Improvisations (le podcast)
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Improvisations (le podcast) episodes

  • Agir dans l’allégresse
    Ajouter de la peine à la peine, de la mauvaise humeur au désagréable, de la pesanteur à la pesanteur, cela ne sert à rien. Sinon à alourdir le fardeau, à le rendre plus pesant encore, pour soi-même et pour les autres.
    4 min
  • Entre attention et détachement : le téleski
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170214teleski.mp3
    Qui veut correctement utiliser un téleski avec  des ski nordiques (beaucoup plus légers et beaucoup moins rigidement attachés aux pieds que les skis alpins) doit savoir maintenir un juste équilibre entre attention et détachement : trop d'attention portée aux traces dans la neige, à l'irrégularité de la piste, aux réflexes musculaires, et l'on est sûr de tomber car on se sera trop concentré et focalisé sur les détails, l'arbre qui cache la forêt. Mais trop de légèreté, de détachement, de pensée partie ailleurs vagabonder dans la couleur du ciel, le chant des oiseaux ou la beauté du monde, et la catastrophe, à nouveau surgit, amenée par ce trou qu'on n'a pas vu venir et dans lequel notre ski, maintenant, s'est planté.
    Il faut savoir, tandis qu'on avance, tiré par la perche, au milieu de la montagne et dans l'air frais, trouver un point d'équilibre. Ou plutôt, car ce point est éternellement changeant et mouvant, un chemin d'équilibre, un cheminement entre diverses choses. Il faut savoir, en cette occasion comme en toutes les occasions, agir avec justesse et justice, et trouver la voie étroite, le chemin de crête qui passe entre la vigilance et la lourdeur, la légèreté et l'oubli, l'attention et le détachement.
    C'était la pensée du matin, en cette Saint-Valentin, depuis Hauteluce.
    3 min
  • Donner l’exemple : porter un casque
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170212exemple.mp3
    De nombreuses personnes skient en famille et il est frappant de constater qu'au sein d'une même famille, les enfants portent souvent des casques, alors que les parents vont en bonnet ou tête nue - je parle évidemment ici de ski alpin.
    J'ai moi-même longtemps agi ainsi. Je veux dire : en imposant à mes enfants des contraintes que je ne m'imposais pas moi-même. Et il a fallu beaucoup de temps, et l'exemple (plus encore que les discours) de l'aimée, pour que je réalise à quel point cette façon de faire consistant à demander aux autres de faire quelque chose qu'on ne faisait pas soi-même, était probablement inaudible, incompréhensible, surtout pour des enfants.
    C'est pourtant très fréquent. Et je suis bien certain qu'aujourd'hui encore, j'agis de cette façon dans bien des domaines : je dis une chose et en fais une autre, sans même m'en rendre compte, délivrant un message brouillé, qui n'est pas un bon message, et qui conduit peut-être au contraire de ce qu'on voudrait.
    "Donner l'exemple" ; faire et ne pas dire ; montrer au lieu de discourir... Il n'y a que très peu de temps que je comprends vraiment le sens de ces expressions, que je crois du moins les comprendre. Mais quel long apprentissage. Et il y a sûrement tant d'autres choses que je ne conçois pas encore, que je commence à entendre mais qui sont si longtemps restées silencieuses à mon esprit, à ma conscience  ! Quel long chemin !
    Voilà ce que m'inspire Hauteluce, ce matin, blotti sous les nuages dans le jour qui se lève.
    4 min
  • A la ferme du Cugnon
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170210ferme.mp3
    Il y a, autour de Hauteluce, un grand nombre de petites fermes où sont élevées des vaches dont le lait est utilisé pour la fabrication  du fromage local, le Beaufort.
     
    Nous sommes allés, hier, guidés par Céline, en visiter une avec les enfants, l'aimée et ses enfants. Il s'agissait de la ferme du Cugnon, au bout de la vallée, près du col du Joly et des Contamines, où nous a accueillis, avec une très grande gentillesse, la fermière, Dominique, épouse d'un autre Dominique.
    C'est un dur métier que celui de fermière ou de fermier, dans ces régions de montagne où l'on est loin de tout et où même les choses proches peuvent devenir lointaines pour peu que la neige tombe, ce qui est fréquent.
    Mais quel drôle de métier aussi, qui consiste à s'occuper avec amour de bêtes douces et gentilles pour les livrer, quelques mois plus tard, à l'abattoir et à la mort !
    5 min
  • Accélération du temps ?
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170209acceleration.mp3
    Il y a, à Hauteluce, un écomusée où figurent à la fois des objets agricoles et artisanaux et des scénettes recomposées : salle de classe, salle à manger, âne paissant dans un champ.
    Certaines de ces scénettes sont datées, d'autres ne le sont pas, comme si, depuis le Moyen-âge jusqu'au milieu du XXème siècle, rien n'avais bougé, et que le temps ne s'était mis réellement à couler que depuis les années 1950.
