Improvisations (le podcast)
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Improvisations (le podcast) episodes

  • Ne compter que sur ses propres forces
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180516mrsrobinson.mp3
     
    Dans son Journal, à la date du 7 octobre 1941, Etty Hillesum écrit :
    "C'est un romantisme de midinette, mais très profondément ancré dans l'être humain, que de vouloir se dissoudre en l'autre pour être libéré de soi-même. Et c'est sans doute pourquoi, dans la vie réelle, cela s'avère toujours une fiction, cette union fusionnelle de deux personnes, on finit toujours par être renvoyé à soi-même, et dès lors plus abandonné et esseulé que jamais. Il faut s'éduquer soi-même à vivre en ne comptant que sur ses propres forces et sa confiance en soi. Aspirer à une position reconnue dans une société hiérarchisée, c'est en réalité la même chose : la recherche d'une certitude qui ne procède pas de soi-même. La certitude concrétisée par une chose extérieure : une bonne situation pour l'homme, l'institution du mariage pour la femme."
    La dernière phrase ne reflète pas du tout Etty Hillesum, qui était, Ô combien profondément ! libre et féministe mais l'époque : on est en 1941.
    Je pensais à ce propos en écoutant hier le discours d'au-revoir prononcé hier par une personne de mon entreprise qui part en retraite. Un homme que j'aime bien pour les nombreuses et grandes qualités qu'il a, et qui ont été mentionnées par ceux qui l'ont salué - mais que j'aime bien aussi parce qu'il présente une certaine ressemblance avec Paul Simon et que je ne pouvais m'empêcher, chaque fois que je le croisais, de songer à Mrs Robinson.
    Je pensais à ce passage du Journal d'Etty Hillesum car, dans son discours, notre ami disait, à un moment, que l'entreprise était une sorte de famille.
    Je me disais, l'écoutant, que je ressentais moi aussi, pour reprendre la pensée d'Etty Hillesum, une volonté de me dissoudre en l'autre pour échapper à moi-même, que moi aussi - c'est l'objet de longs échanges avec Katia - j'étais à "la recherche d'une certitude qui ne procède pas de soi-même", mais que, aussi impliqué que je sois dans mon travail, ça n'était certes pas dans mon entreprise que je recherchais cette certitude ou cette béquille. De ce point de vue, pensais-je, je suis plus féminin que masculin - ce qui un jour, au demeurant, m'avait été dit par Inès.
    Quoi qu'il en soit - et même si j'en suis très loin -, il faut certainement arriver à se débarrasser de cette béquille : travailler au mieux, bien sûr, pour son entreprise ; aimer les êtres - aimer sans autre qualificatif - , notamment ceux qu'on aime, mais ne pas compter sur cet en-dehors de nous-mêmes pour être nous-mêmes.
    Aimer, agir au mieux mais ne compter en définitive que sur ses propres forces. Et au bout de ce long chemin, trouver cette certitude qui ne procède que de soi-même.
    On aura reconnu, en introduction et en conclusion sonore à mon propos, Mrs Robinson de Paul Simon et Arthur Garfunkel.
    8 min
  • Discordances (un rêve)
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180513discordances.mp3
     
    Un rêve de discordance, de traitement inadéquat, que j'ai fait cette nuit et qui m'a réveillé.
    Je le relie à la conversation que j'avais eue, quelques heures auparavant, avec l'aimée. Une de ces conversations qui ouvrent des abîmes au travers desquels elle et moi, chacun de notre côté probablement, semblons parfois chuter ; une de ces conversations singulières qui donnent l'impression, en dépit de tout de ce qui nous relie, de tout ce que nous sommes, de ne pas être compris du tout par l'autre et d'être traité comme si nous étions un étranger.
    C'est cette angoisse du quiproquo que raconte ce rêve plein de discordances dans lequel, comme on l'entendra, ayant postulé pour un poste, je me retrouve dans un lit au milieu d'une salle blanche.
    Une suite de discordances qu'introduit et que termine des passages de l'Hiver, d'Antonio Vivaldi tel qu'enregistré par Il Giardino Armonico.
