre argent, pas nécessairement sur toute votre épargne. Le volume est d’ailleurs trop important et aucune banque belge ne pourrait se le permettre.
    Mais il y a encore un dernier arbitre dans cette histoire. Cet arbitre ne s’appelle pas Belfius, Argenta, BNP Paribas Fortis, ING ou que sais-je encore. Il s’appelle l’inflation. Car si votre compte rapporte 3,10%, mais que les prix augmentent presque autant, ou davantage (ce qui est le cas aujourd’hui), votre argent ne s’enrichit pas vraiment. Il court derrière le coût de la vie.
    Alors, c’est vrai, il perd moins vite peut-être, mais il ne gagne pas réellement en pouvoir d’achat. Et c’est cela que l’on oublie souvent. On compare les banques, on regarde qui offre 2,90%, 3%, 3,10%, on fait un classement, on désigne un gagnant.
    Mais le vrai match n’est pas entre telle ou telle banque. Le vrai match, c’est votre épargne contre l’inflation. Et sur ce terrain-là, la victoire est beaucoup moins évidente.
    Ça ne veut pas dire qu’il faut ignorer ses comptes. Au contraire, si votre argent dort sur un vieux compte mal rémunéré, il faut regarder ce qui existe, il faut comparer, il faut parfois déplacer son épargne. Les banques, toutes sans exception, comptent souvent sur notre inertie. Elles savent que beaucoup de clients ne bougent pas, même quand ils pourraient gagner un petit peu plus ailleurs.
    Donc, oui, Belfius entre dans la bataille des comptes d’épargne. Oui, les banques commencent à refaire des efforts. Oui, l’épargnant peut en profiter un peu. Mais non, ce n’est pas encore la revanche de l’épargnant, parce qu’on oublie une chose : l’inflation.
    --- La chronique économique d'Amid Faljaoui, tous les jours à 8h30 et à 17h30.

      

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    5 min
  • Que se cache-t-il derrière la plus grosse introduction en bourse de toute l'histoire ?
    Ce vendredi, c'est la plus grande introduction en bourse de toute l'histoire : SpaceX, la société de fusées d'Elon Musk, arrive sur le Nasdaq, la bourse américaine. Sa valeur affichée : 1 800 milliards de dollars.
    1 800 milliards de dollars, ça ne veut rien dire, c'est trop gros d'ailleurs pour notre imagination. Donc la véritable question est : qu'est-ce qu'on achète en vérité quand on achète des actions SpaceX ?
    Ce qu'on vous vend d'abord, c'est du rêve. Des fusées qui se posent toutes seules avec la planète Mars au bout du chemin. Et, depuis peu, de l'intelligence artificielle installée également dans l'espace. Bref, c'est du grand frisson.
    Sauf que, première surprise, cette entreprise de génie perd de l'argent. Et beaucoup d'ailleurs. L'an dernier, près de 5 milliards de dollars. Alors comment pourrait-elle valoir demain 1 800 milliards de dollars?
    Dans SpaceX, il n'y a pas une entreprise, il y en a trois. Les fusées d'abord. Ca c'est beau, mais ça gagne tout juste de quoi vivre. Il y a ensuite l'intelligence artificielle que Musk a rachetée à lui-même cette année. Et ça, ça brûle de l'argent sans compter. Et puis, la troisième société : celle qui paye pour les deux autres.
    Imaginez une famille avec une personne qui ramène le salaire et puis les deux autres qui dépensent tout le reste. Le salaire ici, c'est la troisième société. Cette troisième société, elle s'appelle Starlink. Starlink, c'est l'Internet par satellite.
    Une antenne qu'on pose sur le toit pour les gens qui n'ont pas le câble. En pleine campagne, sur un bateau, dans un avion, vous branchez, vous payez chaque mois et vous avez Internet là où il n'y avait rien. Et ça, ça marche très très fort. 11 milliards de dollars de revenus.
    On a fait le calcul, sur 10 dollars que gagne SpaceX, 6 milliards viennent de cette antenne. Pour quelle raison? Parce qu'une fois que les satellites sont placés là-haut, un client de plus ne coûte presque rien : il paye chaque mois, l'argent rentre tout seul et, du coup, le nombre de clients explose. 2 millions il y a 2 ans, et déjà 10 millions aujourd'hui.
    Voilà donc la véritable photo : la fusée fait le spectacle, l'intelligence artificielle fait la promesse et l'antenne, elle, fait la caisse.
    Il existe des sociétés dont le métier est de dire ce qu'une entreprise vaut réellement. Une des plus respectées s'appelle Morningstar. Morningstar a additionné ce qui existe vraiment, les fusées et Starlink et ça donne 780 milliards. Pas 1800, 780.
    Les 1000 milliards qui manquent, ils viennent d'où? D'un pari. Le pari que Musk réussira un jour à mettre son intelligence artificielle dans l'espace et que ça, ça rapportera... mais personne n'en sait rien. Elon Musk lui non plus d'ailleurs.
    Là on touche au secret du génie de Musk. On l'a vu d'ailleurs avec Tesla. Pendant des années, l'action montait, montait, montait, alors que les chiffres ne suivaient pas. Les gens y croyaient, un point c'est tout.
    On dit d'ailleurs souvent que Musk n'est pas à la tête d'une entreprise, mais d'une religion, d'une église, et que ses actionnaires, en quelque sorte, ce sont ses fidèles. Du coup, avec lui, la bourse ce n'est plus du calcul, c'est de la foi.
    On vous vend une fusée, on vous facture un pari sur l'intelligence artificielle, et la seule chose qui marche vraiment, c'est une antenne sur votre toit. Tout le reste c'est de la croyance. Et la croyance en bourse, ça peut vous porter très haut, très longtemps, jusqu'au jour où les fidèles se mettent à douter...
    --- La chronique économique d'Amid Faljaoui, tous les jours à 8h30 et à 17h30.

