Évangile du dimanche - Bible et théologie, avec Antoine Nouis - Regards protestants

Évangile du dimanche - Bible et théologie, avec Antoine Nouis - Regards protestants

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Évangile du dimanche - Bible et théologie, avec Antoine Nouis - Regards protestants episodes

  • La parole et l’écoute

    Dans le texte biblique de cette semaine Jésus rend l'écoute et la parole à un sourd-muet. Au-delà de cette guérison physique Jésus invite à expérimenter une parole, une rencontre, un partage. Explications du théologien Antoine Nouis.

    05.09.2021 : Marc 7.31-37 – Jésus guérit un sourd-muetLa parole et l’écouteIntroduction

    Dans le texte qui précède, Jésus s’est laissé évangéliser par la foi d’une femme syro-phénicienne qui l’a conduit à mettre en pratique son discours sur la pureté que nous avons analysé la semaine dernière. Cette femme était étrangère, mais son cœur était sincère, c’est pourquoi Jésus a guéri sa fille.

    Dans la même veine, il va opérer une seconde guérison en terre étrangère.

    Points d’exégèse

    Attention sur deux points.

    Titre : La décapole

    La guérison du sourd-muet a lieu alors que Jésus traverse la Décapole. Il a déjà opéré une guérison dans cette région lorsqu’il a libéré l’homme qui était prisonnier du démon légion. La foule avait alors supplié Jésus de quitter son territoire (Mc 5,17), mais elle a apparemment changé d’idée puisqu’elle lui amène un sourd qui avait des difficultés à parler et qu’elle le supplie de poser la main sur lui.

    Le verbe amener (pherô) peut aussi se traduire par porter, il évoque la bienveillance de la foule vis-à-vis de l’infirme.

    Titre : Jésus le mène à l’écart

    Nous avons souvent vu l’ambiguïté de la foule dans nos différentes méditations. Jésus commence par l’emmener à l’écart. Il le sort de la foule, le dé-foule. Il ne veut pas avoir avec lui une relation d’un guérisseur quelconque à un malade anonyme, mais d’homme à homme. Il va entrer dans son intimité pour lui permettre de retrouver l’écoute et la parole.

    Ensuite, le texte dit qu’il a poussé un soupir. Une façon de dire au malade : « Tes oreilles n’ont pas été créées pour être sourdes. Ta langue n’a pas été faite pour bredouiller. » Parce que Jésus a rejoint le malade dans son monde intérieur, il a réussi à percer la carapace de silence et de solitude dans laquelle il était enfermé.

    Pistes d’actualisation

    1er thème : Langage corporel de Jésus

    Comme le malade est sourd, il ne peut entendre Jésus, c’est pourquoi ce dernier a usé d’un langage corporel pour entrer en communication avec lui : « Il lui mit les doigts dans les oreilles, cracha et lui toucha la langue avec sa salive ; puis il leva les yeux au ciel et soupira. »

    Si nous sommes des entendants, il est difficile de se mettre à la place d’un sourd, d’un homme enfermé dans un silence perpétuel. Jésus invente un langage pour s’adresser à lui. Son exemple nous invite à faire preuve d’imagination lorsque nous visitons des malades. Nous le savons, parfois des gestes, des attitudes, une simple présence fidèle sont plus éloquents que des paroles verbeuses.

    2e thème : L’écoute et la parole

    Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia. Nous savons que les malentendants ont souvent des difficultés à s’exprimer, mais nous pouvons souligner cette articulation dans le domaine spirituel.

    Bonhoeffer a dit à propos de l’écoute : Se taire ne signifie rien d’autre qu’attendre la Parole pour pouvoir s’en aller avec sa bénédiction. Il faut beaucoup écouter pour dire une parole juste. En dehors d’une écoute attentive, la parole risque de n’être qu’un bavardage.

    3e thème : Le secret messianique

    Comme nous l’avons déjà vu dans l’évangile de Marc, Jésus demande à la foule de rester discrète sur cette guérison, mais plus il le leur recommandait, plus ils proclamaient la nouvelle.

    La raison de cette demande de discrétion vient de la particularité de la vérité de l’Évangile. Elle n’est pas une information – il y a là un homme qui guérit – mais une parole, une rencontre, un partage.

    Un maître du judaïsme disait : « Les secrets de la Torah sont si bien cachés qu’on ne peut, en général, rien en transmettre selon qu’il est écrit : “Le secret du Seigneur est à ceux qui le craignent“ (Ps 25.14). On ne peut les saisir que dans la crainte de Dieu, hors laquelle on ne comprend rien. »

    Une illustration sur le secret messianique

    Un élève entreprend un voyage de plusieurs mois pour rencontrer un maître qui possède le secret de la vie. Après bien des péripéties, l’élève découvre enfin le lieu où le maître se cache et il lui pose la grande question qui est à l’origine de son voyage :

    – Connais-tu le secret de la vie ?

    – Oui ! répond le maître.

    – Peux-tu me le dévoiler ? demande le disciple plein d’espérance car il pense être arrivé au terme de sa quête.

    – Non ! répond le maître.

    – Pourquoi ?

    – Parce que c’est un secret !

    Cette anecdote est plus qu’une pirouette humoristique, elle énonce une vérité profonde : le secret de la vie, ou de la foi, n’est pas une vérité qu’on peut apprendre comme une recette de cuisine, c’est une expérience de vie.

    Pour aller plus loin :

    Le théologien Antoine Nouis reçoit Laurence Belling, protestante réformée, chargée de la catéchèse des jeunes dans son église, pour discuter de Marc 7, 31-37 : https://campusprotestant.com/video/jesus-guerit-un-sourd-muet/

    Production : Fondation Bersier

    Intervenant : Antoine Nouis


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    8 min
  • L’originalité de l’enseignement de Jésus
    29.08.2021 : Marc 7.1-23 – Jésus redéfinit la puretéEn redéfinissant les règles de pureté, Jésus change les catégories religieusesIntroduction

    Une des questions les plus importantes dans l’interprétation du Nouveau Testament est de savoir comment l’enseignement de Jésus se positionne par rapport à celui des sages de son époque. Notre meilleure connaissance des maîtres rabbinique met en valeur des analogies avec des passages de l’évangile. Selon le professeur Daniel Marguerat, le passage que nous méditions aujourd’hui est un des enseignements les plus originaux de Jésus qui redéfinissent les critères de pureté.

    Points d’exégèse :

    Attention sur deux points.