    6 min
  • Biens à double usage
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180511bdu.mp3
     
    Etty Hillesum, dans son journal, relate un conte chinois raconté dans un de ses livres par Alfred Adler, conte dont la morale, synthétisée par Alfred Adler, est :
    "Toute personne qui entreprend un travail d'importance doit s'oublier elle-même.".
     
    Etty Hillesum souligne cette phrase, qui l'a marquée, et on voit, à la lecture de la suite de son journal, qu'elle tentera de l'appliquer, y compris pour ce qui ne revêt pas de caractère "important."
    Il est très rare que nous agissions ainsi. Le plus souvent, dans nos actions, nous produisons ce que les accords internationaux et la doctrine de défense nationale appellent des biens à double usage (BDU), c'est-à-dire des choses qui peuvent être utilisées à la fois à des fins civiles : nourrir la terre, purifier l'eau, et à des fins militaires : produire des explosifs ou enrichir des éléments radioactifs. De la même manière, il est rare que ce que nous faisons dans notre vie quotidienne soit dédié à une seule fin. Nous faisons certes des choses pour elles-mêmes mais il est rare que nous ne les fassions que pour elles-mêmes et sans poursuivre d'autres fins. C'est notamment le cas avec les réseaux sociaux où, par construction, tout ce que nous faisons, disons, présentons vise également à nous mettre en visibilité quand ça n'est pas le premier objectif.
    Dans l'affaire, on gagne évidement en portée, en moyens de toucher plus de personnes. Et cela, dans bien des cas, vaut probablement la chandelle parce que nous jugeons utile - peut-être à tort et peut-être de façon prétentieuse, au demeurant - de partager cette idée, cette impression, cette découverte que nous avons faite. Mais on perd évidemment en pureté, en qualité de transparence et d'univocité de ce qui est fait. Ce que nous faisons et disons va peut-être plus loin mais notre action et nos mots deviennent moins chastes de cet étalage public, comme la charité se salit de la publicité qui lui est faite.
    De cela, souvent, je parle avec celle que j'aime : il y a des choses qui grandissent et s'épanouissent à la lumière mais d'autres qui s'y flétrissent et qu'il faut donc pieusement garder dans le secret de son cœur, éventuellement dans les pages de son journal, sans jamais chercher à les porter au dehors car cela les tuerait. Quelles sont ces choses ? Je ne le sais pas très bien. Ce ne sont pas forcément les plus précieuses mais elles ont en elles un fragilité, une pudeur qui invite à la chasteté.
    Et puis il y a d'autres choses qui craignent moins d'être exposées, dont on peut donc sans trop de dommage parler, et qui parfois même paraissent sortir grandies de cette étalement impudique. Et je ne sais pas non plus en quoi elles se différencient.
    7 min
  • Lumière dans la nuit
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180508lumiere.mp3
     
    Il y avait ce matin dans ma chambre, obscure, un rayon de soleil qui tombait.
    On ne le voyait pas.
    On voyait seulement, s'agitant avec les courants d'air, les poussières qui flottaient et dansaient comme un vol d'étourneaux.
    Dans la nuit, la lumière ne se voit pas, sauf lorsqu'elle nous éclaire déjà.
    Mais pour qui elle n'éclaire pas, la lumière ne se voit pas. On ne voit que ce qu'elle a déjà touché, que ce qu'elle a déjà éclairé. Elle reste, sinon, obscure et invisible.
    Il faut, quand on est dans la nuit, pour voir la lumière, qu'elle touche des choses. Ou des êtres.
    Les êtres qu'on aime peuvent nous faire apercevoir la lumière.
    2 min
  • Assez !
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180501assez.mp3
     
    J'écoutais ce matin - et redécouvrais - la chanson de Claude Nougaro intitulée Assez !  dont on trouvera un enregistrement (pas très bon) au bout de ce lien et les paroles au bas de cet article.
    Cette chanson a été composée - elle a au moins été publiée -  en 1980 et on y trouve à la fois une réflexion écologique sur les ravages auxquels l'homme soumet la nature, et une réflexion morale sur les maux que l'humanité, depuis toujours, commet contre elles-même. Et ces deux réflexions sont intimement liées, nouées, présentées comme  ayant trait à deux manifestations distinctes d'une même réalité : cette couronne d'épines que nous portons au front et qui nous fait hurler.
