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Or


Le jardin du Musée des Beaux-Arts est un endroit idéal pour discuter longuement. Ses grands arbres, ses statues placides et les arches en pierre qui le ceinturent, font de cet endroit un petit refuge préservé du tumulte de l'hyper-centre. Mais si Jean l'a choisi pour remonter le fil de sa carrière, c'est aussi parce qu'à deux pas, rue de l'Arbre Sec, se trouvait dans les années 70 le plus vieux club de jazz de la ville (désormais installé rue Lanterne), le Hot Club. Là-bas, tout a véritablement commencé pour lui, avec son quatuor de free-jazz le Workshop de Lyon.
Bientôt, ce groupe s'associe avec un autre, le Marvelous Band, pour former l'un des premiers collectifs de jazz de France, l'ARFI, l'Association pour la Recherche d'un Folklore Imaginaire. Basé sur des principes anarchistes, et donc sans leader, l'ARFI est la somme unique de tous ses membres aux histoires, aux goûts et aux façons de jouer différentes. La musique s'en ressent : elle ne ressemble à aucune autre.
Désormais, Jean ne fait plus partie de l'ARFI, mais peut tout de même témoigner de la vitalité actuelle de l’association, dont le big-band La Marmite Infernale – qui réunit presque tous ses membres – a sorti il y a peu son nouvel album Humeurs et Vacillements. Et c'est cette belle trajectoire qu'on décèle ici dans les souvenirs épars de Jean, dont la vitalité de l'esprit semble avoir été très bien conservée par l'incessante recherche d'un folklore imaginaire.
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Si vous êtes un fidèle de Nova, son nom ne vous dit peut-être rien, mais sa musique, vous l'avez entendue, c'est certain ! Que ça soit en solo (mais derrière de multiples alias) ou pour le compte d'autres musiciens, Bruno Hovart, dit Patchworks, est en 20 ans passé maître dans l'art de retaper avec finesse l'héritage des musiques noires, du funk au hip-hop, de l'afrobeat au reggae. Et même si, en bon producteur, il n'est pas très friand d'exposition médiatique, il s'est quand même prêté avec plaisir à l'exercice du déballage.
Faisons un peu de name dropping : Mr. President, Uptown Funk Empire, Taggy Matcher, Voilaaa, Patchworks, c'est lui. Derrière Da Break, Joao Selva, Pat Kalla, David Walters, The Bongo Hop, il est là (pas tout le temps, mais souvent). Bref, Bruno Hovart, depuis 20 ans, a fait de son home studio l'un des pivots de la scène groove lyonnaise.
Mais ça n'est pas chez lui qu'il a amené Antoine. Car quand il n'est pas enfermé au milieu de ses nombreux instruments comme l'exige son métier, Bruno sort volontiers se ressourcer dans le brassage social de la ville. Alors c'est à la Brasserie de la Mairie, au milieu du marché du Boulevard de la Croix-Rousse, qu'il a choisi de commencer. Autour d'un café serré (il était un peu tôt), il évoque notamment l'importance que Nova a eu dans son éducation musicale, sa rencontre inoubliable avec Archie Shepp et sa façon d'envisager la production musicale, basée sur l'examen de ce qui s'est fait de mieux dans chacun des genres musicaux qu'il aborde.
Puis, au parc Sutter, jardin plutôt peu connu hormis des habitants du quartier, Bruno s'affirme en producteur plutôt qu'en frontman, bien plus intéressé par les exercices de style musicaux auxquels il s'adonne en composant de la library music que par les lumières médiatiques et la mise en scène de lui-même. Et à Lyon, il a de quoi faire, s'il veut composer pour d'autres. Car la scène musicale groove est fringante. Grâce à lui ? Pas uniquement, non. Bruno préfère se voir en jardinier sur un terreau fertile. Un bon jardinier alors.
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Dans le milieu underground lyonnais, il y a certains noms qui occupent une place notable. Le label S.K. Records et le collectif Grnd Zero en font partie. Et derrière, on retrouve, notamment, un même homme : Nico Poisson. Musicien dans les groupes Ned, Totale Eclipse, The Rubiks (tous trois disparus), Betelgeuse et Sathonäy, Nico entretient depuis plus de 20 ans un amour intense pour les musiques pas comme les autres – à tendance rock, tout de même. Et c'est à la Maison du Livre, de l'Image et du Son de Villeurbanne qu'il a donné rendez-vous à Antoine pour commencer la fouille aux souvenirs. Car l'étage discothèque de cet endroit, alors qu'internet n'était qu'à ses balbutiements dans les années 90, lui et ses potes l'ont arpenté dans tous les sens, avant de fonder S.K.
Un autre lieu fondamental dans l'éducation musicale de Nico, devant lequel Antoine et lui passent comme en pèlerinage, c'est le Pez Ner. Une salle de concert mythique, qui a accueilli toute la crème du rock déviant international de l'époque. Et c'est sa fermeture en 2002, provoquant un vide immense, qui a finalement poussé Nico et d'autres amis, quelques années plus tard, à fonder la Mecque de l'underground lyonnais : le Grnd Zero, qui dieu merci est encore debout.
