Le grand invité international

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  • Navi Pillay, Prix Nobel de la paix: l'accusation de génocide contre Israël «repose sur des faits»

    La Sud-Africaine Navi Pillay, Prix Nobel de la paix 2026 est ce mercredi 14 octobre la grande invitée internationale de RFI. Paix dans le monde, inaction de la communauté internationale en dépit d'énormes instruments dont elle dispose, génocide des Tutsis au Rwanda, actions de la CPI, génocide à Gaza, lutte contre l'impunité... Elle répond aux questions de Florence Morice.

    RFI : Navy Pillay, de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud au génocide des Tutsis au Rwanda, de la CPI à la guerre à Gaza, vous avez consacré toute votre vie à lutter contre l'impunité. À qui avez-vous pensé en premier lorsque vous avez appris que vous receviez ce prix Nobel de la paix 2026 ?

    Navy Pillay : Je suis très heureuse d'être avec vous. J'ai pensé à mes enfants, à mes deux filles. Je pense qu’elles ont fait preuve d’une grande générosité en laissant leur mère voyager à travers le monde et s’absenter si longtemps de la maison. Et elles m’ont tellement soutenue quand elles étaient adolescentes. Elles ont pris leur vie en main. Je leur dois vraiment beaucoup, ainsi qu’à quelques amis très proches qui m’ont motivée et m’ont poussée à intégrer le collège international. Ils m’ont dit : « Si tu n’acceptes pas, il n’y aura aucune femme au sein du collège. » C’est ainsi que tout a commencé au Tribunal pénal international pour le Rwanda.

    Ce prix a suscité de vives réactions en Israël, en raison de votre rapport sur Gaza l'année dernière. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu vous a accusé de « diaboliser les Juifs ». Que répondez-vous à ces attaques ?

    Il n’y a pas la moindre preuve que j’ai diabolisé qui que ce soit, et encore moins les Juifs, qui se sont eux aussi installés en Afrique du Sud après avoir souffert de l’Holocauste. Et les Juifs qui se sont installés en Afrique du Sud se sont joints à la population noire sud-africaine dans la lutte pour notre propre libération. Nous coopérons donc et nous nous respectons mutuellement en Afrique du Sud. Il s’agit en réalité d’un mythe inventé par le Premier ministre Netanyahou pour discréditer notre rapport.

    Ce rapport paru il y a un an est celui d'une commission d'enquête indépendante de l'ONU que vous présidiez. La Commission concluait qu'Israël commet un génocide à Gaza. Avec le recul, est-ce que vous maintenez cette conclusion ?

    Je maintiens ma position parce qu'il ne s’agit pas simplement d’une opinion que j’avance. Elle repose sur des faits. Cette commission a fonctionné comme l’aurait fait un tribunal. Elle s’apparente à un tribunal, mais n’en est pas un. Nous ne disposions pas des pouvoirs d’un tribunal, mais nous utilisions sa méthodologie et ses procédures, c’est-à-dire que nous vérifiions chaque fait avant de l’inclure dans le rapport. Nous disposions des faits rapportés sur le terrain par les témoins. Nous disposions des faits issus des déclarations des responsables, notamment celles du président, du Premier ministre et de l’ancien ministre de la Défense. Leurs propres déclarations, tout comme dans le cas du génocide au Rwanda, fournissaient des éléments révélateurs du génocide. Il s’agit donc de ce type de preuves. Et j’ai l’expérience d’avoir été l’un des trois juges du Tribunal pour le Rwanda qui a rendu le premier jugement au monde sur un génocide. Et nous ne prenons pas ce crime à la légère. Nous veillons à ce que l’intention spécifique requise pour le crime de génocide soit prouvée. C’est ce que nous avons recherché et c’est ce que nous avons trouvé. 

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    Quels éléments vous ont conduit à cette qualification ?

    Je n’ai pas le rapport sous les yeux et je rendrais vraiment un mauvais service en essayant de me souvenir de ce que nous avons découvert. Nous avons trouvé des preuves manifestes d’assassinats. Nous avons mené notre propre enquête et constaté que des journalistes avaient bel et bien été tués intentionnellement. Israël n’a mené aucune enquête sur certains des évènements que je décris, notamment le saccage et l’enfouissement dans le sable d’ambulances. Nous avons trouvé des preuves d’une destruction ciblée de la seule clinique de fertilité de Gaza : ils ont pris la clinique pour cible et détruit les réservoirs d’oxygène qui maintenaient les embryons en vie. Ils ont prétendu agir en légitime défense. Ils ont affirmé que le Hamas cachait des armes dans les hôpitaux. Mais toutes les images montrent qu’ils ne se sont absolument pas approchés de l’hôpital. Ils n’ont effectué aucune fouille à la recherche d’armes et aucun combattant du Hamas n’était visible. Il s’agissait d’une attaque ciblée, et ils ont tiré sur le réservoir d’oxygène. Nous en avons conclu qu’il s’agissait d’une destruction intentionnelle visant ce groupe lui-même, afin de s’assurer qu’il ne puisse pas se reproduire.

    Que ressentez-vous face à cette communauté internationale incapable de mettre fin à ces tueries délibérées à Gaza ?

    Je pense que nous faisons confiance à nos institutions internationales, notamment au Conseil de sécurité, qui a le pouvoir d’intervenir et de recourir à ses instruments de sanction. Ce sont ces instruments de sanction et de boycott qui ont permis de mettre fin à l’apartheid dans mon pays. Ils ont agi avec fermeté à l’époque. Ils sont donc capables d’intervenir, mais ils ne l’ont pas fait en raison du parti pris des États-Unis en faveur d’Israël. Je suis donc déçu. Oui. Je suis déçue par l'échec de la communauté internationale, qui dispose d'un pouvoir au sein des Nations unies. Et ce pouvoir a pourtant été utilisé dans d'autres situations. L'ONU envoie des forces de maintien de la paix pour protéger les civils, si cela avait été fait ici, si les Nations Unies avaient mis en œuvre certaines des mesures qu'elles ont prises dans d'autres pays, ces vies auraient pu être sauvées. Un grand nombre de civils, en particulier des femmes et des enfants, ont été tués lors de ces ripostes israéliennes aux attaques du Hamas. C'est donc cela qui est décevant.

    Quelques heures seulement après l'annonce de votre prix, Washington a annoncé de nouvelles sanctions contre la Cour pénale internationale. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a qualifié la CPI de juridiction hors la loi. Que vous inspirent ces attaques contre la justice internationale ?

    Je pense que c'est illégal et tout à fait inacceptable. Il s'agit là de crimes commis par un gouvernement qui impose unilatéralement ces terribles sanctions afin d'empêcher la CPI de s'acquitter de ses missions d'enquête et de poursuite concernant des crimes très graves. Je me suis rendu à la Cour pour exprimer ma solidarité avec ses membres dévoués qui sont désormais dans l’incertitude totale quant à leurs droits et à la protection dont ils bénéficieront. Et bien sûr, nous vivons une période angoissante où une cour cible des juges et les sanctionne pour les décisions légales qu’ils ont rendues au sein d’un tribunal. C’est tout à fait inédit et cela devrait être fermement condamné par tous les États.

