Improvisations (le podcast)
Download on the App Store

Improvisations (le podcast) episodes

  • S’occuper de soi avant de s’occuper des autres
    Etty Hillesum note, dans son journal, que la première chose à faire, et peut-être la seule chose à faire, est d'extirper de soi, d'anéantir en soi tout ce qu'on voudrait anéantir chez les autres. Et que, à partir de là, haïr les autres est une façon de ne pas prendre le mal à la racine, une sorte de faux-fuyant.
    C'est le cœur du message chrétien. Celui de Jésus, bien sûr, pas celui du Grand inquisiteur ou même de l'Eglise : l'idée que c'est en soi-même qu'on doit agir et que c'est seulement ainsi que le monde pourra grandir et prospérer. Non en imposant aux autres ses façons mais en les lui faisant partager. C'est d'ailleurs aussi le message de Gandhi.
    Pour prendre les choses autrement, mais c'est toujours la même idée, les autres - et surtout ceux que nous n'aimons pas et nous dérangent - peuvent être considérés comme des miroirs où se reflètent nos propres défauts.
    En ces jours où il faut des hommes armés de mitraillettes pour surveiller et protéger les églises, les synagogues, les mosquées, l'idée qu'avant de demander et d'imposer quoi que ce soit aux autres, il faut faire d'abord faire le ménage en soi-même est la bienvenue.
    C'est un bon message de Noël.
     
    En un autre temps et ailleurs, j'avais écrit cela.
    4 min
  • Immigration-intégration : de Dheepan au rapport de Louise Casey
    En 2015, le cinéaste Jacques Audiard avait réalisé le film Dheepan, palme d'or à Cannes, qui dénonçait l’extraordinaire violence qui pouvait exister dans certaines banlieues dites sensibles : trafics de drogue, d'armes, de personnes, racket, intimidations : des violences quotidiennes justifiant l’appellation de zones de non-droit parfois donnée à ces quartiers.
    D'une certaine façon, ce qui était dénoncé dans ce film que je n'avais pas aimé et qu'on avait dit être extrêmement caricatural, c'était l'échec total du modèle d'intégration français, fondé sur l'assimilation. On n'arrivait pas, de fait, à assimiler ces populations et on en venait donc, tout en niant leur identité, à les éloigner dans des zones spécifiques, étrangères au reste du pays, où se déployait une immense violence qu'on ne voulait pas voir dès lors qu'elle restait parquée dans ces zones périphériques.
    Par contrepoint, la fin du film mettait en scène le Royaume-Uni au sein duquel l'acceptation d'origine des différences semblait permettre, à terme, une meilleure intégration : les Britanniques laissaient leurs immigrés vivre ensemble et s'organiser ensemble dans un communautarisme assumé. Mais au bout du compte, par le biais de l'école et de l'éducation des enfants, par le biais aussi du travail et de l'emploi, l'intégration se faisait, petit à petit, mais de façon finalement efficace.
    D'un côté, donc, il y avait le modèle assimilationniste français qui n'arrivait plus à intégrer ; de l'autre, le modèle communautariste britannique ou anglo-saxon, qui y arrivait.
    Et voici que Dame Louise Casey, haute fonctionnaire britannique publie, au début de ce mois, un rapport qui vient contredire cette vision un peu idyllique des choses. A l'issue d'une enquête d'un an, elle indique que, dans un nombre important de cas, le développement en communautés séparées a conduit au maintien ou au développement de pratiques et de conduites contraires au droit britannique et en elles-mêmes intolérables : existence de pseudo-tribunaux rendant une justice parallèle, violence à l'égard des personnes enfreignant les règles de la communauté et puis, de façon extrêmement générale, ségrégation, mise à l'écart, oppression, des groupes les plus faibles, à commencer par les femmes et les enfants :
     
    "But I also found other, equally worrying things including high levels of social and economic isolation in some places and cultural and religious practices in communities that are not only holding some of our citizens back but run contrary to British values and sometimes our laws. Time and time again I found it was women and children who were the targets of these regressive practices. And too often, leaders and institutions were not doing enough to stand up against them and protect those who were vulnerable."