    Tant de choses dans cette chanson !
    La première est la reconnaissance de la communauté profonde de racines de ces deux manifestations : souiller la nature n'est pas massacrer mais c'est probablement le même malheur qui est semé, la même angoisse qui s'agite au cœur de l'homme dans l'un et l'autre cas.
    La deuxième, que je n'avais pas notée tandis que je parlais et qui me revient tandis que j'écris, est la prise de conscience de la dimension métaphysique des malheurs et des drames : on peut, à toute chose et à juste titre, donner des explications politiques ou économiques : la pollution est une production du capitalisme débridé et les guerres la conséquence de l'affrontement des nationalismes ; la criminalité se nourrit de l'injustice sociale et la chasse au narval de la crédulité des masses. Tout cela est vrai. Mais il y a aussi, au fond, qui n'explique pas tout mais sans qui les choses ne seraient pas ce qu'elles sont, cette propension de l'homme à agir mal, cette méchanceté que chacun d'entre nous nourrit en son sein.
    Nous avons la conscience, qui est une lumière, et en même temps cette attirance vers le vide et le sombre. L'éclat d'un côté, qui nous élève et nous fait toucher le ciel ; et de l'autre l'obscur qui nous engonce et nous précipite vers ce que les religions appellent ou décrivent comme la chute, l'arrivée du dresseur de chevaux de Tchouang-Tseu : l'élan vers le ciel et, simultanément, la tentation du précipice.
    Mais ce qu'on doit aussi finalement probablement comprendre, c'est que cette simultanéité n'est pas coïncidence ; elle n'est pas le fruit étrange et paradoxal du hasard. Ce qui nous projette si haut est aussi ce qui nous enfonce si bas. Ce qui peut nous rendre sublimes est aussi ce qui peut nous rendre mauvais. C'est la même expulsion hors de l'Eden, la même transgression - transgression qui est l'humanité de l'homme - qui dans l'un et l'autre cas nous porte et nous accompagne, nous sort de l'animalité - pour le meilleur et pour le pire.
    Il serait temps que l'homme s'aime
    Depuis qu'il sème son malheur
    Il serait temps que l'homme s'aime
    Il serait temps, il serait l'heure
    Il serait temps que l'homme meure
    Avec un matin dans le cœur
    Il serait temps que l'homme pleure
    Le diamant des jours meilleurs
    Assez ! Assez !
    Crient les gorilles, les cétacés
    Arrêtez votre humanerie
    Assez ! Assez !
    Crient le désert et les glaciers,
    Crient les épines hérissées,
    Déclouez votre Jésus Christ
    Assez !
    Suffit.
    Il serait temps que l'homme règne
    Sur le grand vitrail de son front
    Depuis les siècles noirs qu'il saigne
    Dans les barbelés de ses fronts
    Il serait temps que l'homme arrive
    Sans l'ombre avec lui de la peur
    Et dans sa bouche la salive
    De son appétit de terreur
    Assez ! Assez !
    Crie le ruisseau dans la prairie,
    Crie le granit, crie le cabri
    Assez ! Assez !
    Crie la petite fille en flammes
    Dans son dimanche de napalm
    Eteignez moi, je vous en prie
    Assez !
    Suffit.
    Que l'homme s'aime, c'est peu dire
    Mais c'est là mon pauvre labeur
    Je le dis à vos poêles à frire
    Moi le petit soldat de beurre
    Que l'homme s'aime c'est ne dire
    Qu'une parole rebattue
    Et sur ma dérisoire lyre
    Voyez, déjà, elle s'est tue...
    Mais voici que dans le silence
    S'élève encore l'immense cri
    8 min
  • Conscience et confiance
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180426conscience.mp3
    Au début de son roman Les Bienveillantes, Jonathan Littell prête à Adolf Hitler la déclaration suivante :
    "Les chefs doivent à l'Allemagne le sacrifice de leurs doutes"
    C'est une parole terrible. Et peut-être a-t-elle, dans l'esprit des Français que nous sommes, qui connaissons Pascal et son pari, une résonnance particulière. Nous établissons en effet un lien entre la foi et l'abdication de l'intelligence, entre la confiance et le sacrifice des doutes, considérant souvent que le doute, le manque de foi, peut n'être que l'indice d'un ego surdimensionné, le signe d'un manque d'humilité. Et dans ce cadre, nous opposons parfois la confiance à la conscience, assimilons parfois la foi au sacrifice des doutes.
