Dans le courant revivaliste des musiques traditionnelles françaises, elles sont à l'avant-garde : le duo occitan Cocanha se produit dans de nombreuses villes de France cet été, quelques mois après la sortie de leur quatrième album, Flame Folclòre. Un disque dans lequel elles revendiquent avec une radicalité sans concessions, leur identité occitane, mais surtout l'ouverture à l'autre.
Des chants en occitan en Suisse, en Allemagne ou en Bretagne, c'est peut-être bien une première. Cet été, le duo Cocanha emmène sa langue régionale sur les routes, pour la faire découvrir ou redécouvrir - et surtout pour la faire vivre. Il faut dire qu'après plus de 10 ans de travail, le quatrième album du duo, Flame Folclòre, apparaît comme leur plaidoyer le plus vibrant et le plus abouti en faveur des traditions régionales et de leur identité.
Faire repartir la flamme de l'occitan, cela fait plus de 10 ans que Cocanha y travaille. Depuis 2014, le duo composé de Caroline Dufau et Lila Fraysse réinvestit le patrimoine de l'Occitanie, cette région du sud de la France qui, historiquement, s'étend de Bordeaux à Nice.
La tradition dans toutes ses dimensions
C'est en 2014 que, pour la première fois, Caroline Dufau et Lila Fraysse lancent Cocanha. Dès le début, le choix de l'occitan s'impose : « On a vraiment choisi de s'exprimer dans cette langue, pointe Caroline Dufau. C'est une langue que l'on a reçue en héritage, et c'est une façon de se relier aux générations qui nous ont précédées, pour qui l'occitan était la langue maternelle. »
De la même manière, le répertoire de Cocanha rend hommage à cet héritage, soit en réadaptant d'anciennes chansons populaires (« Que Son Aüros »), soit en s'inspirant de légendes tirées du folklore (« Remenanuèch »), soit avec des compositions originales empruntant aux codes traditionnels.
À lire aussi«Flame Folclòre», le folklore flamboyant du duo occitan Cocanha
Toutes les chansons de Cocanha ont en effet cette sonorité particulière, qui doit beaucoup au tambourin à cordes, que les deux femmes brandissent comme un emblème partout où elles vont, ainsi que sur leur pochette d'album. « C'est vraiment devenu notre compagnon de chant » sourit ainsi Caroline Dufau, à l'évocation de cet instrument doté « de six ou huit cordes, sur une caisse de résonance, avec un petit anneau qui produit un grésillement lorsque les cordes vibrent. »
Une intention ouvertement politique
L'usage de l'occitan en lui-même est « un acte politique », pointe Caroline Dufau, tandis que sa comparse Lila Fraysse abonde : « À l'école, raconte Lila Fraysse, dans la génération de nos grands-parents, les enfants étaient punis de parler en occitan. Cela a généré une forme de dénigrement qui a conduit à ce que, petit à petit, les gens, d'eux-mêmes, délaissent leur langue maternelle... » Une histoire douloureuse, que les deux femmes retracent dans « Clam », tandis que dans le très délicat « Forabanda », elles racontent l'exil de l'intérieur et la sensation d'appartenir à une diaspora dans son propre pays.
Au-delà des enjeux locaux, Cocanha porte également des problématiques féministes ou écologistes, loin d'une tradition longtemps accaparée par les mouvances conservatrices, voire d'extrême-droite. « C'est vrai que le folklore a peu à peu été délaissé, car il y a eu trop de compromissions avec l'extrême-droite... C'est quelque chose qui nous préoccupe beaucoup, souffle Lila Fraysse. Mais nous, ce qui nous intéresse dans le folklore, c'est justement toute cette notion de partage et de savoir-vivre ensemble. » Et Caroline Dufau de compléter : « Pour nous, valoriser cette tradition c'est aussi se présenter, en tant qu'occitans et occitanes, aux gens qui voudraient s'installer chez nous, comme une forme d'accueil. »
Bref, une tradition d'ouverture et de partage, un folklore flamboyant comme un grand feu de joie autour du quel se réchauffer, tous ensemble.