Jean BERTHIER, romancier, cinéaste, réalisateur. Auteur de Voyage tranquille au pays des horreurs (le Cherche Midi)
« Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit », s’écrie Charles Péguy. Dire ce que l’on voit, c’est exprimer la réalité sans la travestir, refuser les compromis ou les accommodements avec la vérité. Voir ce que l’on voit est un exercice encore plus ardu consistant à percevoir le réel tel qu’il est, sans préjugés, sans clichés, sans projections idéologiques. Le parler vrai découle de la vision juste. Discerner est aussi passionnant que difficile. Car le mal est toujours la perversion d’un bien. Dans le cas de l’euthanasie, combien d’esprits malins, pour lever l’interdit de tuer, se prévalent de l’amour d’autrui ? En fait, aucun homme ne peut se passer de la caution du bien. Personne ne veut être dans le mensonge, les tables de la loi étant gravées dans la chair de notre esprit. Hormis une minorité cynique mais puissante, qui fait allégeance au mal, on cherche tous l'amour et la vérité. Hélas, le mal se présente sous les apparences du bien, par le truchement de la perversion du langage. Aussi, la première mission du journaliste, sa mission de service public, est-elle d’identifier les erreurs et les errances, celles auxquelles cèdent si facilement les intellectuels, prompts à tous les mensonges, à tous les aveuglements, à toutes les contorsions, pour surtout ne pas voir. Les intellectuels ont une force d’entraînement sur la société. En 1974, cinq intellectuels français, fascinés par le maoïsme, vont passer trois semaines en Chine. Une expédition assortie de prestations luxueuses et encadrée par la « bonne parole » du Parti communiste. Voyage tranquille au pays des horreurs raconte ce périple de Philippe Sollers, Marcelin Pleynet, Julia Kristeva, Roland Barthes et de l’éditeur François Wahl. Ce voyage fait écho à d’autres « pèlerinages » de ce type, entrepris par des communistes de salon comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, « invités » en Chine, en URSS et à Cuba. Ce roman fondé sur des archives éclaire, avec humour, sur la propension de notre intelligence à tout sacrifier à l’utopie, à s’inventer des postures esthétiques. Même si nos cinq « baroudeurs » en reviendront, à la fois de Chine et de leurs illusions.
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