Pour terminer, Nico emmène Antoine à quelques mètres de feu le Pez Nez, au Rita Plage, un bar-restaurant culturel qui porte haut les valeurs défendues depuis longtemps par Nico. Autour d'un café, il raconte la naissance de Sathonäy, la mort inévitable de S.K. Records, et la nécessité de continuer à sortir de chez soi tendre son oreille à celles et ceux, autour de nous, qui ont des choses à dire, à montrer, à faire entendre.
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Assis sur un banc du jardin des Chartreux, sous le soleil franc d'un mois de mai bien trop chaud, Pilah, l'un des producteurs du Dub Addict Sound System, commence d'abord par nous planter le décor en nous expliquant dans le détail ce que c'est, un soundsystem. C'est un poil technique, forcément, mais nécessaire pour comprendre la tarte que les deux figures de la culture dub et soundsystem d'outre manche Jah Shaka et Aba Shanti-I, lui ont flanqué en 1999, au Rail Théâtre de Lyon. Une révélation. Enfin, pas tout à fait. Parce qu'enfant, Pilah dodelinait déjà franchement de la tête sur un disque français très fameux et enregistré à Kingston, Jamaïque : Aux Armes Et Caetera de Serge Gainsbourg.
Toujours est-il qu'en 2002, Pilah et ses collègues 19Dub, Anti Bypass et Roots Massacre (qui a depuis quitté le groupe) branchent pour la première fois leur soundsystem en public, et font quelques dégâts, à la seule force du son, sur les étagères des maisons voisines... Depuis, le dub et la culture soundsystem se sont globalisés, à tel point qu'actuellement, volontairement ou non, le dub est presque toujours dans nos oreilles, tant ses techniques de production ont infusé dans la pop actuelle.
Bref, des « dub addicts », il y en a plein maintenant !
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C'est en face de l'une des plus belles vues de Lyon, au Jardin des Curiosités de Saint-Just, que Cleim raconte à Antoine la courte mais déjà riche histoire du collectif rap qu'il dirige : Plavace. Plavace comme une place donc, lieu central de la ville, qu'on traverse, qu'on rejoint, sur laquelle on zone.
Jacobins, Voltaire et Carnot, trois places lyonnaises iconiques qui donnent leur nom aux trois EPs sortis entre 2021 et 2022 réalisés par Cleim et ses partners in crime – Olivier au son, Morfal au beatmaking, Atry et Sëmo, avec Cleim alias Libre Penseur au micro. Depuis, avec le départ d'Atry et la mort malheureuse d'Olivier, l'équipe de Plavace a muté vers une forme label en se concentrant sur sa marque de vêtements, l'organisation d’événements et le lancement d'un podcast, dont le premier épisode retrace l'histoire du groupe de rap culte lyonnais La Bougnoul Smala. Mais comme ce projet n'est pas un coup d'essai pour Cleim, sa détermination est grande et ses manœuvres calculées, et Plavace, clairement, n'a pas fini de faire parler de lui.
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En 1976, le jeune Peter Petersen, habitant du 8ème, débarque au Lycée Ampère, pas loin des Terreaux. Là-bas, quelques jeunes à la pointe lui font écouter Lou Reed, Eddie & The Hot Rods, The Modern Lovers... Révélation ! En même temps, pas loin de là, au lycée Saint-Exupéry de Croix-Rousse, trois groupes commencent à faire parler d'eux : Starshooter, Electric Callas et Marie & les Garçons. C'est la naissance d'une scène new-wave lyonnaise. Dans le sillage de ces groupes de Saint-Ex, Peter et quelques amis fondent Affection Place en 1978, sous forte influence de Television ou Magazine. Une histoire aux accents cinématographiques, que Peter nous raconte ici au micro d'Antoine, entre la place des Terreaux et la salle Molière, où Affection Place a ouvert, notamment, pour Marquis de Sade.
Mais l'histoire de ce groupe ne se conjugue pas qu'au passé : depuis 2019, le groupe existe de nouveau. Avec le fils de Peter, Tim, à la basse. Et c'est avec leurs deux voix que se clôt cet épisode du Réservoir, signe que cette nouvelle vague, même quarante ans plus tard, est encore pleine de vitalité.
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C'est bien sûr au Trokson, mythique café-concert la Montée de la Grande Côte, qu'Antoine a rejoint Pierre, dit Pav, pour tailler le bout de gras. Programmateur et régisseur du lieu depuis 22 ans, Pav se rappelle de sa première rencontre avec le patron Karl, de ce qu'était le Trokson à l'époque où le comptoir vendait encore des paquets de clope, et de certains concerts inoubliables que son lieu de travail lui a permis de vivre. Et à tous ceux qui pourraient craindre que la gentrification avancée du quartier des pentes ait un jour raison de l'existence du Trokson (même si un feu n'a pas réussi à l'achever), Pav l'assure et rassure : ce bar a de l'importance pour les habitants.
