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Père Thibaud GUESPEREAU, prêtre du diocèse de Nanterre, vicaire à la paroisse de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Coauteur de Renaître et vivre - comment aider les nouveaux chrétiens à persévérer ? (Artège)
La religion n'est pas synonyme de surnaturel. Le surnaturel se rapporte à un langage dont l’objet est de rendre présent dans le monde une réalité invisible. Ce langage est celui de l'Église : état de grâce, péché mortel, fins dernières, salut. Si ce langage disparaît, le surnaturel s’évanouit et l’Église se résume alors à une ONG. Ce basculement s’est opéré dans les années 60, la disparition du surnaturel dans la religion, pour de multiples raisons. La Providence faisant bien les choses. le surnaturel revient par la fenêtre et, après le marasme du covid, un rattrapage des baptêmes s’observe, intrigue jusqu’à l'épiscopat qui en est le premier surpris. Nul doute que le pape Léon XIV en parlera ce mois-ci au cours de sa visite en France. Cette renaissance, même timide, représente un espoir, celui pour l’Eglise catholique de rompre le cycle infernal provoqué il y a un demi-siècle par la rupture de la transmission. Encore faut-il savoir comment renaître et vivre, comment accompagner les nouveaux chrétiens.
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Emmanuelle HÉNIN, professeur de littérature comparée à la Sorbonne. A co-dirigé Face à l’obscurantisme woke (Puf)
Au nom de l’islam, doit-on annuler des grands classiques de la littérature française ? La question peut surprendre dans un pays où la laïcité fonctionne comme une religion civile. Néanmoins, elle se pose ou plutôt elle est posée par des influenceurs dont le métier, ou la mission, est justement d’influencer, de préparer le terrain et les esprits. Comment évaluer l’ampleur de ce phénomène et l’adhésion qu’il suscite ? S’agit-il d’un mécanisme de désaffiliation s’accompagnant d’une forme de séparatisme culturel ? Pourtant, la littérature est ce qui unit une société autour de la compréhension qu’elle a de sa conception de l’âme, des rapports humains, des injustices, des noirceurs, à l’image de Boule de suif de Guy de Maupassant, visé par ces influenceurs.
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Christian BUCHET, historien, membre de l’Académie de marine, ancien secrétaire général du Grenelle de la mer. Auteur de Grand chef de guerre chez les Creeks (Perrin)
Dans la novlangue contemporaine, le terme d’appropriation culturelle est très négatif : il renvoie à l’exploitation commerciale d’une culture dominée. C’est le contraire de l’assimilation, de l’acculturation, du fait de se laisser transformer au contact d’une autre société. L’histoire de Jean-Antoine Leclerc chez les Indiens montre à quel point les Européens n'étaient pas voués à exploiter ni asservir les autres peuples. Délibérément, l’exemple que j’ai choisi n’est pas lié à l’évangélisation par les missionnaires des coins les plus reculés de la planète. Des pages héroïques de l’histoire de l’Église se sont écrites, si l’on songe par exemple à un Damien de Molokaï partis soigner les lépreux des îles Hawaï. L’histoire de Jean-Antoine Leclerc est celle d’un soldat français né en 1752, qui rejoint les indiens de la nation Creeks vers 1776, dans l'actuel Alabama, et qui ne va pas se contenter de vivre parmi eux : il va apprendre leur langue, adopter leurs coutumes, épouser une femme creek et devenir un chef de guerre. Celui qui aurait pu devenir un Bonaparte de la nation indienne, si Napoléon n’avait pas vendu la Louisiane, est un personnage méconnu, aussi bien en France qu’en Amérique. Le Service historique de la Défense et Christian Buchet exhument sa mémoire.
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Nicolas SAMSOEN, maire UDI de Massy, ancien élève de l’École normale supérieure et des Ponts et chaussées. Auteur de D'excellents Français: Comment faire de l'immigration une chance (Grasset)
Demain, plutôt que d’aller aux États-Unis célébrer les 250 ans de la déclaration d’indépendance américaine, le pape Léon XIV se rendra sur l’île de Lampédouse, Lampedusa en Italien, où son prédécesseur, pour son premier déplacement officiel hors de Rome, avait accompli en 2013 le geste le plus emblématique de son pontificat, en dénonçant la « mondialisation de l’indifférence ». La question migratoire ne laisse pas indifférent. La peur qu’elle suscite chez les indigènes européens est un puissant levier électoral. Il y a quarante ans, Bernard Stasi publiait L’immigration une chance pour la France. Il y a quarante ans aussi, Charles Pasqua, ministre gaulliste, avait rempli le premier charter, avec 101 ressortissants maliens. Élu local depuis 1995, Nicolas Samsoen est maire de Massy, dans l'Essonne, depuis 9 ans. Il appartient à l’UDI. Un quart des 51000 habitants sont d’origine étrangère et l’islam y est plutôt visible. Ancien élève de l’École normale supérieure et des Ponts et chaussées, Nicolas Samsoen s’adresse aux Gaulois inquiets pour dire que l’intégration fonctionne beaucoup plus qu’on ne le dit et qu’à l’échelon local, la diversité s’organise pacifiquement.
