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By Littérature Sans Frontières – Fréquence TerreScienceNature
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  • Le Procès par Franz Kafka (Éd. Levoir)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    Je n’avais jamais lu Franz Kafka, cet auteur célèbre qui aurait pu recevoir le Prix Nobel de Littérature, selon le quotidien « Le Soir », pour son roman « Le Procès ». À savoir, un livre absolument fantastique dans toutes les définitions de ce terme.

    Kafka m’a fait penser à Albert Camus dans différents chapitres où l’absurde confine à un véritable mode de vie, donc de pensées, chez certains personnages merveilleusement ou impitoyablement décrits. « Le Procès » est l’histoire de K. qui se déroule dans un monde absurde, composé de tyrannie, de délire, de manipulation. Tout futur magistrat, avocat ou policier se devrait de lire cet ouvrage.

    Un jour, K., cadre dans une banque, fut emmené par des sbires qui, eux-mêmes, ne connaissaient pas la raison de cette arrestation, ni celle d’une approche d’un procès qui n’aura finalement pas lieu, encore moins d’une exécution dans une carrière isolée. D’ailleurs, tout au long des 320 pages de ce récit, le lecteur tente, également, de connaître cette raison. Visiblement, elle échappa à tout être sensé tout au long de la trame de ce roman.

    Parmi la dizaine de chapitres, j’ai trouvé ce qui me paraît être une bonne définition du comportement de nombreux politiques : « On garde pour soi ce qui tient à cœur et l’on évoque seulement, avec sérénité, ce qui intéresse ses interlocuteurs, qu’on rehausse ainsi à leurs propres yeux, mais qu’on peut aussi laisser choir quand il vous plaît. »

    3 min
  • Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (10)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

     Le nom « Vianden », ville située dans un site splendide (la Vallée de l’Our), proviendrait du gaulois « vien » qui signifie « rocheux ». Du château (XIe siècle) aux bords de l’Our et aux remparts, c’est une suite de lieux incontournables : l’église des Trinitaires (XIIIe siècle) avec son remarquable cloître gothique, l’Hôtel de Ville datant du XVIIe siècle, l’église Saint-Nicolas (XIIIe siècle) et, bien sûr, la Maison de Victor Hugo où il résida durant son exil de 1871. L’imposant (et magnifiquement restauré depuis quatre décennies) Château de Vianden, construit dès le XIe siècle, repose sur ce qui fut un refuge carolingien et un petit château romain. Au XIXe siècle, cette splendide construction perdit de sa superbe et tombait en ruine. Lisons Victor Hugo à ce propos : « Aujourd’hui, dans son paysage splendide que viendra visiter un jour toute l’Europe (quel visionnaire !), Vianden se compose de deux choses également consolantes et magnifiques : l’une sinistre ruine, l’autre riante, un peuple. »

    Elle devint propriété de la famille grand-ducale avant d’être reprise de manière efficace par l’État luxembourgeois. Victor Hugo vint à quatre reprises à Vianden : lors de l’un de ses séjours, il fit descendre ses proches à l’hôtel alors que lui s’établissait dans une maison voisine, proche de l’Our et du pont, et c’est là qu’il écrivit en partie « L’Année Terrible ». En voici quelques passages :

    « As-tu donc oublié que ton libérateur, c’est le livre ? »

    « Lorsqu’un homme est traqué comme une bête fauve, fût-il mon ennemi, si je le peux, je le sauve. »

    « Pourquoi tant de combats, de larmes, de regrets, et tant de tristes choses ;

    Et pourquoi Dieu voulut que je fusse un cyprès, quand vous étiez des roses. »

    « Je n’ai pas d’ennemis quand ils sont malheureux. »

     Fait marquant : le 14 juillet 1871, Victor Hugo dirigea les opérations pour combattre un incendie qui ravageait une dizaine de maisons à toit de chaume situées dans la partie basse de la cité. Il organisa une chaîne humaine de porteurs de seaux d’eau puisée dans l’Our jusqu’au sinistre. Si, neuf ans après ce 14 juillet, la « Fête nationale de la France » fut instaurée en souvenir de la Prise de la Bastille le 14 juillet 1789, c’est, aussi, à Vianden que Victor Hugo, séducteur patenté, vécut une relation amoureuse avec Marie Mercier, une jeune fille de 18 ans, compagne de Maurice Garreau, directeur de la Prison Mazas (maison d’arrêt à Paris où Arthur Rimbaud fut détenu sous le motif d’être un espion prussien !) sous la Commune de Paris, fusillé à la fin de la Semaine sanglante.

