Formé en 2020, le quatuor belge a sorti, ce 21 novembre 2025, son second album : Vague Scélérate. Comme ce phénomène marin aussi redouté que mythique, le nouveau disque des quatre musiciens fait l'effet d'un tsunami sonore, aux influences multiples et à l'énergie contagieuse.
Les vagues scélérates sont longtemps restées un mystère de la vie aquatique, et même une légende de marins. Désormais, ce phénomène est bien documenté : il s'agit de vagues qui apparaissent brutalement en pleine mer, et qui font plusieurs fois la taille des vagues environnantes. Avec son bien nommé deuxième album, Gros Coeur reproduit la même chose : « on aimait bien l'idée de ce tsunami sonore qui s'abat sur les oreilles de nos pauvres auditeurs », lâche, dans un trait d'ironie, le bassiste et claviériste du groupe, Julien Trousson.
L'humour comme fil rouge
« Faire les choses avec légèreté mais sérieusement » : voilà pour la ligne de conduite du groupe, que l'on retrouve dans le nom des projets (Gros Disque en 2023, Vague Scélérate aujourd'hui), dans les textes, et dans les visuels – mention spéciale pour le clip de « La Vague », tourné sur un radeau de la Méduse improvisé et contre un fond vert qui ne cherche pas à cacher ce qu'il est.
Cette légèreté n'empêche pas pour autant de faire de la musique très travaillée. Pas la peine de chercher chez Gros Coeur des morceaux faciles ou des séquences que l'on peut découper en pastilles : sur Vague Scélérate, aucun morceau ne fait moins de 5 minutes, le plus long en fait même 12. Cela tient beaucoup au processus créatif du groupe, essentiellement fait de jams en studio. « On jette très peu de choses, raconte Julien Trousson. Généralement on part d'une idée à quatre, et on développe autour. Et on ne se bride absolument pas, ni sur la direction qu'on emprunte, ni sur la longueur. »
Résultat : des durées gargantuesques au regard des standards actuels, mais qui permettent au groupe de développer de longues plages musicales, et à l'auditeur de se plonger complètement dans l'univers des quatre musiciens. « A cette ère algorithmique, c'est important d'avoir des morceaux qui nécessitent une certaine attention. On aime bien l'idée que se lancer dans ce disque demande une certaine attention, un peu comme se lancer dans un film : c'est assez immersif », insiste encore le bassiste et claviériste.
Un tour du monde musical
Si le projet Gros Coeur a pris vie dans la région de Liège, il n'y a certainement pas pris racine. Les quatre rockeurs chantent en français, s'inspirent de la scène québécoise, font résonner des congas d'Amérique latine et empruntent des sonorités au Moyen-Orient, comme dans « Montréal » : bref, en 45 minutes d'album, on parcourt vingt mille lieues sur les mers.
Les congas, tout particulièrement, donnent leur son spécifique au groupe, d'autant plus qu'elles sont apparues un peu par hasard. « C'était en 2020, pendant le confinement, se souvient Julien Trousson. On était cloîtré dans notre studio baigné de soleil, et on se demandait à l'époque quel était l'avenir de la culture, si on aurait même l'occasion de rejouer sur scène. On s'est dit que si c'était le cas, on aurait envie d'un son festif, qui donne envie aux gens de revenir, de danser, de suer. C'est à peu près à ce moment-là que notre batteur a apporté ces deux congas qui trainaient chez lui. » Ni une, ni deux, les toms de la batterie [les tambours qui produisent le son le plus grave, NDLR] sont remplacés par les congas... un nouvel instrument est né.
Quant à la voix, là aussi, Gros Coeur en fait une utilisation toute personnelle. On a plutôt l'habitude de distinguer la voix du reste de la musique : ici, c'est tout l'inverse. Plutôt que d'être mis en avant, le chant est intégré à l'instrumentation, comme noyé sous les autres nappes de son. « On n'est pas des chanteurs à texte, pointe Julien Trousson. La voix nous sert d'instrument, de ligne mélodique. Souvent, les mélodies sont trouvées sur la base d'un riff de guitare, ou de bass, peu importe. Et on retranscrit ce qu'on a fait en jam à la voix, qui nous sert de conducteur mélodique dans la chanson plus que de vecteur de sens. »
Le résultat est assurément surprenant, mais complètement entraînant si l'on accepte de se laisser emporter par le courant. Et cela semble marcher : Gros Coeur a le vent en poupe dans le milieu musical. Le groupe participera d'ailleurs, mi-janvier, à l'Eurosonic, le festival de tous les professionnels de la musique.