Improvisations (le podcast)
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Improvisations (le podcast) episodes

  • Etre fidèle à Alep, ici et maintenant
    A Alep, je ne peux rien faire. Pour Alep, je crains de ne pas pouvoir faire grand-chose.
    Mais le malheur est partout. Il est à Alep, il est ailleurs, il est ici.
    Le secours et l'aide que je ne peux pas porter aux habitants d'Alep, que je le porte ici aux réfugiés et aux autres. A ceux que je ne connais pas et à ce que je connais, aux étrangers et aux proches.
    Mon incapacité à Agir à Alep ne doit pas être le prétexte à ne pas agir ici. Toute aide est bonne. Et celle que je peux mettre en oeuvre ici et maintenant, dans la réalité, dans l'action, vaut infiniment plus que celle que je regrette de ne pas pouvoir actionner.
    Les regrets ne servent à rien. Ni aux habitants d'Alep, ni aux autres.
    3 min
  • Alep : peut-il y avoir une solution purement humanitaire ?
    Parce que les pays occidentaux et nous avons peur d'aider des mouvements qui se révéleraient par la suite incontrôlables, parce que l'expérience de l'Afghanistan et de l'Irak nous font craindre, à juste titre, de déclencher, par un soutien irréfléchi, des forces incontrôlables, nous ne soutiendrons pas militairement les combattants rebelles des quartiers Est d'Alep.
    Dont acte.
    Mais ne pourrions nous pas, oubliant la politique, nous préoccuper de l'humanitaire et travailler à sauver ces dizaines ou ces centaines de milliers de civils qui sont aujourd'hui sous les bombes, et dont les immeubles, les hôpitaux, les écoles, sont progressivement réduits en gravats ? Ne pourrions-nous pas faire pression pour que ces civils, qui ne sont pas parties prenantes du conflit militaire, cessent d'en être les premières victimes ?
    Ce n'est pas sûr.
    Quand un conflit se prolonge et qu'un camp, progressivement perd, sa population civile devient progressivement un rempart, puis le seul rempart contre la défaite et l'écrasement.
    Imaginons un instant que le gouvernement syrien et ses alliés acceptent le principe d'un corridor permettant aux civils de quitter les lieux, que les forces rebelles l'acceptent également et que ce soit le cas, aussi, des civils, que se passerait-il ?
    A peine le dernier civil aurait-il quitté les quartiers assiégés que la rébellion serait écrasée, militairement, dans un déluge de feu et d'acier, voire de gaz.
    Évacuer les civils, pour des raisons humanitaires qui se comprennent parfaitement et auxquelles on ne peut que souscrire, c'est signer l'arrêt de mort de la rébellion, accepter son écrasement instantané, c'est la trahir. Trahir le camp que nous avons soutenu.
    Dans l'Orient compliqué, n'avançons pas avec des idées trop simples. Il y a peut-être des solutions à la crise humanitaire d'Alep, j'espère qu'il y en a, mais cessons de faire comme si ces solutions étaient simples et qu'il suffisait, pour les mettre en oeuvre, de "courage politique".
    Car tel n'est pas le cas. Ça ne suffit pas.
    6 min
  • Alep, ville martyre
    Le sort fait à Alep et à sa population est terrible : ville bombardée, assiégée, coupée ; population martyrisée, blessée, abandonnée.
    Nos gouvernants ne font pas ce qu'il faut pour mettre fin à cette situation et à ce siège.
    Mais, clairement, nous, les populations d'ici, nous ne faisons pas non plus tout ce que nous pourrions pour pousser nos gouvernants à agir dans le sens que nous disons souhaiter.
    Il y à cela une raison simple :  nous avons peur. Nous avons peur, en soutenant jusqu'au bout les rebelles d'Alep, de déclencher des forces incontrôlées, irrépressibles, comme ce fut le cas en Irak, dans cette guerre qui accoucha du monde dans lequel nous vivons.
    La dernière fois que nous, Etats occidentaux, communauté internationale, avons voulu chasser du pouvoir, dans cette partie du monde, un tyran autoritaire, Saddam Hussein, en Irak, nous avons donné naissance à une anarchie dont est né le terrorisme prétendument islamique qui sème partout la mort et la désolation.
    Et de cela nous ne voulons pas.
    Le souci de l'équilibre entre Etats-Unis et Russie, le souhait de ménager la Russie et l'Iran, tout cela doit également jouer mais dans une faible part au regard de la raison principale : notre crainte de mettre la main dans un engrenage qui nous broierait.
    Chat échaudé craint l'eau froide. La population abandonnée d'Alep paie le prix des erreurs commises il y a vingt ans en Afghanistan et en Irak. C'est terrible mais c'est ainsi.
    http://m.rfi.fr/emission/20161203-alep-ville-martyre
    5 min
  • Le jaillissement imprévisible du temps
    J'écrivais hier une note, au bureau quand, voulant parler de l'avenir, est venue sous ma plume l'expression : "jaillissement imprévisible du temps".
    L'image est certainement complètement éculée ! Mais elle a une certaine saveur. Le temps est comme une source, une fontaine, un tuyau d'arrosage d'où jaillit, de façon continue et irrépressible, un flux de choses, de nouveautés, de personnes, d'événements : le présent, si fugace. Notre vie est cette avancée dans ce flux qui, à chaque instant, nous entoure, nous baigne, nous emporte, nous frappe et nous caresse.
    Quand vient la pluie on peut chercher refuge sous un auvent ou un parapluie. On peut également faire comme ces enfants qui, aux beaux jours, dans les jardins publics, courent de jet d'eau en jet d'eau, recherchant le contact de l'eau, la force du flux, désirent les gouttes et sont ravis de se heurter à elles.
