Improvisations (le podcast)
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Improvisations (le podcast) episodes

  • Grands hommes morts et petites fleurs vivantes
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170618fleurs.mp3
     
     
    Allant, ce matin, faire quelques courses, je suis passé à côté du Panthéon et ai aperçu, entre les dalles blanches et les grilles noires, des petites fleurs qui poussaient. Certaines d'entre elles étaient violettes, d'autres jaunes, et elles surgissaient, toutes mignonnes, de ce bâtiment solennel voué aux grands hommes.
    Sous le grand ciel bleu qu'il faisait alors, bercé par la légèreté de l'air, je me suis senti une âme d'animiste et me suis dit que, sans aucun doute et sans aucun remord, aux grands hommes morts je préférais les petites fleurs vivantes.
    J'ai du mal à comprendre ces cultes et ces religions qui, à la vie, préfèrent les choses mortes. Et j'ai du mal à comprendre la pensée de Saint-Augustin qui veut absolument qu'on choisisse entre la création et les créatures, qu'on vide le vase de son esprit de l'amour des êtres pour le remplir de celui de Dieu, comme si le premier empêchait le second.
    Mon professeur de philosophie de khâgne, Dominique Folscheid, nous avait appris que, pour savoir ce qu'était une chaise et ce qu'était un tableau, il n'était nul besoin d'examiner 10 000 chaises non plus que d'examiner tous les tableaux du monde. Il suffisait de se pencher avec attention et amour sur un. Et qui savait regarder avec attention la chaise de Van Gogh, savait tout ce qu'il y a à savoir sur les chaises et sur l'art.
    Il en va de même, à mes yeux, pour la création : mes fleurs de ce matin portaient le monde en elles. Les aimer n'est pas ne pas aimer le reste ; les aimer, c'est aimer le reste. Et il en va de la même manière des êtres que j'aime, de la femme que j'aime, des oeuvres que j'aime :  en elles et en eux, j'aime le tout et c'est à travers elles et eux que j'aime le tout.
    PS : Cherchant son nom sur Internet, je retrouve mon cher professeur intervenant, au Collège des Bernardins, sur Corps et âme. Ce doit être intéressant. Je regarderai plus tard...
    9 min
  • Tendresse, gentillesse, sourire : ambiguïtés du monde
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170616tendresse.mp3
     
     
    Katia et moi bavardions l'autre jour de la tendresse et elle me disait (peut-être ai-je mal compris mais je crois que c'était bien là le sens de son propos) que la tendresse n'était, le plus souvent, à son sens, que le faux-nez du désir : on est tendre ou on demande de la tendresse quand, en fait, c'est autre chose qu'on veut - suivez mon regard coquin.
    Dans l'instant, j'étais d'accord avec elle. A la réflexion, je ne le suis plus, ou plus complètement : la tendresse peut effectivement n'être que le masque hypocrite revêtant le visage grimaçant de l'avidité des corps ; mais elle peut également ne pas l'étre. Elle peut être hypocrite mais ne l'est pas forcément. Elle peut être faite pour séduire et cacher ; elle peut aussi simplement révêler.
    La tendresse est comme la gentillesse ou le sourire. Elle est comme ces biens à double usage dont les traités internationaux prescrivent que les échanges soient tracés parce qu'ils sont susceptibles aussi bien d'être utilisés pour soigner que pour tuer, pour fabriquer des appareillages médicaux que pour construire des armes. Ils peuvent être utilisés "à la place" de l'amitié, de l'amour, de la bonté - et alors ils sont faux et méritent leur mauvaise réputation. Mais ils peuvent aussi révêler ce qui est au fond de l'être et ils sont alors comme une ouverture.
    Nous ne pouvons jamais savoir, de façon certaine, dans ce monde, ce que recouvre ce sourire, cette caresse, cette gentillesse, cette tendresse. Pas de preuve, pas de test a priori, pas de critère qui permettrait de lever une fois pour toutes l'ambiguïté et la polysémie des choses. Nous tatonnons, tatonnons, tatonnons, balottés d'erreurs en réussites et de succès en échecs, obligés que nous sommes de faire confiance à notre coeur, à ce que nous ressentons et croyons , sans que jamais - Ô grand jamais ! - cette croyance puisse laisser place à la certitude.
