durée : 00:04:33 - Le zoom de la rédaction - On les appelle "Les oreilles d'or". Ils sont les experts du son. Dans le zoom de France Inter, toute la semaine, nous vous proposons partir à la découverte d'homme et de femme dont le métier repose sur leurs deux oreilles. Direction le chantier du château de Guédelon.
Qu'entendait-on au Moyen-Âge ou au XVIIIème siècle ? À cette question, une archéologue du paysage sonore, discipline qu'elle a créée, répond par le son. Mylène Pardoen enregistre et restitue les sons du passé, présents aujourd'hui. France Inter l'a suivie sur le chantier médiéval de Guédelon.Le chantier du château de Guédelon, dans l'Yonne, est l'un de ses terrains de recherche privilégié. On y construit depuis près de 25 ans un château médiéval avec les méthodes du Moyen-Âge, pour toucher au plus près la vérité historique. "Sur ce chantier, nous, on vient chercher des sons des artisans", raconte Mylène Pardoen, ingénieure de recherche au CNRS. Bruits de forge, de maçonnerie ou de charpente, le lieu est une mine d'or pour celle dont le travail repose avant tout sur l'écoute.Avec ses micros, elle va d'atelier en atelier, enregistrer les sons des méthodes médiévales de travail. "Je suis archéologue du paysage sonore, c'est-à-dire que je vais essayer de retrouver dans notre présent les sons du passé", définit la chercheuse, qui active "sur chaque nouveau terrain de chasse aux sons, l'observation avec les oreilles". Capter les sons du passé dans le présentAvec Martin Guesney, ingénieur du son qui l'accompagne lors des captations, elle installe micros et enregistreurs. "Le premier travail que l'on fait quand on va capter des sons, c'est qu'on échange avec l'artisan qui, lui, connaît bien toutes ces techniques", raconte Mylène Pardoen sur l'atelier de Clément, le forgeron. "On a un micro surfacique sur l'enclume, collé à l'enclume", détaille la chercheuse : "au-dessus, on a un autre micro qui va capter le geste du forgeron et sur la droite, un qui capte toute la partie sonore du foyer". Tous ces sons, Mylène Pardoen les compile ensuite dans des "fresques sonores", qui restituent les bruits d'une époque, ici le Moyen-Âge. Scientifiquement, cela permet de certifier certaines vérités historiques : "Dans tous les films, on a des enclumes qui sonnent comme une cloche mais moi, ce qui m'a étonnée ici, c'est le son de cette enclume parce qu'il est mat."Repositionner les auditeurs dans l'Histoire, avec les oreillesAinsi, la chercheuse tente de "repositionner les auditeurs dans l'Histoire, leur faire remonter le temps", comme avec ce premier grand projet qui restitue l'ambiance sonore du quartier du Grand Châtelet à Paris, au XVIIIème siècle. Son métier est "inhabituel" convient la chercheuse qui a créé sa spécialité. "Pour l'archéologue, on voit toujours quelqu'un avec une truelle creuser la terre, mais il fouille aussi les sources et c'est ce que je fais moi aussi, et ensuite pour le paysage sonore, je n'ai pas de balayette ni de truelle, mais des micros et puis des oreilles", s'amuse Mylène Pardoen. Avec des oreilles "hypersensibles", Mylène Pardoen défend pourtant les sons qui, souvent, l'empêchent de dormir. "On a vraiment oublié aujourd'hui, que les sens sont essentiels pour nous guider : par exemple, l'enclume qui sonne mat, quand je l'entends aujourd'hui, je sais que ce son-là peut être rattaché à cette époque, à cette localisation, à cette couleur sonore", détaille-t-elle. La chercheuse participe aussi au travail scientifique qui accompagne la restauration de Notre-Dame de Paris après l'incendie d'avril 2019, notamment pour archiver les sons du chantier, pour l'Histoire, encore une fois. - invités : Mylène Pardoen - Mylène Pardoen : Archéologue du paysage sonore (CNRS/FMSH)