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Françoise MELONIO, professeur de littérature émérite à la Sorbonne. Auteur de Tocqueville (Gallimard)
« Le bréviaire des démocraties », c’est ainsi que François Mélonio qualifie De la Démocratie en Amérique, le maître ouvrage d’Alexis de Tocqueville, lui-même présenté comme le héros des démocraties occidentales, surtout aux États-Unis. Si on parle de lui, ce n’est pas seulement en vue du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance américaine, samedi 4 juillet, événement dont, assez curieusement, on parle assez peu ici. C’est aussi pour savoir ce que Alexis de Tocqueville pourrait réparer dans nos démocraties malades, dominées par la confusion, une certaine vulgarité et aussi le risque de raidissement autoritaire. Selon lui, la démocratie ne peut survivre sans un esprit civique fort. Si les citoyens deviennent apathiques, indifférents ou radicalisés, l’État sera tenté par tous les outils que le contrôle social met à sa disposition pour exercer le « despotisme mou ». Par ailleurs, Tocqueville développe des idées toujours pertinentes sur le rôle et la place de la religion dans une société pluraliste et marquée par l’égalisation des conditions.
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Jean de BELOT, journaliste économique, ancien rédacteur en chef des Échos, directeur de la rédaction du Figaro, administrateur de l’Institut Thomas More
En l'an 2000, le pape Jean-Paul II avait fait de Thomas More le saint patron des gouvernants et des hommes politiques. Au XVIe siècle, Saint Thomas More avait refusé de prêter serment à Henri VIII comme chef suprême de l'Église d'Angleterre, Ce juriste reconnu s'efforça de servir l'État selon sa conscience. Jean-Paul II insistait sur le fait que Thomas More ne séparait pas sa vie spirituelle de son action politique. II mourut exécuté en 1535. Ce n’est point pour cet épilogue qu’il est un modèle mais parce que sa force intérieure montre qu'il existe des principes qui ne peuvent être sacrifiées, même au prix de sa carrière ou de sa vie. En 2004, l’ancien ministre Charles Millon, longtemps membre de l’UDF, crée l’Institut Thomas More, un laboratoire d’idées qui n’est pas subventionné, ni par l’Etat, ni par les entreprises, et dont le positionnement est à la fois libéral et conservateur. En vue de l’élection présidentielle, il vient de produire un rapport intitulé « les 50 décisions qui ont coulé la France ». Il est censé servir de plateforme aux débats qui, on peut l’espérer, ne manqueront pas d’avoir lieu. Le but n’est ni de se flageller ni de se morfondre mais de rattacher les effets aux causes qui les produisent. Journaliste économique, Jean de Belot a coordonné cette étude inédite. Si la situation est préoccupante, la France dispose d’un fort potentiel de rebond.
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Jean-Guillaume de TOCQUEVILLE, avocat, président de la Fondation Tocqueville et de l'association French Heritage Society (FHS)
Samedi prochain, 4 juillet, marquera le 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance américaine, considéré comme l’acte de naissance des États-Unis. Le 4 juillet 1776, les 13 colonies britanniques se déclarent indépendantes de l’Angleterre. Une guerre s’ensuivra jusqu’en 1783. La France de Louis XVI se ruine pour la cause des insurgés, vainqueurs à la bataille de Yorktown grâce au comte de Rochambeau. Une autre figure, le marquis de La Fayette, est encore célébrée comme « le héros des deux mondes », de part et d'autre de l’Atlantique. Sans oublier Alexis de Tocqueville, et son maître-ouvrage De la démocratie en Amérique écrit à la suite de son voyage de 1831. Tocqueville est l’observateur du nouveau monde ; il voit que la démocratie n’est pas seulement un régime politique ; c’est un état social fondé sur l’égalité des conditions. Comment peut-il nous aider à considérer l’amitié franco-américaine quelque peu secouée par l’état d’esprit du trumpisme ? Les Conversations Tocqueville ont eu lieu les 26 et 27 juin dernier près de Barfleur (Cotentin), dans le château familial. Cette conférence internationale démontre l’étonnante actualité de la pensée d’Alexis de Tocqueville, et représente un point de repère face à la crise que traversent les démocraties occidentales. Jean-Guillaume de Tocqueville les fait vivre. Il vient aussi de prendre la présidence de l'association French Heritage Society qui rassemble les mécènes américains amoureux du patrimoine français.
