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Or


La robotique exerce un fort pouvoir de fascination, surtout auprès des journalistes. Mais elle a bien de la peine à sortir de la « vallée de l’étrange ». En fait, le robot humanoïde est une idée très ancienne : le concept même de serviteur créé pour assister l’homme était présent dans la mythologie juive avec le golem, et les automates existaient déjà avant 1500, notamment le chevalier mécanique de Léonard de Vinci. La robotique a depuis progressé dans les usines, mais semble tarder à émerger auprès du grand public.
Est-ce le fait d’une contrainte technologique, alors que l’on ne cesse de miniaturiser les composants électroniques ? Y a-t-il un rejet naturel des humains à l’égard de machines qui leur ressembleraient trop ? Ou simplement le constat que la robotique n’a aucune utilité pour le grand public ? Un peu de tout cela certainement. La technologie actuelle ne permet de produire que des robots très spécialisés, aux tâches limitées, et un robot grand public aurait pour l’instant peu d’utilité en comparaison de son coût.
Note : ce billet a été publié pour la première fois en 2018
Même si l’IA progresse à grands pas, elle ne remplit pas encore ce que l’on attend d’un robot : reconnaître quelqu’un, tenir une conversation, apprendre un ordre simple, etc.
Aucun robot construit pour remplir ces buts n’est jamais sorti de la vallée de l’étrange, zone de conception où le robot suscite davantage de malaise que d’admiration. L’exemple le plus curieux est le robot Sophia, devenu (e ?) citoyen d’Arabie Saoudite. Ses réponses, programmées et énoncées d’une voix monotone, sont parfois accompagnées d’un humour dérangeant et un court sourire crispé sous des yeux écarquillés qui rendraient le visage de stars botoxées parfaitement naturel. L’engouement qu’il y a eu autour de ce robot (à qui l’on posait des questions comme s’il était le chef suprême des robots) était curieux, bien qu’il démontrait l’intérêt du grand public pour le sujet. Mais cela a également hérissé la communauté scientifique, en particulier Yann Le Cun, qui compara ce spectacle au Magicien d’Oz.
Nous étions en toute fin d’année 2017 lorsque s’est tenue au 21e étage de la tour Montparnasse une conférence sur la robotique. Invité à cette occasion, Rodolphe Gelin, EVP chez Softbank Robotique, nous a partagé sa vision sur le sujet. Et la vision de l’entreprise autrefois nommée Aldebaran Robotics avant son rachat par le géant japonais SoftBank est « d’apporter les robots à la maison ». De l’aveu de Rodolphe Gelin, « on ne peut pas encore le faire aujourd’hui ». Le vrai problème n’est en réalité pas celui de la mobilité du robot ni de sa capacité physique à saisir et manipuler des objets. « Un robot, c’est comme un smartphone : sans application il ne sert à rien », explique Rodolphe.
Et programmer un robot est une tâche bien plus ardue qu’on peut le penser. Une équipe de l’INRIA a par exemple cherché à donner à Roméo, le dernier venu de SoftBank Robotics la capacité à saisir des objets sur un plateau mobile (voir ici une interview). Comment ne pas perdre l’objet des yeux ? Comment ajuster ses gestes aux mouvements de l’objet ? Lorsque l’objet s’éloigne, à partir de quand allonger le bras, bouger le corps, utiliser ses jambes ? Les programmeurs se retrouvent vite coincés dans des problèmes complexes, qui doivent être résolus avec peu de moyens technologiques, l’informatique des robots grand public étant volontairement allégée pour en limiter les coûts.
Concrètement, cela marque de fortes différences avec les attentes d’un humain et ce qu’un robot est concrètement capable de réaliser. Par exemple, la chute : nous pouvons distinguer en une seconde si une personne tombe volontairement, s’agenouille pour refaire son lacet, ramasse un objet, etc., ou s’il s’agit d’une vraie chute. « Pour reconnaître une personne qui tombe, le robot va devoir regarder des milliers de séquences de personnes qui tombent pour reconnaître des paramètres comme l’angle, la vitesse, la direction, etc., qui indiquent que la chute est involontaire et que la personne a besoin d’aide. ».
À l’inverse, certains gestes vont être appris rapidement et répétés à la perfection : « nous avons appris à notre robot Pepper le bilboquet », explique Rodolphe. « Il lui a fallu 100 essais pour réussir pour la première fois. Dès lors, elle a réussi systématiquement sur tous les essais qui ont suivi ». On a hâte de voir les premiers robots basketteurs en action…
Lucide sur les limites actuelles de la robotique, Rodolphe identifie trois barrières qui limitent aujourd’hui la mise sur le marché auprès du grand public.
C’est un sentiment étrange de voir que ces petits bijoux technologiques, qui sont à la pointe du savoir, sont difficilement commercialisables. Softbank Robotics a eu l’idée de créer Pepper (celui de la vidéo ci-dessus), un robot sur roues avec une tablette pour guider les clients dans un magasin ou un centre commercial, afin de rentabiliser son activité. Nao, le tout premier créé, a trouvé usage dans l’éducation, notamment pour les autistes, où sa patience illimitée et sa confiance programmée pour être inébranlable permettent d’aider l’enfant à communiquer. Romeo est pour l’instant davantage un concept de recherche et développement qu’un projet destiné à être commercialisé à court terme.
L’assistance aux personnes âgées est également un objectif : « évidemment, c’est mieux d’avoir des personnes physiques pour s’en occuper », précise Rodolphe. « Le robot sera davantage utilisé en complément, pendant les absences, etc. ». Consultées à ce propos, les personnes âgées tiennent à garder une indépendance : « je ne veux pas que le robot fasse ce que je sais faire », « il ne doit pas décider pour moi ». Le premier but du robot est donc d’assurer la sécurité de la personne (chute, oubli de prendre un médicament, assister les déplacements, détecter les objets sur le passage), maintenir la connexion (rappeler les gens, maintenir l’activité de la personne, faire des jeux cognitifs), aider dans la vie de tous les jours (passer l’aspirateur, laver la vaisselle, aider à s’habiller, etc.).
La robotique est un sujet passionnant, mais sur lequel le grand public attend beaucoup et sans doute beaucoup trop. Or, recréer une réflexion et des attitudes d’humain est d’une complexité inouïe. Nous n’en sommes pas encore là, même si l’IA progresse à grands pas. La généralisation du très haut débit mobile permettra peut-être dans un avenir proche de centraliser l’intelligence du robot, lui permettant d’accomplir des tâches bien plus complexes tout en allégeant son informatique. Chercher à dépasser la vallée de l’étrange est également une curieuse idée, sachant que tout ce qu’il y a à gagner est la confusion entre robot et humain, ce qui n’est peut-être pas la bonne solution pour faire accepter la robotique au grand public.
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Le vol de données a changé la nature des cybermenaces. L’AFCDP, avec qui nous avons déjà réalisé deux interviews (ici et là) organisait le 9 février 2023, sa 17euniversité à la maison de la chimie à Paris. Devant un parterre impressionnant de représentants de la protection des données (DPO ou Data Protection Officers), le colonel Naëgelen, DGA de l’ANSSI a appelé à un rapprochement des fonctions des RSSI et des DPO. Rapprochement devenu indispensable du fait de l’évolution des attaques en cybersécurité.
Emmanuel Naëgelen est directeur adjoint de l’ANSSI, Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information. Il occupe un poste traditionnellement dévoué à un militaire. Ce qui est son cas, puisqu’il est colonel de l’armée de l’Air.
Il a une longue expérience de la cyberdéfense depuis 2009.
Le rapport de l’ANSSI de 2022 vient de sortir. On peut y lire que les cyberattaques par rançongiciel, si elles ont heureusement un peu baissé en nombre en 2022, ont beaucoup évolué et touché en priorité les PME et ETI (40 %) et les collectivités locales (23 %) et institutions de santé (10 %), soit près des trois quarts des attaques par ransomware pour ces trois cibles principales.
Des attaques contre les hôpitaux que le colonel Naëgelen a qualifiées d’abjectes.
Il a déclaré s’être rendu compte que « la multiplication de ces attaques rapprochait naturellement les RSSI (responsables de la sécurité informatique) et les DPO (qui ont la charge de la protection des données).
DPO et RSSI sont dans le même bateau
“Peut-être même que certains sont les deux à la fois ?” a-t-il ajouté. Même si certains dans la salle ont fait valoir “que les DPO avaient besoin de dormir”, il fut immédiatement conforté dans cette hypothèse, en entendant la première question posée par un représentant de l’AFCDP qui cumulait les deux responsabilités.
À l’image des veilles sur la réputation, il convient de surveiller les divulgations de données concernant son organisation ou ses partenaires et d’appliquer les recommandations relatives à l’authentification multifacteur et aux mots de passe disponibles sur le site de l’ANSSI.
Les menaces de cybersécurité sont élevées en ce moment, comme le montre le rapport de l’ANSSI. Mais le plus inquiétant selon son DGA, c’est la perfection de la menace.
Face à ces menaces, un constat “triste” selon lui : ce sont toujours les mêmes vulnérabilités qui sont exploitées.
Ainsi, le 3 février 2023, l’ANSSI a-t-elle posté une alerte sur un composant ESXi de VMware qui date de février 2021 ! “Le Patch est sorti, mais n’a pas été appliqué. L’impact a été énorme” a ajouté Emmanuel Naëgelen.
Ces menaces ont deux origines, a-t-il expliqué.
Ceux-ci sont précurseurs depuis une vingtaine d’années. Mais la menace évolue. “Avant, ce type d’attaques était réservé aux grandes puissances, mais depuis quelques années, de nouvelles catégories d’États recourent à des entreprises privées comme NSO GROUP”, l’éditeur israélien du tristement célèbre Pegasus. Ce logiciel espion a été à l’origine d’une brouille entre le Maroc et la France en 2021.
“L’Industrie du logiciel espion a ainsi permis de démocratiser la pratique de la surveillance informatisée. Elle le fait avec des performances qui sont vraiment dignes du très haut niveau de la première ligne. Et pour cause, NSO Group occupe aujourd’hui environ 700 ingénieurs qui ne font presque qu’une seule chose : développer un logiciel qui vise à pirater des iPhone”.
“À titre de comparaison, l’ANSSI emploie 600 personnes”, a-t-il ajouté, alors pas étonnant que cet “outil soit extrêmement performant”. Les cibles de ces attaques ? Les chefs d’État, les diplomates de façon classique, “mais aussi des dissidents, des journalistes, voire certains hauts dignitaires ou leurs maîtresses…”.
Cela constitue un “sacré changement de doctrine”, ajouta le DGA de l’ANSSI.
On observe une “véritable prolifération de ces outils que personne n’est capable de contrôler à cet instant”
“Nous constatons aussi que les États visent de plus en plus souvent les sous-traitants des grands groupes, sous-traitants qui sont évidemment moins robustes que les cibles finales”.
Un constat de l’ANSSI qui ne rassurera personne et qui démontre la fragilité des États. Y compris en face de plus petites nations qui peuvent désormais se hisser à la hauteur des plus puissantes.
Deuxième source des attaques cyber décrites par le colonel Naëgelen, les cybercriminels. “Ils ont énormément progressé depuis 4 à 5 ans, car ils ont industrialisé leurs capacités et pratiquent désormais la pêche au chalut sur Internet pour attraper tout type de poisson, petit comme gros”.
L’arrestation d’un affilié de Lockbit au Canada a démontré le changement de paradigme de la cybercriminalité : “À lui seul il a fait 100 victimes en France”. Rien d’étonnant à cela, car “la France est le deuxième pays le plus visé par Lockbit dans le monde”.
C’est en effet ce que nous apprenait Luca Berni, directeur du conseil, Threat Intelligence Services de Palo Alto Networks Unit 42, lors d’une conférence IT for Business, le 8 février à Paris.
Les affiliés de Lockbit, un RaaS populaire en ce moment, sont nombreux. Ils sont capables de s’attaquer “à un État complet comme cela a été le cas l’été dernier au Monténégro, et en avril au Costa Rica, qui a été obligé de se déclarer en état d’urgence suite à une attaque par un groupe cybercriminel”, le gang russophone Conti.
Un ransomware dont les experts de la cybersécurité Palo Alto Networks déclaraient en 2021 “qu’il n’est pas aisé de le bouter hors de son réseau” et qui est tombé en désuétude. Il est probable que ses affiliés aient rejoint le gang Lockbit, la nouvelle star du rançongiciel.
Autre évolution intéressante de l’année 2022, plutôt que de chiffrer les systèmes d’information, désormais, “ces cybercriminels s’investissent dans le vol des données et au chantage à la divulgation”.
