Improvisations (le podcast)
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Improvisations (le podcast) episodes

  • La queue du chat
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170413queue.mp3
    J'héberge actuellement deux chats. Et celui des deux que je connais le mieux vient chaque matin me réveiller d'une façon ou d'une autre.
    A chaque fois nouvelle, ce réveil impromptu et forcé me fâche. Je le dispute, alors, pour employer cette forme transitive apprise il n'y a pas si longtemps. Mais dès que, ayant allumé la lumière car il fait sombre encore, je vois ce petit animal qui me regarde de sa tête penchée, agitant nonchalamment sa queue et ouvrant de grands yeux, toute facherie disparaît.
    Cette queue allant d'un côté à l'autre sans raison particulière, cette petite vie qui se ballade, bouge et lisse ses moustaches et vient me réveiller d'un tapotement de patte ou d'une chute d'objet, tout cela est émouvant.
    Pourquoi vient-il me réveiller le matin ? C'est parfois par intérêt : il a besoin de quelque chose que je puis seul lui donner. Mais le plus souvent, ça n'est pas le cas et c'est donc, me semble-t-il, sans raison particulière : il n'a nul besoin de moi, mais s'est lui-même réveillé et vient me réveiller pour le plaisir d'être avec moi, de partager le jour qui commence. Il peut bien, ensuite, au cours de la journée, afficher son indifférence et ses airs détachés ; il aime, au petit matin, sentir que je suis là et que je suis vivant, comme lui.
    Que de différences entre nous ! Elle sont légion et immenses ! Mais quand, au petit matin, nous sortons l'un et l'autre de la nuit, du sommeil et de l'absence à nous-même et aux autres dans lequel celui-ci nous a plongés, nous aimons nous retrouver, nous reconnaître, nous cotoyer, et partager ensemble le début du jour. Aussi différents soyons nous l'un de l'autre, nous sommes un dans le vaste monde, et c'est ce que nous nous confions, avec reconnaissance, au point de l'aube.
    Tel est l'objet de cet enregistrement.
    6 min
  • La beauté n’est pas la perfection
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170411perfection.mp3
    Il existe quelques domaines - les mathématiques (et notamment la géométrie), le travail, certaines pratiques artisanales - dans lesquelles nous recherchons la perfection. Mais, dans la majorité des cas, il en va différemment, et la perfection n'est pas ce qui nous attire.
    Cela est évident dans le cas de la beauté humaine : les visages les plus beaux ne sont pas les visages parfaits et il est même courant que ce soit l'imperfection qui nous attire : ce grain de beauté, la dissymétrie des yeux, cette mèche blanche qui nous émeut, cette chose, cet on-ne-sait-quoi qui fait du visage ce visage.
    Mais il n'y a pas que la beauté humaine. Ma soeur, il y a longtemps, m'en avait très justement fait la remarque : à l'écoute d'un morceau de musique, la beauté jaillit le plus souvent de l'irrégularité, naît à l'instant même où la pure harmonie cède la place à autre chose, à un grain de sable qui vient briser la mélodie trop bien huilée. Et l'on pourrait dire la même chose de la beauté des villes, comme celle de Paris, que je traversais hier à la tombée de la nuit, ou de la beauté de la nature : nous pouvons aimer la nature en ce qu'elle a de régulier et d'attendu. Mais ce qui nous charme profondément au spectacle de la vie végétale et animale, comme des créations humaines, c'est son fouillis et son imprévisibilité, son irrégularité intrinsèque, son imperfection.
    Certains verront peut-être dans cet amour de l'imperfection une preuve de la Chute, quelque chose comme le fruit amer de notre incapacité à être totalement dévoué au beau et au bien. Nous aimons l'imparfait et l'impur, et c'est pourquoi nous ne sommes pas vraiment capables d'aimer Dieu, le monde ou les autres, parce qu'ils sont trop grands, trop englobants, trop absolus pour nous. Nous sommes de pauvres et pitoyables James Kirk et sommes tout simplement incapables de comprendre Monsieur Spock et son souci de la perfection.
    Mais je ne suis pas sûr que ceux qui pensent ainsi soient dans le vrai. Il y a, dans la quête de la perfection, lorsqu'au lieu de guider, elle devient un absolu, quelque chose qui est comme un écho de la position d'Antigone. Qui, par ce mouvement de vibration dont j'ai déjà, parlé, peut être considré aussi bien comme le degré ultime de l'humilité que comme le stade ultime de l'orgueil.
