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Or


Dans le passage de l’évangile que nous avons médité la semaine dernière, nous avons entendu un appel à la confiance avec la parabole de la plante qui pousse toute seule, même quand le semeur dort. Dans la nuit qui suit, Jésus dort au milieu de la tempête, mais pas les disciples qui luttent contre les vents contraires. C’est alors que leur confiance est mise à l’épreuve.
Points d’exégèseAttention sur deux points.
Les disciples et la navigation
La mer de Galilée est basse (200 mètres au-dessous du niveau de la mer) et entourée de hautes collines, ce qui favorise les changements de temps. Les tempêtes s’y lèvent rapidement. Parmi les disciples plusieurs étaient pêcheurs (Mc 1.16-20), ils connaissent la dangerosité des tempêtes et la gravité de la situation.
Il faut ajouter qu’Israël n’était pas un peuple marin ; l’eau, c’est le lieu de froid, du ténébreux, du mouillé ; dans le Premier Testament, la mer est peuplée de monstres infernaux et de puissances maléfiques.
La nuit
Le soir de ce même jour, les disciples vont vers l’autre rive. Le mot autre évoque l’inconnu, le non-familier. Et on peut se poser la question : pourquoi le soir ? Ils auraient pu attendre le lendemain, d’autant qu’ils devaient être fatigués. L’épisode se passe de nuit et la nuit est le temps des ténèbres et métaphoriquement de l’absence de Dieu. Mais dans la Bible, c’est aussi la nuit où Dieu a conclu son alliance avec Abraham (Gn 15,12), où Jacob a lutté avec l’ange avant de recevoir un nouveau nom, Israël (Gn 32,25), et où la loi a été donnée à Moïse au mont Sinaï (Ex 20,21). En cela, nous pouvons dire que la nuit s’apparente au désert qui est à la fois le lieu de l’épreuve et celui d’une compréhension nouvelle de Dieu.
Pistes d’actualisation1er thème : Éloge du sommeil
Une tempête est toujours bruyante, les vents hurlent, les vagues déferlent, le capitaine crie ses ordres aux marins… et l’eau remplit le bateau. Où est Jésus ? Il dort. Ce verset joue sur le contraste entre la terreur des disciples et le sommeil de Jésus, le fracas de la tempête et le calme du dormeur.
Les évangiles évoquent deux types de sommeil, le sommeil de la confiance et le sommeil du paresseux ; le sommeil du Christ au cœur de la tempête et le sommeil de disciple qui ne peut veiller avec Jésus à Gethsémané. C’est ce premier sommeil dont il est question ici. Jésus met en application ce qu’il a enseigné dans la parabole de la semence qui pousse toute seule. Une fois que la semence a été semée, elle se déploie, même quand le semeur dort. Jésus a semé, il peut se reposer… même au milieu de la tempête.
2e thème : Le contraire de la foi, ce n’est pas l’incroyance, mais la peur
Jésus leur dit : Pourquoi êtes-vous peureux ? N’avez-vous pas encore de foi ?
La peur est le contraire de la foi parce qu’elle est un manque de confiance et qu’elle paralyse. Dans la parabole des talents, le serviteur qui a caché son talent est celui qui avait peur.
Le commandement : N’ayez pas peur ! est celui qui est le plus souvent répété dans le Nouveau Testament. Jésus n’a pas eu peur de toucher le lépreux (Mc 1.41), de partager la table d’un collecteur des taxes (Mc 2.15), de guérir une main atrophiée le jour du sabbat (Mc 3.1-5) ; dans la suite, il n’aura pas peur de la femme atteinte d’une perte de sang (Mc 5.34), des religieux et de leurs traditions (Mc 7.6-8), des chiens de la Cananéenne (Mc 7.27-29) ; il n’aura pas peur des marchands du Temple, du parfum de grand prix, de Judas, de Caïphe et de Pilate. Il nous invite à entrer dans la confiance qui était la sienne : Cherchez d’abord le règne de Dieu et sa justice. (Mt 6.33)
3e thème : La crainte de Dieu et celle des hommes
Après que Jésus a calmé la tempête, ils furent saisis d’une grande crainte. Cette crainte n’est plus celle de la tempête, mais la crainte de Dieu dont le Psaume déclare qu’elle est le commencement de la sagesse. (Ps 111.10)
Cette crainte se retrouve tout au long des évangiles, depuis l’annonce aux bergers à la découverte du tombeau vide en passant par les différentes guérisons. Cette crainte vient de la prise de conscience que Dieu n’est pas une idée, mais qu’il est le créateur du ciel et de la terre venu rencontrer notre humanité. Elle n’est pas de la peur dans la mesure où je ne dois pas avoir peur de Dieu, elle est un signe de respect.