    Titre : Les pharisiens et quelques scribes

    Le chapitre qui précède montre que partout il se rend en Galilée, les gens accourent pour qu’il les guérisse. Sa réputation est allée jusqu’à Jérusalem pour que des pharisiens soient envoyés pour enquêter sur sa personne. Les pharisiens et les scribes représentent le judaïsme du livre à la différence des prêtes qui relèvent du judaïsme du temple. C’est un mouvement laïc attaché à l’interprétation des Écritures et à la mise en pratique de la Torah. Au sein du judaïsme, ils appartiennent au courant le plus proches de Jésus, mais ils vont achopper dans notre récit sur la redéfinition de la pureté.

    Titre : Quelques disciples

    Les pharisiens voient quelques-uns de ses disciples manger avec des mains non lavées. Parmi les disciples, certains sont plus scrupuleux que d’autres dans l’application des règles de pureté. Dans le groupe des disciples, cela reste une question secondaire. Cela rappelle l’attitude de Paul par rapport aux prescriptions alimentaires : « Celui qui mange, c’est pour le Seigneur qu’il mange car il rend grâces à Dieu ; celui qui ne mange pas, c’est pour le Seigneur qu’il ne mange pas ; il rend aussi grâces à Dieu » (Rm 14.6). L’important n’est pas ce qu’on fait, mais l’état d’esprit dans lequel on le fait.

    Pistes d’actualisation

    1er thème : Jésus et la loi

    Jésus applique aux règles de pureté relatives à la nourriture le principe qu’il a posé par rapport à un autre pilier de la pratique du judaïsme : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » Il reproche à ses interlocuteurs la dérive légaliste qui consiste à être attachés à la lettre du commandement quitte à en oublier le sens.

    Il définit son différend avec les pharisiens en citant Ésaïe (Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est très éloigné de moi), une façon de montrer que le débat ne se situe pas entre des très croyants et des moins croyants, mais qu’il s’agit d’une opposition entre une pratique purement rituelle et une pratique qui témoigne d’une disposition de cœur. Le reproche qu’il fait aux pharisiens rejoint celui d’Ésaïe aux religieux de son époque.

    2e thème : Redéfinition de la pureté

    L’univers religieux du judaïsme était organisé autour de la grande distinction entre le pur et l’impur. Des hommes étaient purs et d’autres impurs selon leur métier ou leurs activités, les femmes étaient en situation de pureté ou d’impureté selon leurs périodes. Le but de la religion était de maintenir les fidèles dans le champ de la pureté, ou leur permettre de le réintégrer quand ils l’avaient quitté.

    Jésus pervertit cette compréhension en disant que la pureté n’est pas une affaire extérieure, cela ne dépend pas de ce qu’on mange, ce qu’on touche ou des lieux où on se trouve, c’est une question de disposition du cœur. Le but de la religion n’est pas de se purifier les mains, mais de se purifier le cœur.

    Pour être sûr qu’on a bien compris jusqu’où va cette nouvelle lecture, Marc ajoute : « Il purifiait tous les aliments. »

    3e thème : Les disciples, modèles de l’Église à venir

    L’enseignement de Jésus est tellement révolutionnaire pour l’époque que lorsque les disciples se retrouvent seuls avec lui, ils lui demandent de confirmer ses dires. Jésus le confirme en dessinant les traits d’une Église qui est un rassemblement d’hommes et de femmes qui ont en commun de chercher à purifier leur cœur. C’est exactement ce que dit Paul dans le verset qui fonde sa théologie : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ » (Ga 3.27-28). L’identité du sujet ne se trouve plus dans son statut religieux (Juif ou Grec), professionnel (esclave ou homme libre) ou social (homme ou femme) mais dans la façon dont il a revêtu Christ et dont il a laissé ce dernier purifier son cœur.

    Une illustration

    Dans l’archipel du Goulag, Alexandre Soljenitsyne se souvient des années où il était officier de l’Armée rouge et des crimes dont il était capable. Ensuite, il a connu la déportation. Fort de cette double expérience, il a écrit : « Peu à peu j’ai découvert que la ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni les États, ni les classes, ni les partis, mais qu’elle traverse le cœur de chaque homme et de toute l’humanité. » En chaque humain, se trouve du pur et de l’impur. En chaque frère, même le plus vil, se trouve du pur ; en chaque croyant, même le plus sanctifié, se trouve de l’impur.

    Dans la même veine Etty Hillesum, juive hollandaise qui sera assassinée à Auschwitz, écrit dans son journal ce que nous pouvons considérer comme sa conversion éthique : « jusqu’au jour où est venue soudain cette pensée libératrice qui a levé comme un jeune brin d’herbe encore hésitant au milieu d’une jungle de chiendent : n’y aurait-il plus qu’un seul allemand respectable, qu’il serait digne d’être défendu contre toute la horde des barbares, et que son existence vous enlèveraient le droit de déverser votre haine sur son peuple entier. »

    Pour aller plus loin :

    Le théologien Antoine Nouis reçoit Laurence Belling, protestante réformée, chargée de la catéchèse des jeunes dans son église, pour discuter de Marc 7, 1-23 : https://campusprotestant.com/video/jesus-remet-en-cause-la-tradition/

    Production : Fondation Bersier

    Intervenant : Antoine Nouis

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    12 min
  • Des disciples quittent Jésus

    22.08.2021 : Jean 6. 60-69 – Les paroles de la vie éternelle

    Des disciples quittent Jésus

    Introduction

    Dans la méditation de la semaine dernière, nous avons dit que Jésus faisait de la théologie à coups de marteau en invitant ses interlocuteurs à manger sa chair – être anthropophages – et boire le sang, ce qui est la transgression de l’interdit qui fonde les prescriptions alimentaires. Il ne faut donc pas s’étonner de trouver dans la séquence d’aujourd’hui une parole qui est unique dans les évangiles : des disciples quittent Jésus. Il va nous falloir comprendre ce qui est si dur dans ces paroles pour justifier une telle séparation.


    Points d’exégèse

    Attention sur deux points.


    Titre : L’occasion de chute


    Une cause de chute, le verbe utilisé (skandalizô) a donné scandale en français. Le skandalon est la pierre d’achoppement, le caillou qui est au milieu du chemin, sur lequel on bute et qui fait tomber. Dans les évangiles, l’image d’une pierre d’achoppement est souvent utilisée pour évoquer le ministère de Jésus, nous l’avons déjà rencontrée dans le récit de la prédication à Nazareth.


    La foi est parfois une question clivante. Il y a une part de folie dans le fait de croire en Dieu. À un moment, il faut faire le saut, le pari de la confiance : il y a ceux qui le font et ceux qui restent toujours sur le bord du chemin.


    Titre : Encore la vie éternelle


    Lorsque Jésus demande à ses disciples s’ils ne veulent pas aussi le quitter, Pierre répond : « À qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle. » Les disciples ont entendu la parole de Jésus qui dit que celui qui mange sa chair a la vie éternelle. Cette parole, pierre d’achoppement, fait fuir les uns et vivre les autres.


