Improvisations (le podcast)
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Improvisations (le podcast) episodes

  • Le moulin à café
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170323moulin.mp3
    J'ai, il y a quelques jours, acheté un moulin à café manuel. Plus bobo que moi, tu meurs ! Il est moderne, japonais, et doté de lames en céramique.
    Et depuis lors, chaque matin, je mouline et mouds mon café. Cela est long, cela est fatiguant, mais j'aime bien pourtant.
    C'est que, outre l'odeur très agréable du café fraichement moulu ; outre le contentement - étrange,  à la réflexion mais bien réel - qu'on éprouve à instaurer et à suivre des routines ; outre le plaisir profond, que j'ai progressivement appris à faire mien, de ressentir les choses simples : le bruit des grains brisés, le mouvement de la manivelle ; il y a ce sentiment qu'on a - que j'ai du moins - qu'on apprécie plus les choses quand on a fait effort pour les obtenir, quand on y a mis de la peine et de l'huile de coude.
    Je ne sais pas si c'est notre instinct de chasseur  ou notre culture judéo-chrétienne qui se révèle dans ce sentiment mais il est bien présent : mon café du matin est très certainement identique, en qualité objective, à celui que je buvais auparavant ; il a pourtant un autre goût, une saveur plus riche.
    Tel est l'objet de cet enregistrement, réalisé tandis que le ciel, derrière le Panthéon, s'illumine de la promesse de l'aube.
    4 min
  • L’exactitude est la politesse des rois
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170322exactitude.mp3
    Tandis que, longeant hier à vélo l'église Saint-Sulpice, je me préparais à arriver en retard à une réunion (qui fut, au demeurant, entre temps annulée), je songeais à cette phrase, prêtée à Louis XVIII :
    "L'exactitude est la politesse des rois.".
    La ressassant au rythme de mes jambes faisant tourner le pédalier, je me rendis compte qu'à la vérité, je ne comprenais pas et n'avais jamais compris ce que ce dicton pouvait bien signifier.
    Il y a sûrement ainsi plein de choses que je connais et utilise depuis longtemps et dont la signification , en fait, m'échappe.
    Tel est l'objet de cet enregistrement matinal.
    4 min
  • Le télétransporteur (un rêve)
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170321teletransport.mp3
    Un rêve rêvé il y a deux jours et qui sourit à ma mémoire.
    J'avais inventé (ou du moins était à ma disposition) un appareil extraordinaire permettant de télétransporter les objets, comme on peut en voir dans Star Trek. L'appareil était là, bien réel, mais il ne fonctionnait pas correctement : les objets sur lesquels il était utilisé disparaissaient mais ne réapparaissaient pas. Ou réapparaissaient dans un endroit inconnu.
    J'essayais, ce jour là qu'innondait le soleil, d'utiliser cet appareil, placé alors dans une grande pièce claire largement ouverte sur un jardin ou se balançaient, dans un ciel immensément bleu, les branches rousses d'un arbre. Et ma tentative se soldait par la disparition d'une lampe offerte aux enfants par l'aimée.
    Tel est l'objet de mon enregistrement :  le récit de cet étrange rêve.
    6 min
  • Un silence très doux
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170317silence.mp3
    Dans Oedipe sur la route, de Henry Bauchau, qui est le récit de la quête d'Oedipe, conduit par sa fille Antigone, figure une scène où Antigone est reçue par une vieille femme, Diotime, et une jeune fille, Larissa. Antigone est épuisée, et il est alors écrit :
    "Diotime et la jeune fille ont l'air de comprendre ce qui se passe en elle. Elles voient qu'elle ne pourrait parler sans se mettre à pleurer et elles se taisent d'une façon très douce."
    C'est cette façon de se taire d'une façon très douce, de faire silence de façon douce, qui est l'objet de cette improvisation enregistrée.
    Rares sont les personnes qui savent se taire, plus rares encore celles qui savent se taire de façon douce, c'est-à-dire attentive et respectueuse, pleine d'amour, en acceptant de ne pas dire ce qu'elles voulaient dire, de réfréner leurs mots parce qu'elles ont compris au fond d'elles-mêmes que parler n'est plus, à cet instant, la meilleure chose à faire, le comportement le plus adéquat !
    Faire silence ainsi en sacrifiant les mots qu'on veut tellement, ordinairement, faire sortir de nous, est une chose si précieuse !
    Une humble abnégation.
    5 min
  • Etre vidé pour avoir tout donné
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170316vide.mp3
    Mes compagnons de travail et moi avons passé deux demi-journées en séminaire et beaucoup d'entre nous en sommes revenus fatigués, le mot spontanément utilisé pour désigner cette impression étant "vidés".
    J'en discutais hier avec une collègue qui me disait que si nous étions ainsi vidés, c'était pour avoir, durant ces deux demi-journées, absorbé le vide ambiant.
