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Texte augmenté par rapport au podcast.
Mes pérégrinations bourguignonnes restent marquées par la visite d’un lieu d’ouverture, de dialogue, et, paradoxalement, d’une violence extrême.
En 1940, Roger, un Suisse de 25 ans décide d’aller en France compatir avec les populations occupées. Son idéal généreux a pour point de chute un village du Mâconnais où il est chaleureusement accueilli. Son discours est (et restera) d’une grande sagesse. Il s’occupe de nombreux réfugiés juifs avec sa sœur Geneviève, puis il vient en aide à des prisonniers de guerre allemands, enfin, il rassemble autour de lui des personnes qui ressentent son idéal de réconciliation entre les hommes.
Durant les événements de mai 1968, il tient des propos qui m’intéressent au plus haut point :
« Jusqu’à présent, les jeunes ont été trop mis de côté. Ou bien tous ensemble nous construirons une société nouvelle, ou bien il y aura un divorce entre deux sociétés parallèles, et il nous restera, à nous les aînés, que l’attente de notre mort dans l’isolement, dans l’ennui et l’abondance des sociétés de consommation (…) Entre une société de consommation à l’américaine et celle de la bureaucratie de tant de pays européens, il y a place pour une société de participation (…) La colère des révoltés donne raison à ceux qui ne veulent pas les mutations (…) La violence des pacifiques est créatrice, elle révolutionne les hommes par le défi qu’elle pose, les oblige à prendre position, c’est celle, par exemple, de crier notre indignation. La violence des pacifiques brise les réactions en chaîne des puissances de notre temps, celles qui camouflent une intolérable violence, la domination des pauvres (…) L’assassinat de Martin Luther King me pousse à chercher un sens à ma mort… » (1)
Ces paroles (qui, avec le recul de plus de quatre décennies, m’apparaissent d’une grande prémonition), sont prononcées par Roger Schutz, mieux connu sous le nom de Frère Roger. Il est le fondateur de la Communauté de Taizé.
À trois reprises, je me rends en ce lieu afin de tenter de mieux comprendre sa démarche. Peu de temps après ma dernière visite, c’est la stupéfaction : « Le 16 août 2005, alors qu’il participe comme chaque soir à la prière commune avec des centaines de jeunes venus à Taizé, le Frère Roger (90 ans) est mortellement poignardé par une femme déclarée déséquilibrée. »
Quelques jours auparavant, j’ai déambulé en cet endroit dans un calme et une sérénité impressionnants…
Si cette terre de fraternité de Taizé est a tout jamais marquée par ce drame, la communauté poursuit son inlassable travail de réconciliation et d’accueil. Une tâche qui paraît de plus en plus ardue à l’aube du dixième anniversaire de la disparition tragique de Frère Roger.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
« Le bonheur est entre vos mains » de Dzigar Kongtrul Rinpoché paru chez « Marabout » est préfacé par Matthieu Ricard. Celui-ci signale aux profanes que les enseignements de l’auteur sont « d’une actualité et d’une pertinence qui conviennent remarquablement à l’esprit des Occidentaux ».
Qu’en est-il exactement, quand on sait que le bonheur est un concept particulièrement difficile à atteindre pour maintes personnes touchées par la maladie, la précarité, un environnement hostile, la pauvreté, la malnutrition… ?