    Pour la petite histoire, ce fut à Vianden, le 11 août 1871, que Victor Hugo se serait fait arracher sa première dent…

    4 min
  • Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (9)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

     Et voici encore une chronique dévolue à Victor Hugo et à ses pérégrinations touristiques ou forcées par l’exil, voici un petit florilège de ses propos, quand bien même ceux-ci ne furent pas toujours d’une grande précision géographique:

    Verviers

     Visiteur attentif et critique de la Belgique, Victor Hugo a visiblement été séduit par la région baignée par la Vesdre et ses environs : « La Vesdre est une rivière-torrent qui descend de Saint-Cornelis-Munster, entre Aix-la-Chapelle et Düren, à travers Verviers et Chauffontaines, jusqu’à Liège, par la plus ravissante vallée qu’il y ait au monde. Dans cette saison, par un beau jour (le 4 août 1838), avec un ciel bleu, c’est quelquefois un ravin, souvent un jardin, toujours un paradis. Entre Chauffontaines et Verviers la vallée m’apparaissait avec une douceur virgilienne. »

     Huy

     Victor Hugo apprécia beaucoup le site de Huy qu’il appela « Fille de Meuse »,

    Montaigle

     Ici, un château s’est lentement construit et fit partie d’une véritable ceinture de protection du Comté de Namur contre la Principauté de Liège. Sa construction en hauteur en fit un modèle qui, en principe, ne devait jamais être pris d’assaut. Au XVe siècle, Montaigle devint fonction résidentielle, puis, à nouveau, forteresse sous la férule de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. À présent, dans des ruines merveilleuses, où fleurit bon une légende, on entend encore Victor Hugo s’y exclamer lors de sa visite le 19 août 1863 :

    « Pareilles ruines sont admirables et son puits est extraordinaire, je l’ai même entendu rire. »

    La légende intéressa aussi l’écrivain, je n’en doute pas :

    – Au début du XIIIe siècle, la famille du seigneur de Berlaymont prit possession du site. Un jour qu’il rentrait chez lui, Gilles, le fils du châtelain rencontra Midone, une splendide jeune fille aux longs cheveux blonds. Leurs yeux se croisèrent et ce fut aussitôt le coup de foudre. Midone, était la fille du seigneur de Bioul, mais une haine implacable séparait les deux familles.  Aveuglé par la rage à l’annonce du mariage de sa fille avec un Berlaymont, le sire de Bioul proféra de sérieuses menaces. Averti par un moine-chapelain, le seigneur de Berlaymont demanda à son fils de réunir les soldats et de se rendre dans la plaine pour arrêter leurs adversaires. Au moment du départ, Midone supplia Gilles d’épargner son père : « Je vous le promets, sauf si j’y suis forcé », lui répondit-il. Le choc fut impitoyable et, fidèle à sa promesse, Gilles évita de rencontrer son beau-père. Malheureusement, le face-à-face s’approcha et Midone vit le drame se préparer. Elle arriva au champ de bataille pour arrêter le massacre et, à la vue de sa fille, le sire de Bioul n’hésita pas un instant : il la tua d’un coup de massue dans la nuque. Révoltés par ce geste crapuleux, les soldats des deux camps baissèrent leurs armes. C’est alors que Gilles s’avança vers le sire de Bioul et après un rapide duel le décapita d’un coup d’épée vengeur. Quelques temps plus tard, Gilles de Berlaymont quitta le pays et partit pour la Croisade dont il ne revint jamais. Il se dit que, parfois, on entend les pleurs de Midone dans les ruines…

    4 min
  • Symboles templiers par Jacques Rolland (MdV)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    Depuis des siècles et des siècles, les Templiers, ces Pauvres Chevaliers du Christ devenus puissants avant d’être exterminés par la royauté française, plus particulièrement par Philippe le Bel, avec la bénédiction du pape Clément V, les Templiers, donc,  ont engendré maints faits historiques marquants et de très nombreuses légendes et rumeurs (photo : Domme).