Il s’agit d’une stratégie très efficace. Avec des données personnelles sensibles juridiquement et évidemment critiques pour la réputation des entreprises et des établissements. Cela permet aussi de porter directement atteinte à la confiance des clients ou des usagers.
Ensuite, les cybercriminels mènent des attaques ciblées sur les personnes avec ces vols de données. Ou encore pour revendre les données afin de permettre des attaques en ingénierie humaine.
Quand vous avez récolté ces données, vous pouvez monter dans un deuxième temps des arnaques. Cela se fait à partir des identifiants ou des mots de passe que vous avez pu récupérer.
Voici l’explication de la nécessité du rapprochement ou à tout le moins, de le collaboration entre RSSI et DPO. Car les deux fonctions sont désormais liées.
“Le vol de données est manifestement la nouvelle méthode utilisée par ces cybercriminels pour rendre encore plus efficace l’ensemble de leurs actions”, a précisé le représentant de l’ANSSI.
Et cette tendance n’est pas près de s’éteindre. La récente attaque contre Royal Mail le démontre avec sa menace de divulgation des données. L’œuvre du gang Lockbit, toujours lui.
“Mais pourquoi un tel niveau de menace”, a-t-il demandé ?
Il est dû à plusieurs facteurs liés à la numérisation de notre société et de nos entreprises. Mais le facteur récurrent est que l’on rencontre “toujours les mêmes faiblesses, qui sont certes quasiment toutes documentées par les défenseurs, par les éditeurs de logiciels”.
“Manifestement, ces correctifs ne sont pas toujours appliqués. Ce qui fait qu’aujourd’hui plusieurs milliers de serveurs sont régulièrement touchés par ces attaques” poursuit le colonel Naëgelen.
Mais comme l’a fort bien dit Alain Bauer, désormais professeur de criminologie appliquée au Conservatoire national des arts et métiers, à New York et Shanghai, il faut veiller à ce que les “États prennent des dispositions punitives contre les criminels et cessent de stigmatiser les victimes”.
Or, cela tombe bien, la démarche prônée par l’ANSSI est en appui des acteurs du public et du privé.
Le colonel Naëgelen a décrit l’approche comme réticulaire et servicielle », des mots beaucoup moins savants qu’il paraît, nous a-t-il dit pour nous rassurer.
Le GIP cybermalveillance.gouv.fr « a fêté ses 5 ans et peut désormais se vanter de beaux résultats avec 8 millions de visiteurs, ce qui a permis de traiter 600 000 demandes d’assistance avec 15 agents seulement ».
L’ANSSI a promu en 2021/2022 la création, dans le cadre de France Relance, de plusieurs centres de réaction cyber. Cela s’est fait dans des secteurs d’activité comme le domaine maritime, la santé ou l’aviation. 12 régions de France sont concernées et bientôt les territoires d’outre-mer.
À quoi servent tous ces CSIRT (Computer Security Incident Response Team) ? « Ils sont là pour apporter aussi, au niveau local, en proximité, une première réponse en termes de prévention, mais aussi de gestion de crise ».
En bref, car j’ai simplifié, un maillage territorial important. celui-ci s’est également accompagné de la montée en puissance de la gendarmerie avec la création du ComCyberGend.
En dehors de ces actions, « la réglementation européenne va être un levier extrêmement puissant pour lutter contre cette cybercriminalité » a ajouté le colonel Naëgelen, et notamment la révision de la directive 17, la directive européenne sur la sécurité des réseaux et des systèmes d’information qui vient d’être promulguée au Journal officiel de l’Union européenne
[NDLR Que nous n’avons pas pu trouver parmi les nombreux sites de l’UE].
« L’objectif de cette directive, c’est d’aller vraiment vers une cybersécurité de masse au profit encore une fois, des établissements publics, des entreprises, des collectivités », a expliqué le DGA de l’ANSSI. Avec elle, « nous allons passer de 6 à 23 secteurs d’activité régulés ».
Autre point de taille, « cette nouvelle directive ne s’adresse pas seulement aux grands groupes ni aux administrations centrales. Elle vise également les PME et les ETI et quasiment toutes les collectivités territoriales ».
Comme nous l’avons vu ci-dessus, ce sont bien les cibles privilégiées des cybercriminels.
Il ne reste plus qu’à espérer que ces mesures entreront en vigueur plus vite que le prochain « fork » de Lockbit. Alors qu’une version du Builder a été déjà divulguée sur Twitter par un développeur en désaccord avec le gang.
Selon Luca Berni de Palo Alto Networks Unit 42, « Si l’on regarde les modèles d’activités passées, chaque fois qu’un groupe devient célèbre, il a tendance à changer de nom. Va-t-il être rebaptisé ?
La fuite du Builder a entraîné des vols de données imputables au système Lockbit. Même si celles-ci ne sont pas liées au gang principal. La menace du cryptage ne disparaîtra pas de sitôt, même si les entreprises sont moins enclines à payer des rançons ».
Les menaces sont donc sans cesse en reconfiguration. Et les cybercriminels se montrent agiles et rapides. Bien plus que leurs cibles qui tendent à mettre beaucoup de temps à appliquer les patches de sécurité. Quand ils ne les oublient pas, purement et simplement.
Une mise en place des parades adaptées qui ne va pas toujours de soi pour les petites entreprises en effet, même si leur arsenal logiciel est moindre (15 solutions en moyenne, 10 pour les ETI et 50 pour les grandes entreprises selon Alain Bouillé, DG du CESIN, dont 85 % des membres sont des RSSI)
Pour Alain Bouillé, il existe de nombreuses solutions d’EDR (Endpoint Detection and Response – voir ici pour les détails). Celles-ci permettent, même s’il n’y a pas de miracles, de prévenir bien des attaques.
« On note une forte hausse du déploiement des EDR, devenu une réalité dans 81 % des entreprises », proclame le CP du dernier baromètre du CESIN. « Les outils de gestion des vulnérabilités ainsi que les services de SOC comptent parmi les dispositifs jugés les plus efficaces. Enfin, on peut noter que 6 entreprises sur 10 ont recours à des offres innovantes issues de start-up ».
Et les résultats sont là selon le DG du groupe d’experts de la cybersécurité :
« Le niveau de satisfaction de nos membres a évolué », a-t-il déclaré lors de la présentation de son baromètre le 8 février. « Avant, ils étaient mitigés, mais cette année, ils déclarent 88 % de satisfaction, même si cela varie en fonction de la qualité de la mise en œuvre ».
[Lire également notre article sur le zero trust]
Les parades existent, même si on assiste bien à un jeu de chat et de souris. Raison supplémentaire pour que RSSI et DPO collaborent afin de mettre en place les mesures les plus efficaces. Comme l’incontournable double authentification qui permet de limiter les dégâts.
Mais ce n’est pas tout. Il faudra mieux collaborer pour éviter ces fuites de données qui permettent de sophistiquer les attaques d’hameçonnage et d’ingénierie humaine. Et ceci jusque dans les rangs des professionnels.
Il nous faudra suivre les progrès de la collaboration DPO/RSSI. Ainsi que son impact sur la prévention des vols de données. Rendez-vous pour la 18e université de l’AFCDP en 2024.
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Il y a quelques années, nous avions écrit une histoire de la convergence IT et Telecom publiée sur le blog de notre client SFR Business Team, que je redécouvre avec son infographie (ci-dessous). Cette convergence entre IT et Telecom est sans doute un des phénomènes les plus intéressants dans le panel de l’innovation de ces dernières années. Cet article ayant été changé, je republie l’original qui explique d’où vient ce phénomène, et vous explique surtout d’où viennent le cloud, la tablette, la phablette, et le smartphone que vous utilisez tous les jours et qui a (vraiment) inventé tout cela (spoiler : non, ce n’est pas Steve Jobs).
La fusion, ou convergence, entre les réseaux (Telecom) et l’informatique (IT) a en effet ouvert des possibilités quasi infinies pour les entreprises du 21e siècle.
Il serait impensable de retourner ne serait-ce que 10 ans en arrière, et j’imagine ce qu’aurait été la création de ma société en 2003, ou encore pire, avant 2000, c’est-à-dire, sans possibilité d’être joint par téléphone à n’importe quel moment.
Malgré les promesses, on se doute qu’il y a encore quelques progrès à faire pour que les machines mobiles permettent de se débarrasser complètement des ordinateurs de bureau.
Mais nous nous en approchons. Une convergence de plus, qui verra certainement son aboutissement dans les 5 ans qui viennent.
C’est sans doute la combinaison réseau-informatique que je trouve la plus renversante. Avec très peu de moyens, un entrepreneur peut transformer son entreprise en “grande entreprise”.
En fait, je me fais souvent la remarque que mon équipement et celui de mes jeunes employés est amplement meilleur que celui dont je bénéficiais dans le cadre d’une grande société (et encore, nous étions gâtés par rapport à beaucoup).
Une telle constatation aurait été impossible il y a quelques années à peine, et en comparant avec ce que j’ai connu il y a encore peu, je suis tous les jours émerveillé par les progrès faits dans ce domaine. Et encore, je pense que nous n’avons rien vu.
Dans cet article, j’ai voulu revenir sur les origines de la convergence, sur ses premiers penseurs, sur les inventions qui ont permis d’en arriver là, les essais, les erreurs, mais aussi les visions incroyablement justes et avancées de professionnels capables de penser le cloud computing, les tablettes, les Smartphones à un moment où rien n’existait.
En cherchant encore ce matin j’ai découvert que Robida (que je cite dans l’infographie ci-dessous) n’était pas seul dans la vision du futur de ce qu’on appellerait un jour la télévision (et il est intéressant aussi de noter que les premières ébauches de cette invention faisaient jouer un rôle au téléphone dans sa transmission).
George du Maurier, un dessinateur franco-britannique né à Paris, a à peu près à la même époque dessiné un appareil similaire, qu’il a intitulé le “téléphonoscope d’Edison” même si le savant américain n’a jamais construit cet appareil.
L’innovation est surprenante, nous vivons dans un temps court qui nous fait croire que notre époque, certes merveilleuse pour ses innovations, a tout inventé, mais qui oublie de dire que ce que nous vivons et utilisons aujourd’hui est ce que les savants et les inventeurs d’hier ont rêvé.
Et parfois même plus que rêvé.
Qui se souvient par exemple du Théatrophone, ce service commercial et opérationnel du début du 20e siècle, une sorte de Deezer de l’époque Art nouveau, qui permettait à Marcel Proust, à la santé fragile, d’écouter des opéras entiers.
Tout cela peut paraître surréaliste et pourtant, aujourd’hui encore il est des gens pour se demander ce qu’est la convergence et à quoi ça sert. Ce rappel historiographique me semblait important à faire.
Si la convergence des domaines Telecom et IT n’est pas tout de suite apparue comme une évidence, elle s’est néanmoins imposée ces dernières années comme une des évolutions technologiques incontournables qui ont bouleversé – et celle ci va bouleverser encore longtemps – le monde de l’entreprise
L’informatique omniprésente (ubiquitous computing), rêve des années 80 d’un savant génial du Palo Alto Research Center (PARC) sera bientôt, très bientôt, le quotidien de millions de professionnels sur la planète. À tel point que cela paraît presque naturel de le dire aujourd’hui, malgré une histoire chaotique et des difficultés d’ancrage du concept dans la population des utilisateurs professionnels. Cette révolution technologique – nous n’en sommes plus très loin – sera partout à l’origine d’un bouleversement profond des modes de travail qui pourraient même nous inciter à parler de 3e révolution industrielle.
La convergence est un terme – souvent employé dans le domaine des télécommunications – qui concerne la maturation des domaines réseaux et télécoms et informatiques, au point de […] « Donner naissance à un environnement réseau et ordinateur/terminal sans couture, servant l’utilisateur de bout en bout […] » pour reprendre la définition de David G. Messerschmitt Professeur à Berkeley, et en la simplifiant quelque peu.
En d’autres termes, il s’agit de la fusion du monde de l’informatique et des télécommunications, permettant un grand nombre d’avancées dans diverses directions : télécommunications sans couture, accès à l’information, réplication, archivage et sauvegarde de cette information, communications entre pairs, « virtualisation » des terminaux au travers de la dissociation de la donnée et du terminal (phénomène que le cloud computing a rendu aujourd’hui presque banal).
Difficile de rendre cette liste exhaustive, car le principe même de convergence impose l’agrégation d’une myriade de technologies de façon pragmatique et évolutive.
Dans un sens, l’histoire de la convergence des communications* pourrait remonter très loin.
L’humoriste Albert Robida, dès 1890, avait en effet imaginé un système qui diffusait des informations télévisuelles via… Le téléphone. Il l’appela le téléphonoscope, et au nom près, il nous rappelle étonnamment la « box » ADSL qui s’est installée d’abord dans nos foyers, avant d’envahir nos entreprises.
