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Devant présenter lundi, avec une collègue, les activités de l'équipe à laquelle j'appartiens, je me suis une nouvelle fois affronté à la difficulté d'expliquer à la fois la consistance de mon travail et son utilité, son sens. Mon métier n'est en effet pas de ceux : pompier, instituteur, infirmier, agriculteur, et beaucoup d'autres, dont l'utilité sociale est manifeste...
Du point de Sirius ou même plus simplement au regard des défis du monde : les famines, l'effet de serre, les guerres, les souffrances et la haine, ce que je fais n'a aucun sens : passer du temps, comme je l'ai fait hier avec un collègue, à réflechir à la question de savoir si, dans un paragraphe précis d'un texte, le mot "signataire" ne serait pas plus adéquat que le mot "pétitionnaire", frise le néant. Ce n'est certes pas cela qui va sauver le monde et, tous, nous en avons pleinement conscience.
Et pourtant...
Explorant cette question, j'en viens, dans mon improvisation enregistrée, à l'idée que, dès lors qu'il ne s'agit pas d'activités criminelles ou néfastes, bien faire son travail même celui-ci est apparemment dénué de grandeur et d'utilité, est bon. Parce cela améliore les choses, les rend plus fluides et, participe, de sa modeste façon, au bon ordre du monde.
Mais à la réflexion j'irai plus loin : mon travail, pris en soi-même et pour lui-même, peut à juste titre être considéré comme inutile et risible. Mais ça n'est pas la bonne perspective ; ça n'est pas le bon point de vue. Ce n'est pour lui-même que mon travail a été conçu, pas pour lui-même qu'il est fait.
Mon travail n'a de sens qu'appréhendé dans une perspective plus globale dans laquelle il est, comme moi du reste, le rouage d'une mécanique plus vaste, où tout s'interpénètre et oeuvre de concert. Directement, je ne guéris personne, je ne nourris personne, je n'aide aucun enfant à grandir et à se révéler, je ne mets à jour aucune merveille, mais à tout cela je participe en accomplissant bien le travail qui m'est donné, en jouant au mieux le rôle qui m'est dévolu dans la grande chaîne humaine.