    Qui, en effet, ne rêverait pas de découvrir le fameux « trésor des Templiers » dont on dit – mais que ne dit-on pas ! – qu’il serait constitué de beaucoup d’or et de bijoux, de reliques précieuses et d’objets uniques, dont le Graal, mais, surtout, de documents exceptionnels ?

    Quoi qu’il en soit, l’histoire des Templiers a ou aurait été liée aux Croisés, aux Hospitaliers, aux Teutons, voire aux Francs-Maçons, aux Bâtisseurs de cathédrales, etc.

    Néanmoins, leur riche symbolique relèverait de l’éternité, selon Jacques Rolland, scientifique et auteur à la Maison de Vie qui, dans un récent ouvrage traite plus spécifiquement des symboles templiers et maçonniques. Assurément, une mine de trésors, sans le moindre jeu de mots.

    2 min
  • La Clé aux âmes de Gilles Laporte (Presses de la Cité)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    Derrière tout ouvrage, il y a, bien entendu, un auteur, mais parfois, il y a aussi une « âme », celle qui transcende un récit. Dans « La Clé aux âmes » de Gilles Laporte (Presses de la Cité), si l’histoire est poignante et bouleversante, elle est également emplie de « messages » subtils qui en font alors un roman exceptionnel.

    La saga se déroule dans les Vosges, s’étire sur trois décennies (1925 à 1954) et décrit le combat aussi noble, si j’ose dire, que farouche pour promouvoir et défendre les valeurs laïques et républicaines. Les principaux personnages vont du luthier franc-maçon à une institutrice, Mathilde, jeune veuve d’un mari ayant été l’une des nombreuses victimes de la Première Guerre mondiale, à P’tit Paul, leur fils, amoureux du violon de son père (d’où la « clé » et « l’âme »), devenu maître d’école à son tour, de Louise, sa bien-aimée, tondue à la Libération alors qu’elle avait accepté « la souillure pour sauver son homme » d’un deuxième envoi en camp de concentration, ayant pu s’échapper une première fois de l’enfer nazi, puis Victor, un être bouffé par l’ambition et un ardent fasciste que l’auteur décrit de la manière suivante : « Jusqu’à l’âge de quarante ans, on a le physique que la nature nous a fait. Après, on a la gueule qu’on mérite ! », et le lecteur n’aime pas du tout cette gueule-là, je vous l’assure.

    Avec parcimonie, Gilles Laporte distille d’autres pensées qui marquent les esprits. Telle l’explication du luthier à P’tit Paul au sujet du Temple de Salomon, cher aux francs-maçons : « Il est toujours en construction, partout dans le monde. Chacun de nous doit faire sa part de travail qui permettra, peut-être, de l’achever un jour. Chacun de nous doit tailler sa pierre destinée à prendre sa place dans l’édifice commun. » Et, face aux atrocités de la Seconde Guerre mondiale, ce cri de rage : « Où sont-ils les chefs, ceux des états-majors, des palais de la République, les étoilés d’opérette qui ont produit un tel désastre ? »

    Et, ces deux propos, le premier avant la guerre 40-45, le second en 1954 : « La bonne conscience complote souvent avec l’amnésie » et « Hier on mourait dans les rues sous les balles allemandes. Aujourd’hui, on meurt dans les rues… de faim et de froid ! »

    Ah ! Comme il est heureux de constater que la littérature peut encore « produire » des auteurs qui touchent l’âme du lecteur…

    4 min
  • La Recluse du Destel de Martine Alix Coppier (Presses de la Cité)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    Il y a peu de temps, j’ai découvert dans une église ardennaise un reclusoir, là, où il y a quelques siècles, vivait, ou plutôt, survivait, Mathilde de Monzon. En lisant le roman de Martine Alix Coppier, « La Recluse du Destel » paru aux Presses de la Cité, il s’agit aussi d’une histoire vraie se déroulant au XVIIIe siècle, celle de Marie, qui aurait pu entrer dans un couvent, mais qui avait choisi, comme Marie Madeleine à la Sainte-Baume, de vivre en ermite dans une grotte pour expier. Expier quoi ? Telle est bien la trame de ce superbe livre qui s’apparente à un véritable ouvrage historique bouleversant, poignant, voire surprenant.