    La CPI est de plus en plus sous pression. Comment voyez-vous l'avenir de cette institution ?

    La CPI bénéficie du soutien de tous les États parties au Statut de Rome. Son organe de contrôle est l’Assemblée des États parties. C’est donc vers eux que nous nous tournons, et ils ont déjà exprimé leur rejet et leur condamnation de cette attaque menée par les États-Unis contre la Cour. Cela devrait donc nous indiquer clairement leur position. Ils prendront des mesures pour financer, continuer à financer et faire avancer les travaux de cette Cour.

    Des pays, comme la France, n'appliquent pas toujours les décisions de la CPI. On pense au mandat d'arrêt contre Benyamin Netanyahu qui n'a pas été exécuté alors qu'il a survolé à plusieurs reprises l'espace aérien français. Et pourtant la France est bien partie au Statut de Rome.

    Nous appelons instamment les États, tous les États, à respecter leurs obligations d’arrêter et de remettre à la Cour les suspects inculpés. Cela s’est produit au Tribunal pour le Rwanda, où certains pays, notamment dans le reste de l’Afrique, nous ont remis des suspects, mais ceux-ci nous ont également été envoyés par les États-Unis. D’autres ont été arrêtés et remis par la France. Ce tribunal n’aurait jamais pu traduire en justice ces individus si les pays concernés n’avaient pas donné suite aux mandats d’arrêt émis par le Tribunal pour le Rwanda.

    Je souhaiterais voir – et j’attends – le même niveau de coopération avec la CPI. Pourquoi ? Parce que le principe de la justice internationale, le principe de la lutte contre l’impunité pour les crimes graves, ne doit pas être sélectif. Nous ne devrions pas appliquer une norme différente à nos amis et une autre à ceux avec qui nous ne nous entendons pas. Il n’existe qu’une seule norme commune, et ces valeurs doivent être appliquées de manière égale.

    De nombreux pays africains dénoncent ce deux poids deux mesures, ils ont raison de le faire, donc ?

    Ils n'ont pas tort, car ces droits de veto ont bien souvent été utilisés à l'encontre des pays africains. Ceux-ci sont marginalisés au sein du Conseil de sécurité. Je suis tout à fait d’accord sur la nécessité de réformer le Conseil de sécurité, non seulement en raison des droits de veto dont ils disposent et qu’ils utilisent pour se protéger eux-mêmes et leurs alliés, mais aussi parce qu’à notre époque, nous ne pouvons pas accepter un système où les cinq grandes puissances, les puissances victorieuses issues de l'après-guerre, continuent d’exercer leur droit de veto aux Nations unies. Il existe un mouvement puissant en faveur de ce changement. Mais bien sûr, il y a une chose sur laquelle les cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont d’accord. Ils divergent sur tout le reste, mais ils s’accordent sur ce point précis : ils ne renonceront pas au droit de veto dont ils disposent.

    Vous évoquiez le Rwanda...puisque vous avez également dirigé le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Quelles leçons devons-nous tirer aujourd'hui de cette expérience ?

    Je pense que la communauté internationale devrait faire davantage pour prévenir les génocides. C’est pourquoi nous avons la Convention pour la prévention du crime de génocide. L’accent est mis sur la prévention. On n’attend pas qu’un million de personnes soient tuées, dans ce cas précis, en l’espace de 100 jours à l’aide d’armes légères, alors que les Nations unies et leurs forces de maintien de la paix en avaient connaissance. Cela n’aurait jamais dû être autorisé. Et c’est ce que nous affirmons à propos du tribunal pour le Rwanda. La leçon à en tirer devrait être, comme l’a dit Nelson Mandela, « plus jamais ça ».

    Quel sera désormais votre prochain combat ?

    Vous savez, je tiens tout d’abord à préciser que je n’ai jamais postulé à aucun des postes que j’ai occupés sur la scène internationale. Je n’ai jamais postulé. On m’a proposé de rejoindre ces structures, ou j’ai été sélectionné, j’ai passé des entretiens et j’ai été retenu, si je puis dire. Et une fois ces postes obtenus, j’ai pris conscience de ma responsabilité de mener à bien ces missions, car je ne veux en aucun cas décevoir le public et ses attentes. Les gens s’attendent à ce que vous preniez votre travail au sérieux, que vous le meniez à bien et que vous veilliez au bon fonctionnement de ces mécanismes. Je n’ai donc pas de projet professionnel particulier.

    J’espérais prendre ma retraite. C’est une telle tentation, surtout en hiver, de se lever tard, au lieu de devoir partir travailler tôt comme c’est le cas actuellement. Mais ce ne sont là que des considérations mineures au regard des souffrances des victimes. Il est même honteux d’évoquer nos petites contrariétés personnelles alors que le monde a besoin de nous. Donc, tant que l’on aura besoin de moi, je continuerai à agir comme je l’ai toujours fait.

    Et quelle sera donc votre priorité en tant que désormais Prix Nobel de la paix ?

    J’ai de nombreuses priorités, mais je suis préoccupée par le fait qu’à notre époque, nous n’ayons pas encore atteint l’égalité, l’égalité entre les sexes. Nous n’avons pas mis fin à la violence à l’égard des femmes. Je soutiens les femmes leaders du monde entier et leur initiative visant à ce qu’une femme soit nommée secrétaire générale des Nations unies. Vous savez, en près de 100 ans d’histoire, nous n’avons jamais eu de femme secrétaire générale. Et pourquoi donc ? Il n’y a pas d’autre explication que la discrimination fondée sur le genre. C'est l'un des domaines sur lesquels je compte me concentrer.

    17 min
  • Christophe Boisbouvier : «La France ne peut plus être dans une position dominante en Afrique»

    Christophe Boisbouvier, journaliste à RFI, auteur de « La Françafrique est morte, vive l'Afrique-France » (Ed. Buchet-Chastel) est le grand invité international de RFI ce 13 octobre 2026. Journaliste à Radio France Internationale depuis 40 ans, il livre une analyse des relations passionnelles entre Paris et le continent. « Trop arrogante, trop sûre d'elle, la France n'a pas vu venir la vague anti-française », écrit-il.

    9 min
  • Nikol Pachinian, Premier ministre arménien: «Nos relations avec la Russie ne peuvent plus être les mêmes qu’auparavant»

    Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian est le Grand invité international de ce lundi 12 octobre. Une interview exclusive réalisée par la rédaction de RFI en arménien à Erevan. Il évoque le rapprochement avec l’Union européenne, la paix avec l’Azerbaïdjan et les relations avec la Russie.

