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Fat Dog (« Gros chien ») publie Cancel Me (I’m Tired), deuxième album pour le groupe londonien, toujours mordant.
Cancel Me (I’m Tired), dix titres, pied au plancher, voix énervée et refrains façon rock héroïque sur des synthétiseurs implacables et dansants. Réputés pour leurs concerts enflammés, les Londoniens se font connaître sur scène en 2020. Mais c’est surtout quatre ans plus tard que tout bascule, avec un premier album à la cacophonie post-punk génialement maîtrisée, intitulé Woof. Il les place illico sur le devant de la scène rock mondiale, grâce notamment au tubesque « Running ».
En à peine six ans, le succès de Fat Dog est tel que les sollicitations pleuvent de partout. À commencer par cette proposition improbable de représenter le Royaume-Uni à l’Eurovision 2027. Et ils avaient un titre déjà prêt, « England Is My City ». Mais le projet tombe à l’eau, par crainte de récupération du morceau par l’extrême droite anglaise, et parce qu’il n’est pas question de s’associer au célèbre concours de la chanson, devenu un enjeu géopolitique.
Dans la foulée, Fat Dog publie donc le 2 octobre 2026 son deuxième album, Cancel Me (I’m Tired) (« Annulez-moi, je suis fatigué »). Ça sent la déprime, ce titre. Mais fatigué, marre de quoi au juste ? Réponse de Chris Hugues, l’une des têtes pensantes du collectif de passage a Paris pour une session promo :
« Le nom de cet album vient d’abord de la fatigue de notre longue tournée américaine. Mais il fait aussi allusion à la "cancel culture", cette mauvaise habitude qu’on a d’effacer facilement l’existence des autres pour une parole ou une position, sous la pression des réseaux sociaux. On a l’impression de marcher sur des œufs en permanence. Sur le plan créatif, c’est déprimant quand on voit la culture prise en étau entre le diktat virtuel et la peur de la transgression. Alors on aborde ces sujets sérieux avec l’humour, ce second degré très britannique. Et que les choses soient claires : on aime les États-Unis. C’est l’un des plus beaux pays de la planète. Mais si Donald Trump n’était pas président et animait une télé-réalité, les gens l’aimeraient plus, parce que ce mec est un vrai clown. Une sitcom lui irait beaucoup mieux. »
Humour anglais, donc, et pas de langue de bois. Et la France dans tout ça, avec toute la crise sociale, Il en pense quoi ? Beaucoup de bien. Avec un nom pareil, Chris Hugues est déjà à moitié français. Il lui manque juste le jambon-beurre. Et justement, il en parle aussi :
« J’aime tellement la France. Je sais qu’en ce moment c’est agité, avec les étudiants qui manifestent pour leurs droits, mais c’est génial, parce que je n’ai jamais vu une mobilisation étudiante de cette ampleur. Je ne vis pas en France, certes. Mais ma mère est alsacienne et je viens ici depuis tout petit, toujours avec le même plaisir. On y mange bien, la musique et l’art sont partout. Et on est au pays des droits de l’homme. Ici, vous existez. En Angleterre, c’est moins sûr. Et quand j’arrive à Paris, je me dis : "Oh mon Dieu, le meilleur jambon-beurre du monde !" Alors que le sandwich de rue est dégueulasse et plus cher à Londres (rires). »
Cancel Me (I’m Tired), un album sans filtre, entre rage et provocation, à l’image de la chanson « Go Fuck Urself ». Sur scène, c’est encore plus explosif. Samedi 31 octobre 2026, à l’Élysée Montmartre, à Paris, ils ont même enfilé symboliquement des gilets jaunes pour soutenir la France en colère, comme leur rock'n'roll de chien fou.
Cancel Me (I’m Tired) de Fat Dog, en concert à Tourcoing dans le nord de la France, le 3 novembre 2026.
Le prodige de la soul britannique revient avec Fudge, son cinquième album. Ce disque de ballades épurées était très attendu, mais prend une résonance bouleversante : quelques mois après son enregistrement, Michael Kiwanuka a été frappé par un grave AVC.
C’est l’un des auteurs-compositeurs les plus doués de sa génération. Guitariste de 39 ans à la voix sans âge, si gracieuse, Michael Kiwanuka a placé quatre albums dans le top 10 britannique. Il a aussi décroché un Mercury Prize et une nomination aux Grammy. Il y a bientôt dix ans, sa chanson Cold Little Heart propulse sa notoriété bien au-delà du Royaume-Uni, le titre ayant servi de générique à la série Big Little Lies.