    J'ai une vision des choses plus positive : vidés, nous pouvons l'être aussi parce que nous avons tout donné, que nous nous sommes exprimés et que le trop plein ou le plein qui était en nous n'y est plus : nous nous sommes vidés de nos idées, de nos propositions, et de cette opération, nous ressentons le contre-coup physique.
    Cette discussion tenue hier avec ma collègue m'a rappellé les conversations que j'avais, il y a quelques années, avec l'aimée, qui se disait épuisée par la façon que j'avais de sembler vouloir l'imiter en tout : j'étais comme une éponge, me disait-elle alors, qui absorbait son être, et cette façon de faire lui prenait de l'énergie et la laissait épuisée.
    J'avais été, alors, un peu fâché par ces propos ; non qu'ils fussent faux - ils ne l'étaient pas -  mais parce que l'échange n'était pas aussi unilatéral qu'elle ne semblait le dire - et pourtant c'est ainsi qu'elle le voyait.
    Toujours est-il que la discussion d'hier a fait rejouer ce souvenir et m'a permis de mieux comprendre ce qui avait été alors dit et que je n'avais sans doute pas vraiment saisi. C'est ce dont je parle dans cette improvisation enregistrée : contrairement à ce que j'ai longtemps cru, il y a des échanges entre le corps et l'esprit : on peut se nourrir et absorber ce qui est intellectuellement et spirituellement riche autour de soi ; on peut également donner, se donner et en rester épuisé, altéré, vidé - crevé, pour employer un autre mot du même registre
    Il y a, dans nos échanges les uns avec les autres, dans nos interactions avec les êtres, la nature et le monde, des énergies qui se déplacent, de la métaphysique. Quelque chose bouge et se déplace, qui est de l'ordre du souffle, de la vie, de l'esprit  (saint ?), du fluide, du  πνεύμα, du prana.
    7 min
  • Cerisiers en fleurs
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170313cerisiers.mp3
    Nous nous promenions, hier, dans le jardin du Luxembourg, et admirions les cerisiers en fleurs.
    Ils sont magnifiques. Et nous avons beau savoir que leur floraison est courte, qu'elle ne durera que quelques jours après lesquels tout disparaîtra, nous n'en éprouvons aucune mélancolie, aucune nostalgie. C'est que nous savons que dans un an, au printemps prochain, le ballet multicolore des bouquets blancs et roses reviendra. La beauté est éphémère mais elle se répète.
    Cette prise de conscience du grand cycle annuel auquel renvoie la floraison des arbres touche quelque chose au fond de nous. Nous aimons notre relative pérennité, la durée de quelques dizaines d'années qui nous est donnée pour grandir, mûrir puis vieillir avant de disparaître, ce temps qui nous est confié pour nous accomplir et vivre notre vie. Mais la vue des arbres qui, chaque hiver, connaissent une sorte de mort et chaque printemps une renaissance nouvelle, éveille en nous la tentation d'un autre cycle : mourir à nous-même chaque année et chaque année renaître, dans une autre sorte de pérennité.
    Tel est l'objet de cette improvisation enregistrée du matin, tandis que l'aube point.
    6 min
  • Travail utile, travail inutile
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170311travail.mp3
    Devant présenter lundi, avec une collègue, les activités de l'équipe à laquelle j'appartiens, je me suis une nouvelle fois affronté à la difficulté d'expliquer à la fois la consistance de mon travail et son utilité, son sens.  Mon métier n'est en effet pas de ceux : pompier, instituteur, infirmier, agriculteur, et beaucoup d'autres, dont l'utilité sociale est manifeste...
    Du point de Sirius ou même plus simplement au regard des défis du monde : les famines, l'effet de serre, les guerres, les souffrances et la haine, ce que je fais n'a aucun sens : passer du temps, comme je l'ai fait hier avec un collègue, à réflechir à la question de savoir si, dans un paragraphe précis d'un texte, le mot "signataire" ne serait pas plus adéquat que le mot "pétitionnaire", frise le néant.  Ce n'est certes pas cela qui va sauver le monde et, tous, nous en avons pleinement conscience.
    Et pourtant...
    Explorant cette question, j'en viens, dans mon improvisation enregistrée, à l'idée que, dès lors qu'il ne s'agit pas d'activités criminelles ou néfastes, bien faire son travail même celui-ci est apparemment dénué de grandeur et d'utilité, est bon. Parce cela améliore les choses, les rend plus fluides et, participe, de sa modeste façon, au bon ordre du monde.
    Mais à la réflexion j'irai plus loin : mon travail, pris en soi-même et pour lui-même, peut à juste titre être considéré comme inutile et risible. Mais ça n'est pas la bonne perspective ; ça n'est pas le bon point de vue. Ce n'est pour lui-même que mon travail a été conçu, pas pour lui-même qu'il est fait.