      

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    5 min
  • Pékin n'arrive pas au sommet, elle y retourne : leçon d'histoire économique
    "Citez-moi trois Chinois célèbres et vivants ?" La question a fait le buzz après avoir mis dans l'embarras des chroniqueurs sur un plateau télé. Vous aussi, vous séchez ? Derrière cette anecdote se cache un vertige : notre ignorance de la Chine remonte à deux siècles. Amid Faljaoui, notre chroniqueur économique, a mené l'enquête. Ce qu'il révèle va vous étonner.
    Sur le plateau de LCI, Gilles Gressani, rédacteur en chef de la revue Le Grand Continent, pose une question très simple aux chroniqueurs présents : "Citez-moi trois Chinois vivants, trois Chinois célèbres." Silence sur le plateau. Personne ne répond. Son test, qu'il appelle "le test des trois Chinois", débouche sur une démonstration imparable : la Chine est une puissance colossale, et pourtant, nous ne savons pas nommer trois de ses habitants.
    Mais ce test, aussi brillant soit son auteur, reste un raccourci. Et les raccourcis, même signés par des esprits brillants, déforment la réalité. Citer trois noms, ce n'est pas connaître un pays. La vraie ignorance se situe ailleurs et s'avère bien plus grave que cette anecdote télévisuelle.
    Nous croyons que la Chine décolle. C'est faux, elle redécolle. En 1820, la Chine produisait à elle seule près d'un tiers de la richesse mondiale quand les États-Unis n'en représentaient que 2%. Pendant des siècles, la Chine a été la première puissance économique de la planète. Alors, comment expliquer cet effondrement économique chinois ?
    Une explication parmi d'autres, mais cruciale : l'humiliation. Au XIXe siècle, la Grande-Bretagne raffole du thé chinois, de la soie et de la porcelaine. Elle achète ces produits et les paie en argent, créant un déficit commercial énorme face à Pékin. Pour combler ce déficit, Londres vend aux Chinois de l'opium cultivé dans ses colonies des Indes. La drogue se répand, des millions de Chinois deviennent dépendants, le pays se délite. L'empereur chinois prend peur et, pour sauver son peuple, interdit l'opium et fait détruire les stocks.
    La réponse de Londres ne tarde pas : c'est la guerre. La Chine perd et, en 1842, doit céder Hong Kong. Vingt ans plus tard, même scénario avec la Grande-Bretagne et la France qui s'allient. C'est le début du "siècle des humiliations" pour les Chinois. Voilà ce que la Chine n'a jamais digéré.
    Quand elle remonte aujourd'hui au niveau économique mondial, elle n'a pas le sentiment d'arriver, mais de revenir à la place qu'elle estime avoir toujours occupée. Le vrai test n'est donc pas de citer trois Chinois, mais de comprendre qu'aux yeux de Pékin, la Chine ne fait pas son entrée dans le podium mondial économique : elle reprend simplement sa place.
    --- La chronique économique d'Amid Faljaoui, tous les jours à 8h30 et à 17h30.

      

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