Alors qu'il enregistre son précédent album «Small Changes» (2024) et prépare une tournée mondiale, l’artiste s'installe dans un petit studio de Southampton avec ses fidèles musiciens de scène, son quatuor à cordes et ses choeurs. Ensemble, ils jamment et improvisent dans une ambiance introspective. Faire de la musique, pour le plaisir... c'est la genèse de l'album Fudge.
Un disque en toute libertéTeinté de folk et de blues psyché, Fudge laisse entendre les timbres nus, les instruments tout proches, le crépitement des bandes, avec de longues plages instrumentales propices à la méditation.
Inspiré par une citation du jazzman Chick Corea qui ouvre le disque – « fais ce que tu trouves beau et pas ce que les autres attendent de toi » – l'album se veut libre et instinctif. Pour la toute première fois, Michael Kiwanuka s'est affranchi de ses producteurs fétiches (Danger Mouse et Inflo) pour assurer lui-même la production de ses morceaux, avant d'en confier les finitions à Dom Monks.
Mais l'album sonne forcément autrement quand on sait l’épreuve que traverse cet artiste solaire.
Le chant comme thérapieCar depuis plus d’un an, c’était silence radio. Michael Kiwanuka avait annulé des concerts pour raisons de santé, sans donner plus de détails. Jusqu'à la sortie de ce disque, il y a quelques semaines.
À lire aussiAvec «Small Changes», l'Anglo-ougandais Michael Kiwanuka touche les étoiles
Dans la seule interview qu'il a accordé au journal The Guardian, le musicien d’origine ougandaise révèle avoir été victime d’un grave accident vasculaire cérébral en juillet 2025, juste après avoir l'enregistrement de Fudge.
Encore en rééducation, il a toujours du mal à parler près d'un an après l'AVC. Pour lui, le chant est devenu littéralement une thérapie qui l'aide à retrouver le souffle et l'usage de ses cordes vocales.
Père de deux enfants, Michael Kiwanuka n'avait que 38 ans au moment de l'AVC. Il tient donc à passer un message : les hommes noirs sont beaucoup plus exposés à l’hypertension. S’il l’avait su, il aurait consulté et aurait pu se soigner.
Son cinquième disque Fudge est sorti le 23 octobre 2026 (Polydor Records/Greffen Records). À écouter aussi sur YouTube.
Plus de vingt ans après avoir passé la new-wave au filtre de la bossa nova ou du jazz, le collectif français Nouvelle Vague consacre un album entier à Depeche Mode. Enregistré à Rio de Janeiro avec des musiciens brésiliens, puis achevé à Paris, A Date with Depeche Mode réinvente treize morceaux de ce groupe britannique culte, portés comme toujours par des voix féminines.
« Personal Jesus », « Enjoy the Silence », « Never Let Me Down Again »… Nouvelle Vague enfile son gant de velours pour explorer le répertoire de Depeche Mode. Formé en banlieue de Londres, dans le sillage du punk, ce groupe anglais a rempli les stades des années 1980 et 1990 avec ses machines et ses sons synthétiques.
Une époque qui fascine depuis toujours Marc Collin, claviériste et cofondateur – avec Olivier Libaux, disparu en 2021 – de Nouvelle Vague, pour qui c'était une période très ouverte, portée par les progrès technologiques et un foisonnement de courants musicaux.
De Joy Division à Depeche Mode, 20 ans de reprises réinventéesLe projet est né il y a un peu plus de 20 ans sur une envie : « On voulait écouter autrement ces chansons qu’on adore de The Cure, New Order, Depeche Mode », raconte Marc Collin.
« À la base, le concept c’était de prendre des chansons écrites dans les années 1980 par des hommes anglais en colère, et d’imaginer un voyage dans le temps, dans les années 1950-1960, au Brésil. C’est une relecture totale, qui permet d’avoir une autre écoute de ces chansons ». Ce sera donc « Nouvelle Vague », en clin d’œil à la « new wave » en anglais, « bossa nova » en portugais, et au cinéma français de Godard et Truffaut.
Le premier album, en 2004, contenait déjà une reprise de Depeche Mode : « Just Can't Get Enough ». Il s’est écoulé depuis à plus d’un million d'exemplaires dans le monde et a révélé des voix comme Camille, Mélanie Pain ou Phoebe Killdeer.
« Des paysages sonores » enregistrés à Rio et ParisComme un retour aux sources, A Date with Depeche Mode a été enregistré à Rio de Janeiro, dans le studio du producteur Liminha, figure du groupe culte Os Mutantes. Les textes sombres de Depeche Mode et la mélancolie new wave raisonnent avec la « saudade » de la bossa nova jouée par des musiciens brésiliens.