    RFI : Bonjour Monsieur le Premier ministre. Merci de nous accorder cet entretien. Depuis 2018, il s’est passé énormément de choses en Arménie : une révolution, des guerres, le nettoyage ethnique du Haut-Karabagh, des changements d’alliances et de nouvelles relations géopolitiques. Nous n’aurons malheureusement pas le temps de tout aborder en détail, mais j’ai choisi de revenir sur plusieurs points essentiels avec vous. Commençons tout de suite avec l’un des enjeux majeurs pour le pays : son virage européen. Ces derniers mois, Erevan se rapproche de Bruxelles de façon tout à fait inédite. Alors, ma question : votre objectif ultime est-il de faire adhérer l’Arménie à l’Union européenne et, si oui, dans quel délai ?

    Nikol Pachinian : Tout d’abord, je dirais que les relations entre l’Arménie et l’Union européenne ont une longue histoire. Dès 2017, un accord de partenariat global entre l’Arménie et l’Union européenne a été signé. Un accord qui, au fond, porte sur le rapprochement et l’harmonisation de nos systèmes et de nos normes. Et depuis 2020, nous avons poursuivi le rapprochement de nos relations avec l’Union européenne. Ainsi, en 2025, une loi a été adoptée en Arménie sur le lancement du processus d’adhésion à l’Union européenne. Cette loi a été adoptée à la suite d’une initiative citoyenne. Et oui, l’une des options consiste à ce que la République d’Arménie devienne membre de l’Union européenne. Pourquoi dis-je que ce n’est qu’une option ? Eh bien, parce que l’Union européenne doit encore prendre une décision concernant sa politique d’élargissement. Car la seule volonté d’un pays souhaitant adhérer ou envisageant cette possibilité ne suffit pas. Par conséquent, la réponse dépend aussi de cela.

    Notre volonté de créer des alternatives vise à permettre au peuple arménien de décider si l’Arménie doit rester membre de l’Union économique eurasiatique, devenir membre de l’Union européenne ou ne pas adhérer ni à l’Union européenne ni à l’Union économique eurasiatique. Dans tous les cas, nous poursuivrons les réformes de la République d’Arménie afin de l’aligner sur les normes de l’Union européenne. Et si, à un moment donné, l’Arménie devient réellement et objectivement pleinement apte à devenir membre de l’Union européenne, alors, bien entendu, la question dépendra encore, à ce moment-là, de deux acteurs principaux : l’Union européenne voudra-t-elle nous accueillir et le peuple arménien votera-t-il en faveur de cette orientation ?

    Quoi qu’il en soit, même si, une fois objectivement prête, l’Arménie ne devient pas membre de l’Union européenne, notre pays en sortira tout de même gagnant, car nous aurons alors un État pleinement conforme aux normes de l’Union européenne.

    Alors que vous vous approchez de l’Europe, vos relations avec la Russie se détériorent. Pendant de nombreuses années, l’Arménie a été extrêmement dépendante de Moscou. Vous avez déclaré à plusieurs reprises que vous cherchiez à mener une politique étrangère équilibrée, que les relations avec la Russie entraient dans une phase de transformation profonde. La Russie reste le partenaire économique principal de l’Arménie, mais Moscou exerce une pression économique. Alors, est-il possible de sortir l’Arménie de la dépendance qu’elle entretient avec la Russie ?

    Vous savez, nous ne posons pas du tout la question en ces termes. J’ai employé un jour une expression qui, au départ, a suscité certains malentendus en Arménie. J’ai dit que l’indépendance consiste à remplacer la dépendance envers quelques-uns par une dépendance envers un grand nombre, et nous ne faisons qu’appliquer cette politique. Voyez-vous, vous présentez les choses en parlant de la Russie, de s’affranchir de la Russie, etc. Mais ce n’est pas notre objectif. Nous ne voulons pas être dépendants de quelqu’un. Autrement dit, nous ne voulons pas cesser de dépendre de A pour dépendre de B. Ce n’est pas notre politique. Notre politique consiste à vouloir renforcer notre indépendance, la consolider et la développer. C’est pourquoi nous avons adopté une politique étrangère équilibrée. Nous voulons que notre peuple ait des alternatives. Nous voulons que notre population ait le choix. Nous voulons aussi que nos producteurs de tomates aient des alternatives. Nous voulons que nos producteurs de boissons aient eux aussi des alternatives. Nous voulons que tous nos acteurs économiques disposent d’alternatives, tant pour les exportations que pour les importations. C’est aussi pour nous une question économique très importante.

    Je vais vous donner un exemple : ainsi, autrefois en Arménie, le marché des importations d’essence et de produits pétroliers était très concentré et, chaque fois que l’environnement extérieur changeait, nous rencontrions de graves difficultés. Ces dernières années, les produits pétroliers sont importés en Arménie, non plus par quelques entreprises, mais par des dizaines d’entreprises. Et cette situation nous a permis de mieux faire face aux crises touchant les produits pétroliers sur le marché mondial, sans les subir plus durement que les autres pays. Et je vais même vous dire davantage. Par exemple, en Russie, les opérations menées par l’Ukraine contre les infrastructures pétrolières ont provoqué des difficultés et, grâce à cette politique, grâce à notre politique intérieure, la République d’Arménie n’a pas ressenti ces problèmes. Nous voulons éviter ces difficultés ou être en mesure de les gérer.

    Je comprends. Dans le même temps, la Russie exige que l’Arménie choisisse avant décembre entre l’Union européenne et l’Union économique eurasiatique. Alors, se rapprocher de l’Union européenne, des États-Unis, tout en maintenant de bonnes relations avec la Russie, cela semble être une équation impossible à résoudre.

    Voyez-vous, la mission des gouvernements et des responsables politiques consiste à résoudre des équations insolubles, car, s’il n’y avait pas d’équations insolubles, nous n’aurions besoin ni de gouvernements, ni de responsables politiques, ni même de discussions. Autrement dit, tout serait simple, tout pourrait être résolu et, par conséquent, il n’y aurait pas besoin de gouvernement. Je le répète, notre position sur cette question est la suivante : nous estimons que, pour organiser un référendum en Arménie sur ce sujet, il faudrait à tout le moins que l’Arménie dépose officiellement une demande auprès de l’Union européenne en vue de son adhésion. Nous n’avons pas encore déposé une telle demande. Par conséquent, organiser cette année le référendum dont vous parlez n’est pas réaliste.

    Mais comptez-vous déposer cette demande ?

    Oui, entre autres. Mais voyez-vous, déposer une demande n’est pas une fin en soi. Imaginez maintenant que vous me posiez la question suivante : la République d’Arménie est-elle aujourd’hui prête à devenir membre de l’Union européenne ? Je vous répondrai franchement que non, car nous devons encore mener de nombreuses réformes pour satisfaire ces critères. Autrement dit, le dépôt de la demande en lui-même suppose déjà que le processus ait atteint un certain degré de maturité. Déposer une demande pour le seul plaisir de le faire, ce n’est pas très logique. D’autant que nous travaillons très activement avec l’Union européenne pour que, dans notre pays, notamment, les réformes prévues dans le cadre de l’accord de partenariat global et renforcé soient mises en œuvre de la manière la plus efficace possible. J’ajoute que la rupture ou la dégradation de nos relations avec la Russie n’a jamais fait partie, ne fait pas partie et ne fera pas partie de nos objectifs. Au contraire, nous souhaitons développer nos relations avec la Russie. Il faut simplement constater une chose : quelles que soient les circonstances et les dirigeants politiques, nos relations avec la Russie ne peuvent plus être les mêmes qu’auparavant.

