durée : 00:04:05 - Le zoom de la rédaction - Il y a des cactus, des plantes grasses, mais nous sommes loin des déserts mexicains ou texans. La zone géographique autour de Fitou, dans l'Aude, où la vigne est reine, bascule d'un climat méditerranéen à un climat semi-aride et les viticulteurs tentent d'inventer les productions de demain.
Nous sommes entre Narbonne et Perpignan, là où la vigne est reine. Mais aujourd'hui cette zone géographique fait face à un constat indiscutable : elle est en train de basculer d'un climat méditerranéen à un climat semi-aride. Et les rendements viticoles sont en baisse constante. Avec la chambre d'agriculture de l'Aude et l'Agence de l'Eau, des vignerons tentent d'inventer les productions de demain.En partant de Fitou, ce village de l'Aude en bord de mer qui a donné son nom à la plus vieille appellation en vin rouge du Languedoc, il faut prendre sa voiture, tourner à droite, puis encore à droite. Rouler environ 2km vers le nord au milieu de ces paysages vallonnés et très secs. S'arrêter sur le bas-côté sur un terrain en friche, pour découvrir cette parcelle hors du commun. Au fond, là-bas, une rangée de cactus : des figuiers de Barbarie. Puis une rangée d'aloe vera. Et plus classique mais détonnant tout autant dans ce paysage couvert de vignes, des PPAM, des Plantes à parfum aromatiques et médicinales. Ici du romarin camphré, là de l'origan, de la sauge officinale, et encore deux rangées de thym au parfum différent l'une de l'autre.Vigneron depuis 13 générationsNous sommes sur les terres de Laurent Maynadier, "vigneron depuis 13 générations", c'est ainsi qu'il se présente, "en tout cas" rigole-t-il, "on a été élevé au biberon au Fitou ça c'est sûr". Et cette parcelle, elle est historique. D'abord elle a donné son nom au domaine "Le Champ des Sours", "Camp de la sòrs" en occitan. Et c'est celle qui a permis, en 1948 d'obtenir l'Appellation d'Origine Contrôlée Fitou. Elle appartient à la famille de Laurent Maynadier depuis de nombreuses générations. Mais ici les vignes âgées d'une soixantaine d'années arrivaient en fin de vie. Les deux hectares de Carignan et Grenache, les cépages noirs du terroir, ont été arrachés, "pour trouver une autre voie", justifie Laurent Maynadier.Climat semi-arideFitou est un des villages les plus secs de France. Et depuis cinq ans le phénomène ne fait que s'accélérer. "Ces cinq dernières années", constate Laurent Maynadier, "deux vendanges ont débuté fin juillet (contre mi-août habituellement), et une autre année des vignes ont été brûlées par des températures supérieures à 55°C". Mathieu Lopez, qui travaille sur le changement climatique à la Chambre d'agriculture de l'Aude, est bien placé pour détailler tout ça. "Les températures", dit-il, "ont augmenté de 1,7° à Carcassonne depuis 1900. Il y a 25% de jours estivaux en plus, c'est-à-dire aux températures supérieures à 25°C". Le tableau final est donc le suivant : les températures ne cessent d'augmenter, et les précipitations sont stables, voire en baisse. La contrainte hydrique fait baisser d'années en années les rendements de la vigne. Et dernier constat, qui n'est pas le plus rassurant : "Les aléas s'enchaînent", décrit Mathieu Lopez, "inondations, incendies, gel tardif, et vont encore s'intensifier". Pour conclure : "Il faut préparer dès aujourd'hui notre agriculture à l'horizon 2050."Monoculture de la vigneEt cette préparation passe notamment par une diversification. Car il s'en souvient bien, Laurent Maynadier : ses grands-parents, en plus de la vigne, faisaient autre chose. De l'élevage de brebis, un peu d'hôtellerie, un peu de restauration, et même de la pêche dans les étangs voisins et en mer."Depuis deux générations nous sommes tous passés en monoculture avec la vigne", se désole-t-il. "Toute l'économie du secteur s'est orientée vers ça." Aujourd'hui il cherche donc d'autres voies et mène des essais avec la Chambre d'agriculture et l'Agence de l'Eau. Vers la cosmétique, les huiles essentielles, l'herboristerie, les infusions, "en agriculture propre" pré