    Nous somme tentés par cette abdication car il y a en elle une façon de se défaire du fardeau de la liberté qui nous attire. Mais c'est à tort. Le bien ne requiert jamais l’abdication des doutes ; la confiance ne passe jamais par le sacrifice de la conscience. Ce qui peut exiger un tel sacrifice, ce qui le demande parfois, ce sont les structures, les entités, les orgueilleux, les maîtres, les puissants, les puissances, les Eglises - celles et ceux que Bernanos appelle les riches : ce sont les Eglises et leurs serviteurs indignes qui peuvent prêcher les croisades et les massacres qui les suivent, qui peuvent appeler au Djihad et aux massacres qui les accompagnent ; ce sont les Etats et les organisations qui peuvent parfois exiger qu'on agisse en abdiquant de sa conscience.
    Le bien, lui, jamais ne le demande. Au contraire. La voix de la conscience est justement celle qui au fond de nous murmure et s'élève quand quelque chose de mal nous est demandé ; elle est ce qui en nous proteste et éclaire dans l'ombre et la noirceur.
    Le crime des puissants, et souvent des Eglises, depuis le sacrifice d'Iphigénie et le couteau levė contre Isaac, est d'avoir corrompu cela, au point de faire passer pour signe de la foi, pour indice de la vraie confiance, ce qui n'en est que la plus totale perversion. Avoir fait croire que le vrai croyant, que l'élu, était celui qui obéissait aveuglément alors qu'il est exactement celui qui, au contraire, écoute toujours sa conscience.
     
    Je rebondis sur la conversation avec Esther pour préciser ma pensée. La notion de doute, en effet, est ambiguë car il existe plusieurs sortes de doutes. Je crois qu'il ne faut jamais rien sacrifier à sa conscience, qu'aucune cause, qu'aucune foi, qu'aucune confiance ne vaut qu'on viole pour elle ce que nous dicte notre conscience. Mais il y a des doutes de moindre importance. Et je peux par exemple concevoir, aujourd'hui, que par foi ou par confiance, on agisse en sortant des bornes de ce que dicte la compréhension ou la raison. Je conçois que ma raison abdique, non que j'abdique de ma conscience.
    5 min
  • Prendre la vérité avec des pincettes
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180421veritenue.mp3
     
    Il semble que les occupations récentes de certaines universités, notamment celle de Tolbiac, aient donné lieu à des dégradations de locaux et de matériels. C'est évidemment regrettable et on a bien raison de s'en indigner.
    Cette indignation s'est perçue sur les réseaux sociaux où l'on a pu lire de nombreux commentaires à ce propos.
    Mais on constate que nombre de ces commentaires, qui visent justement à condamner les dégradations commises, commencent par une formule de précaution qui est souvent : "Je suis de gauche mais".
    On dit couramment que, dans une phrase où figure un mais, seul ce qui suit ce mot est important. Or c'est ce qui le précède qui m'intéresse ici, cette déclaration préalable, cette exposition liminaire de l'endroit d'où l'on parle, cette précision qu'on croit nécessaire d'ajouter, probablement parce que sans elle, notre parole serait considérée comme moins légitime.
    Il est paradoxal qu'exprimant une parole de vérité : "Il n'est pas bien de dégrader les biens publics quand rien ne vous y force", on se croit obligé de la légitimer par un propos introductif comme si elle ne se suffisait pas à elle-même. Comme si, dite par une personne de l'autre camp, cette vérité n'en serait plus une. Comme si la véracité de la vérité dépendait de la personne qui l'exprime.
