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By Littérature Sans Frontières – Fréquence TerreScienceNature
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  • « Lucie Lumière » de Gérard Georges (Les Presses de la Cité)

    Il est des livres qui ne laissent aucune trace dans votre esprit, en revanche, comme le flux et le reflux de l’océan, certains vous reviennent tant ils vous ont marqué. Lucie Lumière de Gérard Georges (Presses de la Cité) est de cette dernière catégorie dans la mesure où, non seulement c’est remarquablement rédigé dans un style direct et avec une sorte de suspense quasiment à chaque page, mais l’histoire touche au plus profond de notre conscience.

    Comment est-il possible que des êtres humains, prétendument civilisés, peuvent s’acharner sur une gamine qui, déjà marquée au fer rouge par le destin, puisque enfant de l’Assistance publique, doit subir sarcasmes, violences, humiliations, de la part de parents dits adoptifs et de leur entourage ?

    Bien sûr, en adoptant cette enfant, cela rapporte un peu d’argent, mais quand les affaires vont bien et que l’avenir économique est prometteur, cet acharnement relève bien de la maltraitance, d’une sorte de sadisme qui ne peut qu’ébranler le lecteur.

    Heureusement, Lucie a du caractère, est douée, a des projets chevillés en elle comme autant de défis, tout en restant aimable et serviable. Cependant, elle est déterminée et de ce village d’Auvergne où tout le monde lui est hostile, exception faite d’un enseignant qui a fini par comprendre la situation et lui tend la main, Lucie va s’extirper de ce milieu et sortir de l’enfer de maîtresse manière.

    Il reste à souhaiter que tous ceux qui sont réellement dans sa situation puissent, un jour, connaître pareil dénouement.

    Musique :http://www.michaelmathy.be/#music

    3 min
  • Hommage à Notre-Dame : fiction, réalité et espoir
    Prise écran JT TF1.

    Durant des décennies, dans des articles, ouvrages, émissions radiotélévisées, conférences…, j’ai évoqué la cathédrale Notre-Dame de Paris, plus spécifiquement le remarquable chef-d’œuvre que nous transmirent les Compagnons-Bâtisseurs ou francs-maçons opératifs, exceptionnels artisans du Moyen Âge et leurs successeurs.

    Construite à dessein sur un lieu « telluriquement »  fort, elle était à l’image de leur devise : « La main est le prolongement de l’esprit ».

    Notre chroniqueur indiquant la petite sculpture allégorique de la Connaissance (Photo Marie-Paule Peuteman).

    En faisant remarquer que le flot de visiteurs était dirigé à contresens des énergies, celui des aiguilles d’une montre, je soulignais aussi que plein de messages des imagiers moyenâgeux étaient taillés à l’extérieur de l’édifice et échappaient au circuit touristique balisé.

    Ainsi, la toute petite représentation de la Connaissance (ou de la Philosophie, selon d’autres approches) au bas du trumeau central où une dame assise, les cheveux à l’horizontale signifiant les ondes telluriques, tenant deux livres, un ouvert (contrairement de ce qui a été dit par erreur sur antenne et dans le podcast) représentant l’exotérisme, un fermé (idem) signifiant l’ésotérisme, partie de la philosophie inconnue des profanes, une échelle à neuf barreaux posée sur sa poitrine, neuf étant le nombre de la Connaissance, cette petite sculpture, donc, était un subtil message indiquant que l’on se trouvait sur un lieu fort, qu’après avoir assimilé les notions des deux ouvrages et gravi les échelons, la Connaissance était au bout du chemin initiatique.(**)

    Il y avait aussi le souvenir des Templiers où le procès inique se tint sur le parvis, où les Bâtisseurs arrêtèrent l’édification des tours par solidarité avec ces suppliciés par le pouvoir royal avec la bénédiction papale, également le « Ça ira, ça ira » de la Révolution et puis, Victor Hugo, Quasimodo, Esmeralda…

    L’écrivain qui avait magnifié (*) cette cathédrale, avait, en visionnaire, décrit l’incendie de ce chef-d’œuvre dans Notre-Dame de Paris :

    « Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle. »

    En ce 15 avril 2019, la réalité dépassa la fiction, mais place, à présent, à la reconstruction-restauration grâce à la maîtrise des Compagnons-Bâtisseurs et artisans contemporains, dignes successeurs de leurs collègues d’il y a sept à neuf cents ans.

