Improvisations (le podcast)
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Improvisations (le podcast) episodes

  • Prendre conscience de ses incohérences
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170301coherence.mp3
    Hier, l'aimée et moi discutions de diverses choses, et elle pointait, à très juste titre, certaines incohérences dans mon comportement. J'avais cependant du mal, l'écoutant, à ne pas songer à ses propres incohérences.
    Nous sommes tous incohérents. La cohérence n'est peut-être pas de ce monde. Nous faisons effort pour être plus cohérents, pour faire mieux, pour faire au mieux. Mais il y a quelque chose en nous qui ne l'est pas et que, souvent, nous ne voyons pas nous-mêmes.
    On peut donc absolument, et c'est très bien, montrer aux autres leurs incohérences, mais il faut, quand on agit ainsi, se souvenir de son imperfection et donc le faire avec humilité et humour.
    Tel est le thème de cette improvisation enregistrée.
    8 min
  • Respecter les règles ou faire au mieux ?
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170228regles.mp3
    Le souci de respecter absolument la loi, la règle, peut parfois conduire à ne pas faire au mieux. Pour diverses raisons, et notamment parce que les circonstances, les conditions locales, le moment, font qu'il en va alors autrement.
    Cette question s'est posée il y a quelques jours dans mon travail : faut il faire absolument ce qui nous est demandé ou faire parfois aussi ce qui est attendu, même à tort ? Elle s'était posée, il y a plus longtemps, avec l'aimée, à Porquerolles : faut-il toujours suivre la règle qui veut, à juste titre, qu'on marche sur le côté gauche de la route, face au trafic, ou faut-il parfois accepter d'agir autrement - notamment quand tout le monde agit autrement ?
    Tel est le sujet de cette improvisation entregistrée.
    7 min
  • Il faut de la permanence pour saisir l’impermanence
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170224impermanence.mp3
    Enregistrement
    Je songeais ce matin à ce qu'une lectrice m'avait dit de la notion d'impermanence, chère aux Bouddhistes, et j'essayais de comprendre la raison pour laquelle je n'avais jamais été totalement à l'aise avec cette notion. Je crois l'avoir compris, ce matin, tandis que j'étais sous la douche, dont je constate qu'elle est, comme le vélo, une activité propice à la réflexion.
    Sans doute est-ce une porte mille fois ouverte que j'enfonce aujourd'hui mais c'est celle qui pour moi s'est ouverte aujourd'hui. Voici donc :
    Pour saisir le changement des choses, y compris de soi-même - pas pour le concevoir mais pour l'appréhender, le ressentir, le constater, il faut que quelque chose, en soi, reste fixe et ne change pas. Pour saisir le changement, il faut ne pas changer, ou changer à un autre rythme. Si c'était, à chaque instant, un être neuf qui se levait, si chaque jour était une renaissance, nous n'aurions aucune perception de quelque changement que ce soit. Nous serions des avatars incessamment renouvelés et ignorant tout de leur passé.
    Mais il n'en n'en va pas ainsi. Bien que chacune de nos cellules - le mot ne m'est pas venu quand j'enregistrai - se renouvelle des dizaines ou des centaines de fois au cours de notre vie, nous avons le sentiment, la certitude, d'être le même être, de demeurer. Cet être grandit, mûrit, vieillit ; beaucoup de choses - la plupart des choses - changent en lui mais non pas tout. Sa conscience de soi reste et il se sent lui-même.
    Nous vieillissons. Nous voyons bien que nous changeons. Mais c'est sur la permanence de quelque chose en nous que ce constat s'établit.
    Pour saisir l'impermanence des chose, il faut de la permanence. Pour appréhender le mouvement, il faut rester fixe. Pour changer, il faut ne pas changer.
    5 min
  • C’est l’intention qui compte…
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170222intention.mp3
    Enregistrement
    "C'est l'intention qui compte". Je songeais à cette expression tandis que je repensais, hier, à ce que j'avais dit de la casuistique. C'est en effet la même idée qui est en jeu. Et je me suis rendu compte, à cette occasion, que j'avais probablement toujours mal compris cette expression qui ne vise ni à faire pardonner les erreurs ou les accidents (je voulais te faire un cadeau, mais les magasins étaient fermés), ni à prendre le contrepied de l'éthique de responsabilité de Max Weber (je voulais libérer le peuple mais le poids des choses m'a conduit à causer des millions de morts), et encore moins, sur le fond, à justifier l'espèce de lâcheté ou d'inconséquence qui explique le hiatus séparant souvent l'idée de l'action de l'action elle-même (je voulais écrire cette lettre, mais finalement, j'ai regardé la télévision).