À Rio, place aux basses, guitares, percussions et à une touche de cuivres. Puis retour à Paris, où claviers, accordéons et voix viennent achever l'édifice.
Le résultat n'a plus grand-chose à voir avec les originaux. L'idée, explique Marc Collin, est de « déshabiller les chansons » tout en leur donnant une atmosphère, « comme un paysage sonore ».
Des voix féminines et un succès mondialFidèle à sa formule, Nouvelle Vague confie presque chaque titre à une interprète différente. Onze artistes cosmopolites se partagent le micro, parmi lesquelles la Britannique Skye Edwards (la voix de Morcheeba), la Brésilienne Flavia Coelho, la Franco-Mexicaine Eva de Marce ou encore la Turque Nedime Girisken.
Nouvelle Vague, collectif à géométrie variable, enchaîne les tournées au long cours, presque plus connu à l’international qu’en France. En streaming, plus d'une dizaine de ses morceaux affichent entre 10 et 130 millions d'écoutes chacun, un succès un peu fou, qui surprend toujours Marc Collin.
Nouvelle Vague A Date with Depeche Mode (Play It Again) 30 octobre 2026.
Nouvelle Vague sera en tournée européenne à partir de mi-novembre.
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La chanteuse française Aloïse Sauvage est de retour avec La Foudre, son troisième disque, né dans l'abysse d'une rupture amoureuse. Artiste pluridisciplinaire issue de la danse et du cirque, également actrice, elle revient sur le devant de la scène musicale après trois années de travail en binôme avec le musicien et producteur Mathieu Epaillard. Retour sur ce nouvel album dont l'un des titres, « Tomboy », est mis à l'honneur dans la playlist RFI du mois d'octobre.
Native de Seine-et-Marne, Aloïse Sauvage pratique la musique depuis l'enfance : d'abord la flûte traversière, puis la batterie et le saxophone. En parallèle, la danse occupait aussi une place immense dans sa vie, entre les cours de hip-hop et de breakdance à la Maison des jeunes et de la culture de son quartier. Toute la pluralité de ce qui la passionnait dès l'enfance se retrouve aujourd'hui dans La Foudre.
Elle raconte : « J'ai toujours voulu créer un mariage, un équilibre entre ce que j'aime dans le hip-hop et ce pourquoi j'ai cette musicalité-là, cette scansion, ce flow presque rappé, cette rythmique. Et l'équilibrer avec une musique plus électronique, plus profonde, avec des couches, plus deep. Je crois que ça vient vraiment de quand j'étais enfant. J'ai commencé à écrire des slams, des raps sur des bandes originales de films très dramatiques, très épiques (rires). J'ai l'impression de toucher du bout des doigts ce que je faisais, un peu inconsciemment, à 10 ou 11 ans. »
La rupture comme point de départCe phrasé brut et haletant, tout comme le côté cinématographique des instrumentales et de l'écriture, traverse tout l’album. La Foudre raconte d'abord une rupture amoureuse et la reconstruction qui suit, mais aussi une rupture professionnelle et la fin de la vingtaine : bref, l'ouverture d'un nouveau chapitre.
« Cet album parle d'amour, vraiment, il parle beaucoup d'amour. Mais c'est comme un prétexte pour parler de plein d'autres choses qui m'ont traversée : le rapport à la solitude, à l'affirmation de soi, l'identité, le rapport au collectif. Ce sont des thématiques que je tricote et détricote depuis le début de mon parcours musical. Mais en tout cas, c'est un album de retour à soi. Et puis, c'est le premier album que j'auto-produis et que je partage au monde en totale indépendance. Je crois que tout cela est imbriqué : artistiquement, ce que j'ai voulu et ce que j'ai pu faire en étant totalement libre, mais aussi ce que cela implique politiquement de recommencer presque à zéro. Comme si c'était un nouveau premier album, celui d'une nouvelle Aloïse Sauvage », estime-t-elle.
Musicalement, la chanteuse expérimente. Son style, entre pop et chanson française, évolue notamment grâce à une rencontre marquante : celle avec Mathieu Epaillard, compositeur et co-producteur de La Foudre, avec qui elle s'est enfermée en studio pour s'offrir du temps de création. Ensemble, ils se sont inspirés des aigus de la chanteuse ghanéenne-américaine Amaarae, des nappes électroniques du producteur britannique Fred Again et du groove du chanteur britannique Blood Orange.
