Improvisations (le podcast)
Download on the App Store

Improvisations (le podcast) episodes

  • Attendre en retour
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170518attendre.mp3
    On dit parfois et on lit souvent qu'il faut faire les choses sans ne rien attendre en retour, de façon totalement désintéressée, et que dès lors qu'il y a attente, l'action perd de sa pureté.
    J'ai le sentiment que ce discours est trop brutal, ou plutôt trop frustre, dans la mesure où il mêle deux sortes d'attente, deux façons d'attendre et d'espérer : l'une, conditionnelle conditionnante, qui fait de la réalisation de ce qui était attendu une condition a posteriori du bien-fondé de notre action ou de notre engagement ; et une autre, qui se contente de constater qu'attente il y a, parce qu'il y a désir, de constater aussi qu'en l'absence de réalisation de cette attente et de ce désir, une frustration existera, le constat de cette frustration, de cette peine, de cette blessure ouverte à notre flanc ne mettant cependant pas en cause l'action menée ni son bien-fondé, parce que cette action n'était ni guidée, ni conditionnée par l'attente et le désir mais par le sentiment, voire la certitude, que ce que nous avons fait était la chose à faire.
    Il ne me paraît pas, ainsi, illégitime, d'espérer de la personne que j'aime  - je ne parle ici ni de mes enfants, ni de mes ennemis - qu'elle m'aime en retour - mais c'est parce qu'elle est aimable et non parce qu'elle m'aime, que je l'aime. Prétendre néanmoins que l'amour qu'elle me porte (on non) m'est indifférent et que je n'attends rien  en retour de mon amour serait mentir de façon éhontée et le comble de la mauvaise foi.
    A moins que ce ne soit de l'orgueil.
    Tel est l'objet de cet enregistrement.
    PS : A la relecture du soir, je m'aperçois que mon texte est obscurci par le mauvais emploi de l'adjectif "conditionnel". Ce n'est pas "conditionnel" qu'il aurait fallu dire et écrire mais "conditionnant", si ce mot existe. Ce que j'avais en tête, quand je parlais d'une attente conditionnelle, c'était une attente conditionnante, c'est-à-dire dont le résultat était rétrospectivement attendu pour légitimer ou déligitimer l'acte entrepris.
    6 min
  • Effacement, transparence, objectivité
    http://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170517effacement.mp3
    Katia me parlait l'autre jour de l'effacement et m'en disait les vertus. Ce discours me causait de la crainte et de la gêne. Je voyais dans cet éloge de l'effacement une sorte d'appel à la disparition et au refus de soi-même qui me paraissait contre nature. Mais j'avais probablement tort. L'effacement dont parlait l'aimée n'est pas disparition ou anéantissement ; il est plutôt de l'ordre de la transparence : s'effacer non pour disparaître mais pour ne plus se voir, pour ne plus regarder son nombril et ne voir toute choses qu'en fonction de cela. Devenir transparent non pour nier son être mais pour devenir capable d'observer le monde, les choses et les êtres de façon objective et impartiale, en faisant abstraction de soi-même.
    Entre cet effacement, l'humilité, le détachement, l'attention et le moment présent, c'est toujours la même chose qui est en jeu : notre capacité à être totalement tourné vers ce qui est réellement là, à cet instant, à ces paroles que nous entendons, à ce devoir que nous faisons, à ce spectacle qui s'offre à nous. Etre là et non ailleurs, ouverts au monde qui est et non à nos souvenirs du monde qui fut ou à notre nostalgie de ce qu'il aurait pu être, attentifs à l'autre dans sa singularité - et non à ce qui en nous murmure inlassablement, couvrant tout de son babillage.
    Cet effacement, qui est l'objet de cet enregistrement du matin, c'est un autre nom pour l'attention, pour l'ouverture, et au bout du compte pour l'amour qui est, pour partie, abstraction de soi. 
    C'est ainsi que, peu à peu, se mettent en place les différentes pièces du puzzle, pièces dont dont on se rend progressivement compte qu'elles sont toutes identiques malgré leurs noms distincts.
    Mais il est tellement difficile, parfois, de mettre cela en oeuvre, tellement difficile, déjà, pour certains du moins, de le comprendre !
    Alors, quand une petite illumination jaillit d'une conversation nocturne, la journée n'a pas été perdue !