    "C'est l'intention qui compte" doit être compris comme signifiant que deux actions strictement identiques peuvent cependant être totalement différentes, sans rapport l'une avec l'autre, dès lors que l'intention qui a guidé l'action diffère de l'une à l'autre : les mêmes gestes ont été faits, les mêmes paroles prononcées ; en apparence, c'est la même chose, et pourtant, rien n'est pareil... Cela vaut pour les actions réalisées comme pour les actions subies, pour les dons offerts comme pour les dons reçus, pour les paroles prononcées comme pour celles qui sont tues, pour tout. La nature, le sens, la vérité, le caractère légitime ou illégitime de notre comportement dépend entièrement de l'intention qui l'anime.
    On revient ainsi à ce que dit Saint-Augustin, et dont je parlais hier, dans le septième commentaire sur la première épître de Saint-Jean (8) :
    "Ainsi, voilà une fois pour toutes le court précepte qu'on te dicte : "Aime et fais ce que tu veux". Si tu te tais, tu te tais par amour ; si tu cries, tu cries par amour ; si tu corriges, tu corriges par amour ; si tu épargnes, tu épargnes par amour. Qu'au dedans se trouve la racine de la charité. De cette racine, rien ne peut sortir que de bon.".
    Reste évidemment, lancinante, la difficulté fondamentale : comment juger de la qualité de l'intention ? Il y faut, comme dit Cléa, une épiphanie.
    On pourra lire aussi, à ce propos :
    https://www.google.fr/amp/s/lesvendredisintellos.com/2012/12/20/cest-lintention-qui-compte-non-mini-debriefing/amp/
    http://www.instantspresents.com/cest-lintention-qui-compte
    7 min
  • Feux rouges et casuistique
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170221casuistique.mp3
    Enregistrement
    Je revenais hier, un peu tardivement, du bureau, et j'étais à vélo, boulevard Saint-Germain.
    Arrêté par un feu devenu rouge alors qu'il n'y avait ni le petit papillon réservé aux cyclistes, ni piéton, ni voiture qui passât, ni quoi que ce soit qui justifiât que je m'arrête, j'ai franchi le feu, violant délibérément l'interdiction qui m'était faite.
    J'ai ainsi fait usage de la casuistique, dont parlent si souvent aussi bien Vladimir Jankelevitch, dans Le je-ne-sais-quoi et le presque rien, qu'André Comte-Sponville dans ce beau livre qu'est Le petit traité des grandes vertus - dont je reparlerai.
    [Suite]
    La casuistique est l'art d'adapter aux cas particuliers les règles générales, au motif que les cas particuliers sont particuliers. Mal utilisée, abusée, elle peut conduire au pire ; on l'a connu. Mais utilisée avec parcimonie et justesse, utilisée de façon juste, elle ouvre des horizons : lorsqu'on est sûr du bien fondé de ce qu'on fait, du fait que l'objectif suivi est le bon, passer outre les règles définies peut se concevoir. En l'occurrence, je n'allais pas contre l'esprit du feu rouge en ne le respectant pas après avoir vérifié que je ne causais aucun danger.
    Il y a très peu de temps que j'agis ainsi et que je me fais assez confiance pour me juger capable, en certaines circonstances, de décider de ce qu'il est bon de faire ou non, quoi qu'en disent les autres et les coutumes.
    Je sais bien qu'au bout du compte, la question posée par l'Euthyphron de Platon : comment être sûr que ce qu'on pense être bien est bien ?, demeure.
    Mais je conçois désormais qu'on puisse, dans certains cas, en être certain. Lorsqu'on est inspiré par le meilleur. Lorsqu'on agit inspiré, poussé, mu par l'amour dont ^parle Saint-Augustin, quand il dit :
    "Aime, et fait ce que tu veux."
    Car celui qui aime et agit par amour, agit forcément, quoi qu'il fasse, justement.
    Ce qui m'entraîne évidemment bien au-delà de mon feu brûlé...
