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« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
C’est avec un Indien ivre, qui s’effondra dans un vieux fauteuil de barbier installé devant la caisse d’un tout petit supermarché d’un bled du Midwest, que débute « Popcorn Melody », le roman d’Émilie de Turckheim paru aux Éditions Héloïse d’Ormesson. L’homme saoul se mit à parler et demanda à Tom Elliott, le type du magasin, de lui écrire une chanson. Pas une chanson d’amour, mais une qui raconterait le travail à l’usine. Car, avec ses quatre années d’université, Elliott était plus célèbre pour ses haïkus que les rayons de son magasin à peine achalandé de cannettes, de rubans tue-mouches et de paquets de noix de cajou, mais, surtout pas de pop-corn dont une sorte de multinationale utilisait depuis de longues années sa figure de bambin pour orner ses sachets et en faire de la pub.
Alors, au fil des pages, ce fauteuil de barbier s’apparenta à un divan de psy ou celui occupé par les invités de Marc-Olivier Fogiel sur France 3. Le supermarché s’appela « Le Bonheur » et le fauteuil devint l’oreille de cette cité poussiéreuse du désert. Dans le fond, explique l’auteure, on y entrait pour vider son sac, pas pour le remplir.
Tout en buvant de la « pisse de coyote », à savoir un café infâme, Tom Elliott vit s’élever, juste en face de chez lui, un supermarché ultramoderne, « La Corne d’abondance ». On y vendait de tout, même et surtout du pop-corn fabriqué à quelques kilomètres dans l’usine qui, non seulement, broyait le maïs, mais aussi ses ouvriers.
Fleur, la vieille amie de Tom Elliott, une ancienne géologue qui vidait une bouteille de whisky par jour, lui dit : « Il faudrait être magnifiquement con pour continuer à faire ses courses, chez toi. » Longtemps, elle resta la seule cliente du « Bonheur » dont le patron menait un combat pour survivre, voire vivre, mais que pouvaient faire deux antiques ventilateurs au plafond face à la climatisation ?
Sous les allures d’une description burlesque et d’une situation à la Clochemerle, Émilie de Turckheim pointe du doigt des concepts humains d’une rare violence : l’anéantissement de la culture et de la population amérindiennes, et les rapports totalement opposés face à la consommation et au mode de vie imposés par les multinationales.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
« Aux grands hommes la patrie reconnaissante », explique Catherine Zerdoun dans son « Petit livre des Grands Personnages de l’Histoire de France » (Éditions du Chêne) et qui en propose près de quatre-vingts de Vercingétorix à Charles de Gaulle, en passant par Clovis, Charlemagne, Jeanne d’Arc, Molière, Louis XIV, Voltaire, Marie-Antoinette, Napoléon Ier, Victor Hugo, Marie Curie…
Au-delà de la présentation classique desdits personnages, l’auteure pose des questions très pertinentes : « Que découvrit Champollion ? », « Quel fut le vrai nom de George Sand », « Comment Napoléon III devint-il empereur ? », « Quel roi de France fut le mécène de Léonard de Vinci ? », « Qui était ce barbier-chirurgien qui découvrit que les asticots de la mouche verte aidaient à cicatriser les plaies ? », « Que dire de la naissance en prison de la marquise de Maintenon, future épouse de Louis XIV ? »…
Et, ce qui fait le charme de cette publication, ce sont les illustrations d’images du XIXe siècle, naguère diffusées par le procédé de la chromolithographie.
Bref, une heureuse initiative éditoriale qui s’inscrit dans la transmission de destins exceptionnels, parfois méconnus.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Dans le bus qui l’emmenait de son village à la capitale où il devait suivre des cours, un jeune homme décida de renoncer aux treize noms que ses parents lui avaient donnés. Surnommé le « Professeur » par son ami Isaac, ce dernier partit aux États-Unis en tant qu’étudiant, fut chaperonné par Helen, assistante sociale. Son dossier n’indiquait guère de renseignements, sauf qu’il était né en Afrique. Elle le trouvait gentil, qu’il parlait l’anglais « vieux jeu », comme Charles Dickens, et elle en tomba follement amoureuse.
Leur couple n’était pas très bien vu dans cette ville du Midwest. Pourquoi cachait-il des choses et mentait-il ?
Dans le roman « Tous nos noms », Dinaw Mengestu, il s’agit d’un récit surprenant où l’auteur mêle la voix d’Isaac et d’Helen, l’Afrique et les États-Unis, l’amour et les désillusions, la mélancolie et la violence, l’amitié et le racisme…
La révélation de la vraie identité de cet Isaac a été amenée par petites touches et quelques propos distillés au fil des chapitres : « Le silence est différent quand on le partage, on oublie sa nature triste et solitaire. », « C’est dans la solitude que la souffrance s’épanouit. », « Toutes les désillusions ne sont pas forcément mauvaises. » et « Tant que vous faites de votre mieux, vous n’avez à vous excuser de rien. »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Formidable titre avec « Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes », un extraordinaire roman en forme de contes d’Olivier Bleys (Albin Michel).