    Et ainsi va la vie.
    8 min
  • Savoir déceler le diamant dans le charbon
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170614charbon.mp3
    Lorsque j'ai été engagé dans l'entreprise où je travaille, il y a maintenant un certain temps, je l'ai été par un jeune directeur, Jean-Paul, qui avait - et a toujours, certainement - l'immense qualité de savoir déceler et extraire, des propos qu'on lui tenait et des analyses qu'on lui présentait, l'aspect intéressant, intelligent, positif. On lui disait quelque chose qui n'était pour partie qu'une banalité et il vous renvoyait une idée nouvelle et originale qu'il avait su découvrir dans vos paroles. On se sentait plus intelligent à l'issue des discussions qu'on avait avec lui car à chaque instant, il filtrait et recombinait les choses pour y voir ce qui y était constructif et nouveau, ce qui permettait de faire avancer les choses.
    C'est une immense qualité managériale que de savoir agir ainsi. Mais c'est surtout une immense qualité humaine, de dimension quasi théologique : la capacité de transmuter  les choses, de déceler la pierre précieuse dans le minerai, le beau dans le laid, l'admirable dans l'informe, de transformer la matière première en un métal brillant, et d'utiliser ce phénomène pour rayonner et éclairer le monde, à la manière d'une étoile ou d'une supernova transformant les éléments, fabriquant de l'or à partir de l'hydrogène et illuminant l'univers. 
    Savoir déceler, dans cette masse informe et noirâtre d'atomes de carbone qu'est le charbon, le diamant.
    7 min
  • Confiance ou mandat impératif ?
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170610mandat.mp3
    Seize candidats se présentent aux élections législatives dans ma circonscription. Je lisais ce matin leur profession de foi et me disais que, mis à part celui qui ne paraît être animé que par la haine d'une autre candidate, il y a, dans chacune de ces déclarations, quelque chose qui mérite qu'on s'y arrête.
    Evidemment, certains des programmes me déplaisent et j'exclus de voter pour ceux qui les portent. Mais les autres ?
    Si l'on fait abstraction des stratégies qui visent à l'efficacité du vote - et je sais bien qu'on ne pourra pas en faire abstraction jusqu'au bout... - on se penche sur ces visages de femmes et d'hommes et l'on se demande qui sont ceux qui inspirent le plus confiance. On observe les yeux, le sourire, la façon de se tenir, on lit les mots mis en avant, on examine la manière qu'ils ont, chacun, de parler d'eux-mêmes et on cherche à savoir qui est honnête, qui est bienveillant, qui est sincère, qui, affronté à une question difficile, fera le bon choix.
    Et puis il y a cette liste : Mavoix, qui détonne dans ce paysage : leurs affiches ne montraient pas de visage mais un miroir où chacun se reflétait. Ce mouvement défend le principe d'un mandat impératif au gré duquel il n'y a pas de programme préétabli mais un engagement du député élu à suivre les consignes qui lui seront  données, sur chacun des textes débattus au parlement, par ses électeurs. Le candidat ne prend pas d'autre engagement que celui-ci : être le simple porte-parole de ceux qui l'ont élu et au profit desquels il s'efface, totalement.
    Je ne partage pas, quant à moi, cette approche du mandat de député. Je crois qu'une délégation doit être donnée à celui qui est sur la brêche, dans le coeur du débat et qui est seul capable de réagir aux discours tenus à l'Assemblée, aux amendements déposés, à l'évolution des discussions.
    C'est pour cela que la lecture des programmes ne suffit pas. Il faut qu'on puisse accorder sa confiance à cette femme, à cette homme, qui devra prendre des décisions en conscience, comme un juré dans une cour d'assises. Et il faut, pour cela qu'au delà de tous les programmes, de tous les mots, on puisse se fier à elle, à lui.
    Et cette confiance, c'est je crois notre croyance en la capacité d'effacement de la personne. Mais non pas l'effacement au profit des électeurs, tel que défendu par Mavoix, mais l'effacement au profit du bien : cette personne sera-t-elle capable de faire taire son intérêt personnel pour n'écouter et ne suivre que la voix du bien commun ?