    5 min
  • Histoire politique (un rêve)
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170512reve.mp3
    Un rêve du petit matin, resté dans ma mémoire tandis que je me réveillais. Rêve de vie politique, que suscite probablement cette période d'élection, mais où apparaissent, brouillés ou non, d'autres élements, déliés de ce contexte : Marie-Claire, rencontrée il y a quelques semaines lors de ma randonnée dans le désert, avec laquelle j'échangeais, il y a deux jours, à propos de la musique de Gurdjieff et qui apparaît ici jouant avec des CD-roms [!], mais aussi, pesant sur le rêve comme une interrogation à battre et à rebattre, la question lancinante au bureau de savoir s'il est préférable, quand on modifie un texte, de faire apparaître clairement les modifications ou s'il vaut mieux livrer un document propre et à lire d'un oeil neuf.
    Puis, traversant tout cela, l'extraordinaire prétention du rêveur (comme on dirait le narrateur), qui apparaît dans l'ensemble du rêve et de son récit mais éclate tout spécialement à la fin, quand je m'interroge en mon for intérieur (et sans oser, me semble-t-il, exposer publiquement le choix) sur la question de savoir qui, d'Edgard Pisani ou de moi, devra signer la tribune publiée dans Le Monde.
    "Apprendre à s'effacer", me disait hier l'aimée. Le chemin n'est pas encore terminé...
    6 min
  • L’émotion, le temps et l’éternité
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170508eternite.mp3
    J'ai parlé, ces derniers jours, des beautés dont certaines me bouleversent et d'autres ne me bouleversent pas, et aussi de ce passage du Petit prince dans lequel le renard explique que c'est au travers de l'amour porté aux êtres qu'il peut comprendre le monde et le percevoir comme habité, habité par une présence, par l'amour, par Dieu, peut-être.
    Et voilà que Frog, dans un très bel article qu'elle consacre aux paysages, réagit, avec sa sensibilité et son exigence, aux idées que j'exprimais, et observe que, pour sa part, le monde lui est accessible indépendamment de l'amour porté aux êtres, qu'elle n'a pas besoin d'aimer les êtres qu'elle aime pour embrasser le monde et le sentir habité, pour l'aimer au travers des paysages vus, traversés et rêvés, pour être de plain-pied avec lui.
    Cette pensée me touche d'autant plus que c'était, quelques heures auparavant, la réflexion même que me faisait Katia qui tentait, avec ses propres mots, de me faire ressentir cela, que je ne ressens pas - ou peut-être pas encore : on peut être en contact direct avec le monde sans besoin de médiation, sans besoin de porte des étoiles, et communier avec lui dans la simplicité la plus extrême.
    On le peut mais je ne le puis pas - ou peut-être pas encore.
    Je ne ressens le monde, pour ma part, et le monde ne m'émeut qu'au travers de sa fluidité, de sa fugacité, de son caractère éphémère. Dans le rire de l'enfant comme dans le visage de la femme, dans la fleur sur l'arbre comme dans la ride au coin de l'oeil, c'est le temps qui me bouleverse, en ceci précisément qu'il se dévoile, me rappelant à mon propre destin, à ma finitude et au bout du compte à l'extrême brièveté de ma présence au monde. Et c'est cette brièveté, perçue au travers de l'écoulement des choses qui se meuvent et qui vivent, qui me rend le monde si rare et si précieux : le temps m'est compté ; je n'ai pas l'éternité devant moi, et c'est pourquoi je suis, au fond de moi, si pressé - si avide, pour reprendre le mot employé par Frog et que l'aimée, il y a longtemps déjà, avait pareillement employé.
    Et c'est cela qui me touche profondément, parce que je l'accepte et le crois :  je suis pressé et apeuré  du temps qui passe quand d'autres ne le sont pas et ont pour elles, pour eux, tout le temps, et le monde entier.
    Tel est l'objet de cet enregistrement.
    8 min
  • Les beautés bouleversantes
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170505beaute.mp3
    Je lisais hier un très beau texte, Le pays du bonheur, écrit par Joséphine Lanesem, et en étais ému.
    Or, la beauté et l'émotion ne sont pas toujours réunies ; le plus souvent, elles sont disjointes, jouant dans des registres différents, s'adressant à des sens qui ne sont pas les mêmes : il y a tant de choses qui émeuvent et n'ont pas de beauté, tant de choses belles aussi qui ne nous émeuvent pas !
    Telle était la réflexion que je me faisais, ce matin, repensant à l'émotion ressentie hier, et au bouleversement que je ressens parfois à la découverte de certains visages.
    C'est le point de départ de cet enregistrement :  distinguer quels sont les choses ou les êtres beaux qui dans le même temps m'émeuvent - ou plus précisément, celles et ceux dont la beauté m'émeut.
    La liste sortie de ce premier tour n'est certainement pas exhaustive mais elle est courte : musiques, textes poétiques, femmes. Voilà, à mon sens, les beautés bouleversantes.
    Pourquoi cette étrange liste ?