    (*) En 1831, date de l’édition de Notre-Dame de Paris, Victor Hugo attira l’attention sur l’état « inadmissible » du monument. En juillet 1845, la restauration fut votée et l’écrivain avait atteint son but !

    (**) Cette sculpture a été sauvée des flammes du 15 avril 2019.

    Photo incendie : prise d’écran JT de TF1

    Texte Victor Hugo : Le SoirMag

    Musique : Michaël Mathy.

    http://www.michaelmathy.be/#music

    5 min
  • Louis Renault : réhabilitation d’un oublié de l’Histoire

    Une fois n’est pas coutume, c’est à une bande dessinée, disons documentaire historique, qu’est consacrée cette chronique : Louis Renault – Inventeur de génie et artisan de la Victoire (Éditions du Triomphe), un album aux remarquables dessins de Willy Harold Williamson bien connu des bédéphiles puisqu’il publia chez Dargaud, Lombard, Dervy, Tredaniel…, entre autres, et l’historien Patrick Deschamp pour le texte, assez fourni.

    À Fréquence Terre, Willy Harold Williamson confia qu’il passa des centaines d’heures à illustrer les 48 pages de cet ouvrage dévolu à l’épopée d’un gamin quasiment autodidacte au patronyme mondialement connu : « À 8 ans, né en 1877, Louis installait déjà l’électricité chez ses parents. S’il ne fit pas de hautes études, il se révéla au fil du temps un bricoleur génial. Particularité : il apprenait tout sur le tas et, même aux faîtes de sa gloire, il se rendait parfois dans l’un de ses ateliers pour façonner une pièce à coups de marteau avec une enclume comme support. »

    Outre l’histoire de ce génial inventeur qui déposa quelque 800 brevets durant sa vie, l’intérêt de l’ouvrage réside dans le témoignage de sa petite-fille, Christine Renault, qui, dans la préface, corrobore les dires du dessinateur et apporte quelques précisions : « Louis, orphelin très tôt, était solitaire, secret, allergique aux conventions, mais il était passionné de métallurgie et de locomotion. Il détestait les diplômes, les banques et les mondanités, mais il était pragmatique et ce qui lui importait avant tout c’était de créer en toute liberté. »

    À 44 ans, Louis Renault était à la tête d’un empire industriel et, aujourd’hui encore, précise sa petite-fille, à chaque fois que l’on conduit une automobile, on se sert de « la prise directe », son invention qui lui garde un caractère universel.

    Cette confidence ultime : « Louis Renault est un oublié de l’Histoire ».

    Alors, cette bande dessinée, dont elle eut l’idée, vient partiellement combler cet oubli en attendant le deuxième tome.

    Musique : http://www.michaelmathy.be/#music

    3 min
  • Sagesses d’ailleurs : Pour vivre aujourd’hui (3)

    Cette troisième chronique consacrée à l’essai, disons initiatique, Sagesses d’ailleurs de Frederika Van Ingen (J’ai lu) évoque les peuples racines qui subsistent encore, ci et là, sur la planète.

            À ce propos, l’auteure cite Umberto Eco qui conseille « d’aller voir ce que ces peuples premiers ont à nous dire, pour qu’ils puissent nous dire, à nous, Occidentaux, qui nous  sommes. »

    Un membre de l’un de ces peuples premiers, ceux qui sont tant toisés et méprisés, se confia à Frederika Van Ingen et elle en conclut :

    « C’est le moment pour les Occidentaux de se pencher sur les connaissances des peuples premiers. Ils auront besoin d’elles pour inventer un nouvel ordre social, plus humain. Inventer un système social avec justesse, dont le point central, plutôt que la production et la consommation, serait l’humain qui, par définition prendrait en compte les fonctionnements psychologiques de l’homme (…) en commençant par l’écoute de nos émotions, perceptions, ressentis, impalpables et pourtant si réels et agissants, sortes de portes ouvertes – ou fermées – vers l’invisible, dont l’exploration pourrait nous réapprendre l’équilibre. »

             Autre approche développée de manière magistrale dans l’essai, celle de François Demange[1] qui nous livre la plus belle et naturelle démonstration qui soit en matière d’antiracisme : la voie rouge.