    Vous dites que vous voulez garder de bonnes relations avec la Russie, mais, dans le même temps, des responsables politiques russes ont menacé de faire de l’Arménie une deuxième Ukraine. Ça ne vous gêne pas ?

    Je ne le pense pas.

    Vous pensez que ça n’arrivera pas ?

    Oui, je le pense et j’en suis convaincu.

    Autre sujet extrêmement important et incontournable : la paix en suspens avec l’Azerbaïdjan. Vous semblez plutôt optimiste.

    Excusez-moi, qu’entendez-vous par une paix qui ne serait pas établie ?

    Je veux dire que, dans les faits, le traité de paix n’a pas encore été signé.

    Dans les faits, le traité de paix n’a pas encore été signé, mais dans les faits, le traité de paix a été paraphé et, le 8 août 2025, une déclaration de paix a été adoptée à Washington. Et, dans les faits, cela fait déjà deux ans, plus de deux ans, que les tirs à la frontière arméno-azerbaïdjanaise n’ont fait ni morts ni blessés. J’ajouterais qu’en 2024, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le premier document bilatéral juridiquement contraignant a été signé puis ratifié aussi bien en Arménie qu’en Azerbaïdjan. Ce document prévoit que, dans le processus de délimitation de la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la déclaration d’Alma-Ata constituera le principe fondamental de la délimitation des frontières des deux pays.

    Et je tiens à souligner, en réponse à votre question, qu’entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, dans les faits, la paix est, dans une certaine mesure, également établie - de jure - la paix est établie.

    Mais il y a toujours des prisonniers de guerre arméniens à Bakou. Le sort de nombreuses personnes disparues reste incertain. Il y a quelques jours seulement, un militaire azerbaïdjanais dans le Syunik a franchi la frontière arménienne et blessé un citoyen arménien. Dans ces conditions, votre optimisme peut paraître quelque peu surprenant. Pourquoi êtes-vous si positif sur ce processus de paix ?

    D’abord, je suis optimiste parce que, je l’ai déjà dit, la paix est établie. Autrement dit, aujourd’hui, personne ne peut affirmer qu’il existe un conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Depuis 1991, chaque année, les échanges de tirs entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont fait des morts et des blessés. Autrement dit, imaginez, de 1991 à 2025, nous avons eu chaque année des morts et des blessés. À présent, depuis deux ans, nous n’avons plus de morts ni de blessés. N’est-ce pas une raison d’être optimiste ?

    Deuxièmement, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, une délimitation concrète de la frontière a déjà eu lieu et nos villages situés près de la frontière vivent dans des conditions de paix. Quant à l’incident impliquant le soldat azerbaïdjanais, je voudrais d’abord dire que nous pouvons, pour un instant, laisser de côté la question du coup de feu. Pendant cette période, et plus généralement au cours des trente dernières années, il y a eu des dizaines de cas de ce genre où des soldats des deux camps se sont tout simplement égarés dans le brouillard ou pour d’autres raisons, et sont passés d’Arménie en Azerbaïdjan ou d’Azerbaïdjan en Arménie. Il y a eu des dizaines de cas semblables. Cet incident n’a aucun rapport avec la paix et ne peut aucunement remettre la paix en question.

    Merci pour votre temps et pour cet entretien, monsieur le Premier ministre.

    C’est moi qui vous remercie.

    10 min
  • Journée mondiale de la Santé mentale: «En France, on focalise sur l'individu en oubliant la logique systémique»

    Plus d'un milliard de personnes dans le monde souffrent de troubles mentaux. En France, environ une personne sur cinq, voire sur quatre, peut être concernée au cours de sa vie : anxiété, dépression, addictions, suicide... L'enjeu est tel qu'une journée mondiale est consacrée chaque 10 octobre à la santé mentale. Pour en parler, nous recevons Mathieu Bellahsen, psychiatre, lanceur d’alerte, auteur notamment de La santé mentale (La fabrique) et d'Abolir la contention (Libertalia).

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  • Riad Yassin Abdallah, ambassadeur du Yémen en France: «Nous pouvons vaincre les Houthis»

    Riad Yassin Abdallah est l’ambassadeur du Yémen en France, ancien ministre des Affaires étrangères (2015) et ministre de la Santé (2014-2015). Il revient sur la contre-offensive lancée par les troupes gouvernementales contre les rebelles houthis : les premiers résultats après cinq jours de combats et les objectifs.

    RFI : Le gouvernement a lancé cette semaine une contre-offensive après avoir perdu du terrain face aux rebelles houthis ces dernières semaines. Quelles sont les nouvelles du front que vous avez ?

    Riad Yassin Abdallah : Oui. Comme vous pouvez le constater, la situation dans mon pays est très grave actuellement. Et pourtant, nous faisons tout notre possible pour vaincre les milices houthies, qui ont attaqué début septembre la ville de Mocha et la côte de Bab el-Mandeb. Comme vous le savez, la milice houthie utilise toutes sortes d'armes, y compris des missiles. Elle ne tient aucun compte des civils ni des infrastructures. Son seul objectif est de semer la destruction. Bien sûr, elle a lancé son offensive en coordination avec le régime iranien afin de déstabiliser la région et de mettre le détroit de Bab el-Mandeb dans une situation critique.

    Le détroit de Bab el-Mandeb, c’est l’un des lieux où se concentrent aujourd’hui les combats. Il a donc été pris par les Houthis le mois dernier. C’est l’un des objectifs de cette contre-offensive. Qui le contrôle aujourd’hui ?

    Aujourd’hui, nos forces combinées, qui ont lancé leur contre-offensive il y a quelques jours, contrôlent désormais le détroit de Bab el-Mandeb [les forces gouvernementales ont progressé mais le contrôle est toujours disputé, NDLR]. Nous contrôlons également l'île de Perim. Cette île revêt une importance capitale, car elle se trouve au milieu du détroit. Nous contrôlons donc désormais Bab el-Mandeb, et nous faisons actuellement de notre mieux pour progresser vers d'autres zones, depuis le détroit de Bab el-Mandeb jusqu'à Hodeïda. Bien sûr, des combats se poursuivent aux alentours de Taïz. Je pense que nous arrivons à un stade où nous allons réellement vaincre les Houthis, du moins dans cette région.

    Dans la partie sud du pays ?

    Oui, dans le sud du pays.

    Vous évoquez des avancées des troupes gouvernementales. Lorsque les Houthis ont lancé leur offensive en septembre, elles ont tout d’abord reculé. Malgré le soutien de l’Arabie saoudite. Et alors même que la tension montait depuis deux mois. Est-ce le signe qu’il y a une coordination difficile entre toutes les unités qui composent les forces loyales au gouvernement ?