    Rappelons que la vie éternelle, ce n’est pas la vie perpétuelle, mais une vie ancrée dans l’éternité de Dieu. Les disciples ont fait le choix de la confiance radicale, même s’ils ne comprennent pas tout, même s’ils sont souvent surpris par celui qu’ils ont décidé de suivre, ils savent au fond d’eux que la parole de l’Évangile est une parole de vie, et qu’elle mérite qu’on y attache sa vie.


    Pistes d’actualisation

    1er thème : La non-foi de certains


    Jésus dit à ses disciples : « Il en est parmi vous quelques-uns qui ne croient pas. » Pourtant ce sont des disciples ! On comprendrait que Jésus dise qu’ils croient mal, ou qu’ils croient peu, mais comment ose-t-il dire qu’ils ne croient pas ? Il continue sa prédication à coup de marteaux.


    Dans les évangiles, Jésus dit d’un centurion romain que jamais il n’a trouvé une telle foi (Mt 8.10) et d’une femme cananéenne que sa foi est grande (Mt 15.28), mais il dit des disciples qu’ils n’ont pas la foi. Jésus bouleverse notre compréhension de la foi. Ce n’est pas une question d’étiquette, ce n’est même pas une question de pratique, mais de confiance radicale.


    2e thème : Une parole dure, difficile à entendre


    Nous avons dit que la parole difficile à entendre était l’appel à manger la chair de Jésus, à boire son sang. Une autre hypothèse repose sur l’architecture du chapitre. Pour l’entendre, il nous faut faire un zoom arrière et relire l’enchaînement des séquences.


    Jésus multiplie les pains – la foule est séduite et veut le faire roi – Jésus s’esquive et traverse le lac dans la nuit – la foule le rejoint et lui demande un signe – Jésus répond que le signe c’est sa personne, son corps donné, son sang versé – des disciples quittent Jésus. On peut poser l’hypothèse qu’ils quittent Jésus parce qu’ils sont déçus par son discours sur le pain de vie. Ils voulaient un messie qui les conduit à la victoire, ils ont en face d’eux un Christ qui se présente sous la forme d’un morceau de pain, d’une nourriture pour la vie éternelle.


    3e thème : Personne ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père.


    Souvent la foi est décrite comme un don. Pourquoi est-ce que je crois alors que mon frère qui a reçu la même éducation que moi reste sur le bord de l’évangile ? Il n’y a pas d’explication, mais deux conséquences.


    D’abord cela me conduit à l’humilité. Si la foi est un don, je n’ai aucun mérite, et je n’ai surtout par le droit de juger celui qui suit un autre chemin. Je n’ai qu’une chose à faire ; rendre grâce.


    Ensuite, cela m’oblige. Si le Père m’a donné d’aller à Jésus, ce n’est pas pour profiter de ce don, mais pour le faire fructifier en étant témoin de l’évangile, par ma vie et par ma parole.


    Une illustration : la prédestination ?

    Lorsque Jésus dit que la foi est donnée par le père, il nous invite à considérer tout ce que nous avons de foi comme un don de Dieu. On a posé la question au cardinal Etchegaray de savoir pourquoi il était chrétien, il a répondu : « Pourquoi suis-je chrétien ? Drôle de question ! J’ai envie de répliquer : Aller le demander au Christ lui-même ! C’est lui qui m’a saisi. Moi, je me suis laissé faire. J’ai beau m’évertuer à assumer en adulte le baptême de mon enfance, je ne cesse de voir que c’est Lui, toujours Lui qui fait le premier pas vers moi, le pas de l’amour, le pas du pardon. Et moi, même cardinal, je ne fais que sauter de joie, comme un gosse qui sort de l’eau, tout ruisselant de soleil. »


    Pour aller plus loin :

    Le théologien Antoine Nouis éclaire le texte biblique de Jean 6, 60-69 : https://campusprotestant.com/video/la-decision-de-la-foi/


    Production : Fondation Bersier

    Intervenant : Antoine Nouis

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    8 min
  • Manger le Christ pour la vie éternelle

    Dans l'Evangile de Jean au chapitre 6, Jésus déclare à ses disciples qu'il est le pain de vie qui doit être mangé. Le Christ provoque son auditoire afin qu’il entende la radicale nouveauté apportée par l’Évangile. Explications du théologien Antoine Nouis.

    Manger le Christ pour la vie éternelleIntroduction

    Ce discours prolonge ce que nous avons vu la semaine dernière. Jésus a une pensée circulaire, il revient sur les mêmes thèmes en les approfondissant.

    Le dernier verset de notre séquence nous apprend que le discours sur le pain de vie se teint dans la synagogue de Capharnaüm. C’est dans ce lieu d’enseignement qu’il transmet le message central de l’Évangile : En Christ, le Dieu du ciel et de la terre et entré dans notre humanité jusqu’à se donner, se laisser dévorer pour le salut du monde.

    Points d’exégèse

    Attention sur deux points.

    Titre : Le signe de la manne

    Dans la Bible, la manne est un signe de libération. Elle est le rappel que Dieu prend soin de son peuple dans son exode et qu’il l’accompagne dans ses marches. Une fois que le peuple est entré en terre promise, le livre de Josué dit que la manne s’est arrêtée (Jos 5.12), lorsque le peuple est passé de l’économie du désert à celle de notre monde.

    Jésus évoque ici le retour de la manne, mais il dit que le pain qu’il propose est plus que la manne, puisqu’il n’est pas uniquement une nourriture pour cette vie, mais en vue de la vie éternelle. Le pain du Christ est une nourriture qui nous ouvre à l’éternité de Dieu.

    Titre : Le sang dans le Bible

    Si vous ne buvez pas mon sang, vous n’avez pas la vie en vous. Le rôle du sang dans la Bible est ambivalent puisqu’il est à la fois source d’impureté et source de salut. Le sang est symbole de mort, c’est pourquoi lorsqu’un humain a été en contact avec le sang, il doit se purifier, mais il est aussi une marque de salut, puisque c’est par le sacrifice animal que l’humain reçoit le pardon de Dieu. L’impureté et le salut sont des signes de mort et de résurrection. La richesse symbolique du sang nous parle de la personne du Christ.

    Pistes d’actualisation

    1er thème : Une théologie à coup de marteau

    Dans le crépuscule des idoles, Nietzsche se proposait de philosopher à coups de marteau pour déconstruire les idoles. En invitant ses interlocuteurs à manger sa chair et boire son sang, on peut considérer que Jésus fait de la théologie à coups de marteau.