    C’est-à-dire que, quelle que soit la couleur extérieure de l’être humain, blanc, jaune, noir, métis…, tous nous avons du sang rouge !

             Cette explication-ci me paraît aussi fort utile à relever :

    « Il est difficile de jeter à la poubelle des siècles d’histoire de peuples indigènes de l’Amazonie, par exemple, qui ont vécu en osmose avec la nature avant l’arrivée de l’homme blanc colonial.

             Ils avaient leur propre médecine, leurs propres visions du monde.

             Et quand nous, on vient avec nos médicaments (qui sont aussi nécessaires mais qui ne sont pas la voie unique) et avec notre certitude que c’est ainsi que le développement doit se faire, quand on impose ces formes-là, on se ferme en même temps à la connaissance. »

    L’auteure ferme cette importante parenthèse de manière assez catégorique :

    « On a perdu ce langage fondamental énergétique de la terre, cette ouverture. On est devenu très carrés. Or il y a beaucoup plus de profondeur que ça dans la nature, dans l’univers, mais il faut en faire l’expérience pour le redécouvrir. »

     

    Musique : http://www.michaelmathy.be/#music

     

     

    [1] De l’ombre à la lumière, Éditions Mama, France, 2014.

    4 min
  • « Et si la révolution était possible » (2/2), Denis Langlois (SCUP)

    Il me fallait bien deux chroniques pour vous présenter l’essai Et si la révolution était possible de Denis Langlois aux Éditions SCUP, tant cet auteur de terrain (objecteur de conscience, ancien de Mai 68, pacifiste, avocat de toutes les causes perdues donc utopistes…), propose en 120 pages un important matériau de réflexion.

    En cette deuxième chronique, pas de longs discours mais quelques citations qui donnent un éclairage édifiant sur la manière de réagir dans notre société capitaliste, égoïste et violente et en faire une communauté internationale fraternelle et humaniste.

    « Il y a lieu de former suffisamment d’animateurs, des donneurs de souffle, pour que leur permutation soit possible et qu’ils ne deviennent pas des politiciens professionnels, car n’oublions pas que les chefs naissent parce que les autres militants leur ont donné naissance. Un mouvement révolutionnaire doit être à l’image de la vie : libre, changeant, accessible à tous, enrichi des réflexions et du travail de chacun ».

    Et l’auteur de peaufiner sa proposition : « Par définition, un mouvement révolutionnaire a besoin de toutes les bonnes volontés. Il représente le peuple, il est le peuple. Il en accueille toutes les composantes. Si l’on veut mener à bien une révolution et construire une société satisfaisante, l’impératif est clair : faire en sorte qu’elle ne soit pas régie par des rapports de pouvoir et même que le pouvoir n’y existe plus. Quand on n’a plus peur de celui-ci, ou plutôt qu’on a maîtrisé et dépassé sa peur, quand on n’a plus vis-à-vis de lui cet habituel complexe d’infériorité, quand on le défie, il n’est déjà plus tout à fait le pouvoir. »

    Alors ? Comment réagir ? Denis Langlois propose : « Organisons des contre-forces selon nos possibilités sans violence car généralement plus difficile à contrer par les pouvoirs en place, surtout si l’humour en fait partie. Soyons honnêtes, écartons la censure, édifions un socle de valeurs acceptables pour tous, écoutons les autres, posons de bonnes questions, écartons la revanche, ne manipulons pas, établissons des canaux de communication plus sûrs et plus crédibles, le droit pour tous, l’épanouissement dans l’égalité, le bien-vivre ensemble, passons du travail forcé au travail choisi, allons à l’essentiel, renonçons à l’inutile… »

    Bref, d’une prise de conscience individuelle, tendons vers une prise de conscience collective. Tout ça et bien d’autres éléments sont développés dans cet ouvrage, véritable mode d’emploi réaliste pour une indispensable révolution. Pacifiste, cela va de soi.

    Musique : http://www.michaelmathy.be/#music

     

    0 min
  • La spiritualité peut agir écologiquement

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    La deuxième chronique consacrée à l’imposant essai Sagesses d’ailleurs de Frederika Van Ingen (J’ai Lu) se base sur quelques citations et réflexions pour baliser notre cheminement dans la société.