    Oui, bien sûr, il y a toujours eu des difficultés dans des situations comme celle du Yémen, où l'on trouve différentes parties et différentes forces en présence. Mais que s'est-il passé aujourd'hui ? Nous avons officiellement lancé ce que l'on appelle « l'aube du Yémen » ou « l'avènement du peuple yéménite ». Et nous nous unissons autour d'un seul objectif : vaincre la milice et mettre un terme à son expansion.

    Votre objectif, celui du gouvernement aujourd'hui, c'est de reconquérir l'ensemble du pays, de vaincre les Houthis sur l’ensemble du territoire ? Pas de revenir aux lignes qui avaient été celles du cessez-le-feu ces quatre dernières années ?

    Oui, oui, notre but, notre objectif est de vaincre les Houthis et de mettre en œuvre notre plan visant à avancer jusqu’à la capitale, Sanaa, qu’ils contrôlent. Nous avons commencé à ouvrir plusieurs fronts, notamment à Al-Bayda, à Marib et dans d’autres régions du Yémen, où nous pouvons vaincre les Houthis. Je pense que le moment est venu de mettre fin au contrôle exercé par cette milice sur le Yémen.

    Un point encore sur cette situation militaire. L’Arabie saoudite et le gouvernement yéménite, le président yéménite ont appelé Donald Trump à s’engager à leurs côtés dans cette bataille contre les Houthis. Les États-Unis pour l’instant ne souhaitent pas s’engager dans cette bataille. Est-ce que vous pouvez avancer sans le soutien des États-Unis ?

    Oui, je pense sincèrement que les seuls qui se sont battus et les seuls qui se battront, ce sont les Yéménites. Et nous sommes capables de libérer notre pays des milices houthies. Ce dont nous avons réellement besoin de la part de la communauté internationale, y compris des États-Unis et d’autres pays européens, c’est, outre un soutien politique, qu’elle adopte une position ferme à l’égard du régime iranien qui soutient les milices houthies. Qu’elle soutienne notre gouvernement et notre peuple par tous les moyens à sa disposition. Je pense que ce soutien nous aidera à persévérer. Cela prendra peut-être plus de temps si nous ne bénéficions pas d’une intervention directe des États-Unis ou d’autres pays. Mais au bout du compte, nous sortirons victorieux et nous atteindrons nos objectifs. Lorsque nous demandons à la communauté internationale de nous soutenir, nous ne lui demandons pas de venir se battre à notre place.

    La coalition internationale, qui soutenait le gouvernement yéménite, aujourd'hui se résume principalement à l'Arabie saoudite. Il n'y a pas un sentiment de solitude de la part des autorités internationalement reconnues ?

    Nous constatons de nombreux changements sur la scène politique, notamment au Moyen-Orient. Bien sûr, l’alliance plus large que nous avions envisagée lors de son lancement en 2015 nous fait quelque peu défaut. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous ne puissions pas surmonter ces défis et ces difficultés. Nous pensons aujourd’hui que, quoi qu’il arrive, nous commençons peu à peu à faire face aux difficultés et aux défis qui se sont présentés ces dernières années.

    Un point sur la situation humanitaire aussi au Yémen. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacés par ces nouveaux combats. Les besoins humanitaires ne cessent de se renforcer au Yémen. La population yéménite a-t-elle quelques raisons d’espérer, de croire en un avenir meilleur ?

    Les Yéménites font preuve d’une grande résilience et ont su s’en sortir, surtout au cours des dix dernières années, alors que nous nous efforçons de survivre et de retrouver une vie normale. Malheureusement, ce sont les milices houthistes qui se livrent à toutes sortes d’actes de destruction. Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation humanitaire très grave. Comme vous le savez, certains réfugiés se sont rendus en bateau à Djibouti. Ils sont environ 4 000. Nous comptons plus de 200 000 personnes déplacées de leurs foyers, qui s’ajoutent à celles que nous comptions déjà auparavant. C'est désormais le sud du Yémen, notamment Aden et d'autres localités, qui supporte l'essentiel du fardeau. Bien sûr, nous avons besoin du soutien de tous : de la communauté internationale, des ONG et de tous nos voisins en cette période difficile. Et je pense que si l'aide humanitaire ne s'intensifie pas dans les mois à venir, la situation va malheureusement s'aggraver et devenir encore plus difficile pour tout le monde. C'est donc, selon moi, le moment de lancer un appel à chacun pour qu'il se mobilise et soutienne notre peuple.

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  • Omer Shem Tov, otage du Hamas pendant 505 jours: «J’étais l’esclave de mes geôliers»

    Omer Shem Tov a 24 ans, il a été enlevé par le Hamas au festival Nova le 7 octobre 2023. Il est resté otage du mouvement islamiste armé pendant 505 jours. Il vient de publier un livre en hébreu et en anglais sur l'histoire de sa détention : Meeting myself in hell, que l'on peut traduire par « seul avec moi-même en enfer ». Rencontre avec ce jeune homme chez ses parents, près de Tel Aviv. 

    RFI : Votre livre raconte comment vous avez été capturé le 7 octobre 2023 au festival de musique Nova avec vos deux amis Itay et Maya Regev. Pouvez-vous nous raconter ce qui s'est passé lorsque vous êtes arrivé à Gaza, prisonnier du Hamas ? 

    Omer Shem Tov : Alors que nous entrons dans Gaza, j’entends des gens crier, faire la fête. Je vois des mains se glisser à l’arrière de la camionnette pour essayer de nous attraper. Plus tard, nous arrivons à cette maison là-bas. On y reste environ une semaine. Il y a une famille, il y a une femme et des enfants. Je viens juste de voir, juste devant moi, que la jambe de Maya est pratiquement sectionnée à ce stade. Ils font comme si c'était normal, comme si c'était une bonne chose. Au bout d’une semaine, Maya a été transférée à l’hôpital, et Itay et moi, on passait d’appartement en appartement. Après avoir passé 53 jours ensemble dans des appartements, Itay et Maya ont été libérés dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu, et j’ai immédiatement été emmené dans un tunnel.

    Le premier tunnel dans lequel j'ai séjourné se trouvait à 40 mètres sous terre. J'étais enfermé dans une cellule minuscule et étroite. J'ai vécu dans l’obscurité totale pendant 50 jours d’affilée. J'ai souffert d'une faim extrême : on ne me donnait qu’un morceau de pain par jour, parfois un demi-morceau, et parfois je n'avais même qu’un petit verre – de la taille d’un verre à shot – rempli d’épices, d’herbes séchées et d’eau salée. Pas de lumière. À un moment donné, j'ai pensé que j’étais devenu complètement aveugle.

    Après 50 jours dans cette cellule, j'ai été transféré dans un tunnel légèrement plus grand. Là-bas, la plupart du temps, il y avait entre quatre et cinq terroristes, parfois plus. Et pendant 400 jours, je suis resté au même endroit, par miracle. Et je suis devenu leur esclave. Je creusais pour eux à l’intérieur des tunnels. Je transportais des bombes d'un endroit à l’autre. Je transportais des quantités folles de nourriture de mes propres mains, au moins, je dirais, 500 cartons d’aide de l’ONU, que je répartissais dans le tunnel pour les terroristes.