C’est l’histoire d’une famille chinoise composée de cinq personnes, qui vit dans la précarité au milieu d’usines désaffectées et d’entrepôts à l’abandon. Le père, Wei, ancien ouvrier jeté au chômage, poursuit un rêve : celui de devenir propriétaire de la masure, afin d’honorer un serment fait à ses parents qui reposent pour l’éternité sous un arbre à laque planté il y a de nombreuses décennies. Avec des économies réalisées sur de maigres revenus, il réunit l’argent nécessaire pour réaliser son rêve, mais un immense projet minier menace Wei et les siens d’expulsion. L’arbre sacré serait également sacrifié dans cette Chine capitaliste qui ne transige pas sur la question.
Tout l’art de l’auteur est de nous faire aimer cet arbre et, à travers lui, le combat d’un homme. Une symbiose hautement symbolique qui, dans un monde en décadence, est une véritable bouffée d’air frais et un indiscutable message d’espoir : celui de ne pas se résigner et de combattre pour une cause juste.
Mais, l’arbre, malgré ses carences, portera-t-il encore des « fruits » ?
Un parent de Wei ne lui avait-il pas déclaré : « Tu veux couper l’arbre qui pleure… Méfie-toi qu’un jour, quelqu’un ne s’avise de te trancher la tête ! Bien des gens sont d’avis que nous encombrons la planète… Rappelle-toi, que les pauvres ne servent à rien ! »
Wei ne coupa pas l’arbre et la masure devint une « maison-clou », c’est-à-dire une maison plantée au milieu des travaux dont le propriétaire refuse de s’en aller. Jusqu’au moment d’un « miracle »…
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Orphelin de mère, à l’adolescence Ralph Stalkner vit son père, menuisier, mourir sous ses yeux, fauché par une scie électrique. Un instituteur avait constaté les dons du gamin pour la sculpture et conseilla qu’il suive des cours à San Francisco.
Avant cela, Ralph partit plusieurs années en compagnie de l’écrivain Jack London en tant que chercheur d’or. Il revint sans pépite de son périple, mais avec la volonté de devenir célèbre. Il poursuivit ses études artistiques à Paris et y fut remarqué : le Musée Grévin exposa trois de ses œuvres, Washington, Lincoln et Grant, il vendit une copie de « Diane au cerf » merveilleusement façonnée dans le bois et puis rentra à Belmont, son bled californien. Il était âgé de 28 ans et avait échappé au meurtrier tremblement de terre de San Francisco. Ensuite, Francine, jeune Auvergnate, débarqua : elle était avide de connaître le monde, de voyager, de visiter particulièrement l’Amérique, pays de la liberté et de la fortune, selon elle.
Elle rencontra Ralph et devint son modèle, puis sa seconde femme. Le retour en Auvergne semblait aussi écrit dans le ciel… Et, ce fut l’occasion pour Jean Anglade, de décrire un double destin étonnant dans « Le sculpteur de nuages » !
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Une fois n’est pas coutume, voici une chronique dévolue à une pièce de théâtre de boulevard publiée il y a cinq décennies : « La robe mauve de Valentine » de Françoise Sagan (Julliard).
Pourquoi consacrer une rubrique à cette écriture jugée obsolète par certains ? Tout simplement, pour avoir le plaisir de vous partager quelques phrases qui valent davantage que de longs discours !
« Pourquoi les gens ont-ils toujours des mouchoirs propres ? Parce qu’ils ne pleurent pas. »
« La terre est peuplée de truqueurs et de bavards, qui se servent des mots comme d’une monnaie qu’ils sauraient fausse. »
« Ne lisez jamais rien sur la jeunesse actuelle sans vous renseigner sur l’âge de l’auteur. »
« Les gens qui s’intéressent à Napoléon ne s’intéressent pas à sa vie. En général, ils la connaissent. »
« La robe mauve de Valentine » fut une pièce créée sur la scène du Théâtre des Ambassadeurs à Paris, le 16 janvier 1963, mise en scène par Yves Robert, avec Danielle Darrieux dans le rôle de Valentine. Puis, ce fut un téléfilm classé dans le genre « Comédie dramatique ». (Photo de Françoise Sagan : Éditions Julliard)
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Est-ce que les choses ont tellement changé du temps – 1971 – où le regretté Michel Lancelot écrivait « Campus », du nom de l’émission mythique qu’il animait sur « Europe 1 », rendez-vous quotidien qui attirait parfois jusqu’à 6 ou 7 millions d’auditeurs ?