    PS : à la réflexion,  je pense que tout cela est mal pensé, insuffisamment réfléchi, trop improvisé - ce qui est la règle de l'exercice. 
    J'y reviendrai.
    PS2 : inachevé toujours, mais je pense que l'émotion a souvent à voir avec le temps, la perception de l'éphémère et du fugace, de l'irréversible. Une nostalgie par anticipation. Katia me disait quelque chose d'approchant hier, Joséphine aujourd'hui.
    0 min
  • Appels à voter
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170501appels.mp3
    Je n'ai pour ce qui me concerne aucun doute ou état d'âme sur ma participation au vote de dimanche prochain ni sur le nom que portera le bulletin que je glisserai dans l'urne.
    Je n'en suis pas moins gêné par cette multiplication d'appels à voter qui apparaissent sur les réseaux sociaux, et qui, émis par les autorités morales, scientifiques ou artistiques les plus diverses, essaient de convaincre de la nécessité absolue d'élire Emmanuel Macron.
    Cela me rappelle ces pétitionnaires que j'étudiais dans ma jeunesse et qui, s'appuyant sur leur compétences pointues et reconnues en matière de physique nucléaire, de biologie moléculaire ou de tragédie grecque, appelaient à voter, dans les années 1930, pour tel ou tel candidat ou parti, alors même que cela n'avait évidemment aucun lien avec leurs compétences.
    Je suis également gêné par le fait que, plus souvent, pour justifier cet appel à voter, on s'appuie sur des analogies historiques qui, forcément, sont toujours peu ou prou fallacieuses, pour l'unique et excellente raison que l'histoire ne se répète jamais et qu'à trop regarder les choses dans le miroir de l'histoire, la seule chose qu'on fasse à coup sûr, c'est de ne pas voir le présent, dans sa réalité et sa singularité.
    C'est pourquoi je préfère au bout du compte ceux qui, au lieu de chercher laborieusement des arguments fragiles et d'appeler explicitement à voter pour tel ou tel, se contentent (ou ont la prétention - on est ici dans le domaine vibratoire où les choses sont hésitantes et polysémiques) de dire qu'eux-mêmes voteront ainsi.
    Ils ont l'orgueil, qui est aussi l'humilité, de simplement donner l'exemple et de dire que, compte tenu de ce qu'ils sont, de leurs convictions, de leur morale, de leur sens du devoir et de la dignité, c'est ainsi qu'ils se conduiront.
    J'ai bien aimé, au soir du premier tour, les prises de parole de Benoît Hamon et François Fillon qui disaient simplement ce que pour leur part ils feraient.
    Il n'y a que par son propre exemple qu'on puisse convaincre les autres.
    Tel est l'objet de cette improvisation, ici enregistrée, et qui était partie sur sur ce seul dernier sujet : le rôle de l'exemple.
    9 min
  • Il n’y a pas de héros pour son valet de chambre
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170429heros.mp3
    Ma fille ayant été invitée à réfléchir au rôle du valet dans la comédie, je repensais à cette phrase de Goethe qui écrit quelque part qu'il n'y pas de héros pour son valet de chambre.
    J'avais toujours compris cette phrase comme signifiant que le valet est tellement habitué à repriser les chaussettes et repasser les chemises de son maître qu'il sait que, derrière le héros, est un homme comme les autres, faible et plein de défauts comme les autres. Le valet sait que la vérité du héros est son humanité.
    Mais m'étant un peu documenté, je m'aperçois que cette interprétation est celle de Tolstoï mais non celle de Goethe, ou de Hegel. Pour Goethe et Hegel, le valet est vil, son âme est vile, et c'est pourquoi il ne voit que les slips sales et les chaussettes à repriser : il est tout simplement incapable, dans sa position et sa fonction, d'appréhender et de reconnaître la grandeur. Il ne perçoit que ce qui lui est perceptible, comme les hommes de la caverne de Platon ne peuvent percevoir que les ombres de la réalité, faute de savoir affronter la lumière de la vérité.
    Et comme à chaque fois qu'on parle de choses vraiment intéressantes, j'aperçois cette vibration des réalités et des idées au gré de laquelle chaque chose peut instantanément se retourner en son contraire : le maître du valet est un héros. Mais il est aussi un homme. La valet a raison d'y reconnaître un homme, avec toutes ses faiblesses. Le crime du valet, c'est de croire que, sous prétexte que son maître est homme, il ne pourrait pas être dieu. Sa faute est d'avoir une conception simpliste du monde dans laquelle il y a d'un côté des hommes, pieds dans la terre et dans la boue, et de l'autre des dieux ayant la tête dans les étoiles. Le valet ne reconnaît pas la grandeur du héros, qui aussi celle de l'homme, qui consiste précisément en le fait de tenir les deux bouts, d'avoir simultanément les pieds sur terre et la tête dans les étoiles.