Une illustration : Qu’est-ce que la crainte de Dieu ?Un enseignement de la tradition soufie raconte qu’un maître demande un jour à ses disciples en quoi consiste la véritable crainte de Dieu. Ils répondent : « À aimer Dieu ». Le maître secoue la tête et dit : « Pas au sens qu’on donne habituellement à l’expression « aimer Dieu ». Car celui qui dit : « J’aime Dieu », se trouve encore sous la contrainte. Vous devez dire : « Je crois fermement que Dieu m’aime ». Telle est la véritable crainte de Dieu. »
Quand on y pense, croire que Dieu m’aime et qu’il se préoccupe de la toute petite personne que je suis : il y a de quoi avoir peur ! Et cette peur est bonne !
Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
Le théologien Antoine Nouis explique deux paraboles agricoles qui parlent du royaume : la semence qui pousse toute seule et la graine de moutarde.
13.06.2021 : Marc 4.26-34 – Paraboles de grâcePetites paraboles du royaumeIntroductionLe chapitre 4 de l’évangile de Marc est un discours de Jésus au bord du lac dans lequel il raconte quatre paraboles sur le royaume. Ce dimanche, nous méditerons les deux dernières : la semence qui pousse toute seule et la graine de moutarde. Deux paraboles agricoles qui parlent du royaume.
Points d’exégèseAttention sur deux points.
Les paraboles du chapitre 4
Jésus raconte une série de quatre paraboles. Les deux premières – la parabole du semeur et celle de la lampe – invitent à être attentifs et à travailler sa foi. Quelle terre sommes-nous et l’appel à vivre dans la lumière. Les deux dernières que nous méditons aujourd’hui sont à l’inverse orientées vers la grâce. Une fois semée la graine pousse qu’on dorme ou qu’on veuille et la plus petite de ces graines peut donner naissance à la plus grande des plantes. Ces deux messages sont en tension et ils sont tous les deux vrais : à la fois nous devons être attentifs à prendre soin de notre foi et nous devons apprendre à laisser faire la grâce.
Le discours en paraboles
Dans le dernier verset de notre texte, il est écrit que Jésus ne parlait pas sans paraboles, pourtant nous trouvons dans l’évangile des tas de paroles de Jésus qui ne sont pas des paraboles. Voici comment je comprends ce verset : toutes les paroles de l’évangile doivent être reçues comme des paraboles, c’est-à-dire comme des enseignements qui s’adresse autant à notre cerveau gauche, celui de la rationalité et de l’analyse logique, qu’à notre cerveau droit, celui de la sensibilité et de la relation humaine. Nous devons accueillir les paroles de l’Évangile à partir de notre histoire, de notre raisonnement, mais aussi de notre cœur et de nos passions.
Un dernier point : En privé, il expliquait tout à ses disciples. J’aurais tant aimé participer à une étude biblique avec Jésus.
Pistes d’actualisation1er thème : La semence qui pousse toute seule
Avec la parabole du semeur, il y a un temps pour prendre soin de notre terre et avec la parabole de la semence qui pousse toute seule, il y a un temps pour… dormir. Dans un de ses livres, Luther raconte sa liturgie du coucher : « Je vais dans ma chambre et je jette les clefs aux pieds de mon Seigneur Dieu en lui disant : “Seigneur, c’est ton affaire et non la mienne. C’est sans moi que tu l’as conservée depuis le début du monde, sans moi tu peux bien la conserver jusque dans l’éternité“. »
Nous sommes appelés à être des témoins et Dieu compte sur ses serviteurs, mais nous sommes aussi appelés à croire que le royaume ne dépend de nos bonnes actions et que la semence peut pousser même quand on dort.
2e thème : La graine de moutarde
La plus petite des graines donne naissance à la plus grande des plantes. Cette parabole est sûrement la plus vraie d’un point de vue historique. Lorsque Marc écrit son évangile, la petite Église à laquelle il s’adresse est minuscule par rapport à la puissante organisation de l’Empire romain, et pourtant elle va conquérir l’empire. C’est le thème du livre de l’Apocalypse qui met en scène l’opposition entre un dragon terrifiant et un agneau immolé… et c’est l’agneau qui est vainqueur. Ce genre de renversement ne s’explique pas, mais il peut se raconter. C’est à chacun d’entendre que c’est avec ses mains nues que l’évangile s’est répandu dans le monde.
3e thème : Apprendre la confiance
Le grand thème qui traverse ces deux paraboles est celui de la confiance. En hébreu, le mot confiance se dit amen, il évoque ce qui est solide, ferme, durable. Nous ne pouvons avancer dans la vie que parce que nous faisons confiance à ceux qui nous entourent. Nous ne pouvons avancer dans la foi que si nous faisons confiance à la parole de l’Évangile pour oser la mettre en pratique.
La confiance nous fonde, elle nous permet de vivre selon ce qu’on croit et à sortir du grégarisme. Une étymologie du mot hébreu dit que c’est celui qui se tient sur l’autre rive, qui est capable de dire non quand tout le monde dit oui, et réciproquement. Il faut une belle confiance pour cela.
