Improvisations (le podcast)
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Improvisations (le podcast) episodes

  • Erémitisme aux Mèdes
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180814medes.mp3
     
    A l'extrémité est de Porquerolles, la crête des Mèdes dresse sa muraille rocheuse. Là est l'orient de l'île, les rochers qui, les premiers, découvrent la lumière du jour quand le soleil surgit de la nuit.
    Tout en haut de cette muraille - chaos de rochers qui se précipitent dans la mer - des oliviers, couchés par les rafales et, au milieu d'eux, des murets de pierres sèches qui sont les restes des habitations que construisirent ici, aux IVème et Vème siècles, des ermites, moines venus des îles de Lérins, pas très loin.
    Quand on regarde le large, l'orient, le soleil et Port-Cros dont la longue silhouette se dessine sur le miroir des flots, on voit deux ou trois promontoires, pitons, rochers verticaux dont j'imagine qu'ils auraient pu, il y a dix neufs siècles, servir de colonne à des stylites qui s'y seraient tenus :
    Ils y seraient venus le matin et auraient passés là leur journée, adorant le monde et sa grandeur, la création et son créateur, Dieu qu'ils auraient en eux-même cherché.
    Quel étrange phénomène que cet érémitisme né en Egypte et en Syrie et qui poussa tant d'hommes à fuir les autres hommes, au nom d'un Dieu d'un chair qui prônait l'amour !
    Je ne puis m'empêcher de voir dans cette fuite loin des autres un reste de ce manichéisme qui entrave tant de penseurs chrétiens, d'Augustin, qui le fut, à François d'Assise et à ses craintes de Claire et des femmes.
    Fuir les autres, fuir le corps et ses satisfactions parce que le corps est le mal, oubliant que la grandeur de l'homme est dans son incarnation, dans la conscience de l’étendue séparant la terre du ciel.
    Ermites qui, hissés sur leur colonnes de rochers, vivaient suspendus entre la lumière et la nuit, dans l'entre-deux du vol et de la chute.
    7 min
  • Orage
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180813orage.mp3
    Orage, ce matin, sur l'île de Porquerolles : De la brume partout ; la mer grise se confondant avec le ciel gris, des éclairs et du tonnerre ; de longs roulements se répercutant à travers les collines.
    J'étais monté au Fort Saint-Agathe, qui domine le port quand la pluie, jusqu'alors faible, s'est mise à dévaler du ciel : une pluie lourde et chaude, grise, entraînant tout sur son passage. La cour du château s'est changée en une mer qui a dévalé comme une rivière les marches où je m'étais réfugié.
    C'est après avoir été complètement trempé que j'ai trouvé un autre abri, meilleur, d'où j'ai réalisé l'enregistrement. Quel extraordinaire spectacle que celui de ces éclairs qui rayaient le ciel dans un étourdissement de grondements !
    Toute l'eau tombée s'était mêlée au limon de la terre pour grossir les torrents et dévaler les monts. Et arrivée dans la mer, elle avait souligné le vert et le bleu de celle-ci de son ocre :
    PS : cet enregistrement, réalisé en stéréo, s'entend mieux avec un casque.
    9 min
  • La Galère
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180812galere.mp3
    L'Anse de la Galère, située au sud-ouest de Porquerolles, et qui porte bien son nom au regard des effort à déployer pour l'atteindre, est un creux dans la côte, abrité du vent d'ouest, et où se succèdent une série de petites criques dont les unes sont taillées directement dans le rocher, découpé et coupant comme des couteaux, et les autres couvertes de petits galets et de bois flotté.
    Et cette anse a, il y a 23 siècles, abrité un comptoir de pêcheurs grecs, des Massaliotes qui devaient vendre leurs poissons aux navires de passage.
    Tous les chemins et toutes les plages de Porquerolles sont remplis de morceaux de briques, de céramique, de ciment. L'île, en effet, a été durant toute son histoire sujette à constructions et à reconstruction : fermes, forts, prisons, habitations, chapelles, ermitages, il a bien fallu construire tout cela et bien des matériaux sont tombés sur les routes. Et l'on trouve également des morceaux de brique et d'argile à la Galère, à ceci près que, pour, certains d'entre eux, ils datent du IIIème ou IIème siècle avant notre ère.
    On voudrait, à chaque fois qu'on passe ici, trouver un objet plus spécifique : un drachme d'argent, une version originale, rédigée en Linéaire B, de l'Iliade ou de l'Odyssée, mais à chaque fois on fait chou blanc. Et on doit se contenter de l'immense beauté des lieux, du cri des goélands et du chant des cigales, du bleu de la mer poursuivant le vert du maquis.
    PS : comme tous les articles.articles de cette série porquerollaise, l'enregistrement a été réalisé en stéréo et s'entend mieux avec un casque.
    10 min
  • La Repentance
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180811repentance.mp3
    Le centre de Porquerolles est occupée par une petite chaîne de collines où se dressent les deux principaux sommets de l'île : celui occupé par le Sémaphore, point culminant, et, non loin, un autre sommet où se dresse depuis la fin du XIXème siècle, le fort de  La Repentance, qui abrite, depuis la fin des années 1990 une communauté de moines dépendant du monastère du Mont Athos.
    Entre les deux sommets, un chemin passe qui donne d'un côté sur l'Ouest de l'île : le port, le phare, le Langoustier, et de l'autre sur l'Est : plaine Notre-Dame et Mèdes.
    Le fort est désormais entièrement fermé ; on ne peut plus rien voir de ce qui s'y passe :
    La présence de moines sur l'île est très ancienne : dès les IVème et Vème siècles, des moines venus des îles de Lérins occupent la crète des Mèdes pour y devenir ermites ; j'en reparlerai. En attendant, ce sont des moines grecs, qui sont ici, et la Repentance est devenue le monastère Sainte-Marie du Désert :
    A l'entrée du fort (qui porte finalement bien son nom), est placardé le texte suivant :
    "Tu es libre. Choisis :
    Choix n°1 :
    Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi.
    C'est son esprit qui m'anime.
    Esprit de repentir, de douceur, d'humilité, de patience et de paix, de renoncement, d'oubli de moi-même et de dévouement aux autres, de bienveillance, d'absence de jugement, de pardon et d'amour totalement désintéressé.
    Le ciel et toute la Sainte Trinité habitent en mon âme. C'est le royaume de Dieu en moi.
    Choix n°2 :
    Ce n'est plus moi qui vis, c'est le diable qui vit en moi.
    C'est son esprit qui m'anime : esprit d'insatisfaction, de revendication et de contestation, de révolte, d'aigreur et d'amertume, de critique, de jugement et de condamnation des autres, de volonté propre, d'autojustification et d'orgueil. Ce n'est pas le ciel que je veux porter en moi, mais l'enfer.
    Choisis."
    Tour n'est pas à rejeter dans cette description du monde mais les moines du Mont Athos ne constituent certes pas un modèle à mes yeux...
     