    Extrémités auxquelles, dans sa médiocrité, l'imperfection ne conduit pas.
    Tel est l'objet de cet enregistrement.
    7 min
  • Décider de protester (un rêve)
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170407musee.mp3
    Le récit, guère onirique, d'un rêve fait au petit matin et au sortir duquel je me suis précipité sur mon stylo et mon carnet pour en garder la trace. C'est lui que je raconte dans mon enregistrement.
    Je me trouve dans une élégante boutique de musée, à l'Alhambra de Grenade ou au Louvre. La pièce est blanche, moderne, largement éclairée par de grandes fenêtres. Non loin de moi, se dresse un comptoir haut perché et revêtu de noir, où sont vendues des cartes postales transparentes que je trouve jolies.
    Ces cartes postales, que je sais avoir été conçues par un homosexuel [?], m'intéressent. Mais elles ne sont pas affichées. Il faut, pour les examiner, prendre le carton où elles sont rangées comme dans une boîte à fiches et les examiner, une à une. Ce que je fais. Mais me voyant ainsi agir, la vendeuse, derrière son comptoir, m'interpelle et me dit que je dois reposer le carton.
    Mon rêve est le souvenir de la frustration ressentie à ce moment, doublée d'un sentiment de persécution : "Est-ce parce que c'est moi que vous me refusez cela ?", du rappel de la décision prise ensuite de ne pas en rester là, de ne pas "me laisser faire" mais au contraire de protester, publiquement.
    Au bout de l'histoire, tout se résout : non seulement j'obtiens gain de cause mais ma protestation a ouvert les yeux de tout le monde et permis à chacun de mieux voir ce qui pouvait être amélioré.
    A la réflexion, le grand comptoir noir fait penser au bureau d'un tribunal. Il me rappelle les images du Procès, de Kafka, tel que mis en scène par Orson Welles, et pourrait (sans grande imagination, je le concède bien volontiers) symboliser l'autorité. Une autorité que je décide, dans ce rêve, d'affronter, à juste titre. Et cette décision, qui m'a été difficile, s'avère bénéfique pour tous puisque le sytème en sort amélioré.
    C'est surtout cela que je retiens.
    5 min
  • Il ne s’agit pas ici de science
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170406falsifiable.mp3
    Ce qui rend les choses dont je parle ici intéressantes est leur caractère erratique, instable, indéfiniment inversable : on avance dans une direction mais on s'aperçoit que plus loin on chemine, plus grandes sont les chances de se retrouver brutalement ailleurs, et même à l'opposé de la direction initialement suivie. Ainsi, on croyait avancer dans le chemin de l'altruisme et de l'humilité, et on réalise, dans un éclair, qu'on est plutôt engagé dans la voie de l'orgueil et de l'égoïsme; on croyait descendre et on montait ; on croyait s'étendre et on se refermait ; on croyait inspirer et on expirait. Et tout à l'avenant, continuellement, dans toutes nos tentatives et toutes nos avancées. On est, dans les matières et disciplines que j'évoque au long de ces billets et enregistrements, plongés comme dans un monde circulaire, comme dans un de ces trous de ver astronomiques évoqués par les théories et dans lesquel chaque chose est infiniment proche de son contraire, et où la Roche Tarpéienne n'en finit pas de cotoyer le Capitole.
    Qui veut trop faire l'ange fait la bête, disait déjà Pascal, et Thérèse d'Avila mettait déjà ses soeurs en garde contre l'orgueil qui se nichait souvent au coeur des pratiques de mortification. Mais au-delà, toutes les choses dont je parle ici ont comme une qualité vibratoire : un peu plus, et elles tombent d'un côté ; un peu moins, et elles tombent de l'autre : pour renaître, il faut accepter de mourir ; pour régner, savoir se faire esclave,  et c'est en son propre tréfonds qu'on trouverait l'ouverture la plus totale sur le monde. Que nul n'entre donc ici s'il est géomètre, à moins que ce ne soit géométrie paradoxale dans la multidimensionnalité de laquelle tout les références s'abolissent.
    Ces idées agitées me conduisent, dans mon enregistrement, à Karl Popper et à sa compréhension de la science. Il me semble clair qu'on en est ici très loin : ce dont je parle au fil de ces pages appartient éminemment au monde du non réfutable, du non-démontrable, du non-scientifique, et accentuent cette appartenance le caractère intrinsèquement vacillant, mouvant, indécis, de nos pensées et de l'appréciation que nous portons sur nos actions. Pas de science dure, ici ; seulement du visqueux, de l'épais, du fractal hésitant toujours entre le noir et le blanc, le bien et le mal, le rien et le tout.