     
    Elle ajoute que, bien souvent, les pouvoirs publics ont délibérément fermé les yeux ou laissé faire, de crainte d'être accusés d'anti-islamisme, d'antisémitisme ou de quoi que ce soit de ce type.
    Ce n'est donc pas non plus un modèle parfait...
    Face à l'échec de l'assimilation et du communautarisme, il faut reprendre la réflexion et arriver à imaginer et à mettre en oeuvre un modèle d'intégration adapté à notre temps.  Car il y aura des migrations ; il y aura des migrants ; il y aura des immigrants. Et nous devrons les accueillir. Et c'est très bien.
    La seule question est de savoir comment le faire au mieux.
    8 min
  • Bienvenue à l’hiver
    Le ciel, ce matin, est gris sombre, bas, nuageux, un vrai ciel de solstice d'hiver, comme je les aime désormais.
    Ça n'a pas été toujours le cas. Longtemps, j'ai eu mes saisons préférées : le printemps et l'automne, avec leurs couleurs chaudes et chatoyantes. Puis, avec l'âge, est venu un amour égal de toutes les saisons, de leurs changements et de leur rythme, de leur palpitation.
    J'aime, en hiver, l'ombre qui grandit, la lumière qui faiblit, la courte durée des jours, la longue durée des nuits, le ralentissement des choses, l'atténuation des bruits, l'engourdissement qui paraît s'emparer de tout.
    Ce mouvement vers le repos, vers le calme, vers l'affadissement des bruits, des couleurs, de l'activité, apaise et prépare à la renaissance et au nouveau départ. La nature reprend son souffle, et nous avec.
    Et j'aime cette façon qu'a le monde de nous entraîner dans son rythme, de nous forcer à épouser la danse des saisons et à suivre sa ronde, de nous bousculer pour nous contraindre tantôt à accélérer notre course, et tantôt à la ralentir.
    J'aime ressentir cette longue respiration des choses et sentir en moi le souffle du monde.
    Bienvenue à l'hiver !
    5 min
  • De Berlin à Tultepec : le mal et le malheur
    Une trentaine de morts à Tultepec, dans l'explosion d'un marché de feux d'artifice ; une douzaine à Berlin, dans un attentat contre un marché de Noël. Des dizaines de blessés dans l'un et l'autre cas. Et durant le même laps de temps, probablement des milliers de personnes mortes ou blessées dans des maladies, tuées par la faim, le meurtre, la vieillesse ou le désespoir. Le malheur est partout ; il guette l'homme au coin de la rue à chaque minute de sa vie.
    La mort et le malheur sont innombrables, ils imprègnent l'existence. Ce n'est évidemment pas à leur aune qu'il faut mesurer l'attentat de Berlin.
    Ce qui choque, dans l'attentat de Berlin, comme dans tous les attentats de ce type, ce n'est pas la mort et la désolation qu'ils sèment, c'est le fait qu'elles soient semées de façon délibérée, volontaire, contrôlée. Non un accident, un glissement du processus, un grain de sable venu gêner le mécanisme, non pas même un risque assumé ou un dégât collatéral mais une volonté assumée de causer la mort et la souffrance. Et de les infliger à des personnes que l'assassin ne connaissait pas, dont il ne connaissait rien, qui n'étaient pas partie prenantes.
    Ce qui choque, dans l'attentat de Berlin, ce n'est pas que le malheur ait frappé, c'est qu'un homme ait choisi, dans un geste d'orgueil qui est une pure manifestation de l'ὕϐρις, d'incarner ce malheur.
    A Tultepec, c'est le malheur qui est à l'oeuvre. A Berlin, c'est le mal.
    5 min
  • Désordre et refus de l’irrémédiable
    J'essaie de mettre de l'ordre et du calme dans ma vie, dans mes relations, dans mon travail. J'essaie de calmer mes émotions, mes réactions à ce que me disent les gens, d'être plus serein et moins bousculé par les choses. J'ai parfois l'impression d'y arriver un peu et d'être un peu moins semblable que je ne l'étais à un bouchon jeté dans la mer déchaînée et qui ballotte dans tous les sens.