De la tempête aux éclairciesAprès un passage par le syndrome de la page blanche, Aloïse Sauvage a complètement changé son processus créatif. Elle raconte : « Avant ce projet, j'écrivais d'abord. J'emmagasinais des bribes de textes, puis la magie, la grâce de la création arrivait et je trouvais des mélodies sur le texte déjà existant. Sur cet album, j'ai fait complètement le contraire. Déjà parce que j'en avais besoin : je ne savais plus trop comment écrire. Je ne savais plus trop quoi écrire, si ce n'est sur cette rupture que j'étais en train de vivre, mais qui peinait à être digérée. Donc je ne pouvais pas encore écrire sur tous les aspects de cette histoire. Alors, à la fois par incapacité à écrire et par envie de continuer à créer, j'ai chanté. J'ai beaucoup, beaucoup chanté. Cela m’a aussi permis de me dérider sur ma façon d'écrire, de voir que dans les toplines, il y avait déjà tout le texte qui criait : "Aloïse, regarde, c'est ça qui est dit !" »
Tout au long des douze titres du disque, une progression se dessine : de la fin de l'amour à la redécouverte de soi, jusqu’au moment où on sort la tête de l'eau, où tout recommence, où la vie reprend.
Aloïse Sauvage : en tournée à partir de janvier 2027, avec deux dates parisiennes à la Cigale, les 2 et 3 février 2027.
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Dans Proud Of Me, onze titres jazz-soul teintés de trip-hop, la chanteuse londonienne Ala.Ni signe un disque rugueux et libre, où l’intime devient laboratoire sonore.
Il fallait bien un titre aussi crâne pour un disque aussi tendu. Proud Of Me, « fier de moi » Ala.Ni a de bonnes raisons de l’être. Sa voix énigmatique et hors du temps fait mouche sur ces onze plages jazz-soul parfumées de trip-hop, et les superlatifs pleuvent dans la presse française comme internationale : magistral, prodigieux, monumental.
Alani Charal, de son vrai nom, a 46 ans. Elle grandit à Londres, dans une famille originaire de la petite île de Grenade dans les Caraïbes. À l’école d’art, l’adolescente se rêve styliste ou danseuse, jusqu’à ce qu’un spectacle scolaire fasse basculer l’affaire et que la chanson l’emporte. Son père est un musicien de calypso réputé, mais son vrai modèle est ailleurs, chez son grand-oncle Leslie Hutchinson, crooner noir des années 1930, tombeur de ces dames comme de ces messieurs et, accessoirement, amant de Cole Porter.
Le jazz, et plus largement les musiques noires, ne l’a jamais lâchée depuis son premier album, en 2016. Avant ce coup d’essai, elle fut choriste de Blur, le groupe pop rock de Damon Albarn. Puis la chanteuse dandy, cheveux courts et pantalon satiné orange, a pris son envol en solo, avec Nina Simone et Billie Holiday pour déesses tutélaires.
Commencé avant le covid en 2020, Proud Of Me a trouvé en Adrian Younge un complice de choix. Ce producteur-compositeur californien, connu pour ses collaborations avec le Wu-Tang Clan ou Kendrick Lamar, et pour sa série Jazz Is Dead, cosigne un disque déroutant, volontairement dissonant. Les influences sont broyées, les façons de produire se contredisent, les époques se mélangent, entre tension et émotion.
Ala.Ni y parle d’affirmation de soi, de la perte de son père, de racisme aussi. Comme dans « Lament for Emmett Till », hommage à cet adolescent noir sauvagement assassiné dans le Mississippi en 1955.
Rien sur cet album n'est fait pour rassurer. Ala.Ni dynamite les codes, malmène le confort d’écoute et transforme l’intime en terrain d’expérimentation. Libre et indomptable, son disque préfère le risque aux recettes, les aspérités aux tendances. De quoi être fière, en effet.
Proud Of Me d’Ala.Ni (Linear Labs) sorti le 9 octobre 2026.
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À lire aussi«Sunshine Music» d’Ala.Ni: voyage au cœur des Caraïbes, entre nature et histoire
La chanteuse indé la plus en vue du Royaume-Uni est de retour ! Rachel Chinouriri a dévoilé, le 14 octobre 2026, son deuxième album, I think I spoke too soon. Entre quête d'identité, rapport à soi et à l'addiction, et envies de faire la fête, la jeune femme y conserve la même plume acérée, mais fait évoluer ses sonorités vers une synthpop modernisée.
En 2024, Rachel Chinouriri débarquait dans le paysage musical britannique avec son premier album What a Devastating Turn of Events - un disque où la jeune femme s'ancrait résolument dans la pop indé, quand bien même certains auraient voulu voir la musique d'une femme noire comme forcément r'n'b.