    6 min
  • Un couple vêtu de rouge et des insectes qui grouillaient (un rêve)
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170220rouge.mp3
    Voici le récit d'un rêve que j'ai eu cette nuit et que j'ai voulu raconter et noter avant que son souvenir ne s'évanouisse. L'enregistrement est disponible. Je complèterai plus tard la description écrite car je dois partir.
    C'était lors d'une promenade estivale en Île-de-France, probablement. Je passe devant un grand bâtiment, un grand et superbe corps de ferme, une grange peut-être : hauts murs, pierres bien ajustées, grande porte en bois allant jusqu'au toit et haute de quatre ou cinq mètres. Et a l’extrémité de ce bâtiment, une grille, une grille-portail ouvrant sur un parc arboré, magnifiquement tenu, dans lequel marche, main dans la main, sous le soleil, un couple élégant vêtu de voiles rouges...
    Suite ajoutée plus tard :
    Je reviens vers mon vélo pour y attraper mon smartphone afin de photographier ce bel endroit et cette belle scène. Une dame, qui semble être la propriétaire, me voit et me demande ce que je fais. Je lui explique tout simplement que j'ai trouvé l'endroit très beau et que je veux le photographier. Elle m'invite gentiment à la suivre derrière la grille et me montre le parc, qui est grand et paisible. Elle me raccompagne ensuite vers l'entrée et nous marchons sur de grands tapis qu'elle m'explique être faits de rubans d'écorce entrecroisés. S'ils sont restés souples et ne se cassent pas, c'est qu'ils ont été bien séchés, comme cela nous avait été expliqué dans le Beaufortain.
    Je repasse la grille et bavarde quelques instants avec des invités, très élégants et distingués, qui se rendent au mariage.
    Je reviens ensuite à mon vélo, d'où émane une odeur pestitentielle : mon sac, que j'avais accroché au guidon, est couvert d'insectes qui grouillent à sa surface et, très probablement, dans son intérieur. J'essaie de les chasser d'un coup de main mais n'arrive qu'à couvrir mon bras d'insectes, dont j'arrive à me débarrasser. Ils ont sûrement attaquer mon pique-nique et je n'ai d'autre solution que d'abandonner mon sac à ses hôtes dérangeants.
    6 min
  • Dans le fleuve de boue (un rêve)
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170219boue.mp3
    J'ai fait cette nuit l'étrange rêve que voici :
    J'étais dans une favela ou un bidonville perché au sommet d'une colline, ou d'une montagne, couverte de neige blanche. Mais la neige fondait et elle dévalait les pentes en devenant boueuse et marron. Et cette boue souillait tout.
    Nous devions, soit parce que cela devait être fait chaque année, soit parce qu'une occasion particulière se présentât, surélever le tout ou le sommet du moins, de six mètres. Six mètres très précisément - c'est ce que m'avait dit mon frère François, lui aussi présent. Et nous étions donc à genoux dans la boue, brassant comme nous le pouvions toute cette boue qui dégringolait du sommet pour l'assembler dans de grands paquets, de grands sacs de toile que nous emporterions plus tard sur nos épaules pour en déverser le contenu sur la cime.
    Nous brassions, nous embrassions toute cette masse marronnasse et voici qu'à un moment, sans doute pour faciliter les choses ou les accélérer, je partais, descendais et revenais vers le haut, tenant une bicyclette à la main. Et dans un moment d'inattention (je me souviens parfaitement que c'était un moment d'inattention, durant lequel je rêvassais et pensais à autre chose, quoique je ne sache plus à quoi), la bicyclette m'échappait et dégringolait, emportée par le flux, qui m'emportait peu après.
    C'était des habitants du lieu qui l'attrapaient et me la ramenaient, peu de temps après, toute boueuse et salie mais entière et utilisable. Je les remerciais, la reprenais et reprenais mon ascension.
    Et c'est ainsi que se termina mon rêve - à tout le moins ce dont je me souviens.
    Il m'a certainement été inspiré par la fonte des neiges, aux Saisies, ces derniers jours, sous le soleil rayonnant mais la métamorphose de la neige en boue  et le travail de Sisyphe ont probablement d'autres sens.
    5 min
  • Bonbons et machines
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170218bonbons.mp3
    Il y a, aux Saisies, une marchande de bonbons à laquelle nous avons, l'autre jour, acheté des bonbons. Parmi eux, des colliers de bonbons. Et ma fille m'a à ce propos demandé comment ces colliers étaient faits. Je n'en ai évidemment pas la moindre idée mais cette question m'a rappelé que j'ai, jusque il y a très peu, toujours pensé que les objets, lorsque ils étaient standardisés, normés, très bien finis, lisses, brillants, devaient forcément avoir été fabriqués par des machines.