    Nous faisons tous cela, moi le premier, je le sais bien. Chaque fois qu'il nous faut exprimer une vérité un peu difficile (et la vérité est souvent difficile), une vérité un peu inconfortable (et la vérité est souvent inconfortable), nous la revêtons de multiples habits, la couvrons de multiples voiles pour que son éclat nous blesse moins, nous - habitants de la caverne. Nous jetons, comme Tartuffe, un mouchoir gêné sur sa superbe et criante nudité, marquant d'avec elle une distance hypocrite : "je dis cela mais ça ne m'engage pas vraiment ; ne me jugez pas mal pour autant."
    Nous nous excusons de dire la vérité, comme s'il était criminel de la défendre, comme s'il était besoin de la justifier d'une façon ou d'une autre : lâcheté quotidienne que quotidiennement nous commettons, et qui consiste à prendre la vérité avec des pincettes, comme si elle n'était pas fréquentable.
    Je connais des personnes qui n'agissent pas ainsi. L'histoire en connaît aussi, qui sont souvent des femmes, Antigone, Simone Weil. Il y a aussi des hommes : Charles Péguy, Georges Bernanos, ces quelques mystiques de la vérité qui refusaient, comme l'écrivit je crois un jour Emmanuel Berl, que la vérité se mette en uniforme.
    Il faut apprendre ce courage.
    6 min
  • La pureté de l’intention
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180420purete.mp3
    Nous discutions hier, au bureau, avec Nadia, d'un discours d'Emmanuel Macron. Nous ne partagions pas le même point de vue mais étions d'accord sur le fait qu'au bout du compte et à la fin du jour, seule comptait l'intention et, plus précisément, la pureté de l'intention.
    Il y a, semble-t-il, des personnes qui savent sonder les cœurs et les âmes des proches et des personnes qu'elles aiment et qui devinent, décryptent ou lisent les intentions. C'est le cas du curé de campagne de Georges Bernanos qui voit la haine tapie au fond du cœur de la comtesse, cette haine qui la ronge et qui tout envahit ; c'est le cas de celle que j'aime et qui mieux que moi me connaît.
    Mais à qui n'a pas ce don (don qui, plus qu'un don, est peut-être un travail d'amour et d'attention , - c'est ce que je me dis parfois), l'intention est cachée. Et rien n'est plus ressemblant à une intention pure qu'une intention qui ne l'est pas. Ce sont les mêmes gestes, les mêmes paroles - tout est identique hors l'intention, qui est secrète.
    Et pourtant, selon que l'intention est pure ou ne l'est pas, tout change. Tout est pareil, et pourtant tout est changé.
    Etre sans arrière pensée. Pas forcément univoque mais sans arrière pensée, sans autre intention que celle qui est dite, sans autres fins que celles qui sont exposées et offertes : une seule couche, sans double-fond et sans épaisseur : de la simplicité.
    Dépouiller, dépouiller et dépouiller encore. Jusqu'à trouver ce qui ne peut plus être épuré, ce qui ne peut plus être purifié.
    Une sorte de haïku.
    5 min
  • Petit con
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180416petitcon.mp3
    Une de mes grand-mères - celle à laquelle, très injustement pour l'autre, je pense lorsque je dis : "ma grand-mère" - était une dame très gentille, d'une grande culture et qui, au-delà de son respect des rites et des cérémonies catholiques (je ne parle pas ici de sa foi qui m'est chose inconnue) avait une très grande ouverture d'esprit. Je me rends compte maintenant que s'il était si agréable d'aller chez elle, c'était parce qu'on s'y sentait très libre.
    Cette grand-mère, qui était institutrice et qui était devenue directrice d'école, à Toulouse, était bonapartiste : elle vouait une grande admiration à Napoléon Bonaparte, possédait, sur lui, plein de livres, d'ailleurs souvent très beaux, et était arrivée à meubler sa maison de meubles Empire qui lui donnaient son cachet et son élégance.
    Et je me souviens que, enfant ou adolescent, poussé peut-être un peu par mon père mais je n'en aurais pas eu besoin, je la titillais sur son amour de Bonaparte, comparant Napoléon à Hitler et lui disant tout le mal qu'il convenait d'en penser.
    J'étais vraiment un petit con.
    Le petit con, c'est celui qui, n'étant pas capable d'embrasser la totalité d'une question, de comprendre la richesse, la complexité d'une personne, la réduit au peu qu'il peut maîtriser. Le petit con ne comprend rien à quelque chose de grand et pour pouvoir saisir cette chose dont les dimensions dépassent celles que son esprit peut saisir, il la rapetisse, la banalise, la rend médiocre. Et, comble de prétention !, il regarde de haut cette chose qui le domine.