    PS : repensant à ce que je viens de dire puis d'écrire, à l'échange avec Esther et à des conversations nombreuses avec Katia, je précise ma pensée : ma confiance ne va pas à la personne effacée mais à celle que je sens capable de s'effacer quand il le faut. Et il en va de même dans l'amour : ce n'est pas l'absence d'être, de personnalité, la transparence, qu'on aime mais la capacité de la personne aimée de faire abstraction de tout cela, de son ego, si nécessaire et quand nécessaire. C'est cela, l'abnégation, qui n'est donc pas le gris-muraille que certains croient...
    Les grands saints, les grands sages, n'ont jamais été des êtres insipides ou invisibles. Ils étaient capables de le devenir...
    PS2 : ... Il ne s'agit pas du tout de rouler des mécaniques et de se mettre en avant, l'humilité est une vertu. Mais non la fausse humilité consistant à se nier soi-même et à se cacher.  C'est l'équilibre et la vérité qu'il faut trouver.
    PS3 : il y avait en définitive 24 listes, dont deux pour lesquelles il n'y avait pas de bulletin - ce qui explique qu'elles n'aient recueilli aucun suffrage... 0,22 % des voix se sont portées sur le candidat que j'avais décrit comme haineux.
    7 min
  • Giboulées
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170607giboulees.mp3
     
    Il y avait hier à Paris des giboulées. Poussé par la tempête, le ciel variait continuellement, passant du gris au noir, puis du noir au bleu, de grosses gouttes tombant de temps à autre qui noyaient la ville, y laissant de grandes flaques que bouchaient des amas de feuilles arrachées par le vent.
    Ayant quitté le bureau à la fin d'une joyeuse averse, j'ai filé à travers les rues qui brillaient sous l'eau répandue, ai traversé la Seine, puis me suis arrêté devant l'église Saint-Germain des Près. Dans le ciel bleu, de beaux nuages passaient.
    L'air, comme lavé par la pluie, était pur et transparent. Et dans cette pureté, le clocher, qui se dressait dans la lumière jaune du presque couchant, rayonnait, comme neuf et comme venant de naître.
    Ce sont aussi cela, les giboulées : cet air de renouveau, ces allures de premier jour du monde, au lendemain d'un déluge qui aurait tout lavé, tout nettoyé, tout purifié. Cette impression, cette espérance qui se lève en nous de renaissance, d'absolution venue du ciel et ouvrant une page nouvelle.
    Le cadeau, qui nous est offert, d'un recommencement du monde.
    "Tout à reprendre, tout à redire, et la faux du regard, sur tout l'avoir menée."
    3 min
  • Déliciosité
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170603deliciosite.mp3
     
    Hier matin, j'ai, comme tous les matins, traversé un bout de Paris à vélo, depuis le boulevard Saint-Michel jusqu'aux alentours de l'Etoile, un Paris qui, ce matin là, comme c'est souvent le cas en ces journées de fin de printemps ou de début d'été, était superbe, léger et délicieux.
    Rue Garancière, je me suis fait la réflexion de ce que le petit dôme de Saint-Sulpice, qui ferme le derrière de l'église, était beau dans sa simplicité : un mamelon de sein offrant sa douce rondeur au ciel.
    Rue de Grenelle, les affiches pour les élections législatives s'étiraient le long des écoles. L'une d'elles me fit sourire. On y voyait un candidat dont j'ai oublié le nom et qui précisait, sur un large bandeau barrant la photo, qu'il était un petit cousin du Général de Gaulle. Il est étrange et un peu triste, me disais-je, de se définir ainsi.
    Continuant mon chemin, j'ai croisé la rue de Bellechasse, au coeur du VIIème arrondissement. Je me suis souvenu de ce camarade d'hypokhâgne ou de khâgne, de la soeur duquel j'étais amoureux (j'ai souvent été amoureux des soeurs de mes camarades) et qui vivait là, à l'époque, dans un appartement immense et beau, dont l'immmensité se confondait, dans mon esprit, avec le métier, la charge, plutôt, de son père : avocat au Conseil.
    Plus loin, au moment d'arriver sur l'esplanade des Invalides, j'ai croisé deux femmes, qui s'étaient rejointes sur un trottoir après avoir traversé la rue. Elles étaient heureuses et pleines d'entrain  alors que leur conversation, joyeuse et souriante, portait sur une assurance vie souscrite par je-ne-sais-qui, dans je-ne-sais-quel pays d'Afrique, assurance dont elles se demandaient le montant. Et elles riaient, et elles riaient, et elles riaient.
