Dans ce nouvel épisode de "L'invité de la matinale", Pierre Pillet reçoit Jean-Paul Chagnollaud, président honoraire de l'iReMMO, directeur de la Revue Confluence Méditerranée et auteur avec Pierre Blanc de l’ « Atlas du Moyen-Orient » aux éditions Autrement.
Alors que des pourparlers se tiennent cette semaine à Rome entre Israël et le Liban sous l'égide des États-Unis, l'invité apporte un éclairage sans concession sur cette situation complexe. Spécialiste reconnu du Moyen-Orient, il décrypte les enjeux géopolitiques qui sous-tendent ces négociations, marquées par une profonde asymétrie entre les deux parties.
Il ne cache pas son scepticisme quant aux chances de succès de ces pourparlers. Selon lui, le Liban se trouve dans une position de grande faiblesse face à Israël, qui occupe toujours une partie de son territoire et dicte ses conditions.
L'expert explique que l'accord-cadre signé en juin entre les deux pays est « complètement asymétrique », imposant de lourdes obligations au Liban en échange d'engagements flous d'Israël. De plus, la destruction de nombreuses villes et villages du sud Liban par l'armée israélienne a profondément déséquilibré les rapports de force.
Au-delà de cet aspect, Jean-Paul Chagnollaud souligne que la question du Hezbollah, milice chiite liée à l'Iran, est au cœur du conflit. Selon lui, il est illusoire de penser pouvoir régler la situation libanaise sans s'attaquer au différend irano-américain, qui alimente les tensions depuis des décennies.
Il rappelle ainsi que le Hezbollah a été créé en 1982-1983 par l'Iran pour combattre l'occupation israélienne du Liban. Aujourd'hui encore, le groupe armé libanais agit sous l'influence de Téhéran, rendant toute résolution durable du conflit impossible sans un règlement préalable de la question iranienne.
Il estime également que la question palestinienne, source historique de déstabilisation au Liban, doit être prise en compte pour espérer une véritable pacification de la région. Selon lui, tant qu'un règlement équitable du conflit israélo-palestinien ne sera pas trouvé, les foyers de tensions perdureront.
Enfin, l'universitaire souligne que les enjeux électoraux de court terme, avec les élections législatives israéliennes fin octobre et les élections de mi-mandat américaines en novembre, risquent de pousser les dirigeants à durcir encore leur position, au détriment d'une recherche de compromis.
Malgré ce tableau pessimiste, Jean-Paul Chagnollaud n'en appelle pas moins à la recherche de solutions politiques durables, seules à même de mettre fin à un conflit qui dure depuis des décennies et de permettre une véritable stabilisation de la région.
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