    Du haut que mes quatorze ou dix-sept ans, j'en remontrais donc à ma grand-mère qui, pensais-je, dans sa naïveté, son aveuglement ou peut-être tout simplement son incapacité à bien penser, ne voyait pas bien les choses et se laissait aller à un romantisme que le jeune Zorro des esprits forts que j'étais avait devoir de dénoncer : il fallait que je lui ouvre les yeux...
    Un petit imbécile.
    Ça, c'était il y a longtemps et je m'en rends compte maintenant.
    Mais on ne se refait pas entièrement : et je sais bien que, aujourd'hui encore, il m’arrive d'agir de la même façon, en dénigrant ce que je ne peux comprendre, en prenant de haut ce que devrais prendre de bas, en donnant des leçons là où je devrais en recevoir.
    6 min
  • La mauvaise foi
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180413mauvaisefoi.mp3
    Je parlais l'autre jour de la mauvaise foi du loup de la fable. C'est une mauvaise foi tournée vers les autres : c'est vis-à-vis des autres que le loup est de mauvaise foi, et lui-même ne croit probablement pas (encore que ?) les mensonges qu'il raconte.
    Mais il y a une mauvaise foi plus grave, plus maligne, qui est celle à visée interne, celle consistant à se mentir à soi-même, comme cela m'est arrivé, hier matin.
    J'ai, deux jours de suite, au bureau, par inattention, commis une erreur sans aucune gravité mais qui a pu laisser penser à une collègue que je considérais mal son travail - ce qui n'était pas le cas. M'en étant rendu compte, je me suis préparé à aller lui présenter mes excuses. Et c'est en imaginant ce que j'allais lui dire que la mauvaise foi a fait son apparition : il m'est en effet, comme naturellement, venu à l'esprit de déformer un peu les choses pour donner une explication qui me paraissait plus simple et, surtout (pensais-je intérieurement), plus protectrice à son égard. Et c'est quand je me suis forcé à réexaminer ce que je m’apprêtais à faire, c'est-à-dire mentir prétendument pour protéger une personne (qui n'avait pas à être protégée puisque elle n'avait commis aucune faute !) que je me suis rendu compte de la perversion de mon raisonnement : je faisais comme si je m'apprêtais à mentir pour elle alors que la vérité crue était que mon mensonge ne protégeait que moi en transformant mon défaut d'attention en simple erreur de manipulation informatique. Et le soleil noir de la mauvaise foi est alors apparu dans tout son éclat : non seulement je m'apprêtais à mentir de façon éhontée mais j'habillais au surplus ce mensonge à visée égoïste des vêtements élégants de l'altruisme ! Je mentais, je me mentais à moi-même, et par dessus le marché je me donnais bonne conscience à bon compte ! Quelle triste découverte !
    Il y a souvent, dans ce monde compliqué, épais, visqueux, des occasions de ce qu'on appelle parfois pieux mensonge. Certains d'entre eux sont sûrement des pieux mensonges à visée purement altruiste ; mais le plus souvent, peut-être, il s'y mêle diverses choses : on peut tirer un petit profit des mensonges qu'on fait à autrui comme on peut tirer un petit profit des dons et des bontés qu'on a envers autrui. Qu'il y ait de l'un et de l'autre n'est pas très grave, en soi, car le monde est ainsi fait. Ce qui compte est non pas forcément la pureté de l'intention mais sa clarté, au moins pour nous-mêmes. Le critérium ultime est de savoir qui profite le plus, en définitive, de mon mensonge, de mon action, de mon silence - de mon attitude. Si c'est moi qui suis le plus géné par l'absence de mensonge, alors même que je prétends agir au bénéfice de l'autre, je suis sans doute de mauvaise foi. Et alors, il me faut changer d'attitude.
    Il ne faut pas prétendre faire pour les autres ce qu'on fait d'abord pour soi, ne serait-ce que pour se protéger. Là est la mauvaise foi.
    7 min

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Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.