    PS : cet enregistrement a été réalisé en stéréo et s'entend mieux avec un casque.
    11 min
  • Le rossignol était un merle
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180810merle.mp3
    Durant la journée, Porquerolles est emplie de la stridulation des cigales.
    Mais il existe certains recoins, certaines zones d'ombre où, le soleil ne touchant pas les arbres ou les touchant très peu ou tardivement, on peut, au matin surtout, entendre les oiseaux.
    Ainsi, ce matin, au tournant du chemin, entre la plage de la Courtade et le fort du Lequin, on pouvzit entendre des merles qui se répondaient, d'arbre en arbre, embellissant l'air de leurs trilles.
    PS : comme les précédents, cet enregistrement à été réalisé en stéréo et s'écoute mieux avec un casque...
    11 min
  • Pierrot le Fou
    C'est à la Treille que Jean-Luc Godard a filmé une partie de Pierrot le Fou. Ces scènes où Jean-Paul Belmondo et Anna Karina passent quelques jours, au bout de leur fuite éperdue à travers la France.
    9 min
  • Le Brégançonnet
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180808breganconnet.mp3
    A la calanque du Brégançonnet, ce matin. Cigales et vaguelettes.
    Des artistes y ont mis des pierres en équilibre, ce qui forme un spectacle irréel.
    (Comme tout ici, l'enregistrement est fait en stéréo et s'entend mieux avec un casque...)
    9 min
  • Vers la Vigie
    Porquerolles, en marchant sur le sentier qui, de la Gorge du Loup, monte vers la Vigie puis redescend vers Le Brégançonnet
    14 min
  • Vivre par procuration
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180803procuration.mp3
     