    Qu’est-ce qui poussa cette belle jeune femme de se nourrir de racines et d’herbes sauvages, de pissenlits et de champignons, de ne parler qu’à sa chèvre Cabrette, d’être vêtue de guenilles au point d’avoir un aspect trop repoussant pour qu’elle ne soit agressée dans son antre, alors qu’auparavant, elle lisait Marivaux, jouait aux échecs et paradait dans les rues de La Ciotat ?

    Oui, quelle faute, quel événement, quel drame, voulait-elle expier ?

    Seule la mort la délivrerait, disait-on, mais il n’était pas certain non plus que cette Marie-là soit accueillie au paradis…

    2 min
  • Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (8)

    Bruxelles

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

     Victor Hugo écrivit : « Je vous conseille de pénétrer dans la cathédrale de Bruxelles et vous aurez sous les yeux le plus pur épanouissement du style ogival primaire ou à lancettes. » L’écrivain vécut quelque cinq cents jours dans cette ville qui deviendra la capitale de l’Europe, alors que Victor Hugo y lançait déjà son appel à la formation des États-Unis d’Europe. Il était d’abord venu en touriste, puis ce fut un endroit majeur dans sa carrière, au point d’y publier « Les Misérables ».Ainsi, il visita en premier lieu Bruxelles en 1837. Il était âgé de 35 ans et il pouvait déjà être fier du succès de « Notre-Dame de Paris ».

    Bruxelles le fascina, principalement l’admirable Grand-Place : « Je suis tout ébloui de Bruxelles… » Une quinzaine d’années plus tard, il revint à Bruxelles dans des circonstances dramatiques : il avait fui Paris où Napoléon III avait mené un coup d’État. Victor Hugo avait pris un nom d’emprunt (Jacques Firmin Lanvin) et a donc franchi la frontière avec un faux passeport. Juliette Drouet, sa maîtresse, le suivait avec dans les bagages le manuscrit « Les Misères » qui deviendront « Les Misérables ».

    Pourquoi avait-il choisi Bruxelles pour terre d’exil ? Parce qu’il y avait trouvé une certaine liberté de penser. Il habita un immeuble situé sur la célèbre Grand-Place et déclara : « Belges, un jour l’on parlera des États-Unis d’Europe. »

    Il quitta Bruxelles pour vivre, toujours en exil, durant une dizaine d’années dans les îles anglo-normandes. Il y reprit son combat contre Napoléon III, il défendit de nobles causes, il poursuivit l’écriture des « Misérables » En 1861, il revint en Belgique, à Bruxelles et à Waterloo et termina son mythique roman non loin du champ de bataille qui vit la défaite de l’Empereur Napoléon Bonaparte.

    Ce fut un éditeur bruxellois qui publia ce livre. Un gigantesque banquet fut organisé pour l’occasion et Victor Hugo rendit un vibrant hommage à Bruxelles. L’écrivain fut rejoint dans la capitale belge par son épouse et ses fils. Il devint aussi grand-père. Victor Hugo avait publiquement déclaré que les insurgés français pouvaient venir s’établir en Belgique. Les autorités belges furent ennuyées et ne désiraient absolument pas déplaire à la France, alors Victor Hugo fut expulsé ! L’un des derniers écrits que Victor Hugo rédigea Bruxelles fut une lettre intitulée « Aux Concitoyens des États-Unis d’Europe ». Cette lettre était sa déclaration de principe en vue du Congrès de la Paix, qu’il présida en Suisse : « Nous voulons les États-Unis d’Europe, et je termine par ce mot : la liberté, c’est le but ; la paix, c’est le résultat. »

    4 min
  • Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (8)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

     Victor Hugo écrivit : « Je vous conseille de pénétrer dans la cathédrale de Bruxelles et vous aurez sous les yeux le plus pur épanouissement du style ogival primaire ou à lancettes. » L’écrivain vécut quelque cinq cents jours dans cette ville qui deviendra la capitale de l’Europe, alors que Victor Hugo y lançait déjà son appel à la formation des États-Unis d’Europe. Il était d’abord venu en touriste, puis ce fut un endroit majeur dans sa carrière, au point d’y publier « Les Misérables ».Ainsi, il visita en premier lieu Bruxelles en 1837. Il était âgé de 35 ans et il pouvait déjà être fier du succès de « Notre-Dame de Paris ».