La réponse tient en 180 pages et peut se résumer en quelques mots avancés par ce maître du bouddhisme contemporain : « Faire l’expérience de l’ensemble de ce que nous vivons. »
Autant dire que ce programme relève d’une pratique qui allie à la fois l’observation de l’esprit, des traditions, des enseignements spécifiques, de la réflexion sur soi : « Quand on se regarde dans un miroir, dit-il, on ne voudrait surtout pas y voir un individu ordinaire. On voudrait voir le reflet d’une personne heureuse… »
Généralement, toujours selon l’auteur, « le conflit entre ce que nous aimerions voir dans ce miroir et ce que nous y percevons provoque une intolérable souffrance. »
Ce livre, bien entendu, a pour but de nous guérir de cette souffrance. Cela demande du courage et de se simplifier l’existence, explique-t-il. Ce guide lance encore très clairement un ordre : « C’est à vous de jouer afin d’avancer sur le chemin du bonheur. »
Mais, que de chemins parsemés d’embûches pour suivre cet ordre, n’est-ce pas…
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Denis Tillinac, auteur quelquefois controversé, propose dans son « Petit Dictionnaire Amoureux du Catholicisme » paru chez Pocket, d’étonnantes définitions. En voici encore quelques-unes (une première partie de cette chronique consacrée au même ouvrage, a été récemment publiée sur le présent site) parmi les 110 thèmes abordés :
. Les Croisades : « On patauge dans le sang jusqu’au gras du mollet, du sang mêlé de cervelle, et tout finit bien puisque Godefroy pénètre dans le Temple, s’y confesse, y allume des cierges à la gloire du Seigneur. Même les viols commis par les ribauds excités par Pierre l’Ermite sont tenus pour licites. »
. Même Tintin est abordé dans ce livre : « Un seul personnage de bon aloi dans « Tintin au Congo » : le missionnaire ensoutané et casqué de blanc qui fait école et soigne les malades (…) Soit, selon Denis Tillinac, des clichés paternalistes de l’époque où les Belges exploitaient le Congo. »
. « Les mots du cœur n’en sont pas moins toujours en panne de traducteurs fiables. Alors, ceux de l’âme… »
. Les anges : « Bien sûr, les anges ne se sont pas évadés d’une volière de nuages comme le veut l’imagerie, ni instrumentistes comme ceux de la cathédrale du Mans, ni roses joufflus et musculeux comme les trompettistes du « Jugement dernier » de Michel-Ange. (…) Mon ange gardien, j’aurais du mal à le définir, et pour cause : c’est un messager sans voix, un factotum éthéré dont j’ignore la nature des relations avec son commanditaire. (…) Le mien, j’en suis sûr, n’est pas le simple jouet de mon imagination. »
Et, pour terminer cette rubrique, ce cri de colère de l’auteur : « Rien de plus déplaisant que de voir des badauds déambuler dans des églises, appareil de photo en bandoulière. Si le Christ revenait, son coup de rage contre les marchands du Temple viserait les touristes culturels. »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
« Ils jaillirent du désert comme une armée de scorpions. Après leur passage, les temples en ruines regorgeaient d’hommes, de femmes et d’enfants assassinés auprès des statues décapitées de leurs dieux et de leurs déesses, en bordure du fleuve sacré souillé de sang. Des milliers de moines, gorgés de haine, s’étaient mis en branle pour mettre fin à une civilisation que leur nouvelle foi avait en horreur. »
Ainsi débute l’extraordinaire ouvrage de Jean-Paul de Lagrave « Comment a disparu la civilisation de l’Égypte Ancienne » paru à MdV Éditeur.
Dans ce livre écrit par un spécialiste de l’Histoire, il est question de moines noirs à la violence sanguinaire, de pharaons ecclésiastiques, de la notion de « vrais chrétiens » et, a fortiori, son contraire avec des fanatiques meurtriers. Il y aussi cette déesse universelle tant méprisée par ces derniers et, bien entendu, des témoignages pour l’humanité déchiffrés sur les hiéroglyphes.
L’auteur évoque encore un « génocide abominable » et il apporte quelques « preuves » à son impitoyable démonstration, ce qui le rend crédible et troublant à la fois.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Chaque chapitre – il y en a vingt-cinq – du « Poète de Bellevue » de Gérard Georges paru aux « Presses de la Cité » est un hymne à la littérature. C’est l’histoire romancée de Jocelyn Marsin, poète auvergnat méconnu du XIXe siècle, racontée avec passion par un auteur talentueux.