    Sur l'esplanade et sur le pont Alexandre III, des touristes se promenaient, ouvrant leurs yeux sur les beautés de la ville.
    Rue François Ier, une foule se pressait, comme chaque matin, devant les studios d'Europe 1, foule tranquille attendant de pouvoir entrer dans le bâtiment, ou peut-être simplement d'apercevoir une vedette ou une personnalité.
    Et c'est au moment où je traversais l'avenue George V, pénétré de cette légèreté fraiche et souriante,  que je me suis demandé s'il existait un mot, un substantif pour "délicieux".
    "Déliciosité" m'est venu.
    6 min
  • A day in the life
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170601aday.mp3
     
    C'était il y a cinquante ans, "A day in the life", le dernier morceau de l'album Sergeant Pepper's.
    Un souvenir lointain et enfantin. Mais le souvenir d'un éblouissement, de la découverte émerveillée de quelque chose d'extraordinaire qui, ce jour là, advenait.
    De la joie de vivre devenue musique.
    Le clip de la chanson, superbe.
    Et les paroles :
    I read the news today, oh boy
    About a lucky man who made the grade
    And though the news was rather sad
    Well I just had to laugh
    I saw the photograph. 
    He blew his mind out in a car
    He didn't notice that the red lights had changed
    A crowd of people stood and stared
    They'd seen his face before
    Nobody was really sure
    If he was from the House of Lords. 
    I saw a film today, oh boy
    The English army had just won the war
    A crowd of people turned away
    But I just had to look
    Having read the book
    I'd love to turn you on. 
    Woke up, fell out of bed,
    Dragged a comb across my head
    Found my way downstairs and drank a cup,
    And looking up I noticed I was late. 
    Found my coat and grabbed my hat
    Made the bus in seconds flat
    Found my way upstairs and had a smoke,
    Somebody spoke and I went into a dream. 
    I read the news today oh boy
    Four thousand holes in Blackburn, Lancashire
    And though the holes were rather small
    They had to count them all
    Now they know how many holes it takes to fill the Albert Hall.
    I'd love to turn you on.
    Paroliers : John Lennon / Paul Mccartney
    Paroles de A Day in the Life © Sony/ATV Music Publishing LLC
    4 min
  • Parité hommes-femmes
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170531parite.mp3
    Une collègue, Sabine, me faisait l'autre jour remarquer que la parité hommes-femmes, prônée par le président de la République et le Premier ministre, était plus apparente dans la composition du gouvernement - et encore... - que dans celle des cabinets ministériels.
    Mais qu'est-ce que la parité hommes-femmes ? Comment la conçoit-on et quel objectif lui donne-t-on ?
    Il y a, me semble-t-il, au moins deux conceptions possibles : l'une au gré de laquelle la parité est un objectif provisoire, qu'il faut suivre le temps nécessaire au rétablissement d'un équilibre naturel dérangé par les traditions, l'histoire, les moeurs : le vivier dans lequel se recrutent aujourd'hui les ministres et la haute fonction publique est dominé par les hommes ; il faut sortir de cela ; quand on en sera sorti et que les hommes et les femmes se retrouveront sur un pied d'égalité, la contrainte paritaire, qui est une rigidité en soi absurde, n'aura plus lieu d'être. On recrutera indifféremment des hommes ou des femmes, sur leur seule compétence, et sans plus se soucier de leur sexe, ou de leur genre.
    J'ai longtemps été d'accord avec cette conception mais c'est plutôt l'autre que je partage aujourd'hui : selon cette seconde approche, hommes et femmes sont différents. Intrinsèquement et radicalement différents. Ils n'ont pas la même appréhension des choses, pas la même façon de gérer les problèmes et d'agir, pas le même regard jeté sur le monde. Faire coexister au sein d'une même équipe des hommes et des femmes enrichit donc la palette et permet de voir et de faire mieux et plus large, plus complet. En ce sens, la parité n'est pas un moyen transitoire qu'on pourrait abandonner une fois son objectif atteint, elle est une fin, elle est l'objectif en soi, et doit être recherchée de façon pérenne.
    Tel est l'objet de cette improvisation, enregistrée en ce beau matin de presque été.