    « La crise écologique est le reflet de notre crise intérieure. Tout petits on nous apprend à vivre séparés ou coupés de la sensibilité, donc de ce qui nous unit tous. On nous apprend à porter des masques, d’être forts, de ne pas pleurer. Alors, nous ne sommes plus connectés aux valeurs de respect et d’altérité. Mais la spiritualité peut agir écologiquement. La liberté, c’est d’être qui on est et ne pas chercher à être ou à ressembler à quelqu’un d’autre », explique l’auteure.

    Elle cite l’exemple du peuple racine des Maasaï. Un exemple de société extraordinaire. En Occident, celui qui se gausse d’être civilisé ferait bien de s’en inspirer pour tenter de redresse la catastrophe mondiale actuelle qui prend de l’ampleur.

    Ainsi, « chez les Maasaï, la faconde n’est pas valorisée, comme chez nous. Chez eux, le porte-parole est souvent celui qui ne parle pas. Il n’y a pas de fossé entre le « dire » et le « faire », car ils mettent en application leurs valeurs humaines et ils sont tellement eux-mêmes qu’ils les incarnent naturellement. Or souvent, cette attitude intérieure suffit, sans parole, à transformer l’autre. »

    Bien entendu, dans notre monde dit civilisé (et ailleurs), il y a les multinationales qui occasionnent des dégâts énormes, mais l’un des principes du peuple racine est, souligne l’auteure, « un concept qui donnerait une couleur intéressante à nos débats politiques : ne pas rejeter la faute sur l’autre, mais s’améliorer pour tenter de la réparer. »

    En somme, ce sont des guerriers pacifiques, des guerriers spirituels, parfaitement équilibrés et centrés face aux épreuves.

    Certes, ce n’est pas inné. Alors, dès leur jeune âge c’est l’apprentissage en communauté de la cohésion, de l’équilibre, de la complétude et de l’unité intérieure.

    Vaste programme à nos yeux, habitude séculaire de génération en génération chez eux, avec pour rituel immuable le lien avec le cosmos, alors que nous, trop souvent, on trace son chemin frénétiquement de manière égoïste, égocentrique, au point de détruire l’écosystème qui nous donne la vie.

    Autre constatation : les masques tombent, puisqu’ils sont inutiles, devant des gens authentiques.

    Enfin, différence majeure : en Occident, on inculque aux jeunes des concepts, des façons d’être, chez les Maasaï les enfants les acquièrent par l’observation des aînés et l’expérimentation. En Occident, ils ont peur, peur de ne pas réussir, peur de ne pas être à la hauteur, là-bas ils vivent !

    Musique : http://www.michaelmathy.be/#music

     

    4 min
  • « Les Portes du Temple – De l’ignorance à la Connaissance » de Franck Zimmer (MdV Éditeur)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » clama Alfred de Musset, eh bien, avec Les Portes du Temple – De l’ignorance à la Connaissance de Franck Zimmer paru chez MdV Éditeur, ce sont de fameuses portes qu’ouvre l’auteur puisqu’il propose au lecteur de « franchir cet obstacle – qu’est la porte – et d’entrer dans un monde sacré, réglé par des rites et des symboles légués par la Tradition ».

    Mais ce chemin ne comporte pas qu’une seule porte, il y en a pas mal qu’il faut passer au bon moment, puisque, selon lui, « chacune d’elles recèle un enseignement indispensable pour progresser sur la voie de la Connaissance… »

    Vous l’aurez compris, ces portes sont des épreuves initiatiques qui, outre celle du Temple, comportent les quatre éléments (Terre, air, eau et feu) et, bien entendu, le cheminement ne peut se faire qu’en assimilant et comprenant différents symboles.

    Personnellement, j’ai bien aimé les explications entourant la chouette, bel oiseau qui incarne le mystère de la Lumière originelle que les ténèbres ne peuvent pas arrêter. Parole de vie, elle est la mère de tous les symboles, selon l’auteur, qui, comme on le devine, est un passionné de symbolisme.