    Et c'est cela qui est passionnant. C'est justement parce que, dans ces domaines, la question se pose à chacun des nos pas de savoir si nous nous approchons ou nous éloignons de l'abime, c'est justement parce que rien n'est jamais sûr, rien n'est jamais certain que notre attention doit être toujours en éveil, jamais satisfaite, jamais étale.
    Nous sommes dans l'indécision créatrice. Pascelle de l'âne de Buridan, l'autre. Dont elle est si proche et pourtant si éloignée.
    CQFD.
    6 min
  • Quel est son nom ?
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170402noms.mp3
    Il m'arrive très souvent de ne pas retenir le nom ou le prénom des personnes qui me sont présentées, de collègues ou de connaissances, et parfois d'être désemparé à l'égard de personnes que je rencontre ici ou là, qui, visiblement, m'ont connu et me reconnaissent, alors que je suis moi-même incapable de poser un souvenir sur leur visage ou sur leur voix.
    Je relie cette incapacité à la conception quelque peu mécanique et deshumanisée que j'ai longtemps eue du monde et de l'histoire. Comme je crois l'avoir déjà dit, j'ai longtemps cru que tous les objets qui nous entouraient étaient assemblés et modelés par des machines et, symétriquement, que le rôle des individus dans l'histoire était négligeable. Caricaturant l'école historique des Annales, il me semblait que l'histoire était affaire - n'était affaire que - de grandes forces économiques et sociologiques comparées à la puissance desquelles les individus n'étaient rien. Une sorte  de brouillon de psychohistoire à la Henry Seldon, de Fondation (écrit par Isaac Asimov, et non par Ray Bradbury, quoi que j'en dise dans mon enregistrement), dans laquelle les femmes et les hommes ne savaient que dessiner des mouvements browniens, autour de grands flux qu'ils ne maîtrisaient pas et qui seuls gouvernaient le monde.
    Comment ai-je pu sérieusement concevoir ainsi les choses ? C'est un mystère. Toujours est-il que, dans cet univers fantasmatique construit par mon égoïsme ou, plus probablement, ma timidité maladive, il y avait quelques êtres valant le coup d'être connus et reconnus : mes amis et ceux que j'aimais ; les autres n'en valaient pas la peine ; ils étaient les jouets du destin. C'est pourquoi peut-être je ne faisais jamais vraiment l'effort de retenir leur nom, de leur prêter la véritable attention qu'évidemment ils méritaient; c'était temps perdu.
    Je suis heureusement revenu, avec le temps et l'expérience, de cette conception absurde, méprisante et facile, qui justifiait que je regarde avec condescendance le monde du haut de ma tour d'ivoire. J'ai appris que chacun compte, que chacun importe, que chacun joue son rôle et a son mot à dire. Mais demeure, prégnante, inondant tout, l'immense difficulté de retenir les noms, cette habitude irrépressible de les jeter, sitôt appris, dans les oubliettes de ma mémoire, comme s'il me fallait absolument m'en débarrasser le plus rapidement possible, comme si les conserver me brûlait, me mettait en péril.
    Le chemin est encore long.
    Tel est l'objet de cette improvisation enregistrée
    PS : Chacun des pétales de chacune des fleurs de ce cerisier du Japon admiré ce matin dans le Jardin des plantes mérite qu'on s'émerveille. De cela non plus, du temps de mon jeune temps, je n'avais pas conscience.
    6 min
  • Commencer par soi-même
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170330soimeme.mp3
    Je lis ce matin sur un blog auquel je suis abonné et qui s'appelle Vivre le voyage du héros une citation de Joseph Campbell, que je ne connais pas, qui écrit ceci :
    “La raison d’être de notre voyage personnel n’est pas de sauver le monde mais de nous sauver nous-mêmes. Mais en agissant ainsi, on sauve le monde car une personne pleine de vitalité en apporte à son environnement.”
    C'est une pensée dont je suis désormais entièrement convaincu : qui veut non pas seulement sauver le monde mais simplement l'améliorer doit commencer par s'améliorer soi-même. L'amélioration ne doit pas être attendue d'un tiers,  espérée des autres, conditionnée par des forces qui nous sont extérieures et que nous ne maîtrisons pas ; elle ne peut surgir que de nous-mêmes, de notre propre action, par ondes concentriques émanant de nous. 