    6 min
  • Quand on cherche on ne trouve pas
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170522quandoncherche.mp3
     
    "Quand on cherche, on ne trouve pas", me disait Katia l'autre jour, et j'en suis bien certain. Je crois l'avoir toujours su, inconsciemment, et il y a quelques années que je le sais, de façon consciente. J'en avais d'ailleurs parlé, à l'occasion de tours du Luxembourg.
    Edgard Pisani aussi, pensait cela, qui me disait que, pour observer le monde, il aimait à le regarder les yeux mis-clos, pour mieux voir surgir les choses dans la sorte de brouillard où le plongeait sa myopie. Mylène aussi, d'ailleurs, dit cela.
    Il y a dans ce phénomène une dimension physiologique : nos yeux sont faits pour guetter l'arrivée impromptue des bêtes féroces dont nous serions la proie et c'est sur le côté qu'ils distinguent le mieux le mouvement. D'en face, on voit bien le détail des choses mais c'est de côté qu'on distingue le mouvement et les étoiles filantes dans la nuit.
    Et puis il y a ce que dit Simone Weil des études scolaires. Que, pour résoudre un problème, il ne faut pas se concentrer dessus mais l'observer de façon détournée, s'éloigner et s'approcher de lui dans une sorte de spirale, de mouvement de danse.
    C'est encore une de ces vibrations des choses que j'aime tant : quand on cherche, on ne trouve pas et c'est quand on ne cherche pas qu'on trouve, dans un renversement dialectique et magique plein de charme et de grâce, et qui est peut-être un des visages de la Grâce.
    Ne pas chercher, mais ne pas oublier cependant la question, l'interrogation, cette absence qui bée. Rester dans l'attention et l'éveil, pour être à même de voir ce qui, sinon, pourrait rester dans l'ombre et l'inaperçu. Faire effort pour demeurer dans cet entre-deux du monde où les choses ne sont pas rangées, tranquilles, dans des boites et des cases mais mouvantes, vibrantes, pleines de possibles surprises.
    Tel est l'objet de cette improvisation.
    7 min
  • Face à l’incivilité
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170520incivilite.mp3
    Mon collègue Olivier et moi bavardions hier des incivilités dont on est quotidiennement témoin dans la rue et les autres lieux publics : chaussures sur les banquettes, abandon de déchets sur le trottoir, conversation à voix criante dans le bus ou le train, etc. Et voici qu'un autre ami, sur sa page Facebook, parle également de cette montée des incivilités et de son désarroi.
    Il est fréquent que, face à cela - et je parle évidemment aussi pour moi et peut-être d'abord - nous ne fassions rien : nous détournons les yeux, nous nous terrons dans le silence, considérant de façon mensongère que cela n'est pas vraiment notre problème, que nous n'avons pas été directement mis en cause et agressé, que ce n'est d'ailleurs même pas vraiment une agression, qu'il n'y a donc pas lieu de réagir, ou que du moins, ce n'est pas à nous de le faire. Et peu à peu, la mauvaise conscience et le ressentiment à notre propre égard grandissent en nous car nous savons bien que ces pensées rassurantes sont de faux-fuyants, des excuses grossières tout juste faites pour habiller - maladroitement - notre lâcheté.
    Et pourtant, il faut réagir ; je ne pense pas qu'on puisse un seul instant, au fond, penser le contraire. Ces façons de faire, même quand elles ne sont pas directement agressives, entretiennent le malaise ambiant et une sorte de déliquescence du vivre-ensemble. Et notre propension à ne pas réagir, à laisser-faire, à nous comporter comme si nous nous en fichions vient saper de façon radicale les bases de la communauté et le lien social.
    Il faut agir contre l'incivilité, mais comment ? Par l'exemple, certainement, qui est le premier moyen et le meilleur dans la durée. Mais c'est sur le moment, aussi, qu'il faut agir. En intervenant, en prenant la parole, en s'adressant directement à cette personne dont le comportement dérange. Il faut le faire avec gentillesse, sourire et bienveillance. Mais, même ainsi, il faut pour cela du courage. De ce courage qui - m'avait fait observer l'aimée, qui s'y connait - n'est pas un don mais le résultat d'un effort et d'un travail sur soi.
    Tel est l'objet de cet enregistrement.
    6 min

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Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.