    Bruxelles le fascina, principalement l’admirable Grand-Place : « Je suis tout ébloui de Bruxelles… » Une quinzaine d’années plus tard, il revint à Bruxelles dans des circonstances dramatiques : il avait fui Paris où Napoléon III avait mené un coup d’État. Victor Hugo avait pris un nom d’emprunt (Jacques Firmin Lanvin) et a donc franchi la frontière avec un faux passeport. Juliette Drouet, sa maîtresse, le suivait avec dans les bagages le manuscrit « Les Misères » qui deviendront « Les Misérables ».

    Pourquoi avait-il choisi Bruxelles pour terre d’exil ? Parce qu’il y avait trouvé une certaine liberté de penser. Il habita un immeuble situé sur la célèbre Grand-Place et déclara : « Belges, un jour l’on parlera des États-Unis d’Europe. »

    Il quitta Bruxelles pour vivre, toujours en exil, durant une dizaine d’années dans les îles anglo-normandes. Il y reprit son combat contre Napoléon III, il défendit de nobles causes, il poursuivit l’écriture des « Misérables » En 1861, il revint en Belgique, à Bruxelles et à Waterloo et termina son mythique roman non loin du champ de bataille qui vit la défaite de l’Empereur Napoléon Bonaparte.

    Ce fut un éditeur bruxellois qui publia ce livre. Un gigantesque banquet fut organisé pour l’occasion et Victor Hugo rendit un vibrant hommage à Bruxelles. L’écrivain fut rejoint dans la capitale belge par son épouse et ses fils. Il devint aussi grand-père. Victor Hugo avait publiquement déclaré que les insurgés français pouvaient venir s’établir en Belgique. Les autorités belges furent ennuyées et ne désiraient absolument pas déplaire à la France, alors Victor Hugo fut expulsé ! L’un des derniers écrits que Victor Hugo rédigea Bruxelles fut une lettre intitulée « Aux Concitoyens des États-Unis d’Europe ». Cette lettre était sa déclaration de principe en vue du Congrès de la Paix, qu’il présida en Suisse : « Nous voulons les États-Unis d’Europe, et je termine par ce mot : la liberté, c’est le but ; la paix, c’est le résultat. »

    4 min
  • Le Sourire des femmes de Nicolas Barreau (Éd. Héloïse d’Ormesson)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    Aurélie a hérité de son père « Le Temps des cerises », un restaurant parisien assez connu pour ses fameuses recettes rassemblées sous le générique de « Menu d’amour ». Un père décédé à 68 ans, « les personnes qu’on aime meurent toujours trop tôt, quel que soit leur âge », dit-elle.

    C’est ainsi que le lecteur entre dans « Le Sourire des femmes », le très beau roman, plein de saveurs et d’humeurs, de Nicolas Barreau publié aux Éditions Héloïse d’Ormesson. Dans la vie de la jeune femme, il y a Claude, décorateur de théâtre, homme impulsif, « particulier », dont elle est amoureuse : « Il ne me serait jamais venu à l’idée de remettre en question ma relation avec cet homme compliqué et extrêmement original », avait-elle déclaré.

    Bien que… Bien qu’un jour, il lui écrivit qu’il avait fait la connaissance de la femme de sa vie et qu’il plaquait Aurélie en lui souhaitant quand même bonne route. Mais, « la douleur rend philosophe », se dit-elle. Bernadette, sa grande amie, un peu envahissante, le lui avait prédit cet échec : « Il est cinglé, tu ne seras jamais heureuse avec un mec comme ça ! ».

    Alors, durant une journée complète, la patronne du « Temps des cerises » erra dans Paris, triste, seule, abattue. Elle entra dans une librairie pour échapper à un policier-dragueur, acheta, par hasard, crut-elle, un livre qui racontait une histoire où son restaurant et elle-même jouaient un rôle. La preuve ? L’héroïne, Sophie, amoureuse d’un Anglais qui travaille dans la Ville lumière, lui ressemble comme deux gouttes d’eau, robe en soie vert foncé y comprise. Le nom de l’auteur ne lui évoqua rien, mais il lui a redonné goût à la vie… Un auteur qui, paraît-il, fuit le public comme la peste. Histoire étrange ou alambiquée ?

