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Une émission de Philippe Meyer, enregistrée au studio l’Arrière-boutique le 24 avril 2026.
Avec cette semaine :
LE MODÈLE SOCIAL EST-IL SOUTENABLE QUAND 56% TOUCHENT PLUS QU’ILS NE CONTRIBUENT ?
Si les Français se disent toujours très majoritairement attachés à la Sécurité sociale, seuls 20 % estiment recevoir plus du système socio-fiscal qu'ils n'y contribuent, alors qu’en réalité, en 2023, ils étaient 56 % à avoir reçu, en net, plus qu'ils n'ont contribué au titre de la redistribution du modèle social, selon une étude publiée le 16 avril par l'Insee.
L’intervention massive de l'État a permis de contenir les inégalités : avant transferts publics, les 10 % les plus aisés percevaient 26 fois plus que les 10 % les plus modestes. Mais ils n'ont plus que 3,5 fois plus que les moins bien lotis une fois les transferts publics pris en compte. Ils s'opèrent au travers de trois types de canaux : les prélèvements (impôts directs et indirects, cotisations sociales), les prestations sociales ainsi que les transferts sociaux, comme l'éducation ou la santé. Ces 56 % de la population qui reçoivent plus qu'ils ne paient, représentent une moyenne. Si la quasi-totalité des plus modestes sont soutenus par ce modèle, même parmi les 10 % les plus aisés, 1 sur 5 a reçu plus qu'il n'a versé. En effet, parmi ces gens aisés, on compte des retraités cadres dont les pensions sont financées par les cotisations des actifs mais aussi des personnes malades, qui bénéficient du système de santé à redistribution opérée par les pouvoirs publics qui « rehausse le niveau de vie des ménages au prix d’un endettement public » croissant et problématique, note l’Insee, car « aujourd'hui, la puissance publique distribue plus qu'elle ne prélève ». En 2023, les ménages ont perçu au total 1.337 milliards d'euros de transferts publics quand ils ont dû acquitter des prélèvements à hauteur de 1.273 milliards.
Depuis sa création il y a 80 ans la Sécurité sociale montre les limites de son modèle surtout d’un point de vue financier : alors que les comptes sociaux étaient à l'équilibre jusqu'au début des années 1990 et sur le point d'y revenir avant la crise sanitaire, le déficit de l'ensemble des cinq branches (famille, maladie, retraite, autonomie, recouvrement) a atteint 15,3 milliards d'euros en 2024 (soit 0,6 % du PIB) et devrait dépasser 22 milliards en 2025, un niveau inédit hors période de crise. Ces déficits, mis bout à bout, représentent une « dette sociale » qui pourrait dépasser les 180 milliards d'euros en 2028, selon la Cour des comptes. Le vieillissement de la population en est la cause principale. Début 2023, 17 millions de Français touchent une retraite ; mais le ratio entre les Français qui travaillent - et donc cotisent - et ceux qui bénéficient de la solidarité nationale est de moins en moins avantageux. Au début des années 1960, la France comptait quatre travailleurs pour un retraité. Début 2020, ce ratio tombe à 1,5 pour 1, et la tendance ne semble pas près de s'inverser, à moins d'une forte hausse du taux d'emploi, surtout chez les seniors.
UKRAINE, GUERRE OUBLIÉE
Quatre ans après le début de l'invasion russe, la situation humanitaire en Ukraine demeure critique, alors même que les financements internationaux s'essoufflent. Quelque 10,8 millions de personnes dans le pays ont encore besoin d'une assistance humanitaire, selon les Nations unies. Sur le front, de plus en plus de soldats ukrainiens abandonnent leur position, découragés par des conditions dégradées sur le terrain. Le phénomène a été reconnu mi-janvier par le ministre de la Défense ukrainien, qui a évoqué le chiffre de 200.000 cas. Un aveu inhabituel alors que l’armée est confrontée à une lourde pénurie d’effectifs et que l’horizon de la fin de la guerre semble toujours s’éloigner. Durant l’année 2025, Moscou a conquis environ 4.300 km2 de territoire ukrainien. Cette avancée représente moins de 1 % de la taille du pays, mais elle est continue. En prenant en compte ses occupations pérennes depuis 2014, Moscou contrôle aujourd’hui 20 % de l’Ukraine.
