https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180605liberte.mp3
Nous discutions hier avec Katia de mon sujet favori : l'amour. Je lui disais qu'à mon sens (mais peut-être changerai-je un jour d'avis), l'amour était une sorte de dépendance volontaire : volontairement, on se rendait dépendant de l'autre, on se remettait entre ses mains, comme dans une sorte de prière où l'on se remet entre les mains de Dieu et de sa volonté. Par foi et confiance totales, on abdique sa liberté en l'autre. L'autre nous la rendra probablement immédiatement, s'il nous aime, mais il y a un geste initial de don, d'abandon, de sacrifice. Entre les mains de l'autre on se remet.
Et puis, songeant ce matin aux paroles de la chanson Ma liberté, de Georges Moustaki, dont nous avions également parlé hier, j'ai réalisé que cet abandon, ce sacrifice, cette abdication nécessitaient que, préalablement, cette liberté ait été construite. Pour abdiquer sa liberté par amour, il faut d'abord l'avoir édifiée ; pour se remettre entre les mains de l'être qu'on aime, il faut d'abord avoir été et être. Et c'est après seulement que l'abdication a un sens. Car sinon, le sacrifice volontaire de son indépendance qu'on prétend accomplir n'est que sacrifice de fausse monnaie, faux don : on échange une chaîne contre une autre ; esclave, on ne fait que changer de maître.
Il faut suivre Walter Mitty !
Et cette idée, en ce matin pluvieux du mois de juin, me rendait gai et amoureux.
NB : évidemment, si l'un, en dépit de tout, ne songe qu'à construire ou à conserver sa liberté et que l'autre, en dépit de tout aussi, ne veut que sacrifier une indépendance qu'il n'a en fait jamais conquise, ça ne matche pas !
PS : On aura reconnu, en introduction et conclusion musicales de mon propos, Ma liberté, écrite par Georges Moustaki mais chantée ici par Serge Reggiani.
En voici les paroles :
Ma liberté, longtemps je t'ai gardée, comme une perle rare,
Ma liberté, c'est toi qui m'as aidé à larguer les amarres.
On allait n'importe où, on allait jusqu'au bout des chemins de fortune,
On cueillait en rêvant une rose des vents sur un rayon de lune.
Ma liberté, devant tes volontés mon âme était soumise,
Ma liberté, je t'avais tout donné ma dernière chemise.
Et combien j'ai souffert pour pouvoir satisfaire toutes tes exigences,
j'ai changé de pays, j'ai perdu mes amis pour gagner ta confiance.
Ma liberté, tu as su désarmer mes moindres habitudes,
Ma liberté, toi qui m'as fait aimer même la solitude.
Toi qui m'as fait sourire quand je voyais finir une belle aventure,
Toi qui m'as protégé quand j'allais me cacher pour soigner mes blessures.
Ma liberté, pourtant je t'ai quittée une nuit de décembre,
J'ai déserté les chemins écartés que nous suivions ensemble.
Lorsque sans me méfier les pieds et poings liés je me suis laissé faire,
Et je t'ai trahie pour une prison d'amour et sa belle geôlière.(bis)