« Le choix majeur de l’homme jeune d’aujourd’hui me paraît être moins la couleur de son idéologie ou les parfums de sa religion que la dynamique de sa démarche : VIOLENCE ou NON-VIOLENCE », dit-il. Peut-on, expliquait-il aussi en citant Freud, « réconcilier les hommes avec la civilisation » ?
Michel Lancelot avait l’art de poser des questions essentielles concernant la société : « L’humanité est-elle malade ? Allons-nous vers la fin du monde ? Les jeunes citoyens pourront-ils transformer la qualité de la vie ? Éviteront-ils les conséquences déshumanisantes d’une technologie qui avance trop vite ? Va-t-on vers la renaissance des fascismes ? »
Michel Lancelot donna beaucoup la parole, exprima certains avis personnels (on le traita parfois d’anarchiste), aborda des sujets aussi sensibles que l’euthanasie, le racisme, les vieillards considérés comme des parias, la « bonne conscience » des politiques…
Ainsi, il déclara qu’il ne servait à rien de faire l’éloge de la Lumière et de la prêcher, tant qu’on n’apprenait pas à l’homme l’art de voir.
Assurément, près de quarante-cinq ans plus tard, les questions posées à « Campus », et certaines réponses, restent d’actualité.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
J’avais apprécié « L’Héritière de l’abbé Saunière » et « Le Templier du Pape », et j’ai aimé « La Croisade des voleurs » de Jean-Michel Thibaux, auteur emblématique aux « Presses de la Cité », hélas, aujourd’hui, décédé.
Avec « La Croisade des voleurs », l’auteur campa son histoire (basée sur certains faits historiques) à la fin du XIe siècle, au temps où les rats régnaient en maîtres dans des cités européennes, que la moyenne d’âge était de trente-huit ans pour le « petit » peuple, que les Turcs se montraient menaçants, voire envahisseurs, que l’Église était inquiète par la situation en Orient. « Mains-d’Or », surnom donné à un voleur et criminel, avait une très jolie fille, Anne. Elle était amoureuse, platonique, du comte Geoffroy, au grand désespoir de son père qui l’aurait préférée laide et douée pour délester l’argent des bourgeois et riches commerçants de Toulon et de Marseille.
Même l’appel à la croisade ne brisa pas l’élan d’Anne envers son amoureux, néanmoins, celui-ci rêvait de Byzance, d’Antioche, de Jérusalem, de gloire, de richesse. Alors, elle suivit Pierre l’Ermite et ses milliers de pauvres, rejoints par quelques chevaliers en route vers le Saint-Sépulcre et, de la sorte, avait le secret espoir de retrouver son amoureux en Orient. Elle s’engagea comme femme-soldat, mania les armes avec dextérité, se rapprocha de Geoffroy et termina tout près de Godefroy de Bouillon.
Durant quelque 380 pages, on suit à la trace la jeune voleuse grâce à un récit palpitant et étourdissant : « à minuit c’était l’orgie et à midi l’hostie » écrivit l’auteur, tout en soulignant que pour Anne, « la vraie foi allait se répandre et les églises fleurir sur le passage des croisés. » À vrai dire, ce fut beaucoup de sang qui coula et une haine féroce qui s’installa pour des siècles.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Contrairement à ce que l’on peut croire, le sexe en version écologique n’est pas un thème de potache ou de la banale gaudriole. La preuve ? Le supplément « 100% bio » du quotidien « Le Soir » lui a consacré une page (photos) sous forme de conseils.
En voici dix :
Source : « 100% bio« , supplément au journal « Le Soir« , juin 2015 :
« À l’heure où tout ce qui est consommable se décline en version bio ou naturelle, les comportements sont également étudiés : recyclage, éco-conduite mais aussi… le sexe écologique ! »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
« MdV – Maison de Vie – Éditeur » a la particularité de publier des ouvrages dans sa collection « Symboles universels » qui, en quelque 100 à 120 pages, résument bien le sujet traité. Ce qui est un art particulièrement délicat. Ainsi, en est-il encore avec le livre de Percy John Harvey consacré aux « Voyages rituels ».
Il serait un peu facile de rappeler que les voyages forment la jeunesse, car dans ce cas-ci, on peut aisément dire que les voyages forment aussi la sagesse.
Ces voyages sont des voies de perfectionnement par une « transformation » de l’homme, selon des itinéraires progressifs et gradués par étapes rituelles, symboliques, pédagogiques, allégoriques…
« Voyager, c’est vouloir connaître, et en cheminant c’est apprendre en marchant. C’est une quête spirituelle, une quête de Savoir, c’est partir à la découverte du monde et de soi-même. »
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