La guerre américano-israélienne contre l’Iran, a renvoyé le conflit russo-ukrainien au second rang des priorités de l’administration américaine. Le renchérissement des cours mondiaux du pétrole du fait du blocage du détroit d’Ormuz joue en faveur de la Russie en poussant Washington à assouplir ses sanctions sur le pétrole russe. La menace balistique russe ne fait que s’accroître, car le seul système ayant démontré sa capacité à intercepter les missiles Iskander-M russes est le système Patriot américain, que Washington préfère désormais rediriger vers ses alliés du golfe Persique.
Cette nouvelle donne pourrait permettre à Vladimir Poutine de renforcer le financement de l’effort de guerre russe. Le choix des cibles visées par l’armée russe a évolué : durant l’hiver, les centrales de production et le système de distribution de l’électricité ont été tout spécialement ciblés, occasionnant de très longues coupures de courant, de chauffage et d’eau dans les centres urbains de l’ensemble du pays. Depuis le printemps, les forces russes ont repris leurs campagnes aériennes en les intensifiant. Les 23 et 24 mars, elles ont lancé dans une frappe prolongée près de 1.000 drones et missiles. Tandis que la Russie mène des frappes contre les infrastructures civiles et énergétiques de l'Ukraine pour affaiblir l'économie et le moral de son adversaire, l'Ukraine tente d'imposer un coût humain exorbitant à l'envahisseur. Portée par l'essor de son industrie de défense domestique, l'Ukraine a changé d'échelle : longtemps limitée à des frappes de harcèlement ou à des opérations symboliques dans la profondeur russe, elle mène désormais une campagne structurée contre des cibles militaires, industrielles et logistiques en Russie. Jeudi, grâce à la levée du véto hongrois, l’Ukraine va pouvoir recevoir 90 milliards d’euros de la part de l’Union européenne.
Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.fr
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Une conversation entre Maryvonne de Saint-Pulgent et Philippe Meyer, enregistrée au studio l’Arrière-boutique le 7 novembre 2025.
1 : Dans ce premier épisode, Maryvonne de Saint-Pulgent et Philippe Meyer reviennent sur l’évolution de l’enseignement de la musique au cours des siècles, qui transforme profondément le rapport des Français à la musique, sans que jamais celle-ci passe au second plan. Les tensions entre musique(s) populaire(s) et aristocratique(s) permettent de rappeler qu'avant le siècle dernier et l'académisation de son enseignement, la musique était ainsi considérablement plus diffusée et pratiquée au sein des classes populaires.
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Une émission de Philippe Meyer, enregistrée au studio l’Arrière-boutique le 17 avril 2026.
Avec cette semaine :
TRAVAIL ET 1ER MAI
Afin d’autoriser le travail le 1er mai, pour quelques secteurs et sur la base du volontariat, une proposition de loi devait être débattue le 10 avril à l’Assemblée nationale. Lundi, le gouvernement a interrompu, au moins momentanément, le parcours de la proposition de loi à laquelle la gauche et les syndicats s’opposent. La commission mixte paritaire, qui devait initialement se réunir mardi pour concilier le Sénat et l’Assemblée nationale sur un texte commun, n’a, en définitive, pas été convoquée. Le dossier est renvoyé aux acteurs sociaux qui se voient proposer de parlementer à l’échelon des branches professionnelles pour essayer de dégager des solutions. En arrière-plan de cet épisode sans gloire se pose la question du rapport des Français au travail.