Mais deux ans plus tard, et à 27 ans, l'autrice et interprète n'est plus tout à fait celle qu'elle est, ou celle qu'elle croyait être - c'est d'ailleurs exactement ce que raconte le titre de son album, que l'on pourrait traduire par « je crois que j'ai parlé trop vite. » C'est donc tout naturellement que sa musique a suivi les évolutions de sa personnalité.
Un tournant synthpopSans tourner le dos totalement aux guitares électriques qui peuplaient le précédent disque (on les retrouve notamment sur « AAAHHH!!! »), Rachel Chinouriri recourt surtout, sur I think I spoke too soon, aux synthétiseurs et à des voix légèrement distordues, comme pour nous plonger dans l'univers embrumé des clubs londoniens qu'elle a fréquentés.
D'un titre à l'autre, les influences de la jeune femme se croisent : Kylie Minogue ou Madonna, pour le côté pop et festif, mais aussi LCD Soundsystem que l'on retrouve dans les incursions de rythmiques au synthétiseur... et surtout une bonne dose d'années 1980.
Tension entre la forme et le fondFestif alors, cet album ? Pas vraiment. Si Rachel Chinouriri semble, par ses mélodies, nous appeler à la rejoindre sur la piste de danse, ses textes invitent plutôt à l'introspection et à la réflexion. C'est une habitude chez la jeune femme, dont la plume sans fausse pudeur avait déjà séduit ses fans à la sortie de son précédent disque.
Rachel Chinouriri écrit ses chansons comme elle écrirait dans un journal intime ; racontant les moments passés dans le brouhaha de la foule et les vapeurs de l'alcool pour fuir des problèmes qu'elle retrouve inévitablement sur la piste de danse (« One song away from crying »), évoquant la honte des lendemains de soirée aux souvenirs floutés par la boisson (« Broken chair ») ou encore son rapport à la séduction (« Make believe »).
Finalement, I think I spoke too soon est le récit de la quête d'identité d'une jeune femme d'aujourd'hui - une femme qui refuse de s'enfermer et accepte que les gens changent, y compris parfois soi-même. On dit parfois que lorsqu'on voyage, on emporte ses problèmes avec soi aussi bien que l'on peut trouver des réponses. Rachel Chinouriri nous montre que cela fonctionne également sur la piste de danse.
Rachel Chinouriri I think I spoke too soon (Parlophone) 2026
Alma Rechtman, autrice-compositrice, chanteuse et musicienne française, dévoile son tout premier album intitulé « La maison s'effondre ». Après des années à travailler sa musique dans l'ombre, elle a fait évoluer son jazz vers la pop et la chanson française alternative, sublimée d'effets électroniques. Son album est une invitation à créer des feux de joie et à danser sur les ruines du vieux monde, avec une question centrale : si la maison ne tient plus debout, que reste-t-il pour la porter ?
Fille d’une mère américaine chanteuse de folk et de jazz, Alma Rechtman a toujours baigné dans la musique. Elle apprend d’abord le ukulélé puis la guitare, le piano, la contrebasse, les percussions corporelles et bien sûr, le chant. C'est d'abord la tessiture de sa voix de contralto qui frappe : rauque et écorchée, mais aussi délicate, et surtout plongée dans les graves.
Elle raconte : « Ma mère me dit que c'est parce que j'ai commencé à la cigarette, sauf que j'ai arrêté et que ma voix est de plus en plus grave. Donc je ne crois pas que ça soit ça : je pense que j'ai mué. Je ne sais pas si c'est possible, les scientifiques ne seront peut-être pas d'accord avec moi, mais je m'en fous, c'est ma théorie fumeuse (rires). En gros, j'ai découvert que j'avais des graves en cours de théâtre. On faisait une espèce d'atelier weird où il fallait chanter, chanter, chanter, et les seuls moments où tu arrêtais de chanter, c'était pour respirer. Et donc tu fais des sons trop bizarres, tout le monde te regarde… et là, j'ai découvert que je pouvais faire des sons vraiment très graves. J’étais là : "mais what ? Qu'est-ce qu'il se passe ?" J'avais l'impression de me décoller du sol. »
Percer malgré les doutesA ses débuts, personne ne croyait vraiment à sa proposition artistique. Mais Alma Rechtman s'est accrochée, jusqu’à percer grâce à une vidéo publiée sur Instagram. L'industrie musicale finit par repérer cette musique organique et électrifiée, qu'elle qualifie de pop ou de chanson française alternative. Aujourd'hui, son style est reconnaissable autant à sa voix qu’à l’usage qu’elle fait des effets électroniques pour aller la rendre plus grave encore et la distorde dans tous les sens.