Il n’est pas rare que l’innovation technologique puise ses idées à la source des créatifs, qu’il s’agisse d’humoristes, d’artistes, d’auteurs de science-fiction ou de cinéastes. Même si leurs motivations sont bien éloignées de celles des hommes d’affaires. Tout ceci cependant n’est qu’invention et imagination, il reste encore à transformer cela en usage, puis en succès commercial.
Le coup de génie arrive, en innovation technologique, lorsque la créativité rencontre le savoir-faire technique.
C’est ainsi qu’au Palo Alto Research Center (PARC), dès 1988, Mark Weiser avait déjà tout inventé : les smartphones et les tablettes de différents formats (nommés par lui les « pads » et les « tabs », ce qui rappelle bien des choses aux possesseurs de tablettes d’aujourd’hui), des badges RFID et des communications intimement liées au contenu afin de permettre aisément de passer d’un appareil à un autre, sans que le terminal détermine l’accès à l’information ; le cloud computing avant l’heure en somme.
Si Mark Weiser a tout inventé, il n’a cependant jamais rien vendu ; ce qui est un trait générique qui a marqué le PARC, tout au long de son histoire.
Il a fallu ensuite des décennies de tâtonnements, d’essais et d’erreurs, menés par des industriels, des opérateurs de services et télécoms, des sociétés informatiques et des startups, souvent dans l’incompréhension totale du public, pour en arriver à l’état des lieux que nous connaissons en ces jours.
La suite de l’histoire n’est pas simple ; car de l’idée à l’usage il y a souvent plus qu’un pas, comme l’a démontré dès le début des années 1990 Geoffrey Moore dans son ouvrage devenu un classique : « la traversée du gouffre ». Depuis le milieu des années 90, les tentatives ont été nombreuses, qui se sont traduites par divers essais et erreurs dans des directions fort différentes parfois.
On a d’abord parlé de « communications unifiées » dans les années 90, puis de convergence fixe mobile dans les années 2000, mais en fait, et au fur et à mesure de l’adoption massive des inventions technologiques (XDSL, Voix et téléphonie sur IP, visioconférence et Webconférence sur IP, triple play, Peer to peer et plus récemment le cloud computing, archivage et stockage synchronisé sur le cloud), ce qui n’était qu’une idée est peu à peu devenu une réalité frappante de notre environnement.
À tel point qu’il nous serait sans doute difficile d’imaginer un monde du travail qui reviendrait à ce que nous connaissions avant 1995 : monde fermé, incapacité à communiquer rapidement, pas d’accès aux données hors de l’entreprise, incapacité d’appeler les clients sans s’arrêter dans un hôtel ou rentrer au bureau, ressaisie systématique des documents de travail, obligation de retourner à la base pour récupérer un document… On se demande bien aujourd’hui comment nous faisions pour travailler il y a à peine trente ans.
Pourtant, les débuts de la communication unifiée et les diverses tentatives de convergence réalisées à la fois par les équipementiers et les opérateurs n’ont pas toujours été, il faut bien l’avouer, à la hauteur des espérances des promoteurs du concept, même si son évidence était patente pour tous les membres de la profession.
Il peut en effet paraître logique pour un technologue – rompu aux usages de l’informatique et des télécoms – de fusionner réseaux, données et informatique ; pour l’utilisateur sur le terrain, cela est beaucoup moins évident, car son attention et sa concentration sont tout entières focalisées sur ses clients et ses usages, non sur la manipulation des données, des réseaux ou des communications.
Les technologies les plus puissantes sont celles qui se font oublier et se fondent dans la vie de tous les jours au point d’en devenir indissociables
Pour cet utilisateur d’entreprise, la démarche est inverse. C’est à force d’utiliser l’informatique connectée (qui devient omniprésente, on y reviendra) que celle-ci finit par prendre corps, une fois qu’elle a été intégrée dans son quotidien au point de devenir transparente, comme l’avait pressenti Mark Weiser.
Qui se soucie de la technologie nécessaire pour fabriquer une pointe Bic aujourd’hui ? Et pourtant, la production industrielle de billes de tungstène microscopiques qui permettent une écriture de haute qualité pendant des heures est certainement une prouesse technologique de mise au point de machines et de processus industriels.
Mais cette technologie est devenue transparente et naturelle pour l’utilisateur. L’informatique convergente, quant à elle, va encore mettre quelques années à le devenir. Ceci étant, nous n’en avons jamais été aussi près. Voici les cinq raisons qui expliquent ce phénomène.
En somme, Mark Weiser avait vu juste, mais le dynamisme de l’usage de la convergence est certainement plus fort que le concept qui lui a donné naissance. Ce sont les utilisateurs, notamment dans le milieu professionnel, mais aussi par leur usage personnel de tous les jours (la frontière est de plus en plus floue), qui se sont approprié la convergence numérique et qui en feront un succès qui nous occupera dans les 10 prochaines années. Au point d’en réinventer l’entreprise, nous n’avons encore rien vu.
[1] Selon la société de conseil Marketing britannique Concep http://concep.com
[2] sources : Zevillage.net observatoire français du travail à distance
Source du billet original (réécrit entretemps) : L’entreprise réinventée par la convergence des communications
The post Convergence IT et Telecom : l’innovation qui a transformé l’entreprise appeared first on Marketing and Innovation.
Avez-vous déjà entendu parler du RCS, ce nouveau canal de messagerie destiné à concurrencer WhatsApp, Messenger, Viber et les autres applications de messagerie riches ? Initié par un GIE regroupant des opérateurs de Télécom et Google, ce nouveau canal de messagerie est exclusivement disponible sur Android, et destiné à concurrencer le fameux iMessage d’iOS, limité quant à lui aux possesseurs d’iPhone. Quel est l’état des lieux de cette technologie et son avenir potentiel ? Pour le savoir, j’ai interviewé Pierre Garrigues, country manager de cm.com, un éditeur néerlandais spécialisé dans les outils de communication.
La messagerie Android RCS est un canal qui a été soutenu par Google et les opérateurs cellulaires. Ce canal se positionne en complément, et non en remplacement, du SMS.
C’est une alternative aux applications comme WhatsApp, Messenger, Viber, Telegram, etc., qui offre autant d’opportunités de rendre le contenu interactif, multimédia, et également transactionnel puisqu’on peut même ajouter des briques de paiement dans les fils de conversation.
Le RCS est disponible nativement sur tous les téléphones qui tournent sur Android, et plus récemment sur l’OS propriétaire de Samsung. En mouvement inverse, Apple fait de la résistance. Qui va gagner la bataille de la messagerie riche (à noter que RCS est l’acronyme de « Rich Communication Services ») ?
La question n’est pas anodine. iMessage est le système de messagerie sur téléphone le plus utilisé aux USA et il est admis que le système de messagerie sécurisé et encrypté d’Apple est le pivot sur lequel la firme californienne assoit une dominance qui n’est pas sans irriter Facebook.
Les manœuvres ont commencé chez Google pour faire pression sur Apple qui serait responsable, selon le patron de la division Android, de forcer la main des clients pour les garder sur leur plateforme. Et Google de réclamer qu’Apple soit compatible RCS et non de porter iMessage sur Android.
Tout cela pourrait bien finir par faire le jeu de Google qui pourrait développer son système de messagerie, désormais largement copié sur iMessage, sur iPhone et réduire l’avantage concurrentiel d’Apple dont le système de messagerie est parfaitement intégré sur son écosystème (ce qui de facto maintient les utilisateurs captifs sur les différents produits de la marque, tous compatibles entre eux).
La question de l’interopérabilité des messages est cruciale, car si vous avez un peu de mémoire, vous vous souviendrez que les SMS ont décollé à la fin des années 90 du fait de cette interopérabilité qui rendait ces services compatibles entre tous les opérateurs sans surcoût.
L’avenir nous dira si ce nouveau standard Android, avec 3.9 milliards d’utilisateurs contre « seulement » 1.5 milliard chez Apple, pourra s’imposer et faire plier la marque à la pomme. La question est en suspens, car tout le monde ne croit pas que si Apple finit par accepter RCS, cela voudra dire que Google messages règnera en maître.
Par ailleurs, notons que le temps de déploiement de ce nouveau protocole a été très long, c’est un peu une habitude dans les télécoms, car le RCS est né en 2007, c’est-à-dire l’année où le smartphone a décollé sous la pression du lancement de l’iPhone.
Entretemps, les applications — et leurs usages — se sont multipliées et les utilisateurs ont pris des habitudes, avec des variations selon les pays (WhatsApp est dominant en France par exemple, mais en Italie, c’est Telegram qui a pris sa place et Signal en Suisse). Reste à savoir s’ils auront envie d’en changer.
En 2020, Edward Snowden et Elon Musk nous promettaient que Signal serait une messagerie alternative plus respectueuse que le WhatsApp du désormais honni Zuckerberg. Mais cette prédiction n’a pas donné le résultat que l’on escomptait, sauf en Suisse, où on s’étonne quand même du nom du nouveau patron de l’application. Le poids des habitudes des utilisateurs joue parfois contre l’attrait de la nouveauté.
On peut donc se poser la question d’un autre point de vue, celui de l’utilisateur, une sorte de Martien qu’on aime bien chérir dans l’industrie des Télécoms, sans toujours arriver à le comprendre.
Il reste donc à espérer, dans l’intérêt de ces mêmes utilisateurs, que nous puissions bénéficier d’un standard de messagerie réellement interopérable qui permette à tous de communiquer sans changer 10 fois d’application dans une journée, tout en laissant le consommateur libre de ses choix.
À moins que nous nous prenions à rêver que le RCS permette à tous de garder nos applications favorites, tout en nous permettant de communiquer de manière transparente.
L’avenir nous le dira, ce sujet sera particulièrement intéressant à suivre dans le futur, notamment quand l’existence du RCS aura été portée à la connaissance du grand public, ce qui n’est pas encore le cas.
Voici mon compte-rendu de la discussion avec Pierre Garrigues, interviewé début février à ce sujet.
Le RCS a été créé à l’initiative d’un GIE entre les éditeurs et les opérateurs, dans l’objectif de proposer une alternative aux applications ou aux outils natifs propriétaires d’Apple (iOS).
Le GSMA, le syndicat professionnel des opérateurs mondiaux, s’est emparé du sujet pour avoir une alternative internalisée et transverse entre les opérateurs et les OS qui leur permettent d’avoir leur mot à dire dans cette communication omnicanale, au même titre que le SMS, premier outil de ce genre interopérable.
L’objectif du protocole de la messagerie RCS était de trouver un successeur aux SMS et MMS
Les premières ébauches du protocole Rich Communication Services datent de 2008. Entre 2008 et 2016, les avancées ont été assez minimes, précise Pierre Garrigues. Les premières mises en œuvre en France ont donc eu lieu de 2010 à 2012 avec Orange qui avait lancé une première version sous la marque Join.
Puis en 2018 Google a saisi l’opportunité de pouvoir opérer et signer des accords de partenariat avec les opérateurs pour compléter son application Google Messages et toucher l’ensemble des mobiles Android les plus récents avec de nouvelles fonctionnalités.
Aux États-Unis les gros opérateurs Verizon, AT&T, Sprint, T-Mobile, dès 2019, sont parvenus à un accord interopérateurs.
Les accords en France sont désormais en place, et beaucoup de choses vont se passer dans le futur proche sur le plan réglementaire, de l’opérabilité et des données pour accompagner le déploiement de ce canal, précise le représentant de CM.com.
Le RCS n’est pas seulement une affaire d’interopérabilité, mais aussi de sécurité et de protection du consommateur
L’objectif est de réglementer ce protocole dans une optique de protéger l’utilisateur par rapport aux différents sujets de certification, de contenus et de cas d’usages.
Nous avons vécu récemment des arnaques par SMS et appels téléphoniques frauduleux sur le compte personnel de formation (CPF). C’est pour éviter ce genre de dérives que le monde des télécommunications s’attèle au cadrage de la réglementation RCS.
Le but est que cela soit une vraie avancée, et qu’il y ait un bénéfice à passer par ce canal, à la fois pour l’utilisateur et pour les annonceurs
Les protocoles sous lesquels le RCS est déployé sont complètement différents de ceux du SMS, dont il est un complément.
Quand on met en place des scénarios de campagnes par RCS, il faut offrir une possibilité de « fallbacks », explique Pierre.
En d’autres termes, la possibilité d’envoyer le message par un autre moyen si l’envoi par RCS n’aboutit pas. Par le SMS ou d’autres canaux, afin de s’assurer que le client final va bien recevoir le message.
« Après des tests de l’environnement et des formats notamment, CM a lancé les premières campagnes de marques avec le protocole RCS en soutien des annonceurs dès 2021, en se basant sur sa connaissance et sa maîtrise technologique », souligne Pierre.