    Mon travail n'a de sens qu'appréhendé dans une perspective plus globale dans laquelle il est, comme moi du reste, le rouage d'une mécanique plus vaste, où tout s'interpénètre et oeuvre de concert. Directement, je ne guéris personne, je ne nourris personne, je n'aide aucun enfant à grandir et à se révéler, je ne mets à jour aucune merveille, mais à tout cela je participe en accomplissant bien le travail qui m'est donné, en jouant au mieux le rôle qui m'est dévolu dans la grande chaîne humaine.
    6 min
  • Ne pas jeter l’éponge
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170310eponge.mp3
    Lorsqu'on a, pendant longtemps, essayé de convaincre une personne, de la sensibiliser à quelque chose, de lui faire partager une émotion, et qu'on est apparemment allé d'échec en echec, on peut être tenté d'arrêter ses efforts, de ne plus essayer, d'abandonner. Plusieurs expressions existent à ce propos : abandonner, laisser tomber, jeter l'éponge.
    Jeter l'éponge, c'est manifester son découragement : on a essayé, mais rien n'y fait. Et mille mauvaises raisons peuvent nous inciter à écouter la voix du découragement, à suivre le chemin qu'elle trace et à laisser-faire, laisser-aller, en nous en lavant les mains, comme Ponce-Pilate : après tout, c'est sa vie, ce sont ses affaires, ses problèmes, et pas les nôtres.
    Mais, outre le fait qu'en vérité, "ses" affaires sont souvent les nôtres - et c'est pourquoi elles nous touchent de si près, et de façon si aiguë - nous sentons bien au fond de nous que laisser tomber est une sorte de trahison. Trahison de la vérité, trahison de cette personne, trahison de la relation que nous avons avec elle, trahison de l'amour, quel qu'il soit, et finalement : trahison de nous-même.
    Jeter l'éponge, c'est considérer que, finalement, nous ne sommes pas engagés dans cette affaire, que cela ne nous concerne pas, que cela relève de la pure altérité. C'est rejeter la personne dans le tout autre, la traiter avec indifférence, qui est probablement le contraire absolu de l'amour - ou plutôt son absence absolue.
    Et c'est pourquoi jeter l'éponge nous laisse un si mauvais goût, celui de l'abandon de poste, du manquement aux autres et donc à soi-même : c'est comme couper les branches et les racines qui nous relient les uns aux autres, comme un déracinement. Et c'est aussi le goût de l'irrémédiable.
    Tel est l'objet de l'improvisation enregistrée de ce jour.
    5 min
  • Vouloir être aimé
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170308vouloir.mp3
    Je me souviens des conversations que j'avais, en hypokhâgne (et khâgne aussi, d'ailleurs), avec mes camarades, durant lesquelles nous brassions de grandes questions philosophiques et existentielles. L'une d'elle concernait - excusez du peu - le sens ou le but de l'existence. Et je me souviens que, lorsque cette question m'était posée, je répondais qu'à mon sens, ce que nous recherchions au travers de tous nos comportements, de tous nos actes, de tous nos efforts, était de plaire et plus encore d'être aimés. Nous voulions être aimés et cela dirigeait notre vie.
    Quelques dizaines d'années plus tard, je ne ferais plus exactement la même réponse : d'abord, j'enlèverais de ma réponse - Grâces en soit rendue à l'aimée - le "plaire", qui n'a nulle bonne raison d'y figurer. Ensuite, j'ajouterais "aimer", car donner de l'amour, indépendemment du fait d'en recevoir ou pas, me paraît une grâce, en soi. Mais je conserverais probablement le "être aimé" car être aimé est aussi une grâce.
    Aimer est une grâce, qu'il y ait ou non amour en retour. Mais je ne pense en revanche pas qu'on puisse - ni qu'on doive d'ailleurs - être indifférent au fait de recevoir ou non de l'amour. Conditionner l'amour qu'on donne à l'amour qu'on reçoit, c'est probablement manquer à l'amour ; y être indifférent, c'est tomber dans l'indifférence - qui est tout le contraire de l'amour.
    Telles sont idées agitées au cours de cette improvisation enregistrée du matin...
    PS : les auditeurs attentifs remarqueront que je commets un lapsus. Je parle, à un moment donné d'"attachement" quand c'est "détachement" que j'avais dans l'esprit...
    7 min
  • Dissymétrie des sentiments
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170303dyssimetrie.mp3
    Je lisais à l'instant le dialogue entre Antigone et Créon, dans l'Antigone d'Anouilh (j'en parlerai dans mon autre blog), et j'étais frappé de la dissymétrie existant entre les deux personnages : Antigone méprise Créon, alors que Créon, sans être d'accord avec Antigone, l'admire et pourrait l'aimer.
    J'imagine assez bien l'amour impossible d'un Créon qui ne serait pas l'oncle d'Antigone, pour Antigone. Un amour que la dissymétrie des sentiments ne parviendrait pas à briser. Créon aimerait Antigone en dépit de tout. Et ce serait quelque chose de plus terrible encore que le dilemme de Chimène et de Rodrigue, ou de Polyeucte et de Pauline.
    Tel est l'objet de l'improvisation enregistrée ce matin.
    4 min

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Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.