Une illustration : Les parabolesLe mot parabole, mashal en hébreu, donne lieu à toutes sortes de traductions : parabole, comparaison, fable, proverbe, révélation, énigme, pseudonyme, symbole, fiction, exemple, motif, argument, objection, jeu de mots… La polysémie du mot est immense.
Les paraboles font appel à l’imagination plutôt qu’au raisonnement car il est des choses qu’on ne peut expliquer, on peut seulement les raconter, les susciter, les suggérer. L’important dans une parabole est la façon dont nous l’accueillons, dont nous laissons sont histoire entrer en résonnance avec notre propre histoire.
Un disciple un jour va voir son maître pour lui dire : « Tu nous racontes souvent des histoires, mais tu ne nous expliques jamais ce qu’elles veulent dire. » Le maître a répondu : « Que dirais-tu si je t’offrais un fruit, mais qu’avant de te le donner, je le mâchouillais ? »
Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Marc 4, 26-34 : https://campusprotestant.com/video/jesus_et_les_paraboles/
Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis
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Lors de son dernier repas, Jésus pose un nouveau fondement qui est le don de sa vie. Explications du théologien Antoine Nouis.
06.06.2021 : Marc 14.12-26 – Dernier repas de JésusLe dernier repas de Jésus avec ses disciplesIntroductionLe dernier repas de Jésus a lieu le premier jour des pains sans levain, qui correspond à la fête de la Pâque qui célèbre la libération de la servitude égyptienne. Cette fête fonde l’éthique du Premier Testament puisque les Dix paroles commencent par ce rappel : Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré de la servitude. Lors de son dernier repas, Jésus pose un nouveau fondement qui est le don de sa vie.
Points d’exégèseAttention sur deux points.
Fête des pains sans levain
Dans la Bible, le levain représente ce qui est à même de gonfler le cœur de l’humain et de le rendre inapte au service de Dieu et des hommes (1 Co 5.7-8). Ce sont particulièrement l’orgueil, la jalousie, la convoitise et la recherche des honneurs.
Le pain sans levain est à la fois un pain sans mélanges et un pain nouveau. Lors de son dernier repas, Jésus va donner un sens nouveau au pain de l’Évangile.
Jeu de piste – culture de clandestinité
Jésus ne dit pas dans quelle maison les disciples doivent aller, mais il leur fait un jeu de piste : vous trouverez un homme avec une cruche, suivez-le, il vous montrera le chemin. Ce procédé relève d’une culture de la clandestinité avec des réseaux qui ne se connaissent pas. Nous apprenons aussi que Jésus avait des sympathisants à Jérusalem à l’insu de ses disciples.
Pistes d’actualisation1er thème : Annonce de la croix – don de la vie
Dans le deuxième évangile, à trois reprises, Jésus a annoncé sa passion et à chaque fois, les disciples ont montré qu’ils n’ont pas compris ce que leur maître disait. Ils ont montré une opposition farouche à la perspective de la croix tant il était impossible pour eux d’associer le mot Christ et le mot croix.
L’arrivée à Jérusalem, l’acclamation de la foule aux rameaux, les mystères qui entourent le lieu où ils partageront le repas pascal… tous ces points suggèrent que quelque chose va se passer. Comme une tradition dit que c’est la nuit de la Pâque que le messie va se révéler, les disciples ont le secret espoir d’un accomplissement. En annonçant que l’un d’entre eux va le trahir, Jésus les douche. Oui, l’accomplissement est proche, mais pas dans le sens où ils l’entendent.
2e thème : Personnage de Juda
Le personnage de Juda est tragique. Il est resté dans la tradition comme le traître étalon, une lecture attentive permet d’apporter trois précisions.
3e thème : Le corps et le sang du Christ
Jésus sait qu’il va mourir, mais au lieu de subir, il fait de sa mort un don. Il annonce à ses disciples que son corps sera broyé et que son sang sera répandu, mais il fait de la mort affreuse de la croix une offrande. En mangeant son corps et en buvant son sang, les disciples sont appelés à accueillir le Christ dans leur intimité.
Dans le livre de la Genèse, le péché est symbolisé par un fruit qui a été mangé ; de la même manière, le don de Dieu est représenté par un morceau de pain et un peu de vin. La grâce vient se poser sur le lieu des contradictions internes du disciple afin de lui permettre d’être renouvelé et fortifié par la présence du Christ en luison et dans notre histoire.