    À l’époque, je cuisinais pour eux, je faisais le ménage, je creusais… Je faisais tout ce qu'ils me demandaient, et ils me crachaient dessus. Ils m’insultaient. Parfois, je me disais : « Oh, peut-être qu’il y a de l’humanité ici. Peut-être que j’essaierai de trouver une sorte de lien avec eux. » J'ai essayé, j’ai vraiment essayé, de leur parler, de les faire rire, de plaisanter avec eux. Rien n’a vraiment aidé.

    J'ai traversé ce chemin intérieur. La première semaine là-bas, je suis devenu fou. J’avais l’impression d’étouffer, je ne pouvais plus respirer, j’étais plongé dans l’obscurité totale, je mourais de faim, je ne savais tout simplement pas quoi faire. J'avais l’impression de devenir fou. Tout dans ma tête était tellement bruyant. Et au bout d’une semaine, j'en suis arrivé à un point où je me suis dit : « Bon, j'ai deux options. Soit je m’enfonce de plus en plus dans la dépression, la colère et l’incrédulité à l'idée de rentrer chez moi, soit j'accepte simplement la situation. Et je fais confiance à Dieu, ou à qui que ce soit d’autre, pour me mettre sur le bon chemin. » Et je lâche prise sur mon ego, je lâche prise sur ma colère, je mets tout de côté, et je me sens en paix avec moi-même, en comprenant que c’est exactement là où je suis censé être en ce moment. C’est exactement l’endroit et exactement le moment, et tout ce qui arrivera à partir de maintenant est pour le mieux.

    Et à partir de ce moment-là, j'ai vu la lumière. Vraiment, j'ai vu la lumière, j'ai eu cette rencontre avec moi-même et avec Dieu qui… Tout ça, ça n'a pas d’importance. Je suis toujours en vie. Je respire. Ma famille est chez elle en sécurité. Je dois juste faire confiance au processus. Je sais que j’arriverai dans un endroit meilleur. Il y a une lumière au bout du tunnel. Et à partir de ce jour-là, j'ai vraiment cru, à chaque seconde, que je rentrerais chez moi. Je n'avais aucun doute. Et oui, après 505 jours, j'ai été libéré et en échange, 100 terroristes ont été libérés.

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    Vous vivez aujourd'hui chez vos parents, vous prenez des cours d'art dramatique, vous aimez toujours la musique, comment vous sentez-vous ? 

    C'est juste que j’aime travailler, bouger, faire des choses. J’aime aller de l’avant. Je n’aime pas me replonger dans le passé, remuer ces blessures. J'ai justement parlé de ça avec un ami : je commence à sentir ces flashbacks revenir. Il y a quelques jours, j’étais en vacances en Grèce. Un endroit où l’on est censé se sentir libre. Je me suis assis dans ce restaurant, et le serveur est venu derrière moi, et il avait la voix d’un des terroristes qui étaient avec moi, exactement la même voix. Et, pendant une seconde, j’ai d’abord eu peur, j'ai paniqué un instant. Je l'ai regardé et j'ai vu que ce n’était pas lui, mais on a l’impression d’être replongé dans ce moment-là, on a l’impression de revoir le terroriste.

    Comme si tu le croisais à ce moment-là, comme si tout ce qui t’entourait changeait en une seconde et que tu restais figé. Tu ne peux plus bouger, ton cœur bat à tout rompre. Et c’est quelque chose que je vis presque tous les jours. Certains jours, c’est dur. Certains jours, c’est facile. Tu sais, ça ne dure qu’une seconde, tu y penses et ça s’en va. Mais parfois, tu peux vraiment le voir, tu peux vraiment le ressentir. Tu retournes là-bas et c’est… c’est dur. Mais, je crois dans le bien. Je crois en la lumière. Je crois que je peux aller de l’avant. Je ne sais pas si « aller de l’avant » est le bon mot. Je pense que je vivrai toujours avec ça, mais ça fait partie de moi et je l'accepte.

    Que pensez-vous de ce qui se passe à Gaza ? 74 000 morts depuis trois ans, ressentez-vous de l'empathie pour les Palestiniens de l'enclave ? 

    Le jour du 7, ce fut une journée si cruelle que je pense qu’elle a brisé le cœur de tant d’Israéliens. Vous savez, c'était une journée qui a touché tout le monde. Notre pays est si petit que chacun connaît quelqu’un qui a été enlevé ou assassiné, un soldat tué pendant les combats. Je pense que tout le monde est touché par cela. Bien sûr, c’est dur pour moi de voir ces destructions, de voir des enfants et des femmes blessés ou morts, et je ne souhaite ça à personne. Vraiment pas. L’empathie… C’est un grand mot, je ne sais pas. Parce que d’un côté, je n’ai pas de place pour la colère en moi, vraiment pas. Et pour ces civils-là aussi, je suis triste pour eux. Vous savez, au quotidien, ils subissent une organisation terroriste qui contrôle la bande de Gaza. Ce qu’ils ont fait le 7 octobre, leur liste de choses qu’ils souhaitent faire... C’est une organisation terroriste. On ne peut pas nier ça.

    Je ne dis pas que tout le monde à Gaza est un terroriste. Mais je pense qu'on leur fait un lavage de cerveau. Je pense vraiment que c’est le cas. On les force à agir d’une certaine manière, qui va à notre encontre et qui soutient le Hamas. À Gaza, soit on est avec le Hamas, soit on ne l’est pas. Et je veux dire, quand on ne l’est pas, on est mort. C’est tout. Alors oui, j’ai de la peine pour eux. Je suis triste pour ces enfants et pour ces femmes. Mais en même temps, c’est un problème. C’est-à-dire que c’est bien plus grave à mes yeux. Donc oui, j’éprouve de l’empathie pour les enfants. Je n’éprouve aucune empathie pour les terroristes. Pas une seconde.

    Vous avez beaucoup voyagé, notamment aux États-Unis, pour raconter votre détention. Comment ce témoignage a-t-il été accueilli ?

    Je me suis rendu dans de très nombreuses universités. J'ai discuté avec des gens qui sont de notre côté et d'autres qui sont contre nous. Vous pouvez voir aujourd’hui ce qui se passe dans les médias, il y a beaucoup de gens qui s’opposent à Israël et aux otages, en général. J’ai croisé beaucoup de gens qui se sont opposés à moi. D’abord, sur les réseaux sociaux, ça arrive tous les jours. Je reçois sans cesse des messages me disant que je suis un menteur, que tout ça ne s’est pas produit, qu’Israël commet un génocide. Voilà le genre de choses que j’entends tous les jours, que ce soit sur les réseaux sociaux ou lors de rencontres fortuites avec des gens dans la rue ou à l’université.