    Ce roman surprend le lecteur dans le bon sens du terme, comme « le sourire des femmes qui est un cadeau du ciel et à l’origine de toute histoire d’amour… »

    3 min
  • Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (7)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

     Victor Hugo visita et habita à plusieurs reprises la Belgique. Lors d’un séjour, il se rendit à l’abbaye – déchiquetée  – de Villers-la-Ville, un site construit à la demande de saint Bernard qui, en janvier 1147, conseilla à la petite communauté monacale locale de croître. Après une longue période de prospérité, ce fut le déclin et les ruines témoignent des mutilations irréversibles infligées à la majestueuse église et à ses dépendances. Victor Hugo découvrit en ces lieux une geôle située près du palais abbatial et de la cour d’honneur. Il en fit un cachot dans « Les Misérables ». D’abord niée, puis reconnue du bout des lèvres, cette histoire véridique est aussi liée à une terrible colère de l’écrivain.

    Ce fut, pour moi, l’occasion de réaliser deux émissions, une télévisée et une radiodiffusée dont voici quelques passages choisis :

    – Cette ancienne abbaye cistercienne inspira deux attitudes à Victor Hugo.

    – Quelles attitudes ?

    – « Je suis venu, j’ai vu, j’ai pleuré ». Ce fut la première attitude de Victor Hugo qui poussa un véritable coup de gueule face aux graffitis  qui étaient gravés sur les murs de cette vénérable abbaye. Paradoxalement, il commit lui-même un graffiti où il traita les gens de sots et de parvenus :

    «… ô pitoyable engeance

    qui promenez ici votre sotte ignorance

    Et votre vanité !

    Cessez de conspuer cette admirable ruine

    En y bavant vos noms qui, comme une vermine

    Souillent sa majesté ! »

     – Et la deuxième attitude ?

    – Dans l’abbaye de Villers-la-Ville, il y avait une prison qui accueillait, si j’ose dire, des détenus laïcs. Victor Hugo prit exemple de cette prison pour décrire les oubliettes dans « Les Misérables », là, où les murs suintaient, où la pierre était considérée comme une pierre tombale, mais à la différence qu’au lieu d’avoir un mort, il y avait un vivant…

    Néanmoins, la réalité dépasse parfois la fiction, a fortiori lorsque l’écrivain décrivit l’une et l’autre, lui qui, toute sa vie, lutta pour la liberté et contre l’obscurantisme. Des sujets malheureusement toujours d’actualité !

     – Quelle est cette description de la « prison » de Victor Hugo ?

    – « C’est là du Moyen Âge que tout le monde a sous la main, à l’abbaye de Villers, le trou des oubliettes au milieu du pré qui a été la cour du cloître, et, au bord de la Dyle (il s’agit de la Thyle), quatre cachots de pierre, moitié sous terre, moitié sous l’eau. C’étaient des in-pace. Chacun de ces cachots a un reste de porte de fer, une latrine, et une lucarne grillée qui, dehors, est à deux pieds au-dessus de la rivière, et, dedans, à six pieds au-dessus du sol… Le sol est toujours mouillé. L’habitant de l’in-pace avait pour lit cette terre mouillée. Dans l’un des cachots, il y a un tronçon de carcan scellé au mur ; dans un autre, on voit une espèce de boîte carrée faite de quatre lames de granit, trop courte pour qu’on s’y couche, trop basse pour qu’on s’y dresse. On mettait là-dedans un être avec un couvercle de pierre par-dessus. Cela est. On le voit. On le touche. Ces in-pace, ces cachots, ces gonds de fer, ces carcans, cette haute lucarne au ras de laquelle coule la rivière, cette boîte de pierre fermée d’un couvercle de granit comme une tombe, avec cette différence qu’ici le mort était un vivant, ce sol qui est de la boue, ce trou de latrines, ces murs qui suintent, quels déclamateurs ! »

    En sorte, la visite de Victor Hugo qui débuta le 2 septembre 1862 et dura trois jours (il logea à l’hôtellerie « Les Ruines » situé non loin du site et aurait même bu du vin du Rhin !), bref, cette visite peut se résumer en trois verbes : Venir, voir et pleurer.

    5 min

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