    Tel est l'objet de cette improvisation enregistrée.
    6 min
  • Gravitation et élections
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170427gravitation.mp3
    Hier, France Culture a diffusé une émission intitulée "Faut-il repenser la gravitation", à laquelle participaient Carlo Rovelli, physicien qui travaille à Marseille, et Jean-Philippe Uzan, astrophysicien travaillant à Paris et que j'ai la chance de connaître un peu.
    En cette période électorale pleine de miasmes et d'idées mauvaises, en ces temps où certains des arguments échangés laissent un goût mauvais dans la bouche et l'esprit, écouter cette conversation où l'on voit l'homme essayer de pousser plus avant sa connaissance du monde réjouit l'âme.
    Comme la lecture du catalogue de la Bibliothèque nationale, c'est un émerveillement que le spectacle de l'homme gravissant les montagnes du savoir.
    J'étais, la semaine dernière, ravi du désert et de la découverte des efforts accomplis par la vie pour s'implanter où elle le pouvait. Mais les efforts accomplis par l'homme pour se grandir et être ainsi fidèle à sa nature et à sa dignité sont également admirables.
    Et s'en souvenir fait du bien.
    Tel est l'objet de cet enregistrement.
    4 min
  • Savoir écouter
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170426ecouter.mp3
    Nous regardions hier avec les enfants l'émission durant laquelle Marine Le Pen se présentait au public et, comme ils ne l'apprécient guère, ils réagissaient au quart de tour à chaque mot, à chaque phrase qu'elle prononçait, n'écoutant pas jusqu'au bout ce qu'elle avait à dire.
    C'est ainsi le plus souvent que nous faisons, que nous agissons, et à l'égard de tout le monde : nous n'écoutons pas ce que les gens nous disent car nous croyons déjà savoir ce qu'ils ont à nous dire ; nous nous écoutons nous-mêmes ; nous écoutons l'appréciation que nous avons déjà forgée, par avance, sur les propos qui ne nous ont pas encore été tenus mais que nous pensons ne pas avoir besoin d'entendre et c'est sur cette appréciation préjugée bien plus que sur ce qui nous a été effectivement dit que nous réagissons, interrompant notre interlocuteur comme la mouche du coche.
    Or s'il est tout à fait sain - s'il était hier soir tout à fait sain - de comparer, dans un deuxième temps, les propos tenus à ce que nous connaissons par ailleurs des personnes qui nous parlent, de mettre les paroles en regard des actes, il faut, pour le bien faire, avoir d'abord écouté ce qu'elles ont à nous dire.
    Or, c'est tellement rare ! Si rares les personnes capables d'écouter vraiment ce qu'on leur dit en faisant abstraction de ce qu'elles avaient d'abord en tête, de ce qu'elles avaient d'avance en tête !
    J'ai pu le constater aussi la semaine dernière, lors de ma promenade dans le désert, dans un groupe au sein duquel des coteries s'étaient formées - pour des raisons bien compréhensibles - cloisonnant encore plus la communication, refermant complètement ce qui déjà était à peine ouvert.
    Tel est l'objet de cet enregistrement.
    6 min
  • Demander le nom des choses
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20170424nom.mp3
    J'étais la semaine dernière en randonnée dans le désert, lieu de sécheresse et de silence, et me suis à cette occasion rendu compte de la sorte de réflexe que nous avons acquis  - que j'ai acquis, du moins - qui nous conduit à systématiquement, presque irrépressiblement, demander le nom des choses, quand bien même nous n'en aurions, au bout du compte, pas grand chose à faire : quel est le nom de cette plante, de ce village qu'on aperçoit au loin, de ce sommet, de ce massif, de ce plat, de cet animal ?..., tant de noms que nous demandons à connaître sans bien savoir ce qui nous y pousse.
    La connaissance mérite le plus grand respect. Savoir vaut mieux que ne pas savoir. Mais la demande mécanique de savoir que je voyais à l'oeuvre la semaine dernière ne me semble pas participer de l'accroissement de notre connaissance, de notre compréhension du monde, mais plutôt de son occultation : connaître le nom des choses pour pouvoir les catégoriser plus vite, et ne pas avoir à les examiner plus avant ; connaître mieux le nom des choses pour connaître moins bien les choses elles-mêmes... connaître le nom pour ne pas connaître la chose.
    Tel est l'objet de cette improvisation matinale, dont je terminerai ultérieurement le commentaire.
    4 min

About Improvisations (le podcast)

From the publisher's feed

Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.