    Et puis je tourne les yeux vers mon appartement et voit l'immense désordre qui y règne : la pile de linge attendant d'être repassé, les papiers à lire et à signer s'accumulant sur mon bureau, tous ces vêtements que je voulais donner et que je n'ai pas descendus, ces factures à ranger et qui demeurent en place. Et par dessus tout, tous ces objets dont je n'ai rien à faire, que j'ai conservés sans trop savoir pourquoi et qui encombrent les étagères, les armoires, les placards, engonçant tout, étouffant tout.
    Salutaire spectacle, qui donne à voir, plus que les grands mots et les belles phrases, l'étendue du chemin qui me reste à parcourir !
    Il me revient en mémoire cette image d'une femme ou d'un homme s’accrochant à la grande aiguille d'une grande horloge comme celle du Musée d'Orsay, comme si elle voulait, en stoppant le mouvement de l'aiguille, arrêter la coulée du temps. Je crains que ma tendance à laisser les choses en place et à ne pas les ranger ne reflète la crainte qui m'étreint à l'idée de refermer définitivement un dossier pour passer à autre chose. Ce qu'on dit aussi tourner la page, faire place nette, partir sur de nouvelles bases.
    J'ai horreur de clore un dossier, de considérer que la messe est définitivement dite. L'irrémédiable me fait peur et je crois, tandis que j'écris cela, que faire en sorte que rien ne devienne irrémédiable est peut-être un de mes ressorts.
    Ce qui n'est probablement pas une bonne chose...
    5 min
  • Eureka ! – J’ai trouvé !
    Quand, après avoir cherché pendant des minutes, des heures ou plus longtemps encore, on trouve la solution d'un problème ou d'un exercice de mathématiques, c'est un grand bonheur.
    On a erré longtemps, on a emprunté de longs chemins qui n'ont finalement mené à rien, on a pataugé dans des difficultés où l'on a failli s'embourber sans trouver de prise permettant de s'accrocher, on a connu le découragement et la lassitude et voici que soudain, dans une sorte d'illumination, de quasi-révélation, la solution apparaît, chassant brutalement les nuées au milieu desquelles elle se tenait !
    Comme le soulignait Simone Weil, c'est avec l'attention, bien plus qu'avec la concentration, qu'on arrive souvent à découvrir la solution d'un problème : il ne s'agit pas d'être totalement focalisé sur la question mais, au contraire, de savoir s'en écarter un peu, savoir en observer les à-côté, savoir s'en éloigner pour saisir des ordonnancements, des architectures qui n'apparaissent parfois qu'avec un peu de distance, un peu de détachement.
    Et puis, l'un des plaisirs de cette expérience est le réconfort qu'elle procure en établissant que malgré tout ce qu'on peut parfois penser, la persévérance paie : il arrive qu'on trouve tout de suite, par l'effet d'une grâce incompréhensible, mais quand ça n'est pas le cas, on peut cependant être quasiment certain, qu'au bout du compte, à  force d'attente, d'attention, de persévérance, on y arrivera, que l'effort n'aura pas été vain.
    Et le "J'ai trouvé", le "Eurhka" qui jaillit alors de l'esprit et de la bouche marque une vraie victoire, un vrai contentement. Ça n'est pas un cri d'orgueil car il est évident que notre conscience a joué un faible rôle dans le processus de découverte. C'est plutôt de l'émerveillement : quelque chose, en nous, a trouvé, et nous en sommes heureux, comme nous le serions d'un beau spectacle se déroulant sous nos yeux.
    4 min
  • Aigle pêcheur (souvenir d’un rêve)
    J'ai rêvé cette nuit et ai gardé de ce rêve un souvenir court mais extrêmement précis, avec des images d'un grand détail, d'une très haute définition.