Selon le Datascope 2026 d’Axa, publié fin mars, le nombre d’arrêts maladie a bondi en France de 50 % depuis 2019, portés par une explosion des arrêts longs et par une fragilité inédite de la santé mentale des salariés. Depuis 2025, le taux d’absentéisme a grimpé de 5 % pour atteindre 4,8 % en 2025. La durée moyenne des arrêts s’allonge d’année en année. Les travailleurs du privé s’arrêtaient en moyenne 20 jours en 2019 ; en 2025 le chiffre était de 23,5 jours. Les arrêts de plus de deux mois pèsent plus des deux tiers du taux global d’absence au bureau. Lesquels sont portés dans leur grande majorité par une seule pathologie : les problèmes de santé mentale, notamment auprès des plus jeunes. L'augmentation de l'absentéisme est particulièrement forte chez les cadres (+ 8 % entre 2024 et 2025), chez les salariés de 30 à 35 ans (+ 11 %) et de moins de 30 ans (+ 10 %). A contrario, parmi les CDD et les travailleurs de plus de 55 ans, le taux d'absentéisme reste stable : 2 % pour les CDD et 6,4 % pour les seniors. Selon le baromètre absentéisme Malakoff Humanis publié en 2025, 14 % des salariés ayant eu des arrêts longs (plus de trente jours) ont trouvé la reprise si difficile qu’ils ont dû s’arrêter à nouveau. Les indemnités journalières ont coûté près de 20 milliards d’euros à l’Assurance maladie en 2025. Afin de tenter d’enrayer la dynamique, le gouvernement a présenté le 9 avril un plan de réduction du coût des arrêts de travail.
Dans le même temps, en 2025, l'implication des salariés européens dans leur vie professionnelle est restée faible, notamment en France, selon une étude Gallup publiée le 8 avril. Si, aux Etats-Unis et au Canada 31% des salariés interrogés se déclarent engagés dans leur travail, ils sont 30 % en l'Amérique latine, dans les Caraïbes et 25 % en Asie du Sud-Est. En Europe, l'Albanie, la Roumanie, la Norvège et Malte sont les pays où les salariés se disent le plus impliqués. Parmi les moins « motivés » : la Suisse, la Croatie et la France avec 8%. Cette mauvaise performance aurait coûté au pays selon Gallup environ 325 milliards d'euros en perte de productivité au cours de l'année dernière, tandis que le coût moyen d’un jour férié est selon l’INSEE de 1,5Mds€.
ELECTIONS HONGROISES : EXPLICATION DE LEURS RÉSULTATS, CONSÉQUENCES EN ET POUR L’EUROPE
En remportant les élections législatives en Hongrie, le 12 avril, avec 53 % des suffrages (contre 38 % pour le Fidesz), le parti d'opposition Tisza récolte 138 des 199 sièges du Parlement, contre 55 pour celui de Victor Orban. La participation historique a atteint presque 80 % des 8,1 millions d'inscrits, un record depuis 1990. Ancien membre de l'équipe Orbán, le leader de Tisza, Péter Magyar est avocat, ancien diplomate à Bruxelles. Il a fait campagne contre la corruption de son prédécesseur, de son parti Fidesz, contre leur népotisme et leur favoritisme devenus trop visibles, mais aussi trop pesants alors que la société et l'économie hongroise sont en grande difficulté. La flambée inflationniste (plus de 40% depuis 4 ans) a agi comme un impôt invisible, frappant d’abord les ménages modestes. Le pays reste coincé dans le bas du classement européen en matière de revenus.
Péter Magyar a réussi à rassurer les déçus du Fidesz en leur promettant d’être tout aussi conservateur que le pouvoir sortant sur les questions d’immigration. En parallèle, il a attiré les électeurs de gauche épuisés par les divisions des partis d’opposition traditionnels et prêts à voter pour n’importe qui pouvant les débarrasser de l’extrême droite. Disposant de la majorité qualifiée des deux tiers il devrait pouvoir démanteler les piliers de la « démocratie illibérale » d'Orban, mettant fin à la stricte emprise de l'ancien Premier ministre sur le pouvoir judiciaire, les entreprises publiques et les médias. Aussitôt assuré de sa victoire, Péter Magyar a demandé aux présidents de la Cour constitutionnelle et de la Cour des comptes, nommés par Orban, de démissionner.