Une illustration : Les disputes dans l’histoireLa Réforme s’est opposée au catholicisme sur la compréhension de l’expression c’est mon corps, et notamment la nature du verbe être. Les uns disent que le pain devient le corps du Christ, d’autres qu’il représente le corps du Christ. En Araméen, la langue que parlait Jésus, le verbe être n’existe pas, si bien qu’il a dû dire : Ceci, mon corps. Il est bien de chercher à faire de la théologie, mais peut-être que vient un moment où il ne faut pas trop se disputer sur le sens d’un verbe qui n’a pas été prononcé : il nous suffit de croire qu’une certaine présence du Christ est offerte dans le pain et le vin. Comme le dit une liturgie eucharistique : « C’est une joie de n’avoir plus à parler, à expliquer ni à commenter, mais seulement à prendre et à recevoir. »
Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Marc 14, 12-16 : https://campusprotestant.com/video/dimanche-jesus-prend-repas-de-paques-disciples/
Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis
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L’envoi de l’Esprit est à la fois l’aboutissement de la résurrection et le commencement de l’histoire de l’Église. Explications du théologien Antoine Nouis.
23.05.2021 : Actes 2.1-11 – La PentecôteLe vent de PentecôteIntroductionDans l’évangile de Jean, nous avons déjà médité le récit où Jésus envoie l’Esprit à ses disciples le soir de la Résurrection, elle a lieu ici cinquante jours plus tard. Les deux récits sont vrais dans la mesure où l’envoi de l’Esprit est à la fois l’aboutissement de la résurrection à la fin de l’évangile et le commencement de l’histoire de l’Église, au début des Actes des Apôtres.
Points d’exégèseAttention sur deux points.
La Pentecôte dans le Premier Testament
Le sens de la fête de la Pentecôte a évolué avec le temps. Initialement, il s’agissait d’une fête des moissons. L’offrande des prémices était un signe de gratitude pour la récolte. Progressivement cette fête a évolué vers la fête de l’alliance conclue par Dieu avec Noé qui intègre la promesse de la fécondité de la nature. Cette fête de l’alliance a elle-même évolué vers la célébration de l’Alliance avec un grand A, le don de la Torah. Dans une perspective chrétienne, l’Esprit est le canal par lequel la parole nous rejoint et prend son autorité.
Les images qui parlent de l’Esprit
Pour évoquer l’Esprit, notre texte utilise deux images pour dire l’indicible : le vent et le feu : le premier rafraîchit, le second réchauffe.
Les métaphores du vent et du feu utilisées dans le livre des Actes pour évoquer l’Esprit se trouvent dans les évangiles. Le Baptiseur avait annoncé que Jésus était celui qui baptisera dans l’Esprit saint et le feu et, dans sa rencontre avec Nicodème, Jésus a dit : Le vent souffle où il veut…, il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit. Le vent désigne la liberté de l’Esprit qui ne peut être enfermé, et le feu la chaleur et la lumière qu’il procure.
Pistes d’actualisation1er thème : La rouah dans le Premier Testament,
Le mot hébreu pour dire l’Esprit est rouah mais dans le Premier Testament, la rouah ne renvoie pas à la présence divine. La Bible parle d’une rouah de prostitution[1], de jalousie[2], d’impureté[3] ou de mensonge[4]. Si nous traduisons rouah par esprit, il ne faut pas confondre esprit et Esprit saint. L’Esprit est la force de la rouah quand elle est au service de la sainteté, c’est-à-dire au service de l’Évangile, d’une parole de grâce et de libération.
Ce jour-là à Jérusalem, les apôtres ont reçu un souffle qui leur a permis de sortir de la pièce dans laquelle ils étaient enfermés pour rendre témoignage à tous les pèlerins qui étaient rassemblés à Jérusalem.
2e thème : Tous étaient stupéfaits et perplexes
La première qualité de l’Esprit est de créer l’étonnement, d’apporter de la nouveauté. Les pèlerins qui ont fait le voyage pour aller à Jérusalem sont dans une routine religieuse, dans la répétition d’un rite qui se renouvelle toujours à l’identique lorsqu’ils sont surpris par un souffle un vent qui les décoiffe.
Accueillir l’Esprit, c’est se préparer à être étonnés. Pour nous, à entendre ce matin l’évangile comme la nouvelle la plus importante qui n’a jamais été dite à notre vie. Entendre le Seigneur nous dire : Aujourd’hui, je fais toutes choses nouvelles.
3e thème : Ces gens ne sont-ils pas tous Galiléens ?
Pour les religieux orthodoxes, les Galiléens étaient mal vus, c’était des hommes du nord qui étaient considérés comme des mauvais croyants car venant d’un lieu où les populations sont mélangées et où on doit faire des compromis avec la Torah.
C’est de l’extérieur des cadres religieux habituels que vient le souffle de nouveauté qui va être à l’origine de l’Église. Souvent, c’est de l’autre, de l’étranger, que vient la grâce et la nouveauté.
Une Église qui vit la Pentecôte est une Église qui écoute ce qui se passe à ses marges, car c’est bien souvent de là que Dieu parle.
Une illustrationLe propre du vent est qu’on ne peut pas l’enfermer. Si un homme sort par un jour de grand vent avec une boîte, qu’il l’ouvre face au vent, puis la referme promptement pour emprisonner le vent, lorsqu’il rendre chez lui et qu’il ouvre la boîte… il ne se passera rien ! Le vent ne se met pas en boîte ni en conserve, il ne peut se thésauriser.