    Il s'agissait d'un jeune aigle, accompagné de deux jeunes aiglons, perché sur un rocher à côté de la mer ou de l'océan, qui guettait d'un œil très attentif les poissons passant à proximité car il voulait pêcher et apprendre à ses enfants à pêcher. Et je voyais très distinctement ses yeux, son regard fixant les eaux, et sa démarche silencieuse et un peu hésitante lorsque, descendu de son petit rocher, il s'était avancé, parmi les algues et les gravillons, pour attraper un poisson - scène que je n'ai pas vue.
    De quelle partie de mon esprit, de quelle circonvolution de mon cerveau cette petite scène, parfaitement filmée, parfaitement cadrée, a-t-elle surgi ? Et pourquoi ? Pourquoi cette scène ? Pourquoi cet aigle  ? Pourquoi cette nuit ? Et pourquoi est-ce de cela et de cela seulement que je me souviens au matin ?
    Pourquoi cette plongée dans les yeux de l'aigle, ce travelling avant vers les plumes de sa tête ébouriffées par la brise, cette immobilité du cadrage  lorsqu'il s'agissait de surprendre l'avancée silencieuse et méticuleuse, scrupuleuse, du jeune animal dans l'eau ? Et les regards échangés par les deux jeunes aiglons avant de suivre leur père ou leur mère ?
    Je suis émerveillé et stupéfait de la machine à fabriquer des rêves que j'abrite en moi et de la qualité de sa production.
    5 min
  • Ne pas prévoir
    On est souvent tenté, pour mieux se préparer aux choses, d'essayer de les imaginer, en espérant qu'ainsi, l'avenir, plus familier, sera moins déstabilisant. Nous passons ainsi une bonne partie de notre temps à nous projeter dans le futur, à essayer de prévoir ce dont demain sera fait, comme ces ordinateurs de Wargames qui moulinent, jour et nuit, des milliers de scénarios de guerre pour élaborer la meilleure stratégie possible.
    Et puis une jour, cet avenir que nous avions tenté d'imaginer arrive enfin, dans son irréductible réalité, et, patatras ! tous les plans que nous avions faits sur la comète, tous les beaux châteaux que nous avions construits en Espagne, tous les cauchemars qui nous avaient tenu éveillé les nuits précédentes se dissolvent dans un présent tout neuf et qui n'a rien à voir car les choses, tout simplement, ne sont pas telles que nous les avions prévues.
    Et voilà que toutes nos imaginations, tous nos scénarios, toutes les tactiques que nous avions élaborées dans la tour d'ivoire de notre esprit, s'effondrent et se dégonflent, perdent leur pertinence et deviennent inutilisables. Pire encore : elles que nous avions pensées et suscitées dans l'espoir qu'elles nous seraient une aide se retournent en boulet, en poids lourd, en œillères qui nous empêchent de voir les choses, de les sentir, de les saisir, telles qu'elle sont. Et voici que, voulant nous raccrocher au scénario 18, 13 ou 256, nous agissons de travers, enchaînons maladresse sur maladresse, trébuchons et trébuchons encore car ce scénario, qui possédait sa logique propre, n'est pas adapté au présent que nous vivons : et nous voici devenus comme ces robots des Temps modernes qui, en dépit du déraillement du processus en amont de la chaîne, continuent leur tâche  comme si de rien n'était, multipliant les catastrophes.
    Il faut lutter contre cette propension que nous avons a essayer de prévoir, de préjuger, d'imaginer l'avenir. Comme le montrent les vieux romans de science-fiction, il est rare que l'avenir ressemble à nos prévisions, et c'est pourquoi celles-ci, bien souvent, nous gênent plus qu'elles ne nous aident.
    5 min
  • Résister au désir de la petite vengeance
    Arrive peut-être un jour où l'on a tellement progressé en sagesse, tellement grandi dans l'abnégation, qu'on ne se vexe plus, que l'on ne se sent plus blessé par des attitudes, des refus, des secrets, qu'on accepte tout avec ouverture, sérénité, joie sans ne plus ressentir aucune peine, chagrin, émotion.