« J'adore. En fait, j'ai un truc, un amour pour le grave. C'est d'ailleurs quelque chose qui a été très compliqué au mixage de l'EP pour mon mixeur Antoine Gaillet. Il était là en mode : "Il y a trop de fréquences électriques dans le bas et il faut rajouter du haut, parce que le mix n'est pas possible, il est trop lourd dans le grave." Ma pédale, que j'utilise sans cesse, n'est pas une pédale pour la voix à la base, c'est pour la guitare, d'où le son bizarre. Mon signal rentre, donc ma voix, et je dois choisir la gamme, la tonalité, et ne pas chanter faux, sinon tout se défait. Il en sort trois voix et ça fait un son comme une pompe un peu électrique ou un peu accordéonesque. Et ça me rend zinzin de voir tout ce qu'on peut faire avec les échos de cette voix. C'est une matière que tu ne peux pas obtenir avec d'autres instruments. » explique Alma Rechtman.
Faire de la voix un instrument à part entièreLe morceau « Le sommeil » illustre parfaitement cette passion pour le travestissement de la voix. Grâce à des octaveurs, qui permettent de la transformer en un instrument à part entière, mais aussi avec des pédales loop pour superposer des phrases et les répéter en boucle de manière hypnotique.
Elle raconte son processus créatif : « Je suis bloquée dans une suite d’accords que j’aime trop, hyperfocus, je n’arrive pas à sortir de cette grille harmonique qui me fait trop baver. Pour composer « Le sommeil », j’étais dans une toute petite mezzanine avec un vieux piano, et j’ai commencé à faire des voix qui sont devenues les chœurs. Je faisais ça en boucle, je pense que j’y ai passé sept heures. J’empilais les voix, je n’ai pas du tout fait exprès que ce soit hypnotique, j’étais juste en mode : "J’aime trop, je veux ajouter le plus de voix possibles pour voir jusqu’où on peut aller dans l’harmonie, ce qui va se passer, comment faire pour que ça devienne universel, je veux mettre 1500 voix !" Enfin tu vois, il y a un truc d’expérimentation totale tout le temps, et je me perds moi-même dans ce que je fais. Et après je me dis : bon, il va falloir mettre un sens à tout ça, et que ça devienne une chanson. »
Une maison en ruines, une colère à direLes chansons d'Alma Rechtman racontent le quotidien, la force de la communauté et de l'amour queers, mais aussi la crise écologique, les violences patriarcales et familiales et toute la colère qui en découle. Le morceau « Papa la maison s'effondre », actuellement en playlist sur RFI, décrit un lieu symbole d'un monde dont on hérite alors qu'il est en ruines. « C’est ma chanson préférée parce qu’elle parle de deux thèmes forts qui sont la relation au père, et la relation à l’Etat. C’est une chanson pour représenter le cri de la petite fille qui hurle à son père qu’il se passe quelque chose et lui ne voit pas. Il parade : c’est un homme, il est fort, il avance dans la rue et il ne se retourne pas. Tandis qu’il y a une petite gosse qui est là genre : "à l’aide !" C’est vraiment un père qui danse sur la chanson, mais qui se bouche les oreilles. Et d’un point de vue plus large, ça parle de tous ces dirigeants qui ne voient pas que la Terre crame, qu’on se bat pour nos droits, qui nous suppriment énormément de droits et qui protègent les ultra-riches. Et nous, le peuple, qui crions : "Wesh, quelqu’un fait quelque chose avec cette Terre qui s’effondre, avec les prix qu’on ne peut plus assumer, et l’inflation, allô, réveillez-vous ?" Et tout le monde nous regarde en tapant du pied, genre : "Nous on est riches, c’est bien" ».
Alma Rechtman sera à retrouver en tournée le 7 novembre à Haubourdin, 13 novembre à Montreuil, le 20 novembre à Bellevigne en Layon, 27 novembre à Rumilly, le 2 décembre à Massy et le 3 décembre à Toulouse.
C'est l'un des groupes les plus mythiques du paysage musical sénégalais : l'Orchestra Baobab est de retour, cet automne, avec Made in Senegal, leur premier album studio en près de dix ans. 50 ans après les premiers pas du groupe, la formation prend le temps, sur ce disque, de célébrer un demi-siècle de carrière et les figures de ceux qui sont partis, tout en ouvrant la porte à une nouvelle génération de musiciens.
Rythmes afro-cubains, jazz, titres inspirés de la tradition wolof : en un demi-siècle d'existence (une longévité rare pour un groupe de musique !), l'Orchestra Baobab a su garder la signature qui rend ses titres reconnaissables entre tous, du très culte « Utrus Horas » à « Ndongo Daara » en passant par « Boulmamine ». C'est donc sans surprise, mais avec plaisir, que l'on retrouve les sonorités du « Baobab » sur les douze titres qui composent Made in Senegal, premier album studio du groupe depuis Tribute to Ndiouga Dieng sorti en 2017.