    Manger la chair, c’est être anthropophage et boire le sang, c’est transgresser un des premiers interdits qu’on trouve dans la Bible. À la sortie de l’arche, Dieu a autorité Noé se nourrir des animaux, mais il a ajouté : « Vous ne mangerez pas de chair avec sa vie, c’est-à-dire avec son sang » (Gn 9.4), sous-entendu parce que la vie ne vous appartient pas. L’interdit de consommer du sang est le fondement des prescriptions alimentaires si importantes pour le judaïsme.

    Cette parole de Jésus est parfaitement choquante, et on peut poser l’hypothèse que Jésus l’a prononcée pour provoquer son auditoire afin qu’il entende la radicale nouveauté apportée par l’Évangile.

    2e thème : Foi comme demeure

    Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, comme moi en lui. Tout au long du quatrième évangile, nous trouvons cette idée de la foi comme demeure. L’image est riche, car elle ne parle pas de la foi en termes de croyance, mais d’habitation. La foi n’est pas une idée, c’est une vie : inscrire son existence en Christ et laisser l’évangile habiter nos journées et nos nuits.

    Cette idée est encore renforcée par l’image du pain. Le pain n’est pas une idée, c’est un aliment. La foi ne se présente comme une théorie, mais comme une nourriture qui vient renouveler nos journées.

    3e thème : Le sang et le sacrement

    À propos du sang qui donne la vie, la référence biblique est le sang que les Hébreux ont badigeonné sur les linteaux de leurs portes pour être protégés lors de la dixième plaie. À propos de ce récit, un commentaire pose une question qui peut éclairer notre rapport au sacrement. Il se demande si le sang a été badigeonné à l’intérieur ou à l’extérieur des portes. La réponse la plus immédiate est que c’est à l’extérieur, puisque le sang est le signe qui permet que les maisons des Hébreux soient épargnées. Mais un autre commentaire dit que c’est l’intérieur des portes, car les anges savaient quelles étaient les maisons des Hébreux et que c’est ces derniers qui avaient besoin du signe pour être rassurés.

    Si nous transposons dans notre lecture des sacrements, nous pouvons entendre que nous avons besoin de manger le pain et de boire le vin pour nous assurer que pour nous, le Christ a tout donné.

    Une illustration : Le pain de vie comme clef de la multiplication des pains

    Dans le quatrième évangile, les signes posés par Jésus sont au service d’une parole.

    Les noces de Cana disent que Jésus est la gloire de Dieu, la guérison de l’aveugle dit qu’il est la lumière, le relèvement de Lazare dit qu’il est la résurrection et la vie… Dans cette même veine, la multiplication des pains dit qu’il est le pain de vie.

    Ces résonnances nous invitent à ne pas confondre le signe et ce qu’il signifie. L’important dans la multiplication de pains est que le Christ pour notre pain de ce jour, ce dont nous avons besoin pour vivre et pour aimer.

    Pour aller plus loin :

    Le théologien Antoine Nouis reçoit Michel Barlow, essayiste, romancier et théologien pour éclairer le texte biblique de Jean 6, 51-58 : https://campusprotestant.com/video/pain-de-vie/

    Production : Fondation Bersier

    Intervenant : Antoine Nouis


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    8 min
  • Le pain qui donne la vie

    Dans ce passage biblique Jésus fait de la théologie à coup de poings pour bousculer les certitudes spirituelles de ses interlocuteurs. Explications du théologien Antoine Nouis.

    08.08.2021 : Jean 6.41-51 – Le pain de vieLe pain qui donne la vieIntroduction

    Après avoir interpellé la foule sur le sens du miracle, Jésus envoie un coup de poing à la figure en disant qu’il est le pain de vie qui doit être mangé. Au pied de la lettre, ce passage nous invite à être anthropophage, ce qui correspond à la transgression d’un interdit universel.

    Il va falloir interpréter, mais avant, on doit retenir que Jésus fait ici de la théologie à coup de poings pour bousculer les certitudes spirituelles de ses interlocuteurs.

    Points d’exégèse

    Attention sur deux points.

    Titre : Les hommes maugréent.

    Les hommes maugréaient à son sujet. Le verbe maugréer (gogguzo) est une onomatopée qui évoque le roucoulement des colombes. Dans les évangiles, en dehors de ce récit, il est toujours employé pour évoquer la protestation des religieux face à la grâce : Quand Jésus partage la table des pécheurs, quand il est accueilli chez Zachée ou quand le maître de la parabole est généreux avec l’ouvrier de la onzième heure (Lc 15.2, Mt 20.11, Lc 19.7). Dans ce récit, les religieux maugréent parce que Jésus se présente comme un pain qui donne la vie à quiconque qui met sa foi en lui, ce qui vient bouleverser leur propre compréhension de la religion.

    Titre : Jésus, fils de Joseph, dont on connaît le père et la mère.

    Les religieux ont la même réaction que les habitants de Nazareth, ils essayent de contourner l’interpellation du Christ en l’interrogeant sur ses origines : « Qui est-il pour nous parler ainsi ? » Quand la parole bouscule, une façon d’esquisser l’interpellation de contester sa légitimité alors que la démarche de foi nous invite à écouter ce qu’il y a de juste en elle.

    Pistes d’actualisation

    1er thème : La référence à l’eucharistie

    Jésus se présente comme le pain vivant descendu du ciel. Le prologue du quatrième évangile disait que la Parole qui était au commencement de toute chose a été faite chair, et maintenant, la chair est devenue pain pour la nourriture du monde. Non seulement Dieu est descendu de son ciel, mais il se donne à nous à travers le symbole du pain.

    Cette lecture enrichit notre compréhension de l’eucharistie qui devient une marque de l’incarnation, le signe d’un Dieu qui est allé jusqu’au bout de l’offrande de sa personne pour que nous ayons la vie.

    2e thème : Il est écrit dans les prophètes : Tous seront instruits de Dieu

    L’objet de la foi est la connaissance de Dieu, c’est cette assurance que notre vie est en Dieu. Parmi les passages des prophètes, j’aime le verset qui dit à propos des temps messianiques : « La connaissance du Seigneur remplira la terre comme les eaux recouvrent la mer. » (Es 11.9)

    Chez Ézéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un souffle nouveau ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon souffle en vous et je ferai en sorte que vous suiviez mes prescriptions, que vous observiez mes règles et les mettiez en pratique. » (Ez 36.26-27)

    Le royaume est présent lorsque la connaissance de Dieu couvre les montagnes et les vallées de mon histoire. Grâce à cette connaissance, je sais qui je suis et pourquoi je vis.

    3e thème : La vie éternelle

    Le pain est lié ici à la vie éternelle. Un verset du quatrième évangile dit : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17.3)

    Dans le quatrième évangile, la vie éternelle n’est pas une notion de temps mais de relation. La vie éternelle, ce n’est pas une vie perpétuelle, mais une vie inscrite dans l’éternité de Dieu, une vie qui déborde des limites de notre humanité. La vie éternelle c’est s’inscrire dans cette assurance que notre vie est précédée par le désir de Dieu et qu’elle s’achèvera dans son amour.