    A la visite de ce musée, je me demandais si c'était là une vérité absolue  : c'est la révolution industrielle qui a changé profondément le monde, ou un simple effet de perspective : quelle que soit l'époque, on a toujours le sentiment que le lointain passé était figé dans l'immobilisme et que le monde n'a vraiment commencé à évoluer que dans les périodes proches de la nôtre...
    4 min
  • Dans le brouillard : affronter l’inconnu avec prudence
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170208brouillard.mp3
    Quand la neige tombe, que les nuages sont bas ou le brouillard haut, il arrive qu'on ne voie plus grand-chose sur les pistes de ski car tout, autour de soi, est uniformément blanc. On entend les choses - encore que les sons soient rendus cotonneux - on les sent parfois mais on ne les voit plus : tout est blanc, ou gris, ou sans couleur. La prudence devient alors notre guide.
    On avance, on descend, on dévale la piste dans le brouillard, ressentant dans ses jambes et son corps la pente parfois plus raide et parfois plus légère, l'accélération et la décélération, la qualité changeante de la neige : plus épaisse ici, plus glacée là. On avance, mais on fait attention.
    Ne voyant rien, ne prévoyant rien, ne pouvant rien anticiper, ressentant seulement les choses après qu'elles soient advenues, on reste toujours attentifs, toujours sur le qui-vive, toujours sur nos gardes : les genoux sont fléchis, le corps replié sur lui-même, les abdominaux prêts à encaisser de possibles coups et sauts inopinés. On avance, mais sans laisser-aller.
    On apprend ainsi à être continuellement en éveil, toujours prêts à tout, car ce qui approche est inconnu, imprévisible, peut-être même incompréhensible.
    Notre attitude, alors, est faite essentiellement de prudence et d'attention. Et physiquement, elle est faite de repli sur soi. Car ce qui parle en nous, dans ces moments, ce motive notre comportement, dans ce genre de circonstances, c'est, fondamentalement l'instinct de survie, la crainte de se blesser, de se faire mal. On n'accueille pas l'incertitude de la pente et ses possibles surprises comme une extraordinaire aventure ; on s'y avance avec prudence, parcimonie, inquiétude. L'inconnu ne nous apparaît pas sous les traits délicieux de la surprise et de l'imprévu positif mais sous ceux, plus sévères, du possible danger et de l'accident. C'est d'ailleurs tout à fait normal.
    Peut-être, avec le temps, les choses changent-elles et commence-t-on à avoir plus confiance en l'imprévu.  Peut-être notre "Inch Allah", notre "Amen" ou notre "Qu'il en soit ainsi" se font-ils plus confiants. Mais je n'en suis pas sûr.
    Et c'est après tout normal. Et sain. La prudence n'est pas une vertu en soi mais être prudent, veiller à ce que notre intégrité demeure est somme toute fondé. Quoi que j'en puisse dire par ailleurs, et j'en dis, la confiance absolue, la foi, n'est pas adaptée à toutes les circonstances.
    Voilà ce que m'inspirait, ce matin, le spectacle des flocons enveloppant de leur douceur les paysages de Hauteluce.
    5 min
  • Irréversibilité du temps
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170207irreversible.mp3
    Il y a, sur le clocher de l'église de Hauteluce, village perché au bout de la vallée du Beaufort, en Savoie, un squelette arrêtant le cadran d'une montre : la mort stoppant le temps, ou la vie.
    Céline, notre guide, disait de cette image qu'elle pouvait être interprétée de deux façons : soit comme un message de mise en garde : "Attention, braves gens, la mort vous guette. Repentez vous tant qu'il en est encore temps". Soit comme une invitation à la vie, qui est courte et dont il faut profiter.
    La vérité est faite de ces deux interprétations à la fois : ce que nous dit l'image, c'est que le temps est irréversible : on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, ce qui est passé est passé et plus jamais ne se reproduira. Il faut donc cueillir chaque moment pour ce qu'il est : une fleur unique que nous ne reverrons plus jamais, qui plus jamais ne se reproduira.
    La prise de conscience de l'irréversibilité du temps rend censée la nostalgie dont parlait Jankelevitch, mais ne doit pas y  conduire. Que le temps soit irréversible doit au contraire nous conduire à mettre notre attention dans chaque instant, unique, irreproductible ; à jouir de chaque moment non pour en profiter abusivement mais pour en capter la richesse et le charme infini, unique.
    Comme ce doux paysage de montagnes couvertes de neige autour du chalet tranquille, dans le jour gris qui ce matin se lève.
    4 min
  • Incompréhension : essayer de comprendre
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170206comprendre.mp3
    Ordinairement, lorsqu'on dit : "Je ne comprends pas", on veut dire : "Je comprends, mais le monde ou les autres, ou l'autre, est incompréhensible". On veut dire le contraire de ce qu'on dit.
    Quelque chose que je ne comprends pas arrivé hier. Je ne la comprends pas du tout. Je vais donc essayer de la comprendre vraiment. Non en me susurrant que je maîtrise tous les tenants et aboutissants, que j'ai raison et agis bien. Non en postulant que c'est elle, l'aimée, qui déraisonne, et en elle que gît l'incompréhensibilité. Mais en agissant dans l'idée que l'incompréhension est en moi. Que c'est moi qui dois faire un effort.