Rendre hommage à ceux qui sont partisEn un peu moins d'une décennie, la physionomie du groupe a bien changé. Les racines du Baobab - Rudy Gomis, Balla Sidibé, Issa Cissokho ou Thione Seck - ont disparu, la faute notamment à la pandémie de coronavirus. « Le covid, c'était terrible » souffle le percussionniste Taga Koïté, dernier membre fondateur encore en vie et qui se considère comme « le dernier des Mohicans, » voire « le gardien du temple. »
Made in Senegal fait donc la part belle aux titres-hommage à ces disparus toujours bien présents - « on ne les oubliera jamais ! » martèle Taga Koïté -, en ouvrant sur « Ana Maria », une composition de Rudy Gomis, puis « Tioro Bye Samba », titre culte de Thione Seck. Car même partis, il est important de célébrer ceux « qui m'ont tout donné, » se souvient Taga Koïté, ceux « avec qui on a inventé notre propre musique et joué sur toutes les scènes du monde. »
Le Baobab étend ses branchesPour autant, cet album était aussi l'occasion de se tourner vers le futur. Peu à peu, l'Orchestra Baobab a intégré de nouveaux membres - le bassiste Malick Sy, le saxophoniste Wilfrid Zinzou dont « Gorgorlou » est l'une des compositions originales. « Le baobab, c'est une grande famille, sourit Taga Koïté. Et j'ai eu la chance de rencontrer des fils et des filles avec qui on s'entend bien, et qui sont prêts à reprendre le flambeau. »
Pour la première fois, l'Orchestra Baobab ouvre également ses portes aux femmes : depuis 2023, Korka Dieng a rejoint la formation en tant que chanteuse principale. Et si elle s'amuse qu'il ne soit « pas toujours facile » de n'être entourée que d'hommes, elle se réjouit surtout d'avoir trouvé, dans cet arbre semi-centenaire, « des frères et des papas. » C'est donc sa voix que l'on entend reprendre avec enthousiasme des classiques du groupe, mais aussi des titres inédits. « Sur "Casamance" par exemple, on voulait rendre hommage à ces femmes casamançaises, mais partout ailleurs dans le monde aussi, qui se lèvent tôt pour travailler, que l'on voit partout. » « Désolée les hommes hein ! » ajoute-t-elle dans un éclat de rire.
C'est cette joie qui transparait sur Made in Senegal, la joie d'être toujours là 50 ans plus tard, malgré les coups durs de la vie ; celle de continuer à vivre l'incroyable aventure du Baobab, avec un espoir : celui de pouvoir, un jour, fêter le centenaire de cet arbre inébranlable.
Orchestra Baobab Made in Senegal (Strut Records), sortie le 23 octobre 2026
Treize ans après ses débuts dans les rues de l'Ariège, La P'tite Fumée ouvre un nouveau chapitre avec Reset, son cinquième album. L'arrivée de la chanteuse Nori, 25 ans, apporte un souffle inédit à l'univers électro-tribal du groupe français, qui élargit encore son horizon musical sans renoncer à son goût de la fête, du partage et de la liberté.
Après plus de 500 concerts, quatre albums, des dizaines de millions d'écoutes et une apparition remarquée dans La France a un incroyable talent, La P'tite Fumée amorce un virage important avec l'arrivée d'une cinquième membre.
À 25 ans, Nori apporte ses influences pop, world et rap à un univers jusque-là essentiellement instrumental. Sa voix se mêle aux nappes électroniques, aux rythmiques tribales et aux instruments acoustiques qui font la signature du groupe depuis ses débuts, ouvrant de nouvelles perspectives sonores.
Des chansons plus personnellesCe changement s'entend dès les premiers titres. Avec « Retrowave », La P'tite Fumée s'aventure sur le terrain de la chanson d'amour douce-amère. Plus loin, le groupe explore également le thème de l'enfance dans une ballade empreinte de nostalgie. « Chaque morceau est un nouveau voyage », résume Chand, le leader du groupe. Une profession de foi qui traverse tout l'album, où les paysages sonores se succèdent sans jamais se ressembler.
L'histoire de La P'tite Fumée commence en 2013 en Ariège. À l'époque, le groupe écume les rues, les marchés, les scènes alternatives et les raves underground. Très vite, sa formule singulière attire l'attention : une transe électro nourrie de véritables instruments acoustiques venus de différents continents. Djembé, flûte traversière ou encore didgeridoo dialoguent avec les machines pour créer une signature sonore immédiatement reconnaissable.