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Dr Jean Marie GOMAS, médecin ancien président du comité scientifique de la Société française de soins palliatifs (Sfap). Co-auteur de Fin de vie, peut-on choisir sa mort ? (Artège)
Au fil d’un parcours parlementaire chahuté, le texte sur l’aide active à mourir, nom pudique de l’euthanasie, fera l’objet d’un vote demain mardi 30 juin à l’Assemblée nationale, avant de repasser au Sénat en 3e lecture. Les députés devraient définitivement l’adopter le 15 juillet. Les décrets d’application sont déjà rédigés, de sorte qu’avant Noël, les personnes éligibles devraient être en mesure d'exiger la substance létale. Sur ce dernier point, le gouvernement ne traîne pas. Le ministre de la Santé Stéphanie Rist avait saisi la Haute autorité de Santé dès le mois de février afin de savoir quels produits mortels seraient utilisés, alors que la loi n’était même pas votée ! Dans ces conditions, un coup de théâtre est-il encore possible ? L’épilogue n’était-il pas écrit d’avance ? Le lobby pro-euthanasique est si déterminé qu’avant le vote du 30 juin aura lieu dans l'hémicycle une délibération exceptionnelle pour annuler l'amendement introduit par le RN, lequel confiait le geste fatal aux seuls infirmiers, afin de préserver les médecins. L'opposition au texte ne faiblit pas. Hier, l’Appel du 28 juin réunissait à Paris plusieurs milliers de personnes. Ce sera toujours trop peu au regard de l’enjeu – ôter la vie et faire de la mort une réponse légale à la souffrance. Le Dr Jean-Marie Gomas, figure de proue de la promotion des soins palliatifs, souligne les incohérences d’un texte impraticable qui sera la source, s’il est adopté, de contentieux inouïs.
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Damien BOYER, réalisateur du film Anesthesia
« Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée », s’est écrié le pape Léon XIV devant des membres de la Fondation Lejeune qu'il recevait lundi, trois mois avant sa visite en France où le débat sur l'aide à mourir entre sans doute dans sa dernière phase, avant une adoption du texte prévue le 15 juillet. C’est bien de médecine qu’il s’agit. Qu’une personne en souffrance veuille en finir, pour de multiples raisons, c’est une chose. Que la loi oblige un tiers de confiance, le médecin, à le faire, c’en est une autre. La question, in fine, est toujours la même : quelle société voulons-nous ? Les opposants à l’euthanasie, à la mort programmée, ne renoncent pas et ils ont raison : plus le temps passe, moins les parlementaires soutiennent le texte. Le 17 mars, l’Ecosse rejetait même l’euthanasie en 3e lecture, c’est-à-dire au stade auquel la France se trouve aujourd’hui. Les opposants à la mort programmée ont lancé l’appel du 28 juin, dimanche prochain à 16h00 à Paris, place de Fontenoy près de l’Unesco (Paris VIIe), invitant ceux qui viendront à s’habiller en noir, excepté les soignants, appelés à porter leur blouse blanche. L’Unesco où le pape Léon XIV se rendra en septembre, de même qu’à la maison médicale Jeanne Garnier, établissement de référence en termes de soins palliatifs. Parallèlement, la sensibilisation continue. Le lobby pro-euthanasie s’est livré à une propagande à jet continu et à sens unique, axée sur le tout compassionnel. Sans voir l’envers du décor. Anesthésia, le documentaire de 1h42 sorti en salle mercredi, s’intéresse à l’effet mécanique que produit l’euthanasie sur l’entourage de la personne dont la mort est provoquée. Sans voix off, son réalisateur Damien Boyer en montre l’effet dépressif et contaminant sur l’entourage, lequel participe en fait à un suicide organisé. Qu’il s’agisse du Québec, des Pays-bas ou de la Suisse, partout, le caractère systémique, institutionnel de la mort programmée éteint les gestes de vie. Damien Boyer est une figure assez inclassable : protestant évangélique fasciné par l’Église catholique, c’est lui qui avait fait découvrir le visage de cinq baroudeurs du Christ, des prêtres des Missions étrangères de Paris. Avec Anesthésia, il invite l’espérance à se réveiller.
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Père Paul QUINSON, recteur du Séminaire de Paris
La température qui nous intéresse, c’est bien sûr celle de l’âme. Certains voudraient que l’Église ait l’avenir derrière elle, que sa présence se limite au décor que ses monuments fournissent au tourisme mondialisé. Sauf que de nouvelles âmes répondent à l’appel : samedi, 9 séminaristes seront ordonnés prêtres par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, à la cathédrale Notre-Dame. Chaque année, les ordinations ont lieu autour de la fête de saint Pierre et Paul, deux apôtres qui ont changé le monde. Depuis lors cette histoire continue de s’écrire. Le père Paul Quinson a 66 ans, il est prêtre depuis trente-quatre ans, ordonné le 27 juin 1992 par le cardinal Lustiger. Il fut notamment aumônier du lycée Montaigne. Depuis trois ans, il est recteur du Séminaire de Paris (lequel se situe à Saint-Germain-L’auxerrois et non à Issy-les-Moulineaux). Quels sont les profils de ces futurs prêtres dont quatre sont Parisiens, les autres étant incardinés dans d’autres diocèses dont deux au Viêt-Nam ? Parallèlement, le père Paul Quinson souligne que pour devenir prêtre, l’excellence universitaire n’est pas un passage obligé.
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Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel,…
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