Le canal RCS étant encore assez nouveau, CM observe les réactions du marché sur le plan des usages, pour conseiller ses clients et les pousser dans l’utilisation la plus adaptée à leurs besoins.
Ils ont constaté par exemple qu’une campagne RCS va être un peu moins efficace dans une période de soldes, très chargée en communications et promotions.
Une campagne réalisée avec un média français qui a utilisé le RCS dans le cadre des campagnes de réabonnement de ses lecteurs a très bien fonctionné, avec 30 à 40 % de gain d’engagement auprès de cette cible de clients fidèles, très attachés à la marque.
Le protocole RCS permet avant tout chose de certifier le compte de l’annonceur émetteur du message. C’est un élément de sécurité et de protection contre les fraudes qui est appréciable.
« À partir du moment où cette certification est lancée auprès des différents acteurs en place, nous travaillons avec le client sur le format de la campagne, en fonction des possibilités qu’offre l’outil, et nous accompagnons le client pour la mise en place de cette campagne, en commençant par le formatage du message, les textes, les contenus, la validation, jusqu’au choix de la base de clients ».
Ce choix de base commence par l’analyse de la compatibilité du parc de mobile pour connaître le nombre de terminaux compatibles RCS, c’est-à-dire les terminaux les plus récents.
Une revue du parc français CM et Médiamétrie a révélé qu’environ 65 % du parc de téléphones Android est compatible RCS
La taille de ce parc évolue de manière constante puisque les consommateurs renouvellent leur téléphone assez régulièrement [NDLR 52 % du parc a moins de 3 ans]. La rotation est forte, et au fur et à mesure que de nouveaux téléphones sont mis sur le marché, ces téléphones sont nativement compatibles avec ce canal de communication. À noter également que l’OS propriétaire Samsung [Bada] est lui aussi compatible avec ce canal.
La part du parc représentée par Android étant de 70 % en 2021, le RCS est compatible avec environ 45 % du parc total de téléphones
« L’omnicanalité permet de déployer les campagnes les plus adaptées aux supports et canaux préférés des audiences et au parc des consommateurs », ajoute Pierre Garrigues.
Cette segmentation des parcs n’est pas un frein à la mise en place de campagnes avec un contenu riche et interactif
En effet, Apple fait aussi évoluer son produit Apple Business chat, WhatsApp adapte ses conditions d’utilisation et les fonctionnalités de sa plateforme.
« Il faut toujours prévoir des alternatives et affiner ses campagnes avec le temps en fonction d’un parc qui évolue en fonction des attentes des consommateurs, des contenus », conclut Pierre Garrigues.
CM.com, une société cotée à la bourse Euronext d’Amsterdam #1dut fondée en 1999 et édite une suite logicielle pour le commerce interactif. C’est une société internationale présente dans 23 pays. En dehors de ses projets RCS, CM distribue Apple Business Chat et travaille avec Méta autour de WhatsApp, Messenger ou Instagram.
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Améliorer la qualité du code informatique n’est pas forcément dans le viseur des développeurs qui ont vite fait de sortir le fameux adage « It’s not a bug, it’s a feature » (ce n’est pas un bug, c’est une demande de nouvelle fonctionnalité). Et pourtant, l’Intelligence artificielle, encore elle, peut aider. C’est un peu une mise en abyme, le code qui contrôle le code qui aide à améliorer le code … il y a de quoi s’y perdre. Pour éclairer votre lanterne je me suis tourné vers une jeune startup française, Ponicode, qui s’est lancée dans une croisade pour améliorer la qualité des développements IT. J’ai donc interviewé Christophe Shaw, son Chief Revenue Officer, pour parler d’intelligence artificielle et d’amélioration de la qualité du code informatique. Pour ne rien gâcher, Christophe est lui-même développeur et il sait de quoi il parle.
Nous avons parlé déjà, à plusieurs reprises de low code et de no code, il est donc temps de reparler de développement tout court.
Même les systèmes d’exploitations des meilleures entreprises IT américaines sont encore criblés de bugs et d’erreurs, souvent dues à un environnement IT dont la complexité multiplie l’empilage des couches et par voie de conséquence des interdépendances, des incompatibilités et des problèmes, mais aussi à la négligence et à la bonne vieille régression logicielle.
Et les coûts sont énormes, comme l’indique l’infographie de la société de tests informatiques unitaires Typemock, que nous allons utiliser ici pour illustrer notre billet.
« Le code informatique est une production humaine, donc faillible », souligne Christophe. De temps en temps, il y a quelque chose qui échappe à l’attention des développeurs, puis du testeur, et des résidus se propagent avec parfois des conséquences dramatiques.
Il y a quelques grands bugs connus dans l’histoire récente : l’explosion de la fusée Ariane 5 en 1996, due à un bug dans la centrale inertielle (voir la vidéo ci-dessous). Plus près de nous aujourd’hui, la fameuse affaire Solarwinds, qui est à l’origine de la compromission de données dans beaucoup d’entreprises majeures et au sein de gouvernements, et qui est liée à un bug dans le logiciel de l’entreprise, qui avait eu une faille de sécurité.
Les conséquences sont donc parfois extrêmement importantes, à la fois pour l’entreprise, mais aussi pour le reste du monde.
Ces exemples sont emblématiques et cataclysmiques, mais, au jour le jour, on rencontre des bugs moins spectaculaires mais tout aussi énervants.
Christophe m’indique que la plupart des utilisateurs ne s’arrêtent pas à la recherche de la cause quand ils rencontrent un bug, mais partent chercher le service ailleurs. Assembla confirme en précisant qu’1% seulement des utilisateurs remontent les bugs aux éditeurs.
En étant un peu facétieux, on pourrait ajouter que 0% des éditeurs répondent aux bugs remontés par les utilisateurs. Ou alors, ils le font bien souvent en recourant à la phrase toute faite sur les bugs et les fonctionnalités que nous avons vue ci-dessus.
La faillabilité du code est intrinsèque à la faillibilité de l’esprit humain, souligne Christophe
Mais si le code sans bug n’existe pas, comment faire néanmoins, pour aider les développeurs à faire moins d’erreurs ? Probablement au travers de ses outils, de son environnement de développement, du logiciel avec lequel il écrit du code, qui a très peu évolué depuis une vingtaine d’années.
Aujourd’hui, on écrit du code à peu près comme il y a 20 ou 30 ans : seul en face de sa machine, avant de lancer un compilateur
« La productivité a augmenté grâce à l’outillage. Il y a 25 ans, quand on lançait une compilation, on avait le temps d’aller boire un café avant d’avoir le résultat. Aujourd’hui, la compilation est instantanée, et l’éditeur de code indique instantanément si le code est syntaxiquement correct » ajoute Christophe Shaw.
La deuxième grande avancée est ce qu’on appelle IntelliSense, qui est la capacité à aider le développeur à écrire le bon code sans avoir à se souvenir de l’orthographe exacte, en appelant les bonnes API et les bons paramètres sur ces API.
Mais finalement, il s’agit toujours d’une personne qui écrit son code et qui est peu assistée pour savoir si son code est robuste, sécurisé et tolérant aux fautes.
L’intelligence artificielle peut aider le développeur dans ses tâches quotidiennes, en l’aidant à détecter plus vite de potentielles anomalies dans son code.
Nous mettons les réseaux neuronaux au service de la qualité du code et de la vélocité des développeurs pour qu’ils puissent se sentir plus sécurisés dans l’écriture de leur code.
Le premier cas d’usage que Ponicode à mis en œuvre aide les développeurs à écrire des tests unitaires, c’est-à-dire la plus petite unité de test qui soit, mais qui entraîne les régressions potentielles majeures.
https://www.youtube.com/watch?v=SI10vGKaoXI
Des tests unitaires sont générés avec l’utilisateur pour lui permettre de scanner chaque ligne de code. Pour cela, l’intelligence artificielle a été utilisée, en scrutant les meilleurs référentiels de code du monde, notamment des codes open source, pour déterminer quelle était la recette du test.
Ponicode a entraîné un modèle qui permet de deviner les paramètres qui permettent de couvrir l’ensemble du code de la fonction. Ce modèle est basé sur des réseaux neuronaux sur lesquels l’équipe de Ponicode, constituée de davantage de data scientists que de développeurs, travaille tous les jours.
Pour toute intelligence artificielle il faut deux composants essentiels : des data scientists talentueux, et des données d’entraînement qui soient les plus exhaustives possibles et les plus représentatives du monde que l’on recherche à atteindre.
Qu’est-ce qu’un test, sinon une série de paramètres qui vont être envoyés dans une fonction pour obtenir un résultat attendu ? Ponicode devine quels sont les bons paramètres à envoyer pour couvrir le code qui est exécuté par une fonction donnée.
Ils vont d’abord deviner le type de ce paramètre. De quoi s’agit-il ? Quelle est sa structure ? Et ensuite, deviner à l’intérieur de ces structures quelles sont les valeurs qu’il faut donner aux éléments « scalaires » à l’intérieur des structures (c’est-à-dire les plus petits éléments, un nombre et une chaîne de caractères).
Ponicode fait tout ce travail et devine par exemple que dans une fonction un paramètre attendu est un email. Une chaîne de caractères de forme email [email protected] et une autre chaîne de caractères qui n’a pas ce format sont envoyées, afin de voir comment la fonction se comporte quand elle ne reçoit pas les bons paramètres.
Le deuxième aspect du test est ce qu’on appelle les tests d’intégration, c’est-à-dire l’élément fondamental car il représente le produit fini, le moment où les différents éléments testés de manière unitaire vont être mis ensemble et où on va découvrir de nouveaux bugs dus le plus souvent à l’incompatibilité entre ces éléments ou leurs interactions.
La question est de savoir comment on améliore les processus de collaboration entre équipes pour qu’au moment de l’intégration, il y ait le moins de mauvaises surprises possibles
Chez Ponicode on s’est rendu compte que même si les tests unitaires au plus bas niveau avaient leur importance, on ne pouvait pas les décorrélés, justement, de ces tests d’intégration.
On est capable d’enregistrer le fonctionnement d’une application, d’intercepter tous les paramètres qui passent sur toutes les fonctions, pour ensuite réinjecter ces paramètres dans les tests unitaires.
Cela permet effectivement de transformer en tests unitaires des sessions entières qui ont été effectuées par les utilisateurs réels. Et s’il y a une divergence entre les tests unitaires faits par le développeur et ces tests unitaires générés à partir de l’intégration, c’est qu’on a effectivement un problème quelque part.
Donc, là aussi, on peut aider par l’outillage et par l’assistance des développeurs.
Pour Christophe, il n’y a aucun doute que le low code – no code permet de démocratiser la création d’applications par des non spécialistes des langages de développement.
Mais il n’imagine pas qu’il va couvrir tous les besoins de développement dans le futur, parce que l’interaction avec une machine a parfois besoin d’être optimisée.
Ensuite, il est impossible de tout décrire des interactions sans écrire du code. A ses yeux, ce besoin ne va pas disparaître. Il souligne que chez tous les grands éditeurs, la part du low code – no code est inférieure à 10 % de l’ensemble des logiciels produits dans le cadre de leur gamme de produits.
Chez les grands éditeurs, la part du low code – no code est inférieure à 10 % de l’ensemble des logiciels produits dans le cadre de leur gamme de produits
C’est un besoin. L’informatique devient critique dans tous les domaines.
Aujourd’hui, une voiture embarque de l’informatique dans plus de 200 processeurs. Ces processeurs sont programmés. Nos médicaments font participer du numérique dans leur conception. l’IT devient clé dans toutes les industries.
Bien sûr qu’il faut aller dans un sens d’amélioration. Cette révolution a été faite dans l’industrie automobile, par exemple, dans les années 80-90, soit 100 ans après la naissance de cette industrie. Née dans les années 1870-1880, il aura fallu 100 ans avant qu’on ait un degré de maturité dans la qualité.
On peut espérer que dans l’informatique, on aille plus vite. Cette industrie est jeune, elle n’est pas encore mature, mais on va dans la bonne direction
Il y a encore des défauts dans les processus, dans les outils, et cela va s’améliorer. Christophe est convaincu que cette direction est inévitable dans les années à venir, compte-tenu de la criticité des composants informatiques et numériques dans tous les produits qui sont aujourd’hui conçus dans le monde.