Comment décrire le vent ? On peut dire : « Le vent est ce qui fait chanter les arbres lorsqu’il passe dans les branches. » On peut dire : « Le vent est ce qui fait danser les blés lorsque la moisson est mûre. » On peut dire : « Le vent est ce qui fait avancer le bateau lorsque la voile est gonflée ». Mais quand on dit cela, on ne décrit pas le vent en tant que tel, on décrit l’action du vent dans les branches, sur les blés ou dans les voiles. Si on ne peut décrire le vent, on peut observer ses effets : « Le vent fait chanter, il fait danser, il fait avancer. » C’est ce que Jésus a annoncé à Nicodème : « Le vent souffle où il veut ; tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit.[5] »
[1] Os 4.12.
[2] Nb 5.14.
[3] Za 13.2.
[4] 1 R 22.23.
[5] Jn 3.8.
Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Actes 2, 1-11 : https://campusprotestant.com/video/venue-de-lesprit-saint/
Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis
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Après avoir résumé son Évangile dans son testament, Jésus a une dernière chose à faire pour ses disciples avant de les quitter : il prie pour eux. Il mesure les dangers et les difficultés qu’ils vont affronter. Il connaît les faiblesses de ses disciples, il sait que l’un va trahir et que le premier parmi eux va renier, mais il prie quand même.
Sa prière est plus qu’une prière, c’est aussi un traité d’une belle facture théologique sur la situation de l’Église dans le monde.
Points d’exégèseAttention sur deux points.
Qu’ils soient uns
Ce verset est souvent cité dans les groupes œcuméniques, mais le texte dit qu’ils soient uns comme nous, comme le fils et le père. L’unité dont il est question ici peut être entendue comme une unité entre les disciples, mais aussi comme l’unité interne à chacun. Jésus prie pour que ses disciples soient unifiés, qu’ils réalisent l’unité entre leur foi, leur pensée, leurs paroles, leurs désirs et leurs actions. Dans cette perspective, le contraire de l’unité n’est pas la diversité, mais l’éclatement. Jésus prie pour l’unification personnelle de ses disciples.
Je les ai préservés et aucun d’eux ne s’est perdu
Cette phrase sera reprise au moment de l’arrestation de Jésus lorsque ce dernier ira au-devant de ceux qui le cherchaient et demandera à Pierre de ranger son épée lorsqu’il a voulu le défendre.
La première conséquence de la non-violence de Jésus au moment de son arrestation est que ses disciples n’ont pas été inquiétés. S’il s’était défendu, ceux qui auraient combattu à ses côtés auraient connu le même sort que lui.
Jésus s’est livré pour ses disciples au sens premier du terme.
Pistes d’actualisation1er thème : Dans le monde sans être du monde
À trois versets d’intervalle, Jésus dit de ses disciples qu’ils sont dans le monde (v.11) et qu’ils ne sont pas du monde (v.14). La tension entre ces deux expressions est le défi de la foi chrétienne : Comment être totalement dans le monde tout en conservant notre différence par rapport au monde du fait de notre foi.
Le philosophe Gustave Thibon a évoqué cette tension en disant : « Face aux incroyants, cultiver tout ce qui nous unit, mais ne jamais renoncer à ce qui nous distingue ; sinon, l’union extérieure se fera aux dépens de notre propre cohésion interne… le chrétien est à la fois le plus distinct et le moins séparé de tous les hommes. » Être dans le monde, le moins séparé de tous les hommes, sans être du monde, en restant le plus distinct.
2e thème : Jésus annonce à ses disciples qu’ils seront détestés
Les disciples porteront une parole de paix, d’amour, de guérison et de réconciliation, et pourtant… ils seront détestés car ils seront différents.
Le professeur Henri Baruk, qui a dirigé pendant des années l’hôpital psychiatrique de Charenton, a travaillé sur l’origine de la haine à partir de ses observations cliniques. Sa conclusion est « que les haines humaines étaient provoquées par la conscience morale refoulée et accusatrice. L’homme qui viole le droit se sent accusé intérieurement et réagit en accusant les autres, d’où la haine inextinguible. » Par leur simple différence, les disciples seront les révélateurs des logiques mortifères de leur monde.
Cette remarque nous pose une question. Si par hasard nous ne sommes pas détestés, est-ce parce que nous vivons dans un monde converti à l’évangile, ou parce que nous avons édulcoré notre témoignage ?
3e thème : Les disciples sont consacrés par la vérité
Consacre-les par la vérité. La consécration évoque la séparation, les disciples sont différents par leur rapport à la vérité. Ce verset nous rappelle celui dans lequel Jésus qu’il était le chemin, la vérité et la vie. La vérité de l’évangile est à la fois un chemin et une vie. Les disciples sont appelés à cheminer dans leur foi, à ne pas rester statiques, bloqués, et ils sont appelés à avoir une foi vivante, qui soit porteuse de vie.