    Le flux est irrépressible et nul ne peut s'y soustraire, le voudrait-il avec la plus grande énergie. Plongeons-y, avec curiosité et gourmandise !
    3 min
  • Apprendre
    On ne peut pas apprendre tout seul, quel que soit ce qu'on veut apprendre, car on ne peut pas apprendre sans confrontation à l'autre.
    On peut essayer d'apprendre, très soigneusement, très attentivement, très scrupuleusement, en suivant les consignes, en faisant les exercices, en étant très rigoureux ; on aura ainsi le sentiment de faire des progrès, d'avancer, de s'améliorer. Mais lorsque viendra le moment de vérité avec la confrontation avec un vrai professeur, un vrai maître, tout l'édifice, le plus souvent, s'effondrera. Et il apparaîtra qu'en dépit de tous nos efforts, de toute notre discipline, de tout notre sérieux, ce sont essentiellement nos propres fautes, nos propres erreurs, qu'on a apprises et répétées.
    Pour vraiment apprendre, dans tous les domaines, il faut pouvoir interagir avec un autre, se confronter à lui.
    5 min
  • Entre le confort et l’inconfort, choisir l’inconfort
    J'assistais l'autre jour à une réunion, très calme et très sérieuse quand, à l'autre bout de la salle, des cris se firent entendre. Apparemment, une femme avait un malaise.
    Il apparut très vite qu'elle avait été prise en main par des personnes autour d'elle, que la situation était sous contrôle et qu'il n'y avait donc pas lieu de s'inquiéter.
    Mais les cris auraient-ils duré, que fallait-il faire ? Que fallait-il faire, sachant que je n'avais pas et ne pouvais avoir une connaissance complète de la situation, et qu'il fallait donc prendre une décision sans en maîtriser les tenants et aboutissants ? Fallait-il que, comme les autres, je reste là, par mimétisme et discipline, me fiant à la capacité des autres à réagir pertinemment ou fallait-il que, bravant la passivité collective, je me lève, scandaleusement, interrompant la réunion, pour porter secours, éventuellement de façon déplacée et sans que cela soit utile ?
    Je crois en définitive que quand la question se pose ainsi, et que le choix donné est soit de rester dans le confort de l'attitude similaire aux autres, soit de choisir le scandale et son inconfort, il faut, sans hésiter, choisir l'inconfort et le scandale car l'autre voie est une ruse de la lâcheté.
    6 min
  • Abnégation : Etty Hillesum à Westerbork
    Etty Hillesum, que je connaissais très peu jusqu'ici, et que j'ai découvert avec stupéfaction et passion, offre, avec son action dans le camp de Westerbork, un exemple extraordinaire d'abnégation.
    En août 1943, moins d'un mois avant que sa famille et elle ne soient eux-mêmes déportés, elle travaille tout une nuit à réconforter, habiller, nourrir, aider des personnes qui ont été désignées pour partir dans un convoi.
    Rédigeant sa lettre le lendemain alors que tout est fini, elle constate à quel point il est étrange que la compassion et l'instinct d'aide l'aient ainsi conduite à accompagner, adoucir, apaiser le voyage vers ce qui est très probablement la mort.
    Elle s'en rend compte mais ne le regrette pas. Des raisons plus profondes l'ont guidée et l'on comprend que dans les circonstances dans lesquelles elle était, elle a jugé - elle a su - que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire, que c'était ce qui devait être fait.
    Et elle l'a fait sans hésitation, cela parut-il immoral ou complice des assassins. Et là est la totale abnégation.
    5 min
  • Pensée et action
    Dans un petit livre, intitulé Remarques sur l'action, Bernard Grasset écrit :
    "Agir, c'est à chaque minute dégager de l'enchevêtrement des faits et des circonstances la question simple qu'on peut résoudre à cet instant-là.".
    Cette façon de voir, à laquelle j'adhère aujourd'hui, m'a longtemps été étrangère. Mon éducation était en effet fondée sur l'idée d'une séparation nette entre la pensée et l'action, la première étant supérieure à la seconde.
    C'est maintenant que je me rends compte de la fausseté de cette conception d'un monde coupé en deux : l'action n’est pas le contraire de la pensée ; elle est en la fille. Et sans action, la pensée est stérile.
    3 min
  • Debout !

    Il y a des choses extraordinaires auxquelles nous sommes tellement habitués que nous ne nous en rendons même plus compte. Ainsi, la bipédie, le fait de tenir debout et de se déplacer ainsi, nous dont les pieds sont si petits et si courts, comparés à la longueur, à la hauteur du corps. C’est debout que […]

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    4 min
  • Bien et mal
    Dans Euthyphron, de Platon, dont j'ai parlé il y a quelques jours dans un autre blog, Socrate paraît dire qu'il existe, au dessus des lois, des croyances, des religions, des avis, des obéissances, une sorte de loi fondamentale, de conscience suprême, de voix divine, qui fait que chacun, homme ou dieu, sait, au plus profond de lui-même, où est le bien et ou est le mal.
    J'ai d'abord accepté cette idée, qui est agréable à entendre parce que réconfortante. Mais à la réflexion, je ne suis plus si sûr qu'elle soit vraie. Existe-t-il vraiment, partagé par tous, une même conception de c'est que le bien et de ce qu'est le mal ? Je n'en suis pas sûr.
    6 min

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Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.