    On verra bien ce qui en sort.
    4 min
  • I would prefer not to (Bartleby)
    Le héros éponyme du roman de Herman Melville intitulé Bartleby le scribe, dont parlait ce matin Goran, est un employé aux écritures travaillant dans une officine de Wall Street qui, à chaque demande, à chaque requête qui lui est présentée, répond invariablement, inlassablement : "I would prefer not to", quelque chose comme : "J'préfère pas", "J'préfèrerais pas", formule dont le sens se situe quelque part entre le oui et le non, qui est plus proche du non que du oui, mais qui n'est cependant pas totalement non. On n'est pas dans l'acceptation ; on n'est pas non plus totalement dans le refus franc ; on est dans l'entre deux de la réticence. Cette réticence, toutefois, est absolue : sous ses dehors polis et policés, le refus de Bartleby est total, absolu : au bout du compte, il ne fait pas, et ne fera jamais, ce qui lui est demandé. Ses paroles peuvent paraître empreintes de mollesse et d'incertitude ; mais les faits, eux, sont durs et solides comme un roc : il ne bougera pas d'un pouce.
    Herman Melville a su ainsi capter, avec ce personnage,  sa formule favorite et sa façon d'être, quelque chose de fascinant. Bartleby est un peu le contraire de ce que la majorité d'entre nous sommes : nous tenons des propos durs et fiers, jouons les matamores mais, au pied du mur, avons souvent tendance à oublier nos belles paroles pour épouser un pragmatisme plus tranquille et confortable : faites ce que je dis ; ne faites pas ce que je fais. Bartleby est l'exact contraire. Il ne paie pas de mine, il ne se paie pas de mots mais ce qu'il a dit qu'il ne ferait pas, il le fera pas. Définitivement. Sans aucune hésitation, sans aucun recul, avec une totale fidélité à lui-même.
    Il ne bouge pas, il ne dévie pas d'un pouce. Son inertie est une force absolue.
    NB : les auditeurs-lecteurs attentifs l'auront remarqué.  Ce que j'écris ici est très différent de ce que je disais au micro. C'est tout l'intérêt, à mes yeux,  de ce podcast blog. Dans un premier temps, j'improvise, je me lance ; puis c'est au moment d'écrire et en écrivant que ma pensée progresse, évolue.  Ce que j'écris est moins spontané que ce que je dis mais c'est souvent plus juste... 
    PS : On pourra lire aussi :
    sur le blog de Paul Jorion, « Bartleby » et la résistance passive, par Jacques-Émile Miriel
    Bartleby, le préféré des philosophes, dans La vie des idées
    « Je préférerais ne pas » : variations autour du Bartleby d’Herman Melville, dans Article 11
    5 min
  • Rien n’est jamais acquis (et tant mieux)
    Ce qui est à la fois lassant et extraordinaire, plus extraordinaire que lassant, c'est la force de l'entropie, le fait que, même dans les relations humaines et sociales, dans nos comportements, nos façons d'être et de travailler, il faille toujours reprendre les choses, les remettre à plat, les repenser, car dans le cas contraire, elles se dégradent.
    On pourrait penser qu'une fois la bonne méthode acquise, la bonne technique rodée, le bon geste appris, le bon réflexe intégré, les choses pourraient aller comme ça, avancer tranquillement, poussées par l'inertie et la seule force de l'habitude. Mais non : l'habitude et l'inertie ne tracent pas une ligne droite sur laquelle hier, aujourd'hui et demain seraient horizontalement alignés ; il dessinent une droite (ou une courbe, je-ne-sais) descendante. Quand elles sont laissées telles quelles, les choses ne demeurent pas telles quelles, elles se dégradent, se dissolvent, s'émiettent, se désagrègent.
    Quand, à l'attention première, à l'émerveillement initial, au soin extrême des premières fois, se substitue, silencieusement, presque insidieusement, l'habitude et la routine, les choses peuvent paraître semblables, identiques, similaires. Et pourtant, tout est changé. L'apparence est la même, ou presque mais la chose a été vidée de son sens, de sa jeunesse, de sa vérité, de sa grâce.
    La première fois qu'on découvre cela, quel que soit le domaine dans lequel cette découverte est faite, c'est assez terrible. Et attristant, d'une certaine façon. On tombe de haut.
    Puis vient le temps où l'on comprend qu'on peut lutter contre cette sorte d'entropie en se forçant, soi-même (mais souvent aidé et poussé par les autres), à se reprendre, à se réinterroger, à remettre en cause ses façons, à réinjecter de l'attention, à se réinitialiser en quelque sorte, constamment et incessamment.
    Ne pas se reposer sur ses lauriers, de quelque nature qu'ils soient, comprendre - complètement, absolument - que rien n'est jamais acquis, qu'il faut toujours, toujours et toujours être là.
    Je le disais au début : cela a un côté lassant, car on ne peut jamais se reposer, jamais souffler, jamais laisser les choses aller d'elles-mêmes.
    Mais c'est surtout extraordinaire. C'est ce qui donne son sel à la vie.
    5 min

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Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.