La vraie consécration consiste à être dans le monde sans être du monde, à être toujours en chemin et à être porteur de vie.
Une illustrationLa semaine dernière, nous avons entendu que Jésus appelait ses disciples pour que leur joie soit complète, ici Jésus déclare dans deux versets qui se suivent que ses disciples auront en eux une joie complète et qu’ils seront détestés. Peut-on être joyeux quand on est détesté ? C’est le paradoxe de ce texte. Comme il y a des choses qui ne s’expliquent pas, mais qui se racontent, nous avons une illustration de cette contradiction dans le livre des Actes.
À Philippes, Paul et Silas ont été dénoncés aux pouvoirs publics comme agitateurs. Le texte dit qu’ils ont été roués de coups et jetés en prison. Dénoncés, frappés, emprisonnés, que font Paul et Silas. Ils auraient de bonnes raisons de se plaindre, mais le texte dit qu’ils priaient et chantaient des louanges (16.25). Leur joie était si complète qu’elle a fait tomber les murs de leur prison.
Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Jean 17, 11-19 : https://campusprotestant.com/video/dimanche-jesus-prie-disciples/
Production : Fondation Bersier
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Une singularité de l’évangile de Jean se trouve dans la deuxième moitié du chapitre 13 et dans les chapitres 14, 15 et 16 qui se présentent comme un résumé de son enseignement. Sous la forme d’un testament spirituel, Jésus expose à ses disciples une récapitulation de son évangile. Dimanche dernier, nous avons entendu l’appel à demeurer en Christ pour porter du fruit, dans l’évangile de ce jour, les fruits de l’évangile est l’appel à s’aimer les uns les autres.
Points d’exégèseAttention sur deux points.
Définition de l’agapé : se défaire de sa vie
L’amour, tout le monde est pour, mais le mot a plusieurs significations. Nous avons tous besoin d’être aimés, mais jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour aimer notre prochain ? Une première définition de l’amour est ce qui nous fait du bien : lorsque nous disons que nous aimons un bon vin, une belle musique ou faire la sieste, c’est parce que cela est agréable. Lorsque Jésus dit que personne n’a de plus grand amour que celui qui se défait de sa vie pour ses amis, il inverse la perspective : l’amour, ce n’est pas ce qui me fait du bien, mais ce qui fait du bien à mon prochain. Dans l’évangile, la définition de l’amour agapé est ce que je donne de ma vie pour aider mon prochain à grandir dans toutes les dimensions dans son existence.
La prédestination : être appelé pour aimer
Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis pour que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. Se savoir choisi par le Christ est une libération. Ma foi ne dépend pas de mes actions ni de mes réussites, mais trouve son enracinement dans un appel qui ne vient pas de moi.
Ma responsabilité humaine n’est pas l’origine de la foi qui ne m’appartient pas, mais ma fidélité : que votre fruit demeure. Le combat de la foi est celui de la persévérance, de la résistance à l’usure de la grâce et à la dégradation de l’étonnement.
Pistes d’actualisation1er thème : La racine de notre amour : celui du Christ de sa vie
Aimez-vous… comme je vous ai aimés. La particularité de l’amour auquel nous sommes appelés dans les évangiles est qu’il ne vient pas de nos propres forces, mais qu’il trouve sa source dans celui du Christ. Lorsque je n’arrive pas à aimer mon prochain, je suis invité à me ressourcer dans l’amour du Christ afin qu’il vienne alimenter mon propre amour.
La psychologie dit qu’un enfant ne peut s’épanouir s’il n’a été aimé inconditionnellement. Il en est de même de la foi qui ne peut se développer sainement si elle n’est pas enracinée dans l’amour inconditionnel du Christ. Si je me sais inconditionnellement aimé, alors je n’ai plus rien à prouver, je n’ai plus à chercher l’approbation de mon existence dans le regard de mon prochain. Je suis libre et je peux aimer.
2e thème : Amitié de Dieu
Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous ai appelés amis. Dimanche dernier, nous avons défini la foi comme une demeure et un attachement au cep, ici elle est exprimée en termes d’amitié : entrer dans l’amitié de Dieu. Un ami est quelqu’un à qui on ouvre son cœur, à qui on peut tout dire, avec qui on partage ce qui est au fond de sa personne.
Les chrétiens ont l’habitude de se reconnaître comme disciples du Christ, pourquoi ne se considèrent-ils pas plutôt comme amis du Christ ? Les quakers ont raison d’appeler leur mouvement la société des amis.
3e thème : Joie comme vertu spirituelle
Je vous ai parlé ainsi pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. Le but de la foi chrétienne est une joie chrétienne. La joie devient la mesure de la foi, elle est le fruit de ce sentiment d’avoir trouvé en Christ la vraie demeure de son existence. Elle repose sur un sentiment de plénitude, sur la capacité de savourer le temps présent : poser un regard positif sur le prochain, accueillir ce qui advient, cultiver la gratitude face à ce qui est.