    Une illustration : Celui qui mange de ce pain vivra toujours

    Jésus veut-il dire que celui qui mange de son pain devient immortel ? Bien sûr que non, nous savons bien que la foi ne nous fait pas sortir des contraintes de notre humanité. Jésus n’est pas devenu pain de vie pour que nos sortions des limites de notre vie.

    Donc, nous mourrons, mais la promesse de ce verset est que la vie en Christ nous permet d’espérer une vie en Christ au-delà de notre mort. Dans ses propos de table, Luther a dit alors qu’il était malade : « Debout ou couché, je m’en remets à la volonté de Dieu. Je m’abandonne totalement à lui, il fera bien ce qu’il fera. Car je suis sûr d’une chose, c’est que je ne mourrai point, car il est la Vie et la Résurrection, et celui qui vit et croit en lui ne mourra pas. Aussi je m’en remets à sa volonté et je le laisse faire ! »

    Pour aller plus loin :

    Le théologien Antoine Nouis propose un autre éclairage du texte biblique de Jean 6, 41-51 : https://campusprotestant.com/video/le-pain-du-ciel/

    Production : Fondation Bersier

    Intervenant : Antoine Nouis



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    9 min
  • Les vrais et les faux signes

    Le miracle peut parfois être donné au commencement d’une histoire spirituelle, mais une foi adulte ne peut pas reposer dessus.

    01.08.2021 : Jean 6.24-35 – Le boulanger du cielLes vrais et les faux signesIntroduction

    La semaine dernière, nous avons lu la multiplication des pains au début de ce chapitre 6 et nous nous sommes arrêtés sur le verset qui dit que certains ont voulu se saisir de Jésus pour le faire roi, mais que ce dernier s’est retiré, seul dans la montagne.

    Dans la nuit, les disciples traversent le lac sur un bateau et Jésus les rejoint en marchant sur l’eau. Lorsque la foule apprend que Jésus a traversé le lac, des hommes font de même pour le suivre. Leur rencontre permet à Jésus de tenir son discours sur le pain de vie qui parcourt toute la suite du chapitre.

    Points d’exégèse

    Attention sur deux points.

    Titre : Le signe du pain

    Notre texte joue sur la tension entre le pain que la foule a mangé lorsqu’elle avait faim et que Jésus a nourri avec cinq pains d’orge et deux poissons, et le pain qui vient du ciel. Le propre de la démarche spirituelle est de voir l’enseignement que l’on peut tirer des événements de la vie.

    En français, on dit qu’on gagne son pain, mais la démarche de foi consiste à poser un regard spirituel sur le pain qu’on gagne.

    Titre : La nourriture qui vient du ciel

    Le verset fait le lien avec la manne : il leur donna à manger du pain venu du ciel. C’est une citation de deux Psaumes qui font une relecture de l’exode qui est au fondement de l’histoire, de l’éthique et de la foi du judaïsme (Ps 78.24, 105.40). Ces deux Psaumes jouent sur l’opposition entre les signes posés par le Seigneur et les infidélités du peuple. Cette tension traverse ce chapitre de l’évangile de Jean qui nous interroge sur notre propre fidélité.

    Pistes d’actualisation

    1er thème : Quiproquo sur la traversée

    Le soir, les hommes ont laissé Jésus sur la montagne et le lendemain, il est de l’autre côté du lac. La foule se demande comment il a traversé, elle ne peut s’imaginer qu’il a marché sur les eaux. Jésus ne répond pas à leur question, mais dévoile ce qu’ils ont dans le cœur : « vous mes cherchez parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasié. » On retrouve toute l’ambiguïté des foules qui est une quête de miracles.

    Les hommes courent derrière Jésus à la recherche de miraculeux alors que le cœur de l’Évangile est la proclamation d’une foi qui ne nous fait pas sortir de notre humanité, mais qui nous ramène au cœur de notre existence la plus matérielle.

    2e thème : Le vrai sens du signe

    Le chemin que doit parcourir la foule est symbolisé par l’opposition entre deux événements. La veille au soir, la foule est prête à faire de Jésus son roi à la vue du signe de la multiplication des pains (v.14-15), et le lendemain elle lui dit : « Quel signe produis-tu donc, toi, pour que nous voyions et que nous te croyions ? » (v.30)

    Le propre d’un signe est qu’il désigne autre chose que lui-même. La multiplication des pains ne dit pas que nous devons envoyer tous les boulangers au chômage, elle est le signe que Jésus est le pain de vie.

    3e thème : L’œuvre de Dieu

    Le verset 29 dit que l’œuvre de Dieu, c’est que nous mettions notre foi en celui qu’il a envoyé, la personne de Jésus. L’œuvre de Dieu, la démarche de foi, c’est de tout considérer à partir de la personne du Christ.

    On peut voir dans le pain un mélange, d’eau, de farine, de sel et de levure, on peut aussi y voir le signe d’un Dieu qui prend soin de nous dans toutes les dimensions de notre personne.

    Une illustration : De la bonne compréhension du miracle

    Les hommes ont traversé le lac parce qu’ils ont assisté à un vrai miracle, la multiplication des pains. Jésus les fait passer d’un désir de miracle à un cheminement plus profond et l’intériorisation de la parole.

    Le miracle peut parfois être donné au commencement d’une histoire spirituelle, mais une foi adulte ne peut pas reposer dessus. Wesley a écrit à propos des manifestations miraculeuses : « J’ai souvent observé que ces symptômes se manifestent plus ou moins au commencement des grands réveils… mais au bout de quelque temps, ces phénomènes diminuent et l’œuvre se poursuit dans le calme et le silence. Ceux qu’il plaît à Dieu d’employer dans son œuvre doivent être absolument passifs à cet égard ; ce n’est pas à eux, mais à Dieu, de choisir les conditions dans lesquelles s’accomplit son œuvre. »

    Pour aller plus loin :

    Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Jean 6, 24-35 : https://campusprotestant.com/video/le-pain-du-ciel/

    Production : Fondation Bersier

    Intervenant : Antoine Nouis


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    9 min
  • Jésus, les disciples et la foule, le repos et l’agitation
    18.07.2021 : Marc 6.30-34 – Jésus appelle ses disciples à l’écartJésus, les disciples et la foule, le repos et l’agitationIntroduction

    Dans le passage que nous avons médité la semaine dernière, les disciples ont été envoyés pour prêcher le changement radical, chasser les démons et soigner les malades. Une fois leur mission terminée, ils se retrouvent avec Jésus. Ils ont beaucoup de choses à partager. On les imagine avides de pouvoir raconter ce qu’ils ont vécu, mais ils ne vont pas le pouvoir.