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Expliquer le low code, no code aux marketeurs et aux non-techniciens, tel est mon but aujourd’hui avec cette interview. Le low code / no code est un sujet qui a déjà été évoqué par Alain Lefebvre (avec un regard d’expert) et nous n’avons pas fini d’en entendre parler. Il m’a semblé intéressant de le traiter du point de vue opposé, c’est-à-dire celui de l’utilisateur non-informaticien (mais néanmoins avancé). Pour cela, j’ai saisi au mot mon compère Bruno Fridlansky, qui me faisait part de son enthousiasme pour ces nouveaux outils qui sortent sur le marché et qui permettent de se lancer dans la programmation, sans rien — ou presque — y connaître. Ici, nous en évoquerons trois : Notion, Airtable et Zapier. Je rappelle à nouveau pour les puristes, qu’il s’agit d’un point de vue de non-informaticien, et parlant de low code et de no code, celui-ci me semble d’autant plus pertinent, surtout pour les marketeurs.
Le no code concerne des applications développées par des développeurs afin de permettre à des non-développeurs de pouvoir construire une application ou un service sans aligner une seule ligne de code
Le low code permet quant à lui, lorsque l’on a construit une application sur du no code et qu’on a besoin d’aller un peu plus loin, de dépasser ce qui est faisable avec l’outil, et de rajouter des lignes de code.
En somme, on peut établir un mix de low code et de no code.
En résumé, ce sont des outils qui permettent à des utilisateurs qui ne sont pas des développeurs de créer des applications avec plus ou moins de travail.
Nous allons nous focaliser dans cet article sur deux applications que Bruno est en train de tester : Airtable et Notion.
Bruno qualifie Airtable d’un Excel sous stéroïdes, et imagine qu’il s’agit peut-être de l’avenir du célèbre tableur de Microsoft.
Excel permet de créer des bases de données, mais de manière assez limitée. Airtable va permettre de profiter de la facilité d’utilisation du tableur, mais en appliquant une logique de base de données.
Dans Excel, il est possible de saisir différents types de contenus, du texte, des formules, des chiffres dans des cellules, à n’importe quel endroit. Le format est libre. Air Table quant à lui est structuré, ses champs correspondent à un format donné, comme pour une base de donnée.
Airtable permet d’afficher des vues, des calculs, des rotations, et est pour Bruno très puissant pour gérer le quotidien. Il l’utilise pour garder une trace de ses formations, des listes de participants, les formations qu’ils ont suivies, avec des formats date, calcul, prix, des sessions, des tags, …
Airtable permet de faire un peu ce que faisait — et fait toujours — Microsoft Access sur un PC, directement en ligne, et en important des données existantes, d’Excel ou de Google Sheets.
Airtable dispose également de capacités d’interaction puissantes avec d’autres outils permettant ainsi de mettre en place de l’automatisation.
Leurs API permettent en effet de se connecter à d’autres outils. On reste dans cette dimension no code, aucun besoin de coder une API, Airtable fournit l’API permettant d’aller se connecter avec d’autres outils conçus sur le même principe, pour créer des liens entre des outils complètement différents.
Airtable développe aussi des possibilités d’automatisation de certaines tâches et permet de créer, par exemple, un formulaire en ligne. « Les gens vont s’inscrire, être enregistrés dans la base de données, et on pourra ensuite déclencher des scénarios email » explique Bruno.
Ainsi un directeur marketing va pouvoir créer rapidement une petite application pour faire une roadmap produit, un catalogue produit, suivre un projet, faire un Trello à l’intérieur d’Airtable.
Bruno prend l’exemple de quelqu’un qui n’est absolument pas codeur et qui a une idée de projet et souhaite la tester. Avant, il devait faire appel à quelqu’un qui maîtrise le code, ne serait-ce que pour créer un formulaire, un mini-site, ce qu’on appelle le MVP (le minimal viable product), c’est-à-dire au moins un début d’outils pour tester, avoir des retours utilisateurs et faire progresser le projet.
Aujourd’hui, il est capable de le faire tout seul. Il a l’outil qui lui permet de le réaliser très rapidement, très simplement, pour tester son idée, obtenir des retours utilisateurs, pour vérifier la viabilité de son marché, évaluer s’il doit aller plus loin, ou s’il n’y a pas de marché, comment pivoter.
Pour ne pas donner des cheveux blancs à tous les DSI du monde, il faut savoir qu’Airtable n’est pas forcément connecté au système informatique de l’entreprise, même si cela est possible.
Notion (accessible sur notion.so), est ce qu’on appelle un all-in-one, un tout-en-un. Il permet de construire presque n’importe quel outil qui va générer de la prise de notes, et générer des pages.
Il fonctionne sous forme de blocs. Il permet de créer des pages avec plusieurs médias, qu’il est possible de partager en privé sur le Web pour avoir des retours de ses interlocuteurs. Il existe également la notion de base de données qui est développée dans Airtable.
On peut y reproduire également un Trello, qu’on va pouvoir lier avec d’autres documents.
Bruno précise qu’auparavant, il utilisait beaucoup Pocket, pour stocker les articles à lire pour sa veille, mais il devait ensuite se rendre sur d’autres outils pour exploiter ces informations. Notion permet presque de les exploiter au sein même de l’outil. Il a ainsi reconstruit son Pocket sur Notion, et gère toutes les publications en fonction de l’usage qu’il en a, que ce soit dans ses newsletters, ou sur un blog.
Notion permet d’importer tout type de fichiers, texte, CSV, HTML, Word, doc, puis de les lier aux outils comme Dropbox Paper, Evernote, etc.
Notion permet de mettre toute sa vie sur un seul et même outil, d’avoir tout au même endroit, et entièrement lié avec ses bases de données
Bruno précise avoir reconstruit son Evernote, son Trello, son Pocket dans Notion. Tout cela sans code.
Il existe une application mobile et une application web. Il trouve leur approche extrêmement puissante et intéressante. Aujourd’hui, ils sont en train de travailler sur une API qui permettra de connecter l’outil Notion à l’ensemble des autres outils qui ont elles-mêmes une API et qui va permettre de faire communiquer les deux interfaces.
Zapier est la plateforme de référence dans tout ce qui est automatisation d’applications entre elles. Elle permet de prendre une API à droite, de la connecter et d’y mettre des actions avec l’API à gauche.
Zapier permet de créer des liens et faire travailler ensemble différents outils, avec la possibilité de filtres, de sélections, d’interrogations, qui vont permettre d’automatiser tous les process, de façon très fluide, sans développer aucune ligne de code.
Par contre, « il requiert d’avoir un esprit logique, organisé, mathématique, pour comprendre comment ça marche et pour pouvoir vraiment l’exploiter à fond » souligne Bruno.
Ces outils permettent aux développeurs de gagner du temps, et donnent également une opportunité aux non-développeurs de pouvoir tester une idée.
Effectivement, les utilisateurs des outils no code sont aussi des développeurs, pas parce qu’ils sont développeurs, mais parce qu’ils leur simplifient la vie, souligne Bruno. Plutôt que de redévelopper de A à Z un formulaire par exemple, ces outils leur permettent de le faire en ligne en 2 secondes, simplement pour valider une idée.
Je ne suis pas sûr qu’un directeur du marketing du CAC 40 va s’amuser à utiliser ça. En revanche, un directeur marketing dans une petite structure, une PME, une TPE, un entrepreneur dans une startup, peut tout à fait aller valider son idée sans développer
Pour démarrer une startup, il faut trouver un développeur, un marketeur, un commercial, un stratège. Avec ces outils, on devient capable de tester son idée sans avoir de développeur, au moins dans un premier temps.
De la même manière, aujourd’hui, on peut devenir e-commerçant sans avoir de site de e-commerce, en vendant ses produits à travers les Marketplaces. Est-ce bien ou non ? Là n’est pas la question pour Bruno.
Il souhaite juste montrer que les outils no code permettent aux marketeurs de réaliser des choses sans être formé. « Je ne suis pas développeur, mais je peux faire des sites comme si j’étais développeur. Avec certaines limites, certes » reconnaît Bruno.
Mais aujourd’hui, il existe du no code pour faire des sites Web, des sites mobiles, pour connecter et mettre en place des automatisations entre des formulaires, des factures, des ventes, des gestions de communautés.
Le champ des possibles est illimité.
Un avenir qui me semble radieux, d’autant plus que j’ai été un pionnier de la première vague, certes plus frustre, de ces innovations, avec les langages L4G des années 80-90. J’étais même à l’époque, devenu un des experts Mapper, le L4G d’Unisys, avec lequel je développais des applications de gestion pour les contrôleurs financiers et les commerciaux.
Certes, tout cela se passait sur mainframe, mais ces outils étaient déjà incroyablement puissants. Deux gestionnaires non techniciens d’Iberia avaient ainsi, tout seuls, développé le système de gestion des pièces détachées de la compagnie aérienne. Rien que ça !
Une nouvelle ère de l’IT s’annonce, qui remet enfin l’utilisateur gestionnaire et les marketeurs au centre des usages de l’informatique. Il était temps.
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Quelles sont les tendances IT en 2021 ? Faire des prévisions technologiques n’est jamais simple (il n’y a qu’à relire cet exemple ici avec de belles prédictions — streaming — et des plantages mémorables — Facebook). Probablement encore moins dans les périodes troublées comme celle que nous vivons aujourd’hui. Alain Lefebvre n’hésite pas quant à lui à faire des prévisions à contre-courant, et fait encore plus rare, à les comparer après coup avec la réalité du terrain. Alain animera un webinaire pour le compte de REDSEN consulting [transparence, REDSEN est notre client], le 28 janvier 2021 à 9h00) pour nous expliquer sa vision d’où va l’IT en 2021.
Il est tentant de regarder ce qui se passe au moment où on écrit et de tracer une ligne droite et croire que les micro changements que l’on observe seront éternels. Or, rien n’est probablement plus faux.
L’Internet regorge de fausses prévisions qui vous annoncent de manière péremptoire ce qui s’est déjà passé. Par pudeur, on ne mettra pas de lien sur la
Sans parler de la sempiternelle prévision sur le développement de la réalité virtuelle (la même depuis 1995). les prévisionistes qui se lancent dans des
Déclarer, par exemple, que la voiture autonome n’est pas pour tout de suite il y a 5 ans, alors que la terre entière s’émerveillait de cette prouesse technologique était courageux. De même pour prédire l’entrée de l’IA dans un nouvel hiver. D’ailleurs, les deux sujets sont sûrement liés nous expliquait The Economist au mois de juin dernier.
Mais revenons justement à l’IA, car celle-ci est au cœur de nos préoccupations depuis de nombreuses années (j’ai débuté ma carrière de maître d’ouvrage avec un système expert des années 1980 et ce n’était pas beau à voir), et nous attirons l’attention des lecteurs depuis 3 bonnes années sur le fait qu’on raconte un peu n’importe quoi sur ce sujet.
Ce courage donc de confronter les prévisions à la réalité, c’est bien celui d’Alain Lefebvre, auteur d’un billet sur le blog de REDSEN consulting sur les tendances de l’IT. Parmi ses prévisions, il y avait justement le retour de l’hiver de l’IA, à un moment où le bingo buzzword (cf. cette newsletter) sur ce sujet ne ralentit guère.
Dans son analyse, outre le fait qu’il compare vraiment ses prévisions antérieures à la réalité de ce qui s’est passé, il n’hésite pas à faire des annonces à rebrousse-poils et à nous prédire un plateau de l’IT (en bien des points, il est déjà parmi nous, selon lui).
Quant à l’IA, elle n’échappe pas au plateau de l’IT, même si Alain ne la voit pas entrer à nouveau dans un hiver d’oubli et de dénigrement, mais plutôt d’un automne de l’IA, un sujet qui sera au centre de son webinaire du 28 janvier 2021 à 9h00 (vismktg.info/plateau).
Il fait remarquer en effet que « l’enthousiasme débridé des médias pour les exploits du machine learning s’est notablement calmé »
Que dit le grand oracle Gartner sur ce sujet ? Pour le savoir je suis allé voir les hypothèses stratégiques de l’analyste mi 2020 et voici leurs prévisions. Nous pourrons toujours les comparer à celles d’Alain le 28 :
Hypothèses de planification stratégique de Gartner (mars 2020)
On sent un peu la demi-teinte. Mais pas encore, comme le fait remarquer Alain, la fin de l’intérêt pour ces technologies qui pourtant, comme il l’indique, montrent « un grand décalage entre les bénéfices que peuvent tirer les GAFAM (et les BATX) de l’usage de l’IA et son application généralisée à des organisations plus modestes… »
Mais ce qui est plus intéressant encore dans son analyse, de ma perspective (je rappelle le point ci-dessus, j’ai démarré ma carrière en informatique, avec un système expert), c’est le retour possible de l’approche symbolique.
Pour bien comprendre la différence entre approche symbolique et connection en IA, je suis allé consulter l’excellent site de notre ami Olivier Ezratty, grand connaisseur de ces technologies :
En gros, on pourrait voir arriver de nouveaux les systèmes experts et d’une certaine manière, si l’on regarde les Chatbots actuels et leur mise en œuvre à base essentiellement d’arbres de décision, nous y sommes déjà. Après tout, mieux vaut-il sans doute un bon arbre de décision bien fait, qu’un mauvais algorithme prédictif connexionniste. A moins que la vérité se situe — c’est probable — dans le mélange des deux modes comme on le voit déjà dans certains produits.