Nous comprenons pourquoi l’apôtre Paul a fait de cette vertu un commandement : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous. » (Ph 4.4)
Une illustration : les amis de DieuDans le Premier Testament, deux hommes ont été appelés amis de Dieu. Le premier est Abraham qui est appela ainsi dans le livre d’Ésaïe (Es 41.8), cette tradition existe toujours dans le Nouveau Testament puisque nous l’épître de Jacques la rapporte (Jc 2.23). Le second est Moïse dont le texte dit qu’il parlait avec le Seigneur comme un homme parle à son ami (Ex 33.11).
La particularité d’Abraham et de Moïse est qu’ils ont contesté une décision de Dieu, Abraham lorsqu’il a défendu le sort de Sodome que le Seigneur voulait détruire, et Moïse lorsqu’il s’est opposé au projet de Dieu de faire mourir peuple après la chute du veau d’or pour en choisir un autre.
Un ami, c’est quelqu’un à qui on peut tout dire, quand on est d’accord et quand on n’est pas d’accord.
Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Jean 15, 1-8 : https://campusprotestant.com/video/dimanche-commandement-de-jesus/
Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis
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Une singularité de l’évangile de Jean se trouve dans la deuxième moitié du chapitre 13 et dans les chapitres 14, 15 et 16 qui se présentent comme un résumé de son enseignement. Sous la forme d’un testament spirituel, Jésus expose à ses disciples une récapitulation de son évangile. Au centre de ce résumé se trouve la première partie du chapitre 15 que nous méditerons aujourd’hui et dimanche prochain.
Points d’exégèsePur par la parole (v.3)
Après avoir utilisé l’image des sarments attachés à la vigne, Jésus déclare à ses disciples qu’ils sont purs à cause de la parole qu’il a dite. Ce qui fait la pureté, ce ne sont pas les bonnes actions ni les bonnes pensées, mais la bonne écoute. Le pur n’est pas celui qui se conduit impeccablement, mais qui ne triche pas avec la parole et qui ne cesse de la méditer.
David est considéré comme un grand roi alors qu’il a été adultère et meurtrier et qu’il a mal élevé ses fils. S’il est considéré comme une image du messie, c’est qu’il est toujours resté devant Dieu, dans ses bons et ses mauvais jours, comme en témoigne la tradition des Psaumes qui lui sont attribués.
La gloire de Dieu (v.8)
Le père est glorifié par les fruits portés par les disciples. Dans le vocabulaire biblique, le mot gloire évoque l’être le plus profond d’une personne. La gloire de Dieu, ce ne sont pas des anges qui jouent de la musique dans le ciel, ce sont des disciples qui portent du fruit sur la terre.
Dans l’épître aux Galates, Paul a dit que les fruits de l’amour, la joie, la paix, la bonté, la bienveillance, la foi et la douceur… chaque fois que ces fruits sont vécus, le Dieu du ciel et de la terre est glorifié.
Pistes d’actualisation1er thème : La foi comme demeure
Souvent la foi est comprise en termes de croyance. A la foi celui qui croit que Jésus est la vérité. Cet évangile déplace un peu notre compréhension en définissant la foi en termes de demeure. A la foi celui qui demeure en Christ. L’essentiel n’est pas tant ce que je crois au fond de moi que ce que je vis.
Jésus dit Demeurez en moi, comme moi en vous ; le mouvement est réciproque : aller au Christ et l’accueillir, la foi est à la fois un mouvement et une hospitalité.
2e thème : Hors de moi, vous ne pouvez rien faire
Des tas de choses sont faites hors du Christ. Cette phrase suggère que tout ce qui est fait et qui ne peut se rattacher au Christ, est vain. Pourtant nous faisons des tas de choses hors du Christ, et surtout nous voyons autour de nous des hommes et des femmes faire de belles choses hors du Christ.
Voilà comment je comprends cette expression. Jésus m’appelle à considérer que tout ce que je fais de bon et de beau – tout ce que je fais qui a de l’importance – est un fruit de mon attachement au Christ. De même que Paul a dit : Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi fais-tu le fier, comme si tu ne l’avais pas reçu ? Je dois me considérer comme un simple sarment et si je porte quelques fruits, ils ne sont que le produit de la sève qui vient de la vigne.
3e thème : L’exaucement de la prière
Si vous demeurez en moi… demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous arrivera. La promesse de l’exaucement de toutes les prières se retrouve régulièrement dans les évangiles et elle se heurte à notre expérience : nous avons tous traversé l’épreuve de prières justes qui n’ont pas été exaucées. Comment sortir de cette contradiction entre la promesse de l’évangile et notre expérience humaine. Trois pistes :
L’Église est ici comparée à une vigne. Les sages qui ont médité cette image ont relevé les analogies suivantes :
La vigne est plus basse que les autres arbres ; elle est pourtant plus élevée que ceux-ci par la qualité de son produit.