La mère de Jocelyn (et de son frère Edmond) n’était pas facile. Même son gentil mari, Jean-Baptiste, pharmacien et homme d’affaires, en convenait : « Ma très chère Marguerite a du caractère. », ce qui revenait à dire qu’elle avait un très mauvais caractère. Elle n’hésitait d’ailleurs pas à user et à abuser du martinet pour zébrer les fesses de ses enfants. Mais ceux-ci s’y faisaient vaille que vaille et se réfugiaient auprès de leur précepteur. Il les avait intéressés à la poésie : « Elle pourrait être le remède à tous les maux dont souffre l’humanité… » disait-il.
Tous les maux ? Hélas, lisons un écrit de la plume de Jocelyn : « Le talent ne fait pas tout. Il faut encore pouvoir survivre. » La médecine lui recommanda de séjourner à la mer et au soleil pour soigner sa phtisie galopante (aujourd’hui appelée tuberculose pulmonaire). À Nice, il se promenait sur les plages de galets et écoutait le clapotis des vagues sur la jetée. Il crachait directement du sang dans la mer, comme si les flots pouvaient engloutir son mal.
Un matin de fin novembre 1875 (il avait 31 ans), il écrivit : « Je suis vivant ! Chaque jour, je considère que la chose relève du miracle. » Il écrira jusqu’en janvier 1876, dont ces mots emplis de sérénité sur son état et son destin : « Finis les rêves de gloire littéraire. Si par quelque miracle, j’en obtenais un semblant, ce ne pourrait être qu’à titre posthume. Aussi, nul enfant issu de mon sang ne pourra jamais clamer à la face du monde qu’il est fier de son père. »
Assurément, l’évocation, même romancée, de ce destin exceptionnel mérite d’être connue et reconnue.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Dans « À la source de notre vitalité » d’Hélène Bernet, ouvrage paru chez l’éditrice Françoise Blouard, on apprend que des chercheurs en biotechnologie d’une université britannique ont trouvé du soja O.G.M. dans 40% des produits bio ou prétendus sans O.G.M. qu’ils ont testés.
La vigilance s’impose donc de manière quasiment vitale et il est utile, comme le fait l’auteure, de se poser la question fondamentale : « Comment relier ou syntoniser notre corps avec les aliments ? »
En d’autres termes, comment relier notre corps pourvu de ses affinités, tolérances, intolérances et allergies, aux aliments sains ?
Selon Hélène Bernet, l’être humain est capable de se mettre à l’unisson (se synchroniser) avec les aliments, mais, pour ce faire, il y a lieu, bien sûr, de décoder les aliments sains de ceux qui ne le sont pas ou peu.
« Il s’agit de se comporter comme un bon reporter qui prend soin de sa voiture, de sa santé et de son appareil photo ; et qui peut faire preuve de patience, relaxation et écoute. »
Les initiés et les inconditionnels de la kinésiologie se retrouveront dans les nombreuses pages consacrées à la « biosensibilité » afin de sélectionner les aliments qui devraient raffermir notre équilibre et épanouir notre vitalité afin de pouvoir clamer : « Aliments choisis, santé jolie » !
Néanmoins, pour « se donner du bon », il faut que le « terrain » soit nettoyé ; ainsi un corps pollué ne convient pas toujours aux bons aliments.
Assurément, il y a du travail sur la planche de nombreuses personnes !
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Quelle formidable saga corrézienne que ce « Secret des Chênes » écrit avec finesse et humanisme par Sylvie Anne (« Pocket ») ! L’histoire se déroule à la veille du XXe siècle au cœur de la tonnellerie dirigée par le maître Martial Pérol, grand artisan mais homme redoutable au niveau des relations humaines. Il est même détesté par ses collègues, au village, par son fils, qu’il humilie. Il veut tout diriger, à sa guise. Il marie sa jolie fille, Mathilde, à un négociant en vins ; celui-ci préfère les filles de joie et les jeux d’argent. Elle retourne chez son père, tombe amoureuse d’Antoine, un compagnon du travail engagé à la tonnellerie. Un homme aussi bizarre que Martial Pérol, en somme.