    En attendant ce jour, il m'arrive, quant à moi, parfois, d'être chagriné par des gestes ou des silences, peiné par des comportements, vexé par des paroles, déçu par des attitudes.
    Ai-je raison ou tort de ressentir ces émotions ? Là n'est pas l'objet de mon propos. Ce qui importe, c'est que, les ressentant, à tort ou à raison, on a parfois tendance à vouloir exercer une petite vengeance, à vouloir causer une petite peine à la personne qui nous a peiné - et que telle est évidemment la chose à ne pas faire, même si une force quasi-réflexe nous y incite.
    Il ne faut pas le faire pour une raison mineure qui est que c'est mesquin, que ces petites vengeances sont ridicules et risquent de nous entraîner dans des balancements ininterrompus d'actions et de réactions où la vie risque de s'épuiser dans la futilité, et que la meilleure chose àfaire est, le plus tôt possible, de calmer le jeu du balancier
    Mais la raison la plus importante, la raison majeure, est autre. Elle est toute simplement'il faut, en toutes choses, viser à agir avec droiture, ce qui exclut évidemment qu'on agisse envers quelqu'un d'une façon qu'on pourrait regretter, dont on pourrait avoir honte ou remords.
    Il faut donc s’abstenir de répliquer, de lancer des mesures de rétorsion, de se montrer désagréable, suspicieux ou rancunier, s'abstenir surtout de se comporter à l'égard de la personne qui nous a blessée comme elle s'est comportée, histoire de lui rendre la monnaie de sa pièce. Ce genre de monnaie ne doit pas se rendre.
    Ça n'est pas toujours facile ; c'est souvent frustrant mais c'est certainement le chemin qu'il faut suivre.
    En un autre temps et ailleurs, j'avais écris cela.
    5 min
  • Divertissement : bouger pour être sûr de vivre
    Quand les Parisiens (et je présume, les habitants des autres grandes villes) sortent, vers midi, pour aller déjeuner ou faire quelques courses, ils se comportent (et moi de même) comme s'ils étaient pressés par une urgence particulière. Cela se voit notamment à leur façon de traverser la rue, le plus souvent sans attendre que le petit bonhomme du passage clouté soit devenu vert.
    Il y a sûrement, dans cette grande foule qui envahit les rues, des personnes objectivement pressées : elles ont une réunion, plein de choses à faire, un rendez-vous avec leur amant, leur maîtresse, leur femme, leur mari, leurs enfants, que sais-je ? Mais la majorité d'entre elles n'ont pas de contrainte et ce n'est probablement pas l'envie pressante de revenir au bureau qui justifie leur façon de faire.
    J'ai l'impression que la justification est plutôt négative : les gens vont vite et traversent la rue sans attendre que le bonhomme ne soit devenu vert parce qu'ils ne veulent pas attendre. Ça n'est pas la vitesse qu'ils recherchent. C'est le piétinement à côté du feu qu'ils fuient.
    Il en va de même dans les lieux dédiés à l'attente : les salles d'attente sont pleines de journaux, de gens qui lisent, qui jouent avec leur téléphone ou qui font des mots croisés. Très rares sont, dans ces endroits, les gens qui se contentent d'attendre sans manipuler quelque chose, sans chercher, d'une façon ou d'une autre, à remplir l'instant.
    L'attente nous met mal à l'aise, comme le silence et le vide. Ce n'est pas seulement qu'elle nous ennuie - car le spectacle de la rue, des visages, de la diversité des choses, pourrait largement nous occuper et combler ce prétendu ennui - mais c'est qu'elle nous dérange et nous fait nous sentir mal, comme ces grands vides qui s'instaurent parfois dans une conversation et que nous redoutons comme la peste.
    L'attente vide de tout nous fait peur. Nous cherchons par tous les moyen à l'occuper, à la remplir, à la combler, en bougeant, en nous agitant, en nous remuant, en chantonnant, en faisant tout pour boucher ce trou dont la béance nous terrorise comme la mort.
    Ce que Pascal appelait le divertissement.
    7 min

About Improvisations (le podcast)

From the publisher's feed

Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.