Faire tomber les barrièresSur Reset, La P'tite Fumée continue d'élargir son territoire musical. Les sonorités orientales de « Crazy Loco » côtoient les atmosphères sombres et cinématographiques de « Zombie ». Dans « Loin d'ici », enregistré avec Guizmo du groupe français Tryo, la formation lance un appel à l'unité.
Au-delà des styles et des influences, un même message traverse l'album : celui du lâcher-prise et de l'émancipation. Face à une société souvent dominée par la peur, la pression de la performance et le contrôle permanent, La P'tite Fumée célèbre l'énergie du collectif, le mouvement et la liberté. Une aspiration qu'elle décline même en espagnol dans « Te Amo Libertad ».
Un nouveau départ donc, mais sans renoncer à ce qui fait l'essence du groupe depuis treize ans : transformer chaque concert en invitation au voyage.
Après près de dix ans de silence discographique, le quintette belge Girls in Hawaii revient avec Eldorado, un cinquième album lumineux , traversé de mélancolie et de désirs.
Avec Girls in Hawaii, on imagine des filles avec des colliers de fleurs sous des cocotiers face au Pacifique. Raté. Ce sont des garçons. Et ils viennent de Belgique. Sous ce nom de scène, le fantasme viscéral de l’évasion. Dans la réalité, parfois ils jouent même au foot à la campagne entre deux tracteurs au milieu des vaches.
À l’origine de la formation, Lionel Vancauwenberge et Antoine Wielemans, deux amis d’enfance, biberonnés par Nirvana, Pixies ou encore Radiohead. En vingt-six ans d'existence, le quintette s'est imposé comme l’un des piliers de la scène indépendante belge avec un public internationale fidèle, partout où il passe.
Leur recette ? Des guitares frémissantes, des mélodies pop en apesanteur, quelque part entre les rêveries de Grandaddy et les lendemains qui déchantent. Chez eux, la douceur n’exclut jamais les questions qui fâchent, la crise climatique ou les migrants. Avec nos amis belges, les inquiétudes d’une époque cabossée affleurent souvent au détour de chansons à fondre le cœur.
Il aura pourtant fallu attendre presque dix ans pour retrouver Girls in Hawaii sur disque. Depuis Nocturne, paru en 2017, le temps a passé avec son lot de deuils et de silences. La disparition du batteur originel et celle de leur manager historique ont laissé des absences. Alors revenir avec Eldorado n’avait donc rien d’une formalité.
L’Eldorado, mirage moderneLe nom « Eldorado », convoque la légendaire cité d’Amérique du Sud, cette chimère qui a poussé tant d’explorateurs à courir après des richesses fabuleuses, parfois jusqu’à la mort. Mais l’or n’est pas vraiment le sujet ici . Ce qui intéresse le groupe, c’est précisément l'éloignement de la promesse d’un autre horizon, à mesure qu’on s’en approche. Une idée pertinente à l’heure où tout s’achète et très vite.
« L’Eldorado, finalement, reste inaccessible », explique Lionel Vancauwenberge, chanteur, guitariste et cofondateur du groupe. « C’est cette notion qui nous intéressait le plus pour cet album, cette idée d’un désir qui ne peut jamais être pleinement assouvi. »
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Pour Girls in Hawaii, cette quête prend une forme autrement plus concrète, celle d'écrire des chansons. « Pour nous, une chanson incarne précisément cela, quelque chose qui jaillit spontanément et subitement tout devient magique, même dans les moments les plus difficiles, lorsque le découragement prend le dessus. Car, pour nous la plus belle chose sur Terre, c’est d’écrire une belle chanson. »
Zones troubles et mélancolie lumineuseLa formule pourrait sembler naïve. Elle ne l’est pas tant que ça. Il faut une certaine obstination pour continuer à croire aux vertus d’une mélodie après les décès et les années qui filent. Eldorado ne prétend pas réparer le monde ni fournir le mode d’emploi d’une existence artistique réussie. Ses onze titres préfèrent les zones troubles et les élans contrariés. La mélancolie y circule, portée par des arrangements aériens et cette façon bien à eux de transformer les fêlures en magnifiques refrains.
À l’ère des désirs immédiatement réalisables et des rêves calibrés par la publicité et l'IA, Girls in Hawaii défend une ambition moins rentable, celle de poursuivre quelque chose sans être certain de l’atteindre. L’Eldorado restera peut-être introuvable. Tant mieux, finalement. Il y a encore de belles chansons à écrire sur le chemin.
Girls in Hawaii Eldorado, cinquième album. En concert à La Cigale, à Paris, le 5 novembre 2026, puis en tournée dans toute la France.
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