Mathilde est enceinte. Qui est le père ? Le redoutable maître se sent à présent rejeté par tout son entourage. L’enfant qui va naître pourra-t-il lui succéder à l’atelier ?
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Il n’y a qu’une seule obligation, un seul devoir dans l’existence, c’est d’être heureux, paraît-il.
Ce vaste et beau programme est décrit par Catherine Rambert dans « Le Livre de la sérénité » publié aux Éditions « Livre de Poche ».Une description de plus de 250 pages basée sur plusieurs concepts : l’art d’être serein, vivre serein avec les autres, rester serein dans l’adversité, etc., le tout est illustré de nombreuses citations, dont voici quelques exemples à méditer :
. De Gracian : « Très souvent le mal vient du remède même »
. D’Alain : « L’effort qu’on fait pour être heureux n’est jamais perdu. »
. Un proverbe chinois dit : « Un brave ne craint pas d’être de condition modeste. »
Et, cette citation éminemment écologique de Sénèque, le philosophe né peu avant notre ère : « C’est la nature qu’on doit prendre comme guide ; c’est elle que la raison observe, qu’elle consulte. » Et, d’ajouter : « Même les fauves sont sensibles aux bons traitements. »
Ce n’est pas à « Fréquence Terre » qu’on dira le contraire !
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
« L’âme ne connaît pas la paix à l’âge où la moindre jupe troussée par le vent suffit à embraser des désirs louches. Surtout si on a reçu une éducation religieuse (…) Mon romantisme avait les appétits que les mots exaspéraient en les imaginant (…) Le mieux eût été que je me fisse moine, pour faire converger vers le haut, dans la paix d’un cloître, cette profusion de désirs flous qui me rendirent fou… » écrit Denis Tillinac dans son « Petit Dictionnaire Amoureux du Catholicisme » paru chez Pocket.
Et, l’auteur au lieu de devenir moine, embrassa la carrière de journaliste puis celle d’écrivain. Il fit l’apologie du « réactionnaire » tout en restant ami avec Jacques Chirac. Auteur controversé à certains égards, il aborde 110 thèmes dans le présent ouvrage lourd de plus de 460 pages.
En voici quelques exemples, avant de poursuivre dans une prochaine chronique ses citations qui sortent de l’ordinaire :
. Avignon : « Il y avait un pape en Avignon, un autre à Rome. Lequel était le bon ? Aucun. »
. Cîteaux : « Certains historiens considèrent Cîteaux comme le berceau du capitalisme marchand, tant il est vrai que l’activité économique des monastères, gros propriétaires terriens, n’ignoraient pas dans sa polyvalence le métier de banquier. »
. Dogme : « L’Église est dogmatique en diable, si l’on peut dire. Depuis ses débuts, elle a ferraillé contre des hérésies, sans beaucoup d’aménité, avec souvent une violence, une cruauté nullement charitables. »
. Dieu : « Je n’ai pu me résoudre à tutoyer Dieu, et à voix basse je m’obstine à dire « Notre Père qui êtes aux cieux », comme avant. »
. Église : « Il n’est pas niable que l’Église visible a pêché contre la charité, et même contre la probité. Souvent. En torturant parfois des consciences bien droites… »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Avec « 249, Faubourg Saint-Antoine » paru aux Éditions J’ai Lu après Flammarion, l’auteur, Jean Diwo, plonge le lecteur au temps de sa jeunesse, peu après la Première Guerre mondiale, celle aussi surnommée « la boucherie ».
Dans cet ouvrage, c’est l’occasion de découvrir des jeunes qui, selon l’auteur, « ne faisaient pas de fautes d’orthographe, savaient les préfectures et presque toutes les sous-préfectures, additionnaient, multipliaient, divisaient des kyrielles de chiffres et connaissaient cinquante dates importantes de l’histoire de France. »
La littérature avait bonne presse en ce temps-là, si j’ose dire : « Un homme qui ne lit pas mène une vie d’estropié… »
Merci à Jean Diwo de l’avoir rappelé et d’avoir, du coup, ressuscité un Paris évanoui.
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