    Points d’exégèse

    Attention sur deux points.

    Titre : Apôtres

    Le premier verset dit : Rassemblés auprès de Jésus, les apôtres lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait. Depuis leur vocation, c’est la première fois que les disciples sont appelés apôtres. En grec, le mot apostolos signifie envoyé. Les Douze ne sont jamais autant apôtres que lorsqu’ils sont en mission.

    Titre : Le repos et l’agitation

    Cette péricope repose sur la tension entre l’agitation et le repos. Jésus propose à ses disciples de se reposer, mais ils vont être empêchés par la foule : Beaucoup venaient et repartaient, et ils n’avaient pas même le temps de manger.

    Dans la Bible, le repos est important, tellement important qu’on en trouve le commandement dans les Dix paroles. Six jours tu travailleras, un jour tu te reposeras. Le repos n’est pas une concession faite à notre humanité, c’est un commandement. La Bible s’oppose à l’oisiveté et à l’agitation.

    Pistes d’actualisation

    1er thème : Le besoin de désert

    Jésus appelle ses disciples à aller à l’écart, dans un lieu désert. Dans la Bible, le désert est un lieu de ressourcement, de retour vers l’essentiel. Au désert, il n’y a pas d’automobile pour abolir les distances, pas de télévision pour passer le temps, pas d’ordinateur pour s’abîmer dans le travail, pas de football pour se distraire, pas de café pour se retrouver entre amis. Les rapports sociaux et culturels n’existent plus, l’humain est nu, dépouillé, conduit à la solitude, ramené à l’essentiel.

    Le Petit Prince a dit que ce qui embellit le désert, c’est qu’il cache un puits quelque part. Le problème est qu’il faut parfois creuser profond pour trouver l’eau du puits.

    2e thème : La foule ambiguë

    Le personnage principal de ce récit n’est pas le groupe des apôtres, mais la foule. La foule qui vient de la ville pour aller vers Jésus au désert. Jésus a toujours eu une relation ambiguë avec les foules. Il s’en est méfié parce qu’une foule, c’est plus qu’une somme d’individus. Dans une foule, les sujets sont noyés dans la collectivité. La foule est capable de l’acclamer lors de sa venue à Jérusalem et de crier À mort ! quelques jours plus tard.

    Lors de la tentation du désert, le diable a proposé à Jésus de prendre la tête d’une foule d’adorateurs, mais il a refusé, car il ne veut pas mener des foules, il veut appeler des sujets.

    3e thème : La foule en quête de parole

    Si en général, Jésus se méfie des foules, il a accueilli cette foule-là parce qu’elle vient de toutes les villes à pied. Elle a fait le chemin qui va de la ville au lieu désert. La ville est le lieu de l’anonymat quand le désert est le lieu de la rencontre.

    Parce que les hommes qui vont à Jésus ont fait le chemin de la ville au désert, Jésus a enseigné la foule. Dans la séquence qui suit que nous méditerons dimanche prochain, Jésus nourrira la foule en multipliant les pains.

    Ici Jésus enseigne la foule. On peut penser que dans son enseignement il a invité les hommes et les femmes à ne plus se considérer comme les membres d’une foule mais comme des sujets uniques.

    Une illustration : Une foule sans berger

    Jésus n’est pas ému par la foule en général, mais par la foule qui n’a pas de berger. La grosse accusation de ce passage s’adresse aux bergers qui n’assument pas leur responsabilité. Dans le livre d’Ézéchiel, le prophète est appelé à interpeller les bergers : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Quel malheur pour les bergers d’Israël, qui se repaissaient eux-mêmes ! Les bergers ne devraient-ils pas faire paître le troupeau ? Vous mangez la graisse, vous êtes vêtus avec la laine, vous avez sacrifié les bêtes grasses : vous ne faites pas paître le troupeau. Vous n’avez pas fait reprendre des forces aux bêtes qui étaient faibles, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée ; vous n’avez pas ramené celle qui s’égarait, cherché celle qui était perdue ; mais vous les avez dominées avec force et avec rudesse. Elles se sont dispersées faute de berger ; elles sont devenues la proie de tous les animaux sauvages ; elles se sont dispersées. (Ez 34.2-6).

    Pour aller plus loin :

    Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Marc 6, 30-34 : https://campusprotestant.com/video/le-retour-des-apotres/

    Production : Fondation Bersier

    Intervenant : Antoine Nouis

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    8 min
  • Jésus envoie ses disciples
    11.07.2021 : Marc 6.7-13 – Envoi des Douze en missionJésus envoie ses disciplesIntroduction

    Après l’échec de sa prédication dans son pays, Jésus décide de donner de l’ampleur à son ministère en envoyant ses disciples en mission pour proclamer, pour libérer et pour guérir. Il leur fait des recommandations de sobriété pour que leur comportement soit en cohérence avec le message qu’ils doivent annoncer.

    Points d’exégèse

    Attention sur deux points.

    Titre : Jésus donne autorité à ses disciples

    L’autorité est la marque du ministère de Jésus. Lorsqu’il parle, les auditeurs sont étonnés par ce qu’il parle avec autorité. D’où vient l’autorité ? Dans ce récit elle est associée au comportement des disciples qui doivent voyager avec simplement un bâton, une paire de sandales et une seule tunique. L’autorité vient de la cohérence entre ce qu’une personne dit et ce qu’elle vit : l’autorité de la simplicité et des mains nues.

    L’image de cette autorité est celle du Christ qui a été le maître de ses disciples en devenant leur serviteur, qui a révélé sa messianité en leur lavant les pieds.

    Titre : Secouer la poussière

    Si les disciples ne sont pas écoutés, ils doivent simplement secouer la poussière de leurs pieds et poursuivre leur chemin. Secouer la poussière, c’est une façon de dire : « Je prends acte que vous ne voulez pas accueillir la Parole, alors gardez votre poussière ! »

    Jésus prépare les apôtres à n’être pas toujours bien reçus. Si on s’étonne que l’évangile ne soit pas toujours bien accueilli, on peut se souvenir qu’il en était de même au temps des apôtres. Le rejet fait aussi partie du programme.

    Pistes d’actualisation

    1er thème : Une Église aux mains nues

    En voyageant avec un simple bâton et une paire de sandales, les apôtres sont les modèles d’une Église aux mains nues. Dans le livre des Actes, lorsque les apôtres se présentent à la porte du Temple où mendie un infirme, Pierre lui dit : Je ne possède ni argent, ni or ; mais ce que j’ai je te le donne : par le nom de Jésus-Christ, le Nazôréen, lève-toi et marche ! (Ac 3.6)

    Face aux problèmes immenses de notre monde – les injustices, le chômage, la pollution, les maladies, les violences – l’Église n’a ni or ni argent. Elle n’est experte en rien du tout, elle n’a que sa parole et sa prière, mais c’est exactement ce dont notre monde a besoin.