    Lors des conférences que je donne à l’université du Colorado, j'ai installé une table, au milieu du campus, avec un drapeau israélien dessus. Et j'ai mis une pancarte indiquant que j'avais passé 505 jours en captivité chez le Hamas à Gaza, « Posez-moi toutes vos questions. » Et je n'étais pas là pour me disputer avec qui que ce soit, uniquement pour partager mon histoire et aider les gens à comprendre un peu ce qui s’est passé là-bas, et j’étais prêt à écouter l’autre point de vue, il y avait peut-être quelque chose que je devais apprendre. J’ai donc rencontré ce type, Kobe, un jeune Américain qui a grandi, je crois, en Caroline du Nord. Il est venu vers moi et, tout d’abord, il m’a dit qu’il était juif. Et juste après, il s’est mis à m'attaquer, à me crier dessus, en hurlant : « Tu commets un génocide. Qu’est-ce qui t'est arrivé ? C’est un mensonge. C’est toi qui mens. Tu es un menteur. » Il m'accusait simplement de mentir, de commettre un génocide, de tuer des bébés, de faire, tu sais, tout ce qu’on peut voir sur les réseaux sociaux, et à un moment donné, il s’est levé, il a arraché le drapeau de ma table. J'ai attrapé le drapeau, il m'a repoussé et il a déchiré ma pancarte. Puis il s’est enfui en courant.

    Quelle est votre réaction lorsqu'on vous traite de menteur après ce que vous avez vécu ? 

    S'il y a une chose que j'ai apprise en captivité, c'est que je dois mettre mon ego de côté, ainsi que ma colère. Je n'étais pas en colère. En fait, j'étais triste de voir quelqu'un qui est si loin de la région, il n’a vraiment aucune idée de ce qui se passe ici. Et il s’emballe complètement, en nous accusant de choses qui, vous le savez, ne sont pas vraies. J’y suis allé. J’ai vu ce qui s’y passe. C’est comme les gens qui disent qu’Israël commet un génocide, c’est une accusation que j’ai du mal à entendre parce que j’ai vu comment les terroristes du Hamas utilisent la population comme bouclier. Je me trouvais sous une école, par exemple. Je veux dire, il y avait tellement de bombes et d’explosifs tout près de moi. Ce sont juste des accusations que, pour moi, j’ai du mal à entendre. Mais, encore une fois, je suis ouvert pour entendre et écouter. Et j’essaie simplement d’aider les gens à comprendre d'où nous venons et pourquoi nous nous battons pour nous défendre.

    Propos traduits de l'anglais

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  • Manifestations lycéennes en France: «On n'avait jamais connu un mouvement aussi intense»

    Olivier Beaufrère, secrétaire national SNPDEN – UNSA et proviseur dans l'Essonne est le grand invité international de RFI ce 6 octobre 2026. Acte 3 du mouvement lycéen en France, après deux semaines de mobilisation et parfois de violences. Des dizaines de milliers de lycéens vont manifester dans tout le pays pour réclamer des moyens. Le regard d'un chef d'établissement.

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  • Romuald Sciora: «Trump se prépare à contester les résultats des élections de mi-mandat»

    Romuald Sciora, directeur de l'observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l'Iris et auteur de Lettre ouverte à Trump d'un Américain de papier (Ed. Point Nemo) est ce lundi 5 octobre le grand invité international de la matinale de RFI. À un mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, les sondages prédisent une défaite du camp présidentiel. Selon Romuald Sciora, on ne peut exclure l'hypothèse d'une tentative de coup de force de la part du président américain.

    RFI : On est à quatre semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis et les sondages ne sont pas bons pour Donald Trump. Les Républicains pourraient perdre la majorité à la Chambre des représentants et peut-être même au Sénat. Est-ce que Donald Trump va laisser faire ?

    Romuald Sciora : Bien évidemment que non. Le président a déjà commencé à contester les résultats, et cela le 3 juillet dernier, à la veille du 250ᵉ anniversaire des États-Unis. Devant le Mont Rushmore, il a livré un discours lunaire où il expliquait que le danger communiste était à nos portes, qu'il risquait de submerger de l'intérieur les États-Unis. Bref, il a inventé un ennemi, quelqu'un qui pourrait tenter de détourner nos élections.

    Quelques jours après, il fait un appel à la nation cette fois-ci, en évoquant des « méchants Chinois ». Vous savez, qui truquent, volent les élections américaines depuis plusieurs années avec pour objectif de faire perdre Donald Trump. On se demande comment il a pu être élu en 2024. Mais le président américain n'est pas une contradiction près.

    Il désigne donc un ennemi de l'intérieur et de l'extérieur…

    Exactement ! Tout cela pour légitimer évidemment une plus que probable contestation le 4 novembre à l'issue du scrutin.

    S'il y a défaite des Républicains, il n'acceptera pas cette défaite ?

    Bien évidemment que non !

    Mais que fera-t-il alors ? Qu'est-ce qu'on peut imaginer ? 

    Il y a trois scénarios. Premier scénario : Trump déclare lui-même un état d'urgence avant les élections pour les repousser. Il y a encore quelques jours, dans une interview au Times, il répondait que cela serait une option potentielle s'il devait en arriver là. Bien évidemment, c'est inconstitutionnel. Il n'a aucun pouvoir sur le processus électoral. Celui-ci dépend des gouverneurs, mais on sait déjà qu'une vingtaine de gouverneurs, voire 25 gouverneurs républicains, suivraient le président et décideraient donc de repousser l'élection. Cela créerait une crise sans précédent aux États-Unis.

    C'est-à-dire déclarer l'état d'urgence là, maintenant ?

    Dans quelques heures ou dans deux à trois semaines. Mais personnellement, je ne crois pas vraiment à ce scénario, même si avec Trump, tout est possible. Deuxième scénario : les élections ont lieu et Trump décide de s'asseoir sur les résultats. Et quand je dis Trump, ce n'est pas Trump tout seul, c'est toute cette clique d'extrême droite qui est arrivée au pouvoir avec lui en 2025.

    Toutes ces personnes, et Trump le premier, décident de s'asseoir sur les résultats. Il conteste un tant soit peu pour la forme, mais il laisse faire. Ils attendent fin janvier 2027, lorsque le nouveau Congrès entrera en fonction. Là va commencer une guerre de tranchées entre un président qui voudra absolument gouverner par décret, un Congrès démocrate qui ira d'impeachment en impeachment. En bref, nous aurons une crise entre le législatif et l'exécutif comme on n'en a jamais vu. Et le tout, selon moi, devrait se terminer par un coup de force de la part de la présidence à l'encontre du Congrès.

    Maintenant, troisième scénario, et le plus probable toujours selon moi, Trump et J.D Vance contestent très fortement les résultats à l'issue des urnes après l'élection du 3 novembre prochain. Ils vont jusqu'à décider d'annuler cette élection, même si c'est inconstitutionnel. De nombreux gouverneurs républicains leur emboîtent le pas et prétendent que ces élections ont été fraudées par les démocrates. L’actuel Congrès étant républicain, évidemment, il suivra le président. Quid de ce qui suivra ? Là, tous les scénarios sont possibles.