La restauration de l’État de droit est précisément l’une des demandes les plus pressantes de Bruxelles. En contrepartie, le nouveau gouvernement pourra obtenir, après plusieurs années de suspension en raison de la dérive autoritaire du pays, quelque 35 milliards de fonds européens. Une manne sans laquelle il ne pourra pas mettre en œuvre son programme d’amélioration des services publics et de restauration du pouvoir d'achat. Dès dimanche soir, Péter Magyar a donné le ton devant une foule scandant « Europe » : « Aujourd'hui, le peuple hongrois a dit oui à l'Europe », a-t-il clamé avant de promettre que « la Hongrie sera un allié solide au sein de l'UE et de l'Otan ». À Bruxelles, le dossier le plus urgent est la levée du blocage de Budapest au prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, qu'Orban avait accepté en décembre avant de revenir sur sa parole deux mois plus tard. La victoire de Magyar change la donne au Conseil européen en isolant le Slovaque Robert Fico, qui se plaçait régulièrement sous la protection d'Orban pour monter un front du refus à Bruxelles, rejoint depuis quelques mois par Andrej Babis, de retour à la tête du gouvernement de la République tchèque.
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Une émission de Philippe Meyer, enregistrée en public à l’École alsacienne le 12 avril 2026.
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Une émission de Philippe Meyer, enregistrée en public à l’École alsacienne le 12 avril 2026.
Avec cette semaine :
L’IRAN, AVEC BERNARD HOURCADE
Pour cette émission thématique consacrée à l’Iran nous accueillons Bernard Hourcade, géographe, directeur de recherche émérite au CNRS et ancien directeur de l’l'Institut français de Recherche en Iran de 1978 à 1993.
Grand comme trois fois la France, peuplé de 92 millions d'habitants, riche de pétrole et de gaz, l’Iran est soumis depuis 1979 au régime théocratique des mollahs, de plus en plus contesté dans la population. En 2022, avec le mouvement Femme, Vie, Liberté après la mort de Mahsa Amini, causée par des violences lors de son arrestation par la police des mœurs pour « port de vêtements inappropriés ». En 2026, par des manifestations contre la situation économique dans plusieurs villes manifestations réprimées dans le sang.
Le 28 février, la guerre lancée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran a tué dès le premier jour le Guide suprême, Ali Khamenei, et un certain nombre de cadres du régime. Désormais, pour la première fois depuis l'avènement de la République islamique en 1979, toutes les nouvelles figures clefs du pouvoir sont issues des Gardiens de la révolution, l’armée d'élite du régime. Tandis que son fils le nouveau guide, Mojtaba Khamenei, nommé le 8 mars, a disparu de l'espace public, alimentant les doutes sur le fait qu'il soit encore en vie ou en état de gouverner, c'est un ancien Gardien de la révolution Mohammad Ghalibaf, le président du Parlement qui s'impose comme une des figures centrales du pouvoir. Mais c'est la nomination, le 24 mars, d’un dur, Mohammad Bagher Zolghadr à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale qui signale un virage radical. Ces nouvelles figures clefs du régime iranien témoignent-elles d’un glissement d’un régime théocratique à une dictature militaire ? C’est une des questions que nous soumettrons à notre invité.
Notre invité qui explique que, mal connue en Occident, la société iranienne est schématiquement composée de trois groupes. Une minorité - environ 10 % à 15 % - qui soutient activement le régime. Une autre minorité, entre 20 % et 30 %, qui s'oppose frontalement au système et qui a déjà courageusement manifesté à plusieurs reprises. Entre les deux, une majorité silencieuse, probablement autour de 50 % à 60 % de la population qui souhaite un changement profond, mais surtout la stabilité et ne veut ni la guerre civile, ni le chaos. Confrontée aux effets de la guerre, la population fait face à une inflation record - selon les données du Centre statistique d’Iran, le taux d’inflation sur douze mois a atteint 50,6 % au 20 mars (date de la fin de l’année iranienne), soit le niveau d’inflation annuelle le plus élevé jamais enregistré à cette échéance depuis quatre-vingt-deux ans. La guerre entraine également des pertes d’emploi et une répression politique renforcée. Plus aucune semaine ne s’écoule sans que plusieurs exécutions aient lieu. Depuis le 28 février, au moins 14 prisonniers accusés de délits politiques ou sécuritaires ont été exécutés.