    2e thème : La prédication du changement radical

    Les disciples sont appelés à prêcher le changement radical qui était déjà au cœur de la prédication du Baptiseur et de Jésus (Mc 1,4,15). Elle est la marque de la Bonne Nouvelle.

    L’expression est la traduction du mot metanoïa qui signifie le changement (meta) de notre intelligence (noûs). Le mot employé pour dire l’intelligence (noûs) est beaucoup plus que la faculté de comprendre, il signifie la mentalité, le siège de la volonté et de la réflexion, le lieu de la pensée et du sentiment. Le changement radical est un changement de logiciel, c’est la transfiguration de notre intelligence pour voir et comprendre le monde comme Dieu le voit et le comprend.

    3e thème : L’Église et les malades

    Le récit dit que les disciples faisaient des applications d’huile à beaucoup de malades et les guérissaient. L’huile était utilisée comme médicament pour soigner les malades. Les disciples sont appelés à témoigner de l’amour de Dieu en soignant les malades. Ce n’est pas un hasard si dans l’histoire des missions, les envoyés au nom du Christ ont construit des chapelles, des écoles et des hôpitaux.

    À propos de l’onction d’huile, un père du désert a fait la comparaison suivante : « Celui qui prend de l’huile dans le creux de sa main et en frotte un malade obtient pour lui aussi un avantage de l’onction : car l’huile pénètre sa propre peau. De même, si l’un de nous fait une prière pour un frère, il en partage le profit. » Il concluait son enseignement en disant : « Priez les uns pour les autres si vous voulez être guéris. »

    Une illustration : Quelle radicalité ?

    Jésus appelle ses disciples à prêcher le changement radical, mais de quelle radicalité s’agit-il ? Dans un de ses sermons, Martin Luther King a abordé cette question en déclarant : « Jésus n’était-il pas un extrémiste de l’amour… Amos n’était-il pas un extrémiste de la justice… Paul n’était-il pas un extrémiste de l’Évangile… la question n’est pas de savoir si nous voulons être des extrémistes, mais de quelle sorte d’extrémistes nous voulons être. Serons-nous des extrémistes pour l’amour ou pour la haine ? »

    Pour aller plus loin :

    Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Marc 6, 7-13 : https://campusprotestant.com/video/la-mission-des-douze/

    Production : Fondation Bersier

    Intervenant : Antoine Nouis

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    9 min
  • L’incrédulité des habitants de Nazareth
    04.07.2021 : Marc 6.1-6 – La prédication de Jésus à NazarethL’incrédulité des habitants de NazarethIntroduction

    Nous sommes à un moment de l’évangile où Jésus vient de guérir un démoniaque en terre étrangère, une femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans et la fille d’un chef religieux. À l’heure où son ministère se déploie et connaît un certain succès, il retourne dans la ville où il a grandi pour saluer les siens.

    Les habitants de Nazareth sont dans un premier temps impressionnés par ses propos, mais très vite ils s’interrogent sur sa personne : ils le connaissent trop bien pour recevoir ses paroles avec des oreilles disponibles.

    Points d’exégèse

    Attention sur deux points.

    Jésus en itinérance

    Les premiers versets de notre séquence disent : Parti de là, il vient dans son pays. Ils soulignent que Jésus est en permanence en itinérance. Il ne rentre pas dans son pays pour s’y installer, mais il est de passage. Un verset de l’évangile de Luc évoque cette itinérance lorsque Jésus déclare : « Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où poser sa tête. » (Lc 9.58)

    L’itinérance de Jésus s’oppose dans ce récit à l’immobilité des habitants de Nazareth qui sont enracinés dans leur terroir. Les racines nourrissent, mais les racines immobilisent, ce qui les empêche de voir en Jésus autre chose que l’enfant qui a grandi au milieu d’eux et l’artisan qui travaillait pour eux.

    Les habitants de son pays s’opposent ici aux disciples qui, eux, marchent à la suite de Jésus.

    L’enseignement dans la synagogue

    Une belle coutume qu’on trouve dans la Bible consiste à donner la parole à un étranger de passage dans une ville. Une façon de dire : « Toi qui viens de loin, as-tu une parole pour nous, des fois que le Seigneur aurait un message à nous adresser par ton intermédiaire ? » Paul bénéficiera de cette hospitalité de la parole dans ses voyages et il en profitera pour annoncer l’Évangile dans les synagogues.

    Jésus n’est pas un étranger dans son pays, mais les hommes sont curieux de l’écouter.

    Pistes d’actualisation

    1er thème : Nul n’est prophète dans son pays

    Jésus a du mal à être reconnu par les habitants de son village, de même qu’il n’a pas été reconnu par ses frères et sœurs qui ont cherché à le ramener à la maison.

    Parce qu’ils le connaissaient trop bien, parce qu’ils étaient du même sang que lui, ils ont été incapables d’entendre ses paroles. Dans les familles, il y a deux types de liens, les liens du sang qui unissent les proches parce qu’ils appartiennent à la même histoire, et les liens de la parole qui unissent des hommes et des femmes qui ont des histoires différentes. Jésus a déclaré que ses frères et sœurs sont ceux qui écoutent sa parole. Ici, ce sont plus les disciples que ceux avec qui il a grandi.

    2e thème : Une occasion de chute

    Non seulement les habitants de la ville de Jésus n’ont pas entendu ses paroles, mais il a été pour eux une occasion de chute, parce qu’ils ne pourront pas dire qu’ils n’ont pas entendu l’Évangile.

    Il est étonnant d’entendre que la parole de Jésus puisse être une cause de chute. Les habitants de Nazareth chutent parce qu’ils restent à la surface de ce qui est dit et qu’ils s’interrogent sur celui qui parle au lieu de se laisser interpeller par ce qui est dit.

    La bonne façon de ne pas chuter est d’être toujours prêt à entendre une parole pour nous. Quand on entre dans une cérémonie religieuse, toujours se dire : « Aujourd’hui, le Seigneur a une parole pour moi : saurais-je l’entendre ? »

    3e thème : Parole pour l’Église d’aujourd’hui

    Pour éviter que ce texte ne soit pour nous aussi une cause de chute, nous devons nous interroger sur notre propre écoute. Dans ce récit, notre place est dans la synagogue de Nazareth. Trop souvent, nous sommes tellement installés dans notre foi que nous ne sommes plus prêts à entendre l’Évangile comme une parole nouvelle, une parole pour notre vie de ce jour.