     

     

     

    2 min
  • « Et si la révolution était possible » (1/2) de Denis Langlois (Éditions SCUP)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    Qui, mieux qu’une personne de terrain, pouvait écrire Et si la révolution était possible que Denis Langlois (Éditions SCUP), objecteur de conscience, condamné et emprisonné pour insoumission et refus d’obéissance, participant de Mai 68, auteur, avocat, témoin d’atrocités des conflits en Yougoslavie, Irak, Liban…, chantre du pacifisme… qui, d’emblée lance « N’offrons pas à nos adversaires les alibis et les justifications qu’ils attendent pour cogner. »

    En France, constate-t-il, le dernier soulèvement visant à transformer la société remonte à Mai 68. Échec avec un vague prolongement électoral en 1981 et l’élection de François Mitterrand comme président de la république : « Une énorme désillusion pour ceux qui espéraient un changement radical, écrit l’auteur. Aujourd’hui, les inégalités sociales sont plus marquées qu’il y a cinquante ans. Cela veut-il dire que la révolution est impossible ? » se demande-t-il.

    Après une démonstration convaincante sur les échecs successifs de révolutions armées, violentes, il n’hésite pas à dire : « Comment peut-on affirmer que le pouvoir révolutionnaire est au bout du fusil, quand c’est l’ennemi qui tient le fusil ? »

    Sa réponse est claire et nette : « Seules les révoltes non violentes, celles qui permettent aux opprimés de s’appuyer sur la force insoupçonnée du nombre, ont quelques chances de réussir. Les pouvoirs savent comment massacrer ceux qui prennent les armes contre eux, ils sont toujours désorientés devant une population qui emploie des méthodes différentes et pratique notamment les manifestations pacifiques. »

    En cela, Denis Langlois rejoint un autre activiste pacifiste efficace, Srdja Popovic, auteur de Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes, dont il a aussi été amplement question sur Fréquence Terre.

    Et, surtout ne croyez pas que les non-violents sont des lâches, passifs, inertes et « se tournent les pouces en attendant que les événements surviennent par miracle. »

    Jugez-en : « Pas besoin d’être un militant chevronné bardé de cicatrices. Il suffit de vouloir lutter sincèrement contre l’injustice et l’inégalité.  Inspirons-nous du boomerang, amenons la violence à se retourner contre la violence, créons des mouvements et surtout pas des partis qui, eux, donnent rapidement naissance à des partis pris et de la partialité. Il faut des mouvements où il n’y a pas de hiérarchies entre les activités intellectuelles et manuelles, le rédacteur d’un article n’étant pas considéré comme supérieur à la distributrice de tracts, ou l’inverse. »

    En somme, je retrouve dans cette proposition l’esprit compagnonnique qui m’est cher : « La main est le prolongement de l’esprit » et cela mérite bien une deuxième prochaine chronique sur cet essai tellement utile dans notre société déboussolée.

    Musique : http://www.michaelmathy.be/#music

    4 min
  • « La politique expliquée aux enfants (et aux autres) » de Denis Langlois et Plantu (SCUP)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

     Excellente initiative des éditions SCUP de réunir l’écrivain Denis Langlois, ancien avocat, figure marquante du pacifisme, auteur de nombreux ouvrages sur la justice, et le célèbre illustrateur Plantu, collaborateur au Monde et à L’Express pour l’essai La politique expliquée aux enfants (et aux autres).

    Dix chapitres avec, pour chacun, un dessin de Plantu, composent cet ouvrage qui, effectivement, peut s’adresser aux adultes, tant, parmi ceux-ci, certains ont une attitude d’enfants !

    Et, je ne peux qu’approuver la mise en garde assénée d’emblée : « Dire « Je ne fais pas de politique », c’est comme dire « Moi, je ne respire pas ! » car, effectivement, la politique ce n’est pas que les politiciens, les partis, les élections, les marchandages, les coalitions, « c’est aussi la manière dont les êtres humains organisent leur vie sur terre et la politique n’est pas seulement une chose sale à rejeter. De toute façon, si tu ne t’occupes pas de la politique, elle s’occupera de toi ! »

    Donc, il y a intérêt à lire ou à relire le livre du duo Langlois-Plantu comme une sorte de guide pour les jeunes, mais un guide ne se veut pas donneur de leçon ou qui a la prétention de tout expliquer, et pour « les autres », une piqûre de rappel, en somme.