Mais Pierre n'est pas qu'un homme de l'ombre. Avec son groupe synth-punk The Scaners, les projecteurs le rhabillent en homme venu d'ailleurs, leader d'un gang d'extra-terrestres hyperactifs en vestes blanches. Au P'tit Bazar, la salle où ils répètent avec d'autres groupes de rock des pentes, Pav nous donne quelques clés de compréhension de leur univers de science-fiction punk. Puis, parce qu'il « ne faut pas que monter sur scène et chercher la gloire » comme il le dit lui-même, Pierre nous parle de son dernier projet, Distroville, une plate-forme en ligne à dimension humaine, créée pour que la communauté des rockeurs d'Europe puisse vivre sans nécessairement s'incliner face aux nouveaux géants de l'industrie musicale et du streaming. Action Man on vous a dit.
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L'histoire, on le sait, est toujours un discours. Flore, du haut de ses vingt ans de carrière, en a une conscience aiguë. Elle qui a fait ses premiers pas rue Chappet, dans les pentes de la Croix-Rousse, entre le Bistroy, le Monde à l'Envers et La Belle Équipe, avant de migrer vers le club La Marquise, regrette que tous ces lieux soient bien souvent absents de la grande histoire des musiques électroniques à Lyon. Elle saisit donc l'occasion de ce micro tendu par Antoine pour leur redonner leur juste place. Et naturellement, elle finit par effleurer des questionnements plus universels, notamment sur la place des femmes dans le récit des musiques électroniques.
Mais Flore n'est pas qu'une historienne vulgarisatrice. Elle est bien sûr toujours active en tant que musicienne, au sein de cette scène bass music qu'elle a vu grandir, se transformer et passer de la niche au prestige. Et sur la nouvelle génération qui l'incarne, Flore pose un regard enthousiaste, dénué de toute malveillance. Fidèle à elle-même.
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Qui est passé par la rue Burdeau, dans les pentes de la croix-Rousse, un soir de week-end en 2017 s'en souvient peut-être : à cette époque, c'était encore un joyeux bordel. Plus qu'aujourd'hui, sans doute. Or l'un des artisans de ce vacarme, c'est Loïs Markarian. A ce moment-là, Loïs s'occupe de la programmation du Café Galerie et commence à s'intégrer au sein d'une certaine scène électronique lyonnaise de plus en plus atypique. Bientôt, malheureusement, cette scène hors-cadre, insoluble dans la programmation des clubs mainstream, souffre du manque de lieux où passer ses disques et où faire résonner ses machines. Loïs, devenu programmateur musical pour l'association d'art urbain Superposition, est l'un des seuls à lui ouvrir les portes.
Mais le désir de pousser plus loin ses intuitions musicales se fait de plus en plus sentir, et aboutit finalement, en 2018, sur un label : Bamboo Shows. Pensé d'abord – avec un certain second degré – selon le concept de « sophrologie auditive », le label évolue finalement, et logiquement, au gré des envies de Loïs, entre new-age pour yogi défoncé, psychédélisme du futur et dark ambiant qui fait flipper. Alors si vous pensez que les musiques électroniques ne se résument qu'à la techno, un petit tour par l'esprit de Loïs vous fera du bien.
Cet épisode du Réservoir est dédié à la mémoire de Charly Markarian, père de Loïs et personnage essentiel de la scène rock lyonnaise des années 80 en tant que guitariste des Snappin’ Boys, de Los Mescaleros et de The Mediums.
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La Luttine fait partie de ces quelques îlots lyonnais dédiés sincèrement à la contre-culture. Là-bas, chaque samedi, on y trouve des bacs remplis de cassettes, de disques et des fanzines, à des prix qui témoignent de l'absence d'ambition marchande de cet endroit. Et si on veut se renseigner sur ce que la ville recèle de manifestations underground, c'est le spot idéal. Cette Luttine, qui traverse sans broncher les années qui passent depuis 2006, Flo Spector a aidé à la monter. Naturellement, c'est donc sur son seuil qu'il a d'abord emmené Antoine et son micro, afin de refaire en quelques mots la petite histoire du lieu. Puis, direction un bar voisin de la Guillotière pour élargir la conversation à ces années 2000 durant lesquelles le jeune Flo s'est baigné dans les eaux souterraines et bouillonnantes du punk DIY lyonnais.
Mais l'invité d'Antoine n'est pas qu'un ancien de l'underground. C'est aussi, toujours, un musicien, guitariste de Meurtrières, dont le premier album éponyme ranime l'imaginaire et l'esthétique du heavy metal à l'ancienne, celui d'Iron Maiden ou de Judas Priest. Et enfin, c'est un diggeur de disques, obsédé depuis un certain temps par les petits trésors français des années 70 négligés au fond de bacs qui n'intéressent personne, dans les Emmaüs et les brocantes. Mais derrière cet éclectisme, toujours la même colonne vertébrale finit par refaire surface : celle de l'éthique punk.
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