    Nous sommes appelés à ne pas être comme les habitants du pays de Jésus, à nous garder des ravages de l’habitude, à lutter contre la dégradation de l’étonnement, à toujours accueillir l’évangile comme une parole nouvelle, comme une parole qui est aujourd’hui la parole la plus importante prononcée sur notre histoire.

    Une illustration : L’ambiguïté des miracles

    Une des raisons de l’échec de la prédication de Jésus est le rapport aux miracles. Les auditeurs se demandent comment il peut faire des miracles, et le texte se conclut en disant que Jésus ne pouvait faire là aucun miracle, sinon qu’il guérit quelques malades.

    Les guérisons de l’évangile ont été un frein dans son ministère, car elles ont conduit les hommes à se focaliser sur le surnaturel et à se détourner de la Parole. Dans l’évangile de Jean, beaucoup d’hommes ont mis leur foi en Jésus à cause des signes qu’il posait, mais le texte précise qu’il « ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous » (Jn 2.25). Jésus sait qu’une foi qui repose sur le miracle est une foi fragile.

    Pour aller plus loin :

    Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Marc 6, 1-6 : https://campusprotestant.com/video/jesus-de-nazareth/

    Production : Fondation Bersier

    Intervenant : Antoine Nouis

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    7 min
  • Deux guérisons féminines
    27.06.2021 : Marc 5. 21-43 – Fille JaïrosDeux guérisons fémininesIntroduction

    Le récit qui précède est la guérison du démoniaque de Gérasa en terre étrangère. Jésus a juste fait un aller-retour en terre étrangère pour libérer un homme qui était lié en envoyant ses démons dans un troupeau de cochons. Quand il retourne en terre d’Israël, on pourrait penser que c’est pour trouver une situation plus apaisée, mais le voilà harcelé par une foule qu ile presse de toutes parts.

    Points d’exégèse

    Attention sur deux points.

    Une femme impure

    Les deux personnages principaux du récit sont un chef religieux, Jaïros, et une femme atteinte d’une perte de sang. Dans un premier temps, tout oppose les deux personnages. Le premier est un chef religieux, respecté, et en plus tout le monde le plaint car la maladie d’un enfant suscite naturellement la compassion.

    La seconde est une femme ruinée qui a dépensé tout son argent auprès de médecins qui ont été incapables de la guérir, et qui est atteinte d’une maladie qui la rend en permanence impure comme le sont les femmes pendant leurs périodes.

    Deux récits enchâssés

    Nous avons vu que tout opposait Jaïros à la femme atteinte d’une perte de sang. L’évangéliste suggère le rapprochement entre les deux guérisons par le nombre douze : la femme est malade depuis douze ans, ce qui est précisément l’âge de la fille. Les deux récits, enchâssés l’un dans l’autre, deviennent proches car ils parlent de la difficulté de deux femmes à trouver leur identité de femme.

    La première est touchée au creux de sa féminité et la seconde est à l’âge où elle devient nubile et on peut imaginer que la maladie et liée à sa situation.

    Pistes d’actualisation

    1er thème : Jésus et la foule

    La foule est très présente dans ce récit. Quand Jésus accompagne Jaïros, elle le presse, au point que la femme pense pouvoir toucher Jésus de façon anonyme, et lorsqu’il arrive chez Jaïros, il la renvoie car la maladie d’une fillette est une question intime qui n’a pas besoin de témoins.

    Dans l’évangile, Jésus a eu compassion des foules parce qu’elles étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger (Mt 9.36), mais il a toujours refusé de prendre la tête de la foule pour lui montrer le bon chemin. Il ne l’a pas fait car il ne veut pas s’adresser à des foules, mais à des sujets uniques. Quand il rencontre un homme, il commence par le sortir de la foule, il le défoule.

    2e thème : Guérison rendue

    Lorsque la femme atteinte d’une perte de sang touche le manteau de Jésus, elle est dans une démarche superstitieuse. Le texte dit qu’elle a tout essayé pour guérir et qu’elle a d’ailleurs dépensé tout son argent pour cela. Lorsque Jésus s’annonce, comme il est précédé d’une réputation de thaumaturge, elle est prête à essayer ça aussi, alors elle touche son manteau discrètement.

    Lorsque Jésus demande qui l’a touché, elle aurait pu se sauver, se réfugier dans l’anonymat de la foule, mais elle sait qu’elle est guérie, alors elle se jette aux pieds de Jésus et lui dit toute la vérité. Elle n’est plus dans une démarche superstitieuse, mais dans une quête de vérité. C’est pourquoi Jésus lui rend sa guérison : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal. » Une façon de lui dire : ta guérison, tu ne l’as pas volée, tu la mérites.

    3e thème : Secret messianique

    Lorsque Jésus relève la fille de Jaïros, on peut penser qu’il profite de cette guérison pour renforcer son ministère, mais au lieu de cela « Il leur fit de sévères recommandations pour que personne ne le sache. »

    Cette discrétion de Jésus nous étonne, mais on la comprend quand on pense à la foule. Elle ne suit pas Jésus pour sa parole mais parce qu’elle veut voir des miracles. Jésus n’a pas guéri pour soigner sa popularité, mais pour poser des signes de la compassion de Dieu. Le problème avec les miracles, c’est que les hommes s’attachent au signe sans prêter attention à ce qu’il désigne.

    Ce qui est premier dans l’évangile, c’est la Parole et le signe ne fait que désigner l’Évangile, alors que la plupart de ses interlocuteurs veulent le signe et pas la parole.

    Une illustration : La foi dans nos deuils

    Lorsqu’on apprend à Jaïros que sa fille est morte, Jésus lui dit : N’aie pas peur, crois seulement. Nous savons que la foi ne nous libère pas de l’épreuve du deuil. Face à la mort, qu’apporte la foi ? L’apôtre Paul dit dans l’épître aux Thessaloniciens : Ne vous attristez pas comme les autres qui n’ont pas d’espérance (1 Th 4.13). Paul ne dit pas qu’il ne faut pas être triste dans le deuil, mais qu’il ne faut être triste comme les autres. À cause de l’espérance, notre tristesse peut être différente, et cette différence repose sur la confiance. C’est la raison pour laquelle ce verset : Ne crains pas, crois seulement est parfois écrit sur les faire-part de deuil et sur les pierres tombales.

    Pour aller plus loin :

    Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Marc 5, 21-43 : https://campusprotestant.com/video/la_fille_de_jairos/

    Production : Fondation Bersier

    Intervenant : Antoine Nouis

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    11 min

About Évangile du dimanche - Bible et théologie, avec Antoine Nouis - Regards protestants

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Chaque dimanche de l’année liturgique, un texte d’Évangile est proposé à la méditation des fidèles dans toutes les Églises chrétiennes. Regards protestants propose à travers un dialogue à deux voix un…