    Bien sûr, comme l’explique avec justesse Denis Langlois, « comme il serait agréable de vivre dans un monde où personne ne chercherait à dominer les autres, où chacun serait l’égal de chacun ! Malheureusement ce n’est pas le cas », alors défilent les chapitres avec des explications simples – sans être simplistes, nuance ! – sur les partis, la droite, la gauche, les extrémistes, les opinions, un autre sur les médias et leurs rapports au monde politique, s’agit-il de rumeurs, mensonges, manipulations, réalité des faits, neutralité ?

    Et puis, voici quelques pages tout aussi sensibles à expliquer de manière, disons, « neutre » : police, ordre, sécurité, terrorisme, justice, lois qui sont les règles votées par les politiques, ne l’oublions pas, le rôle des juges, les guerres et mourir pour la patrie, le fameux patriotisme, ou le pacifisme « qui rejette toute forme de violence » et ne veut surtout pas dire qu’il est question de lâcheté !

    Et, encore, la pollution et cet extraordinaire dessin de Plantu remplaçant le globe terrestre d’une mappemonde par une poubelle, visiblement nauséabonde.

    Et, comment oublier les inégalités entre les êtres humains, entre les pays ? Enfin, face à tout cela, place à l’action politique. « Encore faut-il faire un effort », souligne l’auteur. C’est-à-dire, agir en connaissance de cause. Après avoir lu cet essai, par exemple.

    Musique : http://www.michaelmathy.be/#music

    4 min
  • « Sagesses d’ailleurs » (1) de Frederika Van Ingen (J’ai Lu)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    Rencontres avec des mondes qui puisent leurs connaissances au plus près des fondements de la mémoire humaine en compagnie de peuples racines, de gardiens du Savoir, c’est-à-dire, celui des liens à l’autre, à soi-même, à la nature, à la vie, au métier d’être un être humain, à l’art de vivre ensemble : quel fameux programme, tellement urgent à remettre en pratique !

    Ce programme, c’est celui, entre autres, développé dans l’essai Sagesses d’ailleurs de Frederika Van Ingen[1] qui donne la parole à des passeurs, des personnes qui se savent seconds et non premiers dans la réception de ce Savoir, qu’elles ne seront pas les dernières – du moins, c’est à espérer – et qu’elles se doivent de transmettre.

    Ces peuples racines[2], c’est, en quelque sorte, notre Patrimoine humain et la Mémoire collective qu’ils entretiennent encore à leur manière et que l’homme moderne, dit civilisé, a perdu.

    Ces passeurs, c’est aussi vous, c’est aussi nous, si vous avez décidé de vous engager, comme on tente modestement, mais avec conviction et sans relâche, de le faire à Fréquence Terre depuis plus d’une décennie. Et, pour ce faire, pas besoin d’organiser de grandes manifestations ou de vivre au fond d’un bois en ermite, mais de simples gestes suffisent déjà après des prises de conscience, même parcellaires au départ, et s’engager, petit à petit, dans cette voie de la Sagesse qui consiste à sauver notre planète du désastre.

    C’est un premier pas, mais il compte plus amplement que ne le supposent les climato-écolo-sceptiques.

    D’un simple exemple (qui vaut parfois plus qu’un long discours !), l’auteure Frederika Van Ingen pose une question qui, dans le fond, est tout le dilemme qui se présente à nous en ce XXIe siècle. L’exemple est celui du briquet Cricket (devenu Bic) né dans les années 1960. Il était rechargeable et sa flamme réglable. Aujourd’hui, il est jetable et sa flamme préformatée.

    « À l’image d’une civilisation qui consomme, qui jette, qui va plus vite… et qui réduit la liberté de choisir sa flamme. »

    Et la question fondamentale est la suivante : « Est-ce que l’être humain s’accomplit dans un monde technologique ou est-ce qu’il s’accomplit dans un monde où il se sent en harmonie avec ce qui l’entoure ? »

    Dans cet important essai, j’ai encore relevé ceci en guise de conclusion à la première partie d’une série de chroniques qui lui sera consacrée : « Pas de doute, nos conditions de vies ont progressé. Mais on se pose rarement la question de ce qu’on a perdu. Et l’une des choses essentielles, c’est la confiance profonde que la vie fonctionne quand bien même on ne peut pas tout comprendre. »

    [1] J’ai Lu, France, 2018.

    [2] Peuples premiers et autochtones, de moins de 370 millions de personnes réparties dans 5 000 groupes d’environ 70 pays.

    4 min

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