Il y a bien d’autres points dans le billet d’Alain sur l’avenir de l’IT et son évolution probable sous forme de plateau. Et notamment cette remarque sur l’évolution de la puissance des processeurs. La fin de la loi de Moore, longtemps annoncée, est peut être pour bientôt. Les déboires de grand nombre de grands noms de l’informatique à commencer par Intel et IBM semblent donner raison à Alain sur le caractère inéluctable de ce plateau de l’IT.
L’innovation n’est pas un long fleuve tranquille, la vision romantique de ces courbes à la progression sans fin est sans fondement. On ne peut progresser indéfiniment. Mais il ne faut pas en déduire que l’histoire de l’IT est finie. Au contraire. Alain nous prévient à juste titre : « la vie est pleine de surprises, surtout au moment où l’on s’y attend le moins » et l’on peut en effet « s’attendre à des surprises dans les domaines de la production du texte et de l’image ».
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Zero-Trust et Digital Workplace, ou comment ne plus faire confiance à aucun terminal ni utilisateur pour préserver la sécurité des données. Comment, en effet, protéger la Digital Workplace à l’heure où le télétravail forcé a renforcé les menaces de cybersécurité ? Le concept de Zero-Trust a justement pour but de remplir cette fonction. Pour mieux comprendre ce concept j’ai interviewé Stéphane Padique, solution engineering manager chez VMware dans le cadre de notre dossier de l’IT du futur avec Selceon. Cette interview me permet d’ailleurs d’annoncer le futur webinaire qui aura lieu le 12 janvier sur le thème de la sécurisation de la Digital Workplace.
J’ai assisté à la présentation de Stéphane Padique sur Zero-Trust et Digital Workplace en février dernier, au salon IA for Business. Il y avait ouvert la discussion en expliquant que la personne qui s’inquiète le plus de la Digital Workplace est le responsable de la sécurité, ce qui m’avait frappé.J’ai donc souhaité en savoir plus, et je l’ai interviewé dans le cadre de notre dossier sur l’Environnement de Travail du futur réalisé avec notre sponsor Selceon.
La mise en œuvre de la Digital Workplace correspond avant tout à l’ouverture des services IT aux utilisateurs, quel que soit l’endroit où ils se trouvent, quel que soit le type de terminal qu’ils vont utiliser
Ce que nous avons observé au cours des derniers mois, c’est le défi numéro un des DSI, c’est cette sensation de perdre le contrôle de cet accès aux applications, le contrôle des terminaux utilisés par les utilisateurs. Se posent ainsi énormément de questions en termes de sécurité.
La bonne nouvelle, c’est que les solutions de Digital Workplace que l’on peut trouver aujourd’hui sur le marché — dont Workspace One de VMware — sont conçues pour permettre l’ouverture aux utilisateurs.
En dehors de ce focus sur la valeur apportée à l’utilisateur, ces solutions permettent également d’assurer la sécurité des accès aux applications et globalement, à tout le patrimoine digital de l’entreprise.
La personne en charge de la sécurité aura toujours un regard particulier sur ce genre de choses. Mais quelque part, la sécurité aujourd’hui et les dernières informations qu’on a pu voir le démontrent, c’est l’affaire de tous.
Aujourd’hui, déployer une nouvelle application, mettre en place un nouveau service, doivent se faire en gardant la sécurité à l’esprit. C’est quelque chose qui doit être, selon moi, totalement intrinsèque, que ce soit par rapport aux plateformes mises en œuvre, aux applications qui sont développées, à l’endroit où on va faire tourner ces applications, qu’on soit dans le data center ou sur le cloud.
La situation actuelle a eu un certain nombre d’aspects positifs, constate Stéphane. Nous avons été forcés à valider une nouvelle façon de travailler.
Nous avons tous bien conscience des limites du modèle dans lequel on s’est tous retrouvés au cours des derniers mois, mais cela a aussi ouvert un certain champ des possibles.
Cela a démontré à de très grandes entreprises qu’il est tout à fait possible de travailler avec ce qu’on appelle aux Etats-Unis une « distributive workforce », qui consiste à avoir des employés beaucoup plus distribués géographiquement.
C’est une bonne nouvelle, je vois un futur qui sera différent. On ne travaillera plus demain comme on travaillait avant cette crise
Ce sont autant d’opportunités pour nos clients de travailler différemment et d’aller rechercher les meilleurs talents, la meilleure performance, en proposant davantage de flexibilité aux employés dans leur rapport au travail.
Les applications ne vont pas forcément toutes être dans notre data center, mais de plus en plus dans le SaaS, et c’est une bonne chose, souligne Stéphane.
En revanche, cela signifie que la façon dont on les protégeait jusqu’à présent sur une approche très périmétrique n’est plus vraiment la meilleure façon de faire.
Il n’est plus possible de cadenasser une application SaaS comme on pouvait le faire quand elle était dans notre datacenter. Il y a donc une approche particulière à mettre en œuvre pour faire face à ces menaces
Ensuite, il y a également la problématique liée à l’utilisateur lui-même, qui n’est plus dans le périmètre de l’entreprise. L’utilisateur et son terminal sont externes. On va avoir de plus en plus de besoin de Bring Your Own Device. Non seulement l’utilisateur sera à l’extérieur du réseau, mais il va utiliser un terminal qui, potentiellement, ne sera pas sous le contrôle de l’entreprise.
Là aussi, il faut absolument que la mise en place de la Digital Workplace permette de répondre à ces menaces et de proposer des solutions appropriées.
Comme son nom l’indique, le concept du Zero-Trust signifie qu’on ne peut plus se permettre de faire confiance, même aux informaticiens. Pour le comprendre, il suffit de voir la façon dont un utilisateur va venir consommer un service IT, une application, comme une chaîne.
Cette chaîne est constituée d’un certain nombre de maillons : l’utilisateur, son device, le réseau par lequel il va transiter, l’application elle même. On va faire en sorte que les maillons de cette chaîne ne se fassent pas confiance a priori.
C’est vraiment la grande différence entre un accès et une protection périmétrique où ce qui est à l’extérieur du périmètre est une menace, ce qui est à l’intérieur on lui fait confiance.
Avec le Zero-Trust, on va partir du principe inverse à la sécurité périmètrique : dans ce cas il n’y a plus de périmètre
Dans ce contexte, aucun des éléments de cette chaîne ne peut confiance a priori à aucun des autres éléments qui sont autour de lui. Le concept du Zero-Trust consiste à apporter l’ensemble de ces mécanismes qui vont permettre d’assurer que chacune des connexions à la Digital Workplace, chacun des usages, se fasse dans une situation conforme à la politique de sécurité.
Ce n’est plus le poste de travail qui se protège du réseau, c’est le réseau qui se protège des postes de travail. Et vice versa : le poste de travail se protège du réseau aussi parce que, a priori, on ne peut pas lui faire confiance non plus
Pour Stéphane, oui, car on voit arriver sur le marché des technologies d’antivirus de nouvelle génération, qui agissent différemment, et sont particulièrement intéressants pour protéger les postes de travail. Ils resterons donc utiles.
Par contre, la grande différence, et c’est là tout l’intérêt du Zero-Trust, c’est d’être capable d’obtenir de la part de l’ensemble de ses composants de sécurité la bonne information au moment où on en a vraiment besoin
Stéphane prend l’exemple d’un accès à une application : souvent la première chose que demandent les clients est d’établir le niveau de conformité du terminal de l’utilisateur au moment où il va venir accéder à une ressource.
Dans ce niveau de conformité, on va forcément évaluer le niveau de sécurité de ce terminal. Et c’est une information que l’on est capable d’avoir par rapport au système de gestion du terminal, mais également par rapport aux informations qui vont nous être transmises par les systèmes de sécurité qui sont à bord de ce terminal.
Une collaboration est mise en œuvre entre l’ensemble de ces composants pour créer ce domaine de confiance et définir si oui ou non, l’utilisateur est dans la bonne posture pour accéder à cette application.
Dans le schéma Zero-Trust, le parcours de l’utilisateur depuis son poste de travail jusqu’à l’automatisation n’est pas forcément linéaire.
Il est tout à fait possible de tout mettre en place du jour au lendemain. Mais, précise Stéphane, il y a un existant, des choses à transformer, un certain travail à faire en terme d’analyse sur la façon dont les choses doivent fonctionner.
Finalement, avec la digital workplace et le Zero-Trust, on s’aperçoit qu’on a un niveau de sécurité équivalent, si ce n’est supérieur, à ce qu’on avait l’habitude d’utiliser en sécurité périmétrique.
On n’est pas forcément obligé, toujours, de taper sur les doigts des utilisateurs, on peut aussi les récompenser quand ils réagissent bien.
L’utilisateur lui aussi doit être sensibilisé, et être conscient des risques qui sont autour de lui, sans forcément devenir paranoïaque.
Une approche intéressante a été mise en œuvre chez VMware pour éduquer les utilisateurs à la vigilance en étant le plus proche du jeu.
Très régulièrement, des emails de phishing sont envoyés aux utilisateurs. Lorsqu’ils détectent et remontent un email de phishing « de test », ils vont gagner des points, ce qui permet de gamifier l’expérience et d’apprendre au fur et à mesure et à se sensibiliser aux pièges que l’on peut rencontrer aujourd’hui.
Force est de constater qu’il va falloir pousser ce concept beaucoup plus loin, travailler sur l’infrastructure et les applications elles-mêmes, souligne Stéphane.
C’est quelque chose sur quoi VMWare travaille d’ores et déjà au travers de ce qu’on appelle « Intrinsic Security » (voir la présentation du COO de VMware Sanjay Poonen, ci-dessous), c’est-à-dire mettre en œuvre tous les mécanismes de sécurité au niveau de l’infrastructure et fermer la boucle entre l’infrastructure et l’utilisateur.
Et puis, plus loin par rapport aux applications, faire l’effort nécessaire pour sécuriser le développement même des applications et éviter, par exemple, que ces applications ne soient piratées alors même qu’elles sont encore en développement, et que du code malicieux soit injecté dans ces applications.
On va devoir étendre cette chaîne de confiance jusqu’à la source qui est le développement de l’application. Pour Stéphane, le concept de Zero-Trust est tout à fait adapté à cette approche, et doit maintenant être élargi.
Inscrivez-vous à notre webinaire pour en savoir plus er bénéficier des retours d’expérience d’ASL Airlines sur ce sujet.
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Les grands projets IT ne sont pas un long fleuve tranquille. L’informatique raisonnée », on aurait tout aussi bien pu écrire « raisonnable », est un nouveau concept issu du dernier livre d’Alain Lefebvre, dont le but est justement de réparer les dégâts que l’on constate si souvent autour de ces énormes chantiers informatiques. Les lecteurs qui y auront été mêlés de près ou de loin, nous comprendrons aisément. Nous avons interviewé Alain dans le cadre de notre dossier sur l’environnement de travail du futur. Ceux de nos lecteurs qui le connaissent déjà ne seront pas étonnés, il ne mâche pas ses mots. Mais le co-fondateur de SQLI nous fournit également, au travers de cet ouvrage des pistes concrètes pour améliorer les choses.
Alain Lefebvre n’a pas de qualificatifs assez durs à l’encontre des grands projets informatiques, autour desquels les désastres se sont succédés. Dans le privé, et surtout dans le public (en fait, ce sont ceux-là qui sont les plus visibles dans la presse). Le livre d’Alain, que l’on trouve sur Amazon n’est pas qu’une critique à charge contre les grands chantiers IT, cependant. Il fournit aussi des pistes de travail — en attendant le prochain livre qui parlera de la mise en œuvre — pour envisager un futur plus doux et plus profitable à l’informatique du futur. Un livre que nous vous résumons au travers de cette interview avec l’auteur.
Le dossier sur l’environnement du travail de demain est réalisé avec Selceon
Dans mon introduction, j’aborde le gâchis généralisé qui caractérise trop souvent les projets informatiques de nos jours. Peut-être pas seulement de nos jours d’ailleurs … Mais aujourd’hui, il n’y a toujours pas d’amélioration.
Les capacités et les outils se sont améliorés, mais on en réclame toujours plus. On est toujours aussi ambitieux, trop ambitieux. Et deux fois sur trois, ça finit en désastre.
Le cabinet Standish Group, spécialisé dans la mesure des succès des projets informatiques, indique que les meilleures années, la proportion de projets réussis ne dépasse pas 30%
La plupart du temps, ce sont des échecs, voire des désastres. Échec veut dire « n’a pas été conclu dans le temps ni dans le budget imparti ». Désastre signifie que ce projet a été abandonné en cours de route, et cela arrive souvent.