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Une conversation entre Alexandre Missoffe et Philippe Meyer, enregistrée au studio l’Arrière-boutique le 6 mars 2026.
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Une conversation entre Michel Eltchaninoff, rédacteur en chef de Philosophie Magazine, et Philippe Meyer, enregistrée au studio l’Arrière-boutique le 6 décembre 2024.
Les opérations menées par le président des États-Unis d'abord au Venezuela puis en Iran refoulent chaque jour un peu plus l'Ukraine Loin des préoccupations de nos médias. Vladimir Poutine, dont les moyens matériels on sensiblement augmenté grâce à Donald Trump en profite pour mener des opérations qui relèvent de la guerre la plus sale. C'est le moment qu'a choisi France Télévisions pour offrir une tribune au ministre russe des Affaires étrangères. J'ai écrit que Léa Salamé, en 10 min d'avachissement devant Sergueï Lavrov avait fait davantage pour le discrédit du service public que le rapporteur de la commission parlementaire d'enquête en dix semaines. La responsabilité de ce fiasco est partagée par la direction de la rédaction de France 2 qui, comme l'a écrit Anna Colin Lebedev, a pu considérer « que la perspective de sortir un entretien exclusif, dans un contexte de rareté de la parole des dignitaires russes sur nos antennes, ait été tellement attractive (…) que les journalistes n’ont pas pris les précautions nécessaires pour préparer l’interview. Manifestement, ils n’ont jugé utile ni de procéder à un fact-checking systématique (qui était possible à l’avance, au vu de la prévisibilité du discours de Lavrov), ni de s’interroger sur les raisons pour lesquelles l’interview a été accordée par Moscou et les objectifs que Moscou cherchait à y atteindre. » « Le pouvoir russe poursuit Anna Colin Lebedev, ne cherche plus à nous convaincre de le suivre : il cherche à projeter une image de force, de contrôle et de détermination. L’objectif de Lavrov n’est pas de retourner les opinions françaises, il est de créer une image de puissance du pouvoir russe, susceptible de démobiliser nos opinions. L’image que nous avons projetée dans cet entretien est celle de notre faiblesse, sans avoir obtenu en retour la moindre information exclusive. 1 : 0 pour la Russie. »
En écho à l'affaiblissement de l'intérêt médiatique pour la situation en Ukraine et à ce désolant épisode dont je viens de proposer une analyse, j'ai pensé qu'il serait juste de remettre en ligne aujourd'hui la conversation que j'avais eue avec Michel Eltchaninoff, Rédacteur en chef de Philosophie magazine, après qu'il avait fait un long séjour en Ukraine.
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Une émission de Philippe Meyer, enregistrée au studio l’Arrière-boutique le 27 mars 2026.
Avec cette semaine :
LES MUNICIPALES : QUELS ENSEIGNEMENTS ?
Quatre enseignements peuvent être tirés de ce scrutin.
D’abord, si Les Républicains et le Parti socialiste dominent, ils reculent par rapport à 2020. LR a remporté 77 grandes villes, le PS 50. Dans les 3.300 villes de plus de 3.500 habitants, pour lesquelles les candidats ont l’obligation de déclarer leur appartenance politique, qui représentent 69 % de la population, la droite apparaît comme la gagnante de ces élections municipales, avec 1.267 maires élus. La gauche se place deuxième, avec 829 élus, devant les 586 maires centristes. Depuis, 2020, la gauche a perdu une vingtaine de municipalités, et la droite sept, tandis que l’extrême droite en a gagné 21. En 2026, l’extrême droite a remporté 63 communes, dont moins de 20 comptent plus de 20.000 habitants.
Du point de vue des suffrages exprimés, c’est le bloc de gauche qui constitue la première force politique, rassemblant près de 9,2 millions de votes lors des deux tours, devant les 8,7 millions pour la droite, 3,8 millions pour le centre et 2,5 millions pour l’extrême droite. La gauche radicale, représentée par La France insoumise et le Parti communiste, a remporté l’adhésion de près de 1,2 million d’électeurs, même si elle n’a remporté que sept municipalités.