    Il ne s'agit pas seulement ici d'exemplarité ;  il s'agit,  de façon plus profonde et quasiment magique ou mystique, de la vertu de l'action dont j'ai si longtemps douté - l'aimée m'en est témoin - et dont je ne doute plus. Seule l'action est efficace. L'action qu'on mène soi-même, pour soi même, sans forcément en attendre quoi que ce soit, et qui donne, seule, la force et la foi d'entraîner les autres et le monde.
    Quoi qu'on fasse, quoi qu'on vise, il faut toujours commencer soi-même, tel est l'objet de cette improvisation enregistrée.
    7 min
  • Rendre, redonner, donner
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170328rendre.mp3
    On ne peut rendre à quelqu'un que ce que lui appartient de plein droit et sans ambiguïté. C'est pourquoi rendre se prête bien aux objets mais plus difficilement au reste : idées, sentiments, passions ou modalités de l'être, à moins qu'elles n'appartiennent, de façon inaliénable, à la personne à qui elles sont rendues. Ainsi en va-t-il de la liberté. 
    Mais pour le reste, revendiquer d'une chose qu'elle vous soit rendue, c'est le plus souvent prétendre, à tort, à une propriété qui n'est que très rarement assise ou imprescriptible - tout simplement parce qu'elle ne saurait l'être. 
    C'est pourquoi on ne peut rendre sa confiance,  ou a fortiori son amour, sentiments qui ne peuvent jamais, au vrai, qu'être prêtés, sous conditions, et qui peuvent donc légitimement être repris du jour au lendemain. Les rendre serait denué de sens ou, plus justement, serait forcément déplacé et occasion à malentendu. On ne peut que les re-donner, les donner une nouvelle fois, de façon neuve et printanière, aux personnes qui nous paraissent les mériter. Non parce que cela leur serait dû, non parce qu'elles y auraient un droit inaliénable, non et encore moins parce que les avoir un jour eus les prédisposeraient à en bénéficier une nouvelle fois mais parce que, à cet instant, indépendamment de tout passé et de toute prétention, nonobstant toute allégeance, tout sentiment trouble et mal venu de devoir ou de fidélité,  en toute liberté nous les en jugeons dignes. 
    Et à qui sait faire la différence, combien ce qui est redonné est plus précieux que ce qui est rendu !
    Tel est ce dont je parle ici.
    9 min
  • La petite voiture rouge (un rêve)
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170326voiture.mp3
    Je disais hier que j'avais fait deux rêves dans la nuit de vendredi à samedi. Voici le second. C'est un rêve étrange, à la fois par ce qu'il raconte et par sa structure, en deux parties , dont je ne vois pas le rapport qu'elles entretiennent l'une avec l'autre.
    La première partie a trait à mon passé professionnel, au travail que j'ai longtemps mené auprès d'Edgard Pisani et aux relations que j'ai pu avoir avec des personnes de son entourage. Pourquoi cela me revient-il aujourd'hui ? je ne le sais pas. Mais il n'y a rien non plus là de très bizarre. Ce passé, en dépit de tout, n'est pas si lointain ; j'en parle parfois, et j'en ai justement, la semaine dernière, parlé à mes enfants.
    La seconde partie me paraît sans lien avec la première. Mais...
    C'est une ville méditerranéenne. Ce pourrait être Lipari - première idée qui me soit venue à l'esprit. Mais ça ressemble plus à Barcelone, à Marseille ou à Athènes, et la plus grande ressemblance, à cause de la couleur des murs et du bleu presque insolite du ciel, est Ségovie. Plus particulièrement cette partie de Ségovie qui, descendant de la cathédrale, chemine vers l'Alcazar, et dans laquelle je m'étais promené, avec ma fille, une fin d'après midi l'année dernière.
    La rue tourne et j'assiste à un accident : une petite voiture rouge ne freine pas assez vite et son avant s'encastre sous une camionnette verte. Son conducteur paraît terriblement blessé. Tous les témoins de la scène se précipitent pour lui porter secours et moi-même me mets au milieu de la rue pour arrêter le trafic, faisant notamment en sorte qu'un grand car jaune qui roulait à toute vitesse stoppe.