J’ai des exemples précis à mettre en avant parce que généralement, on imagine toujours que j’exagère. J’aimerais bien exagérer, malheureusement, je n’invente rien et je n’exagère pas.
Pendant cette décennie, il y a un certain nombre de grands projets de notre glorieuse administration française, qui ont été abandonnés après avoir coûté des centaines de millions d’euros.
Par exemple, Louvois, plus de 400 millions d’euros et SIRHEN, 320 millions d’euros de dégâts. Quant à l’Office national de Paye, le projet a finalement été arrêté en mars 2014, et c’est un gâchis de 600 millions d’euros. Ce sont des exemples précis qu’on connaît, parce que c’est le gouvernement, et les gouvernements sont tenus à une certaine transparence alors que les clients privés le sont moins.
Mais malgré tout, des éléments montrent que généralement, les grands projets informatiques sont des bains de sang. Par exemple, les implémentations de SAP sont abandonnées une fois sur deux [NDLR, c’est même pire, le chiffre exact est 60% d’échecs]. Récemment, LIDL en Allemagne a annoncé qu’il renonçait à sa mise en place de SAP. Et ça leur a coûté plusieurs centaines de millions d’euros. Souvent, les grands projets se terminent mal.
C’est ça l’essentiel du message de ce livre. Mon but n’est pas d’interdire le développement spécifique, comme certains pourraient le penser. Ce n’est pas ça du tout.
C’est justement de donner sa chance aux petits projets en évitant d’investir toutes ses ressources, tous ses moyens dans des grands projets qui n’aboutissent pas, ne serait-ce que parce qu’ils durent trop longtemps.
Donc, on est victime de l’ « effet tunnel », de l’ « effet comité » et ainsi de suite. On a mobilisé toutes ses ressources sur quelque chose qu’on finit par abandonner. Et du coup, il ne reste jamais rien pour les petits projets plus modestes qui apportent pourtant de la valeur.
Et c’est pour cela d’ailleurs qu’il y a des phénomènes comme le Shadow IT qui se manifestent dans les organisations.
L’essentiel de l’informatique de gestion a été, pour les grandes organisations, mis en place et développé dans les années 60, ou au plus tard dans les années 70, et à l’époque, pour économiser de la place en stockage, on n’enregistrait les dates que sur deux digits pour ce qui concernait les années.
Evidemment, pour passer d’un siècle à l’autre, ça allait poser problème. Il y a eu cette grosse crise qu’on a appelé la crise de l’an 2000, où il a fallu corriger des centaines et des milliers de programmes à la main pour arriver à faire passer ce problème de date. Bien souvent, d’ailleurs, les corrections n’ont pas eu lieu. Des grandes chaînes de gestion ont été remplacées par des ERP, tels que SAP . Ça a été un grand moment, un âge d’or pour ces éditeurs d’ERP.
Cette crise a été à l’origine d’une rupture de la confiance entre l’informatique et les directions générales. Celles-ci se sont aperçues qu’elles ne pouvaient pas avoir confiance durablement dans leur informatique, puisqu’il y avait des pièges cachés, des bombes à retardement, qui pouvaient se réveiller comme ça à l’occasion d’un changement d’année. Ça a été un gros traumatisme, une grosse rupture, même si, au final, la crise n’a pas été aussi grande que ce qu’on avait envisagée au départ.
Ses analyses sont très intéressantes. Il ne faut pas se contenter de lire ses résumés, il faut lire ses livres. Récemment, il a écrit sur Google, sur la tendance à l’abrutissement généralisé. Ses livres sont formidables. Il a remis en cause une des vaches sacrées de l’informatique, à savoir que les projets informatiques n’étaient pas stratégiques. Mais il faut s’entendre sur la définition exacte du terme stratégique. Le problème, c’est qu’à notre époque, il y a beaucoup de définitions qui sont surexploitées, complètement galvaudées.
Par exemple, les gens emploient le terme « révolution » à tort et à travers, alors qu’il vaudrait mieux utiliser « percée ». C’est plus précis et plus exact.
Quand vous dites « l’informatique, c’est stratégique », il faut entendre que les gens disent « l’informatique, c’est important ». Et là, on est évidemment d’accord.
Quand on dit « c’est stratégique », « c’est un avantage stratégique », ça veut dire qu’on détient seuls un avantage concurrentiel. Or les avantages concurrentiels durables existent peu. À chaque fois, les concurrents peuvent copier votre mise en œuvre d’autant plus rapidement que depuis 40 ans, une des tendances majeures de l’informatique moderne, est de rendre disponible de plus en plus rapidement, toutes les nouveautés.
Les nouveautés sont de plus en plus rapidement largement disponibles et à meilleur coût
Cela ne veut pas dire qu’on dépense moins. On dépense toujours plus pour l’informatique, mais on en a plus pour son argent. C’est tout à fait contradictoire avec l’idée qu’on pourrait se doter d’un avantage qu’on serait les seuls à avoir et qu’on garderait jalousement auprès de soi.
C’est principalement ce que Nicholas Carr a expliqué dans ce qui était d’abord un article et est ensuite devenu un livre. Et c’est ce que j’ai repris dans mon dernier ouvrage. Je m’aperçois que j’ai fait une erreur là-dessus. Non pas que j’ai eu tort sur le plan fondamental, je pense que j’ai parfaitement raison, mais j’ai eu tort sur l’idée de vouloir combattre cette perception. L’informatique stratégique, c’est une croyance. On ne s’attaque pas à une croyance avec des arguments raisonnables, rationnels. Les gens sont persuadés que l’informatique est importante et que ça se traduit par l’adjectif « stratégique ». Ça ne sert à rien de combattre ça.
L’importance du cloud computing est incontestable. C’est l’informatique centrée réseau qu’on imaginait déjà dès la fin des années 90, s’est enfin réalisée à travers le cloud, tout simplement pour son côté pratique. Car le cloud vous évite d’avoir à faire des installations, des paramétrages, des mises au point. C’est un service directement opérationnel et accessible à travers votre navigateur Web.
C’est un progrès fantastique et cela explique son succès. Ceci dit, il faut quand même noter que le cloud a mis presque 15 ans à s’imposer. Aujourd’hui, on peut considérer qu’il a gagné la bataille, mais il a quand même fallu du temps.
Depuis plus d’une dizaine d’années je me demandais pourquoi le télétravail ne s’imposait pas davantage, pourquoi les gens ne comprenaient pas qu’il valait mieux organiser une réunion par vidéoconférence que faire des centaines de kilomètres pour s’enfermer trois quarts d’heure dans une salle climatisée et parler 30 secondes. Il y avait une espèce d’évidence, mais l’évidence ne suffit pas toujours.
Et tout d’un coup, le confinement a comblé l’écart qu’il y avait entre la perception générale et la disponibilité des outils. Tout d’un coup, on a été obligé de se rendre compte que c’était beaucoup plus rationnel, beaucoup plus pratique.
Alors attention, je ne suis pas en train de dire qu’il faut généraliser à tout prix, complètement et pour toujours le télétravail et bannir complètement toutes les réunions physiques, le travail sur des open space ou autres. Je ne dis pas ça. Mais une utilisation rationnelle des outils aurait dû s’imposer depuis longtemps.
C’est en quelque sorte le seul bénéfice qu’on a eu de cette période extraordinaire, extravagante, du confinement. C’est finalement de coller tous les bouts ensemble et de se rendre compte qu’on avait là une corde solide.
L’informatique raisonnée se décline en trois principes généraux très simples, qui sont faciles à comprendre et à retenir et qui se résument par : lucidité, sagesse, discernement.
Lucidité, c’est l’informatique critique, et non stratégique. C’est à dire que si vous renoncez à vouloir poursuivre à tout prix un avantage stratégique — ce qui est d’ailleurs vain — vous allez vous concentrer sur des petits projets à valeur ajoutée et ce sera bien mieux pour tout le monde.
C’est de comprendre que les projets longs sont des puits sans fin dans lesquels il ne faut pas tomber. Et ça fait très longtemps qu’on dit cela. Les livres de Frederick Brooks dans les années 70 ne disaient rien d’autre (« le mythe du mois-homme »).
Les modes techniques sont toxiques, ne les suivez pas aveuglément ! On a bien vu ces dernières années les modes se succéder toujours sur un rythme effréné, faire beaucoup de buzz alors que concrètement, ça n’apporte pas grand-chose dans les entreprises. Tous les quatre ans, on se rend compte que la mode était exagérée. On passe à autre chose, sans avoir retenu aucune leçon.
L’informatique raisonnée, c’est justement d’arrêter toutes ces bêtises et d’arrêter tout ce gâchis. En gros, c’est de devenir enfin raisonnable.
Oui, absolument. En premier lieu, il faut arrêter d’avoir des ambitions démesurées. Il faut savoir écouter ses utilisateurs. Par exemple, des phénomènes comme le Shadow IT, au lieu d’être négatif, peut être tout à fait mis à profit pour permettre d’identifier ce dont vos directions métier ont réellement besoin.
Elles en ont tellement besoin qu’elles l’ont fait par elles-mêmes. Avec la montée des outils qu’on appelle low-code / no-code, c’est d’autant plus facile que tout est disponible en mode SaaS. Le shadow IT n’est donc pas prêt de disparaître, mais au lieu que ce soit négatif, il faut savoir en tirer parti.
Je ne suis pas inquiet sur le sort des développeurs car on aura toujours besoin d’eux. Je ne remets pas en cause le besoin d’applications spécifiques, mais simplement l’approche « grand projet » pour ces applications spécifiques.
Par contre, pour ce qui est des administrateurs systèmes, c’est un peu différent, car le cloud, justement, remet en cause, au moins en partie, leur spécificité, leur valeur ajoutée.
Il est clair qu’il va y avoir une remise à plat de certains métiers dans l’informatique, mais ça a toujours eu lieu. A chaque nouvelle vague, à chaque renouvellement, il y a toujours eu une remise à plat. De la même façon qu’à une époque, les développeurs Cobol ont disparu, puis on les a rappelés bien vite quand il y a la crise de l’an 2000. Il y a tout le temps ces phénomènes de va et vient.
Ceci dit, la remise à plat va peut-être être plus globale.
C’est le moment de se mettre à l’informatique raisonnée car on est en train de changer d’ère à travers un ralentissement très prononcé des effets de la loi de Moore. Or, il ne faut pas oublier que depuis 40 ans, l’informatique dans son ensemble était comme un train dont la locomotive était justement cette loi de Moore, qui apportait des accroissements de capacités. Pas seulement en termes de puissance de calcul, mais aussi de stockage continu à meilleur coût.
Si cette loi s’arrête ou ralentit fortement, il est évident qu’il y aura des répercussions à tous les étages et à très grande échelle. Donc une remise à plat, certainement.
J’aime beaucoup les méthodes agiles et je trouve que c’est un progrès formidable. Et c’est pour ça que j’insiste beaucoup sur le côté très pragmatique de la démarche d’évolution vers l’informatique raisonnée.
Il ne faut surtout pas la prendre comme une méthode dogmatique à suivre à la virgule près. L’agilité a été victime de son succès. Tout d’un coup, les gens se sont mis à embrasser l’agilité sans vraiment bien la comprendre et bien la digérer. C’était la ferveur des nouveaux convertis. Il fallait montrer qu’on était 100% conforme à l’agilité et cela devenait une espèce d’auto parodie complètement ridicule.
Si l’informatique raisonnée a du succès, et je le souhaite, elle permettra d’éviter cet écueil de la rigidité et du dogmatisme.
Les orientations que je mets en avant et les recommandations dans le prochain livre qui va suivre — puisqu’on est en train d’écrire une suite qui va s’appeler « L’informatique raisonnée en pratique » — c’est que tout ça ne doit pas être appliqué rigidement, mais selon votre contexte.
La souplesse d’adaptation des principes, orientations et recommandations de l’informatique raisonnée permettra d’éviter la crise que traverse actuellement l’agilité
Alain a plus de 40 ans d’expérience en informatique. Il a été le co-fondateur de SQLI, pionnier du client-serveur puis du Web. Il se se consacre désormais à l’écriture avec 30 livres publiés depuis le premier en 1993.
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S’il y a un phénomène IT que les marketeurs pratiquent quasiment tous sans toutefois toujours en connaître le nom, c’est bien le BYOD (Bring You Own Device), à savoir le fait d’utiliser son matériel et logiciel personnel dans le cadre de ses fonctions (sur le lieu travail ou en déplacement et en télétravail, de manière subventionnée ou non).
A ce vocable quelque peu barbare est venu s’en ajouter un deuxième, le CYOD (Choose Your Own Device) qui en est une variante : l’entreprise propose à l’employé de choisir le matériel de son choix à l’intérieur d’un catalogue.