    On a parfois tendance à vouloir s'accaparer la gloire, le mérite ou les exploits des autres.
    Dans le cas d'événements comme la coupe du monde de football, il y a évidemment de cela dans le "On a gagné !" crié par des masses qui n'ont rien fait sinon suivre derrière un écran la course des joueurs. Mais personne, je pense, ne croit vraiment les paroles prononcées et le phénomène relève tellement de l'enthousiasme collectif qu'il n'est au fond que cela : un moment de solidarité, de fusion et de défoulement dans un "On" collectif. mais on ne se sent pas individuellement grandi par la victoire de l'équipe même si on se projette en elle.
    Mais cette façon de faire peut prendre des formes beaucoup plus insidieuses dont je parlais, l'autre jour, avec l'aimée. Il peut en effet également arriver - et très clairement cela m'arrive parfois et trop souvent - de se sentir grandi ou partie prenante de l'exploit ou de la réussite de personnes qu'on aime ou de proches - au point de vouloir bénéficier un peu de l'aura qui s'attache à cet exploit. Et alors on en parle, on en fait la publicité comme si le mérite en allait sur nous rejaillir, comme si nous souhaitions tirer la couverture à nous.
    Cela arrive fréquemment dans la façon que nous avons de parler de nos enfants et de ce qu'ils font. Même si, contrairement à ce que je dis dans l'enregistrement, ce n'est pas dans les façons de dire que la différence se marque vraiment mais dans ce qu'on ressent soi-même, on peut, vis-à-vis de la réussite de ses enfants, avoir deux attitudes : l'une qui consiste à être fiers pour eux, et l'autre qui consiste à être fiers d'eux. Dans le premier cas, c'est clairement à nos enfants qu'on reconnaît le mérite et la gloire ; dans le deuxième, on tente d'en bénéficier un peu, comme si leur mérite rejaillissait sur nous, comme si nous étions partie prenante de l'exploit.
    Katia m'avait un jour parlé de vampirisation, de cette tendance qu'ont certaines personnes à aspirer la substance des autres. Il y a un peu de cela dans cette façon de faire, dans cette façon de chercher à resplendir de l'éclat d'autrui.
    Et, comme elle me disait, le risque est alors grand de ne plus vivre que par procuration, en ne faisant plus rien par soi-même et en ne faisant plus que rêver la vie des autres, ce qui est une triste chose.
    C'est à nouveau le thème de ce beau film : La vie rêvée de Walter Mitty.
     
    La musique d'introduction et de conclusion est sans aucun rapport. C'est la très belle voix de Regina Spektor chantant Samson dans le disque "Begin to hope".
    10 min
  • L’endurcissement
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180731endurcissement.mp3
    Il y a, dans Le journal d'un curé de campagne, de Georges Bernanos, le passage suivant, qui me paraît être une bonne description de ce qu'est l'endurcissement :
    "Je crois que, passé l’adolescence, peu de chrétiens se rendent coupables de confessions sacrilèges. Il est si facile de ne pas se confesser du tout ! Mais il y a pis. Il y a cette lente cristallisation, autour de la conscience, de menus mensonges, de subterfuges, d’équivoques. La carapace garde vaguement la forme de ce qu’elle recouvre, c’est tout. À force d’habitude, et avec le temps, les moins subtils finissent par se créer de toutes pièces un langage à eux, qui reste incroyablement abstrait. Ils ne cachent pas grand-chose, mais leur sournoise franchise ressemble à ces verres dépolis qui ne laissent passer qu’une lumière diffuse, où l’œil ne distingue rien."
    L'endurcissement, c'est cela. C'est une construction que nous avons faite en nous et qui nous permet d'agir mal ou méchamment, de parler mal ou méchamment, de nous comporter mal ou méchamment, tout en ayant bonne conscience, et donc sans se sentir soi-même détruit ou ravagé par la méchanceté qui émane de nous. Nous avons construit une carapace, comme dit le curé de campagne, empilé des couches d'opacité au dessus de la vérité et de la vie, si bien que nous ne voyons plus la réalité des choses, que nous ne savons même plus comment elle est car nous ne connaissons plus que l'image commode,  confortable, rassurante, que nous en avons formée.
    L’endurcissement, c'est cela : non seulement se comporter mal (ce qui peut arriver), mais se comporter mal avec bonne conscience.
    On aura reconnu, en introduction et conclusion musicales, You know I'm no good, d'Amy Winehouse (in "Back to Black".).
    6 min

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Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.