    Alors nous serions à un mois d'assister à un coup d'État aux États-Unis ?

    Je ne dirais pas que nous sommes à un mois d'un coup d'État aux États-Unis. Nous sommes à quelques semaines d'un possible coup d'État, en tout cas d'une tentative d'inverser le processus électoral.

    Qu'est-ce qui, dans les faits et dans les déclarations, vous permet de dire avec certitude que ça va mal se passer ?

    Pardonnez-moi l'expression, mais il faudrait avoir du « caca dans les yeux » pour ne pas voir les choses telles qu'elles sont. Une fois encore, je ne dis pas que Trump va envoyer des troupes pour arrêter les congressmen et les congresswomen. Je dis juste qu'il y aura une tentative de ne pas reconnaître le résultat des urnes et une tentative de revenir sur celui-ci. Donc appelons ça un coup d'État si vous voulez, ou alors un coup de force.

    Est-ce que vous dites ça parce que vous êtes « gauchiste » et donc, vous détestez Trump ? Est-ce que c'est ça qui vous mène à cette analyse ?

    Non, écoutez, à titre personnel, je trouve Trump sympathique et même si je suis démocrate et « gauchiste », comme vous le dites, j'espère ne pas être trop bas du plafond. Et je suis – ce qui fait parfois que je choque un peu mes amis progressistes – le premier à reconnaître que les derniers bons présidents américains étaient républicains. Donc je ne suis pas du tout borné. Non, je dis tout simplement les faits. Et n'oublions pas une chose : Trump est quand même la seule personne à avoir tenté le seul coup d'État sérieux de l'histoire des États-Unis, le 6 janvier 2021.

    L’assaut du Capitole ?

    Exactement. Si ce coup n'a pas marché, c'est tout simplement parce qu'à l'époque, le Parti républicain ne suivait pas Trump comme un seul homme, et surtout que le vice-président de l'époque s'appelait Mike Pence. Aujourd'hui, il s'appelle J.D. Vance et il est encore plus radical que le 47ᵉ président américain.

    On va laisser un instant les hypothèses pour l'après. La possibilité qu'il perde les élections paraît à peu près évidente quand on lit tous les sondages. Qu'est-ce qui le mène à cette défaite ?

    Les élections de mi-mandat sont en général perdues par le pouvoir en place et on se demande un peu pourquoi Trump a voulu ce bras de fer. Il aurait pu très bien laisser glisser en disant après tout, tout le monde a perdu ces élections et puis provoquer une crise avec le Congrès.

    Et là, il est extrêmement présent. Il dit même : « Faites comme si mon nom était sur le bulletin de vote. »

    Exactement. On a un président très impopulaire, mais il faut aussi relativiser. 40 % de taux d'impopularité, c'est quand même un chiffre qui ferait rêver Emmanuel Macron, ou François Hollande en son temps. Une impopularité croissante et surtout, une base MAGA, son électorat de cœur – ces gens l'ont toujours suivi d'élection en élection, et l'ont d'ailleurs suivi le 6 janvier 2021, lors de l'assaut contre le Capitole, et dont il pourrait avoir besoin dans des circonstances analogues, comme on vient de le dire, dans quelques semaines –, s'est détournée de ce président qui avait promis, juré de ne pas nous entraîner, nous autres Américains, dans une guerre style Irak ou Afghanistan. La guerre en Iran est très très mal vécue aux États-Unis, mais peut-être encore plus mal vécue par les MAGA qui sont touchés au portefeuille avec le prix de l'essence et ne sont pas des internationalistes.

    Ils ont été trahis, c'était une promesse électorale trahie ?

    Oui, et ces personnes qui ne vont pas toujours voter ne sont pas certaines aujourd'hui de se diriger vers les urnes le 3 novembre prochain. Donc voilà ce qui explique l'impopularité et la fébrilité aujourd'hui du président et une situation aux États-Unis dramatique. Le coût de la vie est exorbitant.

    C'est ça qui va peser le plus lourd dans l'élection. Le coût de la vie, l'inflation incroyable que subissent les Américains depuis maintenant plusieurs mois, plusieurs années même ? Vous êtes franco-américain, vous vivez à New York.

    Évidemment, écoutez, les gens ne s'en sortent pas, je le répète, à qui veut l'entendre. Je paye 2 000 dollars d'assurance santé par mois. Et un exemple concret : prenons un couple de la classe moyenne new-yorkaise qui chacun gagne 4 000 dollars, ce qui est un salaire décent à New York. Ils gagnent donc 8 000 dollars, avec les taxes, ils auraient 6 500 dollars pour vivre par mois. Ils ont deux gamins, il leur faut un petit appartement, une chambre pour les parents, une chambre pour les enfants, puis un petit living room. Ils iront dans un quartier plus ou moins populaire, mais ils ne trouveront rien à moins de 3 500 dollars par mois. Il leur reste 3 000 dollars. Maintenant, il faut une assurance santé. Ils vont prendre la plus basique pour les enfants essentiellement, ça va leur coûter 1 500 dollars par mois. Il leur reste donc 1 500 dollars, soit le budget qu'il faut pour deux personnes pour se nourrir pendant un mois à New York. Donc maintenant, quid de la nourriture pour les enfants ? Quid du budget pour l'assurance auto, le prêt automobile ? Je ne parle pas du téléphone portable, de l'électricité, etc.

    Donc, ça veut dire que tous les Américains sont pris à la gorge ?

    Exactement. Parce que mon exemple concerne la classe moyenne. Donc imaginez les petites classes moyennes, les classes populaires et les classes paupérisées.

    Vous êtes inquiet de ce que les États-Unis deviennent et de ce qu'ils peuvent devenir encore dans les semaines qui viennent ?

    Bien évidemment que je suis très inquiet, d'où cette démarche, ce combat, c'est peut-être un peu présomptueux, mais d'où toutes ces prises de position, tous ces livres. Et je suis loin d'être le seul. Il faut que nous prenions conscience de ce qui se passe aux États-Unis et, en tant que Français, qu'Européens, puisque je suis Franco-américain comme vous l'avez rappelé, je suis également inquiet de ce qui pourrait se passer ici dans mon autre pays, car cette vague qui submerge aujourd'hui les États-Unis est proche de submerger une bonne partie du reste de l'Occident.

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  • Marius Mesnil (Union syndicale lycéenne): «Il faut aujourd'hui un grand plan de rénovation des lycées»


    Grogne sociale en France, en deux semaines la colère lycéenne s'est répandue comme une traînée de poudre dans l'Hexagone. Des centaines d'établissements sont bloqués chaque jour par des élèves et étudiants qui réclament plus de moyens pour mener à bien leur apprentissage. Sauf que par endroits, le mouvement dégénère. Les affrontements se déclenchent entre manifestants et forces de l'ordre. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray a indiqué qu'un plan visant le remplacement accéléré des professeurs absents allait être lancé. Pour en parler, RFI reçoit ce samedi matin Marius Mesnil, co-secrétaire général de l'Union syndicale lycéenne. 

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