    Tout se termine finalement bien - à ceci près, qui n'est pas très grave que, repartant, le grand car jaune écrase le peu de petite voiture rouge qui n'était pas encore en miettes. Et cela me fait rire.
    Ce qui me fascine, dans cette deuxième partie de rêve, est la petite voiture rouge. La petite voiture rouge qui est pour moi le symbole le plus pur et le plus parfait du jouet d'enfant, du jouet de petit garçon.
    6 min
  • Mon enfant, ma soeur (un rêve)
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170325monenfant.mp3
    J'ai rêvé, cette nuit (à deux reprises, d'ailleurs), et la fin de mon premier rêve m'a réveillé. Il était étrange et poétique, comme on peut l'entendre, et, voulant en garder le souvenir, j'ai veillé quelque peu pour pouvoir l'écrire sur un carnet. C'était le milieu de la nuit et le Panthéon était alors la seule lumière dans la ville plongée dans le halo orangé que lui tressent les réverbères.
    Mon rêve avait pour cadre un grand lycée parisien - cela rappelait vaguement Janson - dans lequel je venais d'être nommé professeur. Et il me fallait, pour être adoubé par mes pairs, me plier à une épreuve dont j'avais le choix.
    J'avais choisi de chanter. De chanter a capella le poème de Baudelaire (dont le nom me revient maintenant : L'embarquement pour Cythère) tel que mis en musique par Léo Ferré (à moins que ce ne soit par mon frère, qui chante très bien et a une très belle voix - je n'ai jamais très bien su qui était l'auteur de la mélodie).
    La fin du rêve avait pour cadre la grande cour du lycée ; c'était plutôt dans les couloirs d'un ferry traversant la Manche que le début se déroulait. Il y avait un faux départ car ma voix, au premier essai, se brisait contre le col de mon anorak (ou peut-être le haut du sac poubelle noir dont j'étais, comme les autres, revêtu) puis je me lançais et y arrivais. Mon interprétation n'était pas belle, il y avait des trous et des mots que je remplaçais, ma mémoire en ayant perdu la trace ; mais au bout du compte, j'y arrivais quand même et j'étais profondément heureux d'avoir osé le faire. Et tous semblaient partager ce sentiment, m'acclamant à la fin, pour avoir su me lancer.
    Chacun voulant me dire un mot ou me toucher [!!], je m'esquivais de ce qui commençait à ressembler à une bagarre générale [re : !!!].
     PS : Katia me signale que ce poème n'est pas L'embarquement pour Cythère mais L'invitation au voyage.
    Merci à l'aimée.
    6 min
  • Mine de circonstance
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170324circonstance.mp3
    Traversant hier sous les nuages le pont Alexandre III, superbes ors défiant le gris du ciel, je songeais à un autre contraste : celui opposant mes histoires de moulin à café, racontées le matin même, aux nouvelles du monde, notamment les attentats de Londres et ce qu'ils révélaient du triste état du monde.
    Longtemps, me disais-je aussi, j'avais considéré qu'il fallait, dans un tel contexte, afficher une mine de circonstance, écrire des mots de circonstance, emprunter un esprit et un ton de circonstance, comme on le voit faire à ces employés des pompes funèbres - auxquels je ne jette pas la pierre - à qui l'on paraît demander d'être, par dessus tout, convenables, convenants, compassés.
    Et puis j'ai abandonné, il n'y a pas si longtemps, cette façon de penser et d'agir. Je ne crois pas qu'il soit utile ni qu'il soit bon d'ajouter de la tristesse à la tristesse, du malheur au malheur, de la noirceur à l'obscurité. Je crois au contraire qu'il faut qu'en toutes circonstances, la joie et le bonheur demeurent, et qu'ils rayonnent s'ils existent. La découverte d'Etty Hillesum a été un élément important dans cette prise de conscience, un tournant dans ma façon de considérer les choses et une source d'inspiration.
    Ajouter du noir à la nuit ne sert à rien. Peut-être est-ce aller trop loin que de dire, un peu rhétoriquement comme je crois le faire dans mon enregistrement, qu'agir ainsi serait donner la victoire à la nuit. C'est une formule facile et qui ne signifie pas grand chose. Ce que je crois en revanche, c'est que la mise en conformité, le souci trop marqué des convenances est un des visages de l'esprit de sérieux, que la joie et le bonheur sont du côté de la vie et que la vie étant plus fragile que la mort, c'est elle qui a besoin, en toutes circonstances, d'être respectée, protégée, aimée.
    4 min

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Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.