    Tel était notamment le cas, dans mon esprit, des bonbons et des belles pâtisseries, joliment faites, bien découpées et décorées, dont je n'imaginais pas qu'elles puissent sortir des mains de femmes et d'hommes travaillant minutieusement.
    Je pensais que tout ce qui était parfait était forcément mécanique, industrialisé, et que l'homme y avait peu de part.
    Est-ce pour cela que je n'aime pas trop la perfection ? Dans mon esprit, elle se confond avec la froideur et la sécheresse de cœur.
    PS : ce n'est pas E., ma fille qui m'aurait posé la question, mais J, fille aînée de l'aimée... Que l'une et l'autre veuillent bien m'excuser de cette confusion...
    4 min
  • Des bruits sans le bruit
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170217bruit.mp3
    L'une des choses très agréables ici, que nous - moi du moins - regretterons à notre retour dans la Grande ville, est l'absence de bruit. Non pas le silence, non pas l'absence de bruits mais l'absence de bruit au singulier.
    Lorsqu'on est là haut, parmi les champs de neige, on entend des bruits : cris d'enfants, chants d'oiseaux, chocs métalliques de tiges de télésièges, lointaine pétarade d'une lointaine voiture, passage d'un avion  dans le ciel, froufrou de la neige tombant des branches d'un sapin, chuintement du vent passant entre les arbres... On entend des bruits mais ces bruits ne sont pas, comme dans les villes, noyés dans un bruit constant, incessant, indistinct. Ce sont des bruits individualisés, distincts, identifiables, dont on peut cerner l'origine et la cause, des bruits dont l'écoute permet de mieux saisir le monde.
    Le bruit des villes est un brouhaha agissant comme un brouillard au milieu duquel on se perd. Il est une rumeur dépourvue de centre et de périphérie au sein de laquelle tout est brouillé et tout disparaît, et d'abord nous-mêmes.
    Le bruit noie. Il confond les choses en un grand rien où tout se mêle. Les bruits, quant à eux, construisent le paysage, lui donnent sa saveur et son sel.
    Heureuse montagne où l'on s'entend et où l'on entend le silence.
    4 min
  • Aller plus haut
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170216grimper.mp3
    Le soleil, hier, était radieux. Aussi sommes-nous allés, à pied, au sommet du Mont Clocher, qui domine les Saisies. Après avoir posé sur la neige nos anoraks, pour nous protéger de l'humidité et du froid, nous nous y sommes assis et avons ainsi pique-niqué, dominant le monde et n'ayant que le ciel au dessus de nos têtes.
    Il était très agréable d'être seuls sous le ciel et de n'avoir que soleil au-dessus de nous. D'autant plus agréable que c'est chose rare pour les urbains que nous sommes, dont les yeux sont toujours encombrés d'immeubles et autres construction, les oreilles toujours submergées de bruit de fond.
    Mais ce que je trouve le plus étonnant, car le plus puissant, le plus fort, le plus prégnant est cette aspiration que nous avions, sur le chemin aller, à grimper, à vouloir toujours aller plus haut, à vouloir toujours être au-dessus du monde. Nous n'étions pas seulement poussés, aspirés vers le soleil comme l'aurait été un tournesol mais poussés à monter, à dominer les choses plus encore que les êtres.
    Simone Weil a, sur cette aspiration à la verticalité et à l'élévation des êtres vivants de très beaux propos du détail desquels je ne me souviens plus ici mais c'est bien cette aspiration que nous ressentions en nous tandis qu'arrivés en bas du petit monticule dont la montée permet d'accéder au sommet, nous étions impatients de grimper ces dernières dizaines de mètres pour, enfin, être tout en haut.
    Je crois qu'il n'y a, en l'occurrence, ici, aucune dimension spirituelle. Seulement de l'instinct et du plaisir : dominer, voir les choses de haut, ne rien avoir au dessus de sa tête. Je ne sais pas si Thoreau, qui a su si bien parler du plaisir de marcher, a écrit sur le plaisir de grimper. Mais il aurait su le faire. C'est la même aspiration, la même inspiration.
    Et je comprends parfaitement la force qui pousse les alpinistes.
    4 min

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Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.