Le phénomène n’est pas forcément nouveau. Je l’ai pratiqué moi-même dès 1990 en achetant mon propre ordinateur portable afin d’expérimenter le travail à domicile (chez Visionary Marketing nous tenons à démontrer l’innovation par l’exemple).
Pour cela, l’employé pourra ainsi même décider de choisir un matériel supérieur et de compléter la somme initiale.
Dans le cadre de notre dossier sur l’environnement de travail réalisé avec Selceon, Visionary Marketing vous propose l’interview d’un de nos meilleurs spécialistes de l’IT et de l’innovation, Frédéric Charles, directeur de la stratégie digitale et de l’innovation chez Suez Smart Solutions (partie digitale de Suez au sein de Suez Environmental Solutions) et également auteur d’une tribune sur ZNet dont nous vous recommandons vivement la lecture.
Dans le cadre de cette interview, Frédéric vous dressera un état des lieux de la situation actuelle, de son accélération au travers de la crise du Coronavirus et enfin, évoquera avec nous le futur de l’IT qui sera fondamentalement différent de ce que vous avez connu jusqu’au mois de janvier… Surtout si la crise s’éternise et que la tendance à quitter les bureaux s’accélère, comme dans la Silicon Valley qui serait en train de se vider selon le Wall Street Journal du 14 août .
Suez Smart Solutions propose des solutions pour l’environnement, qui vont du capteur jusqu’aux tableaux de bord de données avec des solutions intelligentes, et numériques, pour gérer l’environnement, la qualité de l’air, etc.
Suez Smart Solutions porte cette partie, pour l’interne du groupe Suez et également l’externe car ses solutions sont vendues directement aux clients du monde entier Voici une vidéo de présentation de Suez qui vous aidera à mieux comprendre les enjeux de cette division innovante et numérique.
Suez Smart Solutions a commencé son travail avec la partie télé-relève des compteurs, avec une division appelée Smart Monitoring. L’entité de Suez assure ainsi, pour le compte de collectivités locales et pour le compte du groupe, la relève des données des compteurs d’eau directement depuis le particulier. Ces données sont intégrées sur des serveurs, puis fournies au prestataire qui va facturer le service.
Mais ces données sont également utilisées dans un deuxième type de solution, dit Smart Water, qui les analyse pour détecter les fuites, ou développer des services à valeur ajoutée, comme par exemple le suivi touristique.
Par exemple à l’échelle d’une ville, il est difficile de connaître le nombre de touristes, de savoir quand ils viennent, et où ils descendent. Quand on regarde l’ensemble des sites, comme les hôtels, où les compteurs d’eau correspondent à des activités touristiques, et qu’on les agrège, on peut ainsi avoir une vision de l’activité touristique d’une ville.
Le principe du BYOD (ou Bring Your Own Device) est que le salarié arrive avec son propre équipement, précise Frédéric Charles, et va l’utiliser à des fins professionnelles pour communiquer avec ses collègues, éventuellement faire des calculs ou gérer une application.
La notion de CYOD ne présente, quant à elle, pas beaucoup d’intérêt, elle signifie que la DSI propose un catalogue pour restreindre le choix et éviter que le salarié amène son propre terminal.
Soit la DSI impose un terminal parce qu’on a massifié les achats et qu’il y a eu un appel d’offres, soit elle propose un catalogue de terminaux et on va parler de CYOD
Généralement, on voit apparaître des configurations standard et des configurations de développeurs qui ont besoin de davantage de mémoire et de capacité.
Et puis, il y a le débat, vieux comme le monde, entre PC ou Mac, constate Frédéric Charles.
Pourquoi ne pas laisser les salariés s’équiper ? Ils viennent bien avec leur propre costume, pourquoi pas leur propre téléphone ou poste de travail ?
Le sujet est apparu quand on a voulu mettre en place des politiques de gouvernance et de support par les directions des systèmes d’information de l’ensemble des équipements qui permettaient d’accéder aux applications d’entreprise.
Ça existait sans être nommé comme cela, mais les termes de BYOD ou CYOD sont apparus au moment où on a voulu assurer un support et renforcer la sécurité.
Cela rentre dans les mœurs car il y a des facteurs-clés qui y poussent, en premier le cloud. Car avoir un terminal c’est bien, mais s’il ne me sert que de calculette locale et que je ne peux rien en faire, ça n’a pas beaucoup d’intérêt. Par contre, relié au cloud, avec des applications en SaaS, celui-ci dispose d’un potentiel important, surtout si mes autres collègues sont également connectés à ces applications en SaaS.
Ainsi, il y a des tendances liées au cloud, au SaaS, à la baisse des coûts des terminaux, qui font que le BYOD / CYOD s’est développé, à l’encontre peut-être des politiques de gouvernance d’entreprise, souligne Frédéric Charles.
Le coronavirus a effectivement obligé les DSI, du jour au lendemain, à équiper les gens qui n’avaient pas de poste de travail ou de terminal pour se connecter de manière officielle à l’entreprise. Soit des stocks étaient disponibles, soit on leur a dit de se débrouiller avec leur ordinateur, « celui de votre fils, ou un que vous irez chercher à la FNAC ! » et on a ainsi généralisé le BYOD pour les collaborateurs qui sont concernés.
En effet, la totalité des employés n’est pas éligible au BYOD, car certains d’entre eux sont sur le terrain, à la collecte des déchets par exemple, et leurs terminaux sont durcis et ne se trouvent pas dans le commerce. Cela a donc normalisé l’usage du BYOD. Et à partir de là, on a ensuite imaginé comment assurer le support et la sécurité du SI.
En l’occurrence, Frédéric Charles précise que ses collaborateurs pratiquent à 70% du BYOD car ce sont des développeurs, internes, externes ou free-lance. En interne, les Macs, par exemple, ne font pas partie du catalogue standard, mais pour la transformation digitale, ce type d’équipements est nécessaire. Ils sont donc uniquement connectés à des plateformes cloud de développement.
Le cloud continuant à se généraliser, on peut supposer effectivement que c’est le bon moment de réfléchir à un certain nombre de cas d’usages et de métiers pour lesquels, finalement, l’entreprise n’aurait pas besoin de fournir le terminal.
« Je reprends mon exemple du costume qui était imposé dans les entreprises et qui était fourni par elles, il y a un grand nombre d’années » poursuit Frédéric. « On allait au magasin le chercher. Aujourd’hui, on ne le fait plus que pour les chaussures de sécurité, un casque ou un gilet jaune ».
Cela montre bien une évolution dans les entreprises sur l’environnement de travail du salarié au niveau vestimentaire. De même pour l’environnement de travail numérique, pourquoi ne pas fournir que les postes de travail qui sont absolument nécessaires, l’équivalent des chaussures de sécurité en informatique en quelque sorte, c’est-à-dire les équipements dédiés à des entreprises particulières, avec des agréments défense, des centres d’appels, etc.
En revanche, pour Frédéric Charles, il y a un problème à avoir une stratégie qui permette d’intégrer différents postes de travail. Il faut cloisonner, on ne peut pas donner le même degré de confiance à son poste quand on commence à le voir arriver dans une agence ou sur le réseau.
Cela veut dire qu’il va falloir s’adapter et prendre le problème à l’envers de ce que nous faisons aujourd’hui. Plutôt que de partir de la gouvernance et d’imposer un poste homogène et uniforme, il faudrait plutôt poser l’hypothèse que pour un certain nombre d’acteurs, il n’y a pas d’enjeu à se voir doter d’un tel poste. Et il y a des économies d’échelle à réaliser également en procédant ainsi.
Mais dans ce cas, cela nécessite de transformer la gouvernance, la sécurité et les règles associées, le support et la maintenance, et se protéger également d’un point de vue juridique.
Concernant les déplacements professionnels, certains recourent à leurs voitures personnelles et ils se font rembourser leurs notes de frais, alors que d’autres disposent de voitures professionnelles. On revient sur le sujet de ce que doit fournir l’entreprise par rapport à ces différents métiers. Cette question doit être réexaminée régulièrement.
L’entreprise de mon grand-père lui fournissait sa règle à calcul. Plus tard, il s’est acheté sa propre règle à calcul. C’était peut-être il y a 60 ans, le premier avatar du Bring Your Own Device.
Le BYOD change fondamentalement le paradigme et la posture de ceux qui assurent la sécurité dans l’entreprise, c’est-à-dire la DSI, supervisée globalement par le RSSI, mais aussi celle du salarié.
Frédéric Charles pense en effet que le sujet du BYOD amène à une plus grande maturité également au niveau des salariés. Il faut donc former des salariés à la supervision de leur poste de travail, alors que le paradigme précédent était : « l’entreprise fournit le poste de travail, donc c’est elle qui est responsable et qui se doit de le surveiller en permanence ».
Cela n’est plus possible, avec le BYOD, sans composant tournant sur le terminal local pour le superviser. Le salarié doit s’assurer d’être à jour. Et quand ce poste va se connecter au réseau en entreprise et qu’un incident peut arriver à tout moment, il va falloir trouver de nouvelles parades. C’est une question d’adaptation.
Le BYOD fonctionne dans beaucoup d’entreprises aujourd’hui. Il y a des sociétés qui ont érigé le télétravail en norme. Même si le grand public a découvert cela avec la crise du Covid, des sociétés comme Github par exemple, n’ont de bureaux que pour les commerciaux.
Les développeurs et employés de GitHub, sont répartis sur toute la planète. Leurs machines sont reliées au réseau et c’est ainsi qu’ils gèrent le plus grand réseau social de développeurs, qui contient 90% de toutes les applications mondiales.
De la même manière, nous aurions pu citer Automattic, la société éditrice du logiciel WordPress que nous utilisons pour publier ces lignes, qui est entièrement décentralisée. Plus récemment, les géants Facebook et Twitter se sont prononcés pour la généralisation du télétravail, même si Facebook ne s’est engagé que jusque mi 2021.
Il faut donc maintenant adapter la gouvernance et les moyens mis en œuvre pour faire correspondre le niveau de sécurité poste par poste, et les méthodes. Sans oublier d’impliquer le salarié lui-même. C’est un point essentiel.
C’est un vrai changement de posture, et de paradigme, et il y a une conduite du changement à mener et des choses à adapter en termes de sécurité.
En revanche, si on passe cette la barrière du changement, on peut considérer que le BYOD simplifie le travail du DSI parce qu’il sera déchargé d’un certain nombre d’actions sur le salarié lui-même qui va entretenir son poste de travail.
Je me rappelle la mise en place des tablettes en entreprise. On disait que c’était fragile. En fait, on s’est aperçu qu’on avait moins de casse sur les tablettes qu’on déployait que sur les terminaux durcis, car les gens y faisaient plus attention.
Je pense que la DSI peut saisir cette chance pour responsabiliser les employés et reprendre un lien direct avec ceux qui utilisent les équipements.
Donc, au final, cela peut décider de l’avenir de la DSI, de transformer son action et son travail. Avec moins de contrôles, certainement, au départ. Mais avec l’instauration de nouveaux contrôles à d’autres endroits.
Cela pourrait ressembler à un aéroport où, quand on rentre, on n’oblige personne à avoir la même valise, mais où tout le monde est scrupuleusement contrôlé. C’est donc un changement de vision total, qui peut vraiment présenter un intérêt pour le DSI.
Ensuite, le DSI peut reprendre la main juste derrière le terminal avec les applications. Son enjeu est donc plutôt de proposer des plateformes applicatives et collaboratives qui soient vraiment dans le cloud en SaaS et qui soient utilisées par ces terminaux.
L’enjeu n’est plus sur le terminal mais sur l’application, sur le PaaS (NDLR : Platform as a Service, ensemble des outils de développements mis à disposition clé en main par un prestataire de cloud public) et la collaboration applicative des salariés qui ont ces applications.
Les postes de travail de développeurs qui sont reliés à des plateformes permettent à un moment donné de bénéficier de la puissance machine locale pour regarder son code, avoir trois écrans et vérifier la validité de son développement.
Ensuite le local passe au niveau du serveur de développement et est géré globalement et collaborativement. Et à tout moment, il est sécurisé.
Dans le cas du développement, la machine sur laquelle on a fait le travail au départ n’est pas importante, c’est ensuite qu’on va vérifier la sécurité dans le code, automatiser et faire la mise en production.
En conclusion, la face de l’IT pourrait bien être totalement bouleversée dans les années qui viennent, et la généralisation du télétravail, surtout si une deuxième vague du virus venait à se confirmer, pourrait bien accélérer la mutation des services, des méthodes et des outils. Nous n’avons pas fini d’entendre parler du BYOD et du CYOD. Cela ne fait même peut-être que commencer.
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