La vigne porte des grandes et des petites grappes, mais les grandes pendent toujours plus bas que les petites.
Tout n’est pourtant pas parfait dans la vigne : elle produit aussi bien du jus acide que du vin.
Elle est foulée aux pieds pour donner son jus, mais son produit est présent à la table des rois.
Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Jean 15, 1-8 : https://campusprotestant.com/video/vraie-vigne/
Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis
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Ce chapitre de l’évangile de Jean évoque deux images pour parler de Jésus, il est la porte et il est le berger. La porte protège les brebis quand elles sont dans l’enclos et le berger les conduit lorsqu’elles sortent de l’enclos. Les versets de ce dimanche décrivent les qualités du bon berger.
Points d’exégèseAttention sur deux points.
Image du berger
Le bon berger est celui qui n’abandonne pas ses brebis quand le loup se pointe, mais qui les protège. On pense à David qui parlait de son métier de berger en disant que lorsqu’il faisait paître le troupeau de son père : « Quand le lion ou l’ours venait enlever une bête du troupeau, je lui courais après, je le frappais et je délivrais la bête de sa gueule. S’il se dressait contre moi, je le saisissais par la barbe, je le frappais et je le tuais[1]. »
Dans les évangiles, plusieurs images sont données du Christ, il est l’avocat, l’ami, le sauveur, ici il est le berger qui protège et qui montre le chemin.
Le berger connaît ses brebis
Le bon berger se distingue du mauvais en ce qu’il connaît ses brebis. Dans le Premier Testament, le verbe connaître et parfois traduit par aimer. Dire que le Christ nous connaît, c’est dire qu’on est précieux à ses yeux.
En français, co-naître, c’est aussi naître avec. Nous qui sommes connus du Christ, nous sommes invités à naître – renaître – avec lui.
Pistes d’actualisation1er thème : Les bergers dans la Bible
Les hommes de la Bible ont souvent été des bergers. Abel était berger ; Abraham, Isaac et Jacob ont passé leurs vies sous des tentes ; Moïse et David ont reçu leur vocation alors qu’ils étaient bergers ; Amos était berger et ce sont encore des bergers qui ont été les premiers avertis de la naissance de Jésus. Les bergers ont une relation particulière avec le Seigneur parce qu’ils veillent ; plus souvent que les autres, ils contemplent les étoiles et écoutent ce que raconte le vent.
Dans cette parabole, c’est le Seigneur qui est le berger comme dans le Psaume 23 ou dans la parabole de la brebis perdue et retrouvée. Il nous appartient de nous laisser conduire pour entrer dans le grand troupeau de ceux qui le suivent.
2e thème : Le bon berger se défait de sa vie
Dans le quatrième évangile, Jésus est aussi défini comme l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde[2], c’est-à-dire l’agneau sacrifié. Jésus est l’agneau et il est le berger, mais un berger qui se défait de sa vie.
Cette expression renvoie au grand commandement de ce quatrième évangile : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, personne n’a de plus grand amour que celui qui se défait de sa vie pour ses amis[3]. » L’amour dans ce verset n’est pas un sentiment, c’est un acte, donner de sa vie. Aimer son prochain, ce n’est éprouver un sentiment de sympathie à son égard, c’est donner de sa vie pour qu’il grandisse dans toutes les dimensions de sa personne.
Jésus n’est pas un berger qui conduit son troupeau à la baguette, c’est un berger qui aime ses brebis et qui se donne pour elles.
3e thème : Jésus a d’autres brebis
Jésus annonce qu’il a d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. D’un point de vue historique, les commentaires disent que ce verset fait référence aux non-Juifs qui vont rejoindre la première Église. Nous pouvons l’actualiser en pensant que ce verset s’oppose à toutes les visions sectaires qui veulent faire coïncider l’Église de Jésus-Christ avec leur chapelle.
J’aime à penser que l’Église est plus grande que ce que je vois et crois et que mon prochain qui est d’un autre enclos est aussi une brebis dont prend soin le Christ.
Une illustrationUn commentaire rabbinique décrit une vision d’un bon berger. Il raconte que Dieu a observé comment Moïse s’occupait du troupeau de son beau-père. Lorsqu’il arrivait sur une nouvelle pâture, il commençait par envoyer les agneaux pour qu’ils mangent l’herbe la plus tendre, ensuite il envoyait les brebis quand l’herbe était plus dure et enfin les boucs quand il ne restait que les épines. Ayant vu que Moïse était un bon berger, Dieu a pensé qu’il pourrait conduire son peuple, c’est pourquoi il l’a appelé depuis un buisson en feu. Un bon berger fait attention à ce que chacun ait la part qui lui convient.
[1] 1 S 17.34-35.
[2] Jn 1.29.
[3] Lc 15.12-13.
Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Jean 10, 11-18 : https://campusprotestant.com/video/bon-berger/
Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis
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