Ensuite, le second tour a été défavorable aux maires sortants : Parmi les 21.706 maires qui briguaient un nouveau mandat lors de ces élections municipales, la grande majorité (plus de 88 %) a été réélue dès le premier tour. Pour les autres, le second tour s’est révélé plutôt fatal : sur 960 maires sortants encore en compétition le 22 mars, les trois quarts (724) ont été battus.
En outre, si la parité progresse, elle reste cependant limitée : 23 % des têtes de liste élues lors de ces élections municipales (premier et second tours combinés) sont des femmes. Ce niveau est en légère progression par rapport aux élections précédentes, où elles représentaient 20 %. Mais seules huit femmes seront à la tête de villes de plus de 100.000 habitants, contre 11 en 2020.
Enfin, avec 42,18 % lors du second tour, l’abstention s’ancre à un niveau record : Jamais les Français n’avaient autant boudé une élection de ce type, hors crise sanitaire. Fait notable, toutefois : la participation a légèrement augmenté au second tour (57,8 % contre 57,2 % au premier), signe d’une légère remobilisation des électeurs dans un scrutin à l’issue incertaine dans de nombreuses villes.
LE NOUVEAU CHOC PÉTROLIER : QUELLES CONSÉQUENCES ?
L’intervention d’Israël et des États-Unis en Iran a provoqué la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent habituellement environ 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz, déclenchant une nouvelle crise majeure de l’énergie. « Nous sommes confrontés à la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire » averti le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie Fatih Birol qui n’exclut pas un nouveau déblocage d’une partie des stocks stratégiques de pétrole des Etats membres pour détendre les prix.
L’ensemble de l’économie mondiale est menacé par un retour de l’inflation, une dégradation du pouvoir d’achat des ménages, un ralentissement de la croissance et du chômage : un phénomène connu sous le nom de stagflation. Les experts de Goldman Sachs estiment qu'une hausse de 10 % du prix du pétrole réduit de 0,1 % le produit intérieur brut. Le coup pourrait aussi être rude pour les industriels dont l'activité dépend fortement des matières premières énergétiques, comme les engrais agricoles ou la chimie. En plus de ses effets directs sur les prix, la crise désorganise de nombreux flux logistiques, avec un allongement des parcours pour contourner les zones à risque. Des livraisons sont bloquées, les coûts du transport grimpent et les primes d’assurances s’envolent. Le prix du carburant à la pompe est affecté, mais aussi le prix des aliments, des médicaments, des billets d’avion, de l’électricité, de l’huile alimentaire, des semi-conducteurs et de bien d’autres choses encore, à travers le monde.
C’est en Europe et en Asie que la flambée des cours du pétrole et du gaz pèsera le plus lourd. En Europe, le choc sera rude pour des pays comme l’Allemagne, où des secteurs industriels très énergivores (chimie, pharmacie, automobile) occupent une place centrale dans l’économie. Les économies asiatiques sont encore plus exposées car elles dépendent elles aussi grandement des importations énergétiques : 45% des approvisionnements énergétiques de la Chine provient du détroit d’Ormuz. Les pays à faibles et moyens revenus sont particulièrement sensibles aux variations des taux de change.
Cette crise ne fait pas que des malheureux. Les pays producteurs de pétrole, la Norvège en Europe, l’Algérie en Afrique, le Brésil, le Mexique ou le Canada sur le continent américain, voient même les profits exploser. Grand gagnant aussi, la Russie, dont les exportations d’hydrocarbures vers l'Inde ont bondi de 50 %. Son secteur pétrolier pourrait générer ses plus larges revenus depuis 2022. Reste les Etats-Unis, l’un des instigateurs de la crise. Le pays est certes le plus gros producteur mondial de pétrole, mais ses compagnies sont très exposées au Moyen-Orient et les consommateurs américains paient eux aussi leur tribut avec une